‹ A.-P. de CandolleChapitre 32 sur 45 · CANTON DE BRIGUE · texte numérisé non relu

CANTON DE BRIGUE

Selon l’organisation actuelle du pays , Brigue est le troisième canton du Département du S impion ; autrefois il n’était que le second , parce que Mœrel était réuni au Dixain de Rarogne , dont il faisait le tiers ; Brigue était anciennement le dernier Dixain des Vibériens.

Non loin du pont de la Massa , à quelque distance au levant de Naters , il y a une tour très-forte, située sur une colline; on y observe aussi les ruines d’un ancien château de la noble famille des Urnafas , ensuite appellée Veingarfen , mais aujourd’hui cette famille est presqu’éteinte, A une lieue et demie de Mœrel , on arrive au grand village de Naters , qui se trouve sur le passage, sur la rive droite du Rhône descendant de Couches , On fait

DEVALAIS. 23$

différents comptes sur l’origine et dénomination de cet endroit; quelques-uns disent , qu’il y avait à quelque distance de ce village, dans un creux au pied d’un rocher sur la route, du côté du levant, un serpent d’une grosseur et d’une grandeur monstrueuse à quatre jambes; qu’il était tellement venimeux et méchant, qu’il attirait et dévorait les passans, et qu’on lui avait donné le nom de Natria, qui est encore aujourd’hui le nom latin du village ; et que ce serpent ayant enfin été tué par ruse , on avait donné son nom à l’endroit, en souvenir perpétuel d’une si belle action. Pour moi, je doute de la réalité du fait, et j’en laisse la croyance à qui la voudra avoir, ainsi que la recherche.

Le village de Na/ers est posé sur une espèce de hauteur, dans un creux tout à la fois; il se trouve à l?abri des vents froids , et le soleil y jette presque continuellement ses rayons ; il est pour cette raison un des endroits du pays des plus chauds. On y cultive le safran dans les champs , comme ailleurs on cultive le froment et le seigle. Le terrain y est fertile, couvert d’arbres fruitiers, parsemé de beaux jardins , excepté à l’occident du village , où le sol se trouve marécageux. Les maisons de ce village y sont en général bâties en pierres ; elles sont assez grandes, mais sans goût d’architecture quelconque, sans symétrie et sans ordre. Il y avait jadis beaucoup de goëtreux et de Crétins; mais aujourd’hui, ils ne sont pas si nombreux , quoique cependant il y en ait encore , ce qui ne m’étonne point, si je considère la position du lieu dans un enfoncement, point aéré, et tout entouré de noyers ; il y a de même aïK septentrion de ce lieu, beaucoup de châtaigniers, dont on payait la pièce jusqu’à deux cents

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francs de France, tant sont-ils portatifs ; il y avait aussi

anciennement plusieurs demeures des nobles familles du

pays.

Proche de Na/ers sur un rocher, il y avait un château très-fort, auquel on donna le nom du local ; on l’appelait le château du Rocher , en latin, Arx Dominorum de Saxo , ou château des Supersaxe ,à Saxo, anciennement nommé] Michlig ; le village et le château obéissaient et appartenaient à l’Evêque de Sion.

ïl y a aussi sur les montagnes septentrionales de A aters plusieurs villages, tels que Birgisch , Blaiten , et Mund , mais que je passerai sous silence, parce qu’ils o’offrent rien de remarquable. Autrefois Naters était le séjour ordinaire des EJvêques de Sion , ainsi que Ijouéche , qui l’était aussi quelquefois.

Depuis ce village, on descend par une route pavée , mais assez inégalement, pratiquée sur la rive droite du Rhône, jusqu’au pont de bois bâti à neuf. Selon Simbler ce pont était anciennement de pierre , et à deux arcades ; il s’étonnait même comment on avait pu jeter les fondemens de ce pont, à cause de l'extrême rapidité des eaux du Rhône. C’est près de ce pont que la Comtesse de Blondi a y et son fds Antoine ont été tués l'année 1 368.

Passé ce pont, l’on se trouve sur la rive gauche du Rhône , d’où l’on découvre le grand et beau Bourg de Bn 'gue , au-dessous duquel se trouve Glyss. Ces trois endroits, JS’afcrs, Brigue et Glyss forment par leur position, un triangle presqu’égal. Brigue a reçu son nom des Vibériens , comme qui dirait, Vibenga , ou Bourg Vibcrien. 11 louche le torrent nommé la Sallina. La construction de ce Bourg ressemble à celle d’une petite ville ; il est le

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plus agréable (lu pays, si on en excepte Sion et peut-être Mariigny , ainsi que Slcrre et St. Maurice , ce dernier pour la construction de ses maisons et édifices : à son levant et au midi, il a de belles collines verdoyantes , qui forment une espèce d’amphitéàtre parsemé de maisons, de petits villages; c’est de là que part la fameuse route du Simpîon, qui a donné son nom à notre Département , et dont j’ai parlé ailleurs.

Pi oche de Brigue on voit les ruines d’un ancien châ- Aeau que le peuple appelait l 'Enjer; plusieurs prétendent, que ce château avait tiré son nom de ce que le Seigneur, qui l’habitait vers l’an mille de l’ère chrétienne, exerçait sa domination-sur ses sujets avec autant d'inhumanité, que le peuple indigné contre lui, avait nommé son château , l 'Enfer. Mais les anciens écrits n'en font pas mention de sa tyrannie, et tout en avouant son existence,’ je crois plutôt, qu’il a reçu ce nom de sa position brûlante, car cette même raison a déjà fait donner le nom A'EnJer à plusieurs endroits fort chauds , c’est ainsi qu’à Emen en Couches , au levant de ce Bourg , il y a un endroit' qu'on appelle encore aujourd’hui l’ Enfer ; c’est ainsi encore qu’à San/ucncn il y a un District de vigne qui s’appelle 1 Enjer, à cause qu’il y fait extrêmement chaud, et où il croit un excellent vin rouge; c’est ainsi enfin , qu’à Sion, audessus des vignes de Clcwod W y a un endroit, qu’on nomme Bourlefer , comme qui dirait il brûle le fer.

Il y a aux environs de Brigue de très-beaux biens fonds, prairies, vergers , champs , jardins, de toute espèce , ainsi que quelques promenades agréables. I! y a dans cei endroit de très-belles maisons , surtout celle de la noble famille des S/ochalper, qui non-seulement est la plus belle du

pays, mais encore de toute la Suisse en fait de maisons particulières. Cette maison est ornée de quatre grandes tours quarrées, surmontée chacune d'un pommeau d’excessive grandeur, dont le ferblanc réfléchit au loin la lumière du jour. Ces tours ont cependant beaucoup souffert du tremblement qui eut lieu à Brigue , l’année 1755.

Le site de Brigue est très-agréable, son climat est sain; il y a toujours une grande propreté dans les rues , et la société y est affable et polie. Mais allons à la Saltina qui est un torrent, qui prend sa source sur la montagne du Simplon , parcourt la vallée longue d’environ seize mille pas, et se jette enfin dans le Rhône au-dessous de Brigue ; les habitans de ce Bourg ont jeté sur ce torrent un pont de pierre à trois arcades, parce qu’il grossit beaucoup ses eaux au tems de la fonte des neiges , et dans les tems des fortes pluies.

Le village de Glis , en latin Glisa, a tiré son nom du mot grec Ecclesia ; il est environ à mille pas de Brigue; ce beau village n’est pas grand; mais il est situé dans un lieu aussi joli que sain; il a quelques beaux édifices. Il y a une belle , et grande église, dédiée à la Vierge-Marie, à

laquelle jadis le monde accourait en foule de tout le Valais, y faisait des dévotions et des largesses en faveur de cette église, à côté de laquelle se trouve une belle place et une jolie fontaine. C’est dans cet endroit , qu’est né George Supersaxo , cet homme si célèbrepar ses intrigues, et par ses animosités contre le Cardinal Mathieu Schiner, ainsi que par son dévouement au parti Français : mais il en sera parlé ailleurs. George Supersaxo a fait agrandir l’église de G/rs d’une chapelle et d'un autel dédié à Sainte- Anne ? où il a fait construire un tombeau poursa famille, et où il

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reposerait, s’il avait mieux aimé la tranquillité. Il y a dans cette Chapelle de Sainte- Anne , un tableau dans lequel George Supersaio , avec son épouse, ses douze fds, et onze filles se trouvent dépeints au vif; on lit au pied du tableau l'inscription suivante :

S. Annœ Dirœ Virginis M a/ri , Georgius Super.

Saxo , Miles Aur. liane Capellam edidit anno S alu// s 1519.

Al tare jundavit ,

Dotant , jure Patron.

Hœredibus Suis reservato,

Cùm ex Margarcia Lener U xore na/os XXIII genuisset.

Il y avait jadis au bas de l’église, et au septentrion de G/is , beaucoup de jolis et bons biens jusqu’au Rhône ,et qui aujourd’hui sont tous devenus plus ou moins marécageux; il n’en est pas de même de la belle et superbe plaine qui se trouve entre Glys et Brigue , et dont les prairies sont aussi fertiles que belles à voir.

Non loin de Glis, sur la grande route , on arrive à un village nommé Gamsen, en latin Gamsa , qui a tiré son nom du torrent ravageur de la Gamsa ; ce village est fort petit. Plus bas, sur la route, au bout des prairies occidentales de ce village , on observe un grand mur, fort vieux et fort épais, qui s’étend en longueur depuis le Rhône , jusqu’au mont méridional, et ferme en cet endroit le pays en entier depuis le Rhône jusqu’à la chaîne des montagnes

2ÜS

DrseRrTTioti

du midi. Au couchant de ce mur ancien, on est obligé de passer sur les graviers de la Gamsa. souvent dangereuse, en ce qu’elle s’y creuse un lit profond, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Le village de Gamsen est petit , et ne contient que quelques maisons; on a refait en entier la grande route qui le traverse, qui maintenant est belle , large, commode, en droite ligne, de toute bourbeuse qu’elle était auparavant : elle est toujours sèche.

Pour ce qui est du mur, dont nous avons fait mention ci-dessus, on l’appelle 1 e mur des Vibériens ; ses tours et ses fortifications, qu’on y observe encore aujourd’hui, font voir, qu’il a été bâti pour arrêter l'impétuosité des ennemis , quoiqu'on ignore, en quel tems, et par qui il a été bâti. Il y en a, qui le croyent l’ouvrage des Romains, à l’époque du passage de leurs troupes par le Simplon , lorsqu’elles s’avançaient contre les Gaules; d'autres pensent, que les Vibériens en sont les Auteurs, pour se mettre à l’abri contre les irruptions des Sédunois. Ce qui fortifie l’opinion de ceux qui soutiennent , que ce mur a éjé construit par les Vibériens, c’est qu’il paraît en avoir été la principale défense contre les ennemis qui s’avançaient d'en bas. Mais un autre fait , qui donne droit de croire , qu’on y a livré bataille , c’est qu’en creusant les fondations d’une grange et écurie qu’on voulait bâtir dans cet endroit, on y a trouvé une hallebarde rompue et deux vieux sabres toutrouillés. On pense, qu’autrelois cette muraille fût la limite des Vibériens. Outre qu'autrefois encore dans le district des Sédunois, ou dans les cinq dixains d’en bas, savoir : Viège , Rarogne , Louëche, S terre , et S ion , il y avait beaucoup de familles nobles et puissantes, telles que les nobles de Viège, les de Rarognia^ les

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de Castilione , de Leuca , de Sirro , de Gradecio , les Seduni, et plusieurs autres, dont on voit encore aujourd'hui les ruines de leurs châteaux détruits, qui prouvent la vérité du fait; il n’y a pas de doute, que ces Nobles se faisaient des guerres continuelles, et méditaient d’étendre leurs limites et leur domination territoriale , ce qui peut très-bien aussi avoir donné lieu à la construction de ce mur et aux batailles qui s’y sont livrées.

Tout près, et à l’occident de cette muraille, le torrent de la Garnsa se jette rapidement dans le Rhône; il prend sa source sur les montagnes de Viège , et roule continuellement des cailloux considérables; il est vraiment étonnant d'où cette eau peut prendre tant de cailloux et tant de graviers, qu’on observe dans la plaine et dans son lit, où il en fait les dépôts ; la clwse est tellement difficile à concevoir , qu’on y a envoyé des Prêtres pour exorciser; mais à mon avis, on aurait mieux fait de creuser, de vuider et diguer solidement son lit , et d’en sortir les gros cailloux , en hiver ou en automne , lorsque les eaux sont petites, en commençant par le bas, et montant successivement jusqu’à la gorge d’où ces cailloux sortent. Lorsque ce torrent est grand, ce qui arrive dans des tems de pluie ou de la fonte des neiges, on n’y peut pas même passer à cheval , et un pont jeté dessus ne servirait pas grand chose, puisque l’eau se jette tantôt d’un côté, et tantôt de l’autre; comme il est arrivé il y a un an , que l’eau a pris un détour, au point que sous le pont, il n’en passait pas une goutte, tandis que de l’autre côté, clf* rendait le passage dangereux. Mais aujourd’hui , qu’elle a pris son ancien courant, elle repasse sous le pont qui a été établi pour le passage de Sa Majesté Impériale et Royale,

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notre auguste Monarque , qui devait avoir lieu à travers ce pays. De tout ce que nous venons de dire, il résulte à l’cvidence , que ce n’est qu’en lui creusant un canal pro-* fond, et bien digue, quon peut fixer son cours , et faire passer ses eaux sous un pont construit pour assurer le passage du voyageur.

Il y a sur la rive septentrionale du Rhône, à une bonne demi lieue de Brigue, des eaux minérales chaudes, qu’on nomme les eaux de Brigue ; elles sortent en partie au milieu du rocher, en partie au milieu de la campagne; ces eaux sont dans un endroit agréable et en plaine, sur laquelle dominaient des rochers entassés les uns sur les autres, qui sont tombés, et ont rendu ce lieu impropre pour la baignée des malades, qui, au lieu d’y trouver la santé qu’ris iraient y chercher, y trouveraient peut-être la mort; l’eau n’y sortant qu’en petite quantité ; on n'y trouve que deux bassins pour s’y baigner, et encore sont* ils enfoncés en terre , et l’eau n’en découle que lorsqu’ils sont pleins. A côté de ces eaux chaudes et du même rocher, jaillit une fontaine d’eau très-froide, ce qui est vraiment admirable, et digne d’être vu , comme aux bains de Louëche. Aussi, qui nr assurera, qu’elles ne viennent pas de là par des communications souterraines il serait imprudent de nier la possibilité du fait , et bien plus difficile encore de soutenir la négative par des preuves positives, qui en pourraient résulter d’une analyse chimique bien faite ; et qui pourrait établir, que ce ne sont pas les mêmes eaux, ou deux sources d’une eau minérale, parfaitement égale en chaleur, en principes constitutifs, comme aussi en vertus médecinales? Il ne serait pas inutile, pour pouvoir découvrir ces choses, de faire une

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analyse chimique pareille des deux eaux. On dit ces eaux de Brigue bonnes pour guérir les plaies corrosives, les ulcèies îongeans, et la galle ; on les dit même utiles pour guérir le spasme convulsif des membres, et leur tremblement, les cathares habituels, le tintement des oreilles et la stérilité des femmes; mais elles doivent être nuisibles à ceux qui ont la tête infirme, ou qui sont débiles de corps, de même qu’aux fébricitans, et à ceux qui ont le foie et les reins chauds. Ces eaux appartiennent à Son Excellence Bailiivale, M.r le Baron de Stochalper , dernier grand Baillif du Valais, aujourd’hui membre de la cour Impériale de Lyon. Venant donc de finir le voyage à travers les Fibéricns, depuis la Fourche jusqu’à ce mur, nous passerons aux Sédunois , qui occupaient les cinq dixains suivans, aujourd’hui appelés Cantons , et qui sont, comme nous l’avons déjà dit, Viège, Rarogne , Fourche, Sierre et S ion, jusqu’au torrent de la Morge; ces cinq dixains réunis aux précédens, formaient le haut Valais ancien proprement dit.

CANTON DE VIÈGE.

Le Canton de Viège commence au mur des Vibériens d'après l'histoire ancienne de ce pays; soit au reste rapport à ses limites postérieures , comme il parait en avoir d’après le nom du village situé dans la vallée de Viège, qu’on appelle Visper-Terminen , qui veut dire limites de Viège, car terminus en latin veut autant dire que limites en français. On a cru, que ce village était la limite jusqu’où s’étendait le territoire des Vibériens, c’est-à-dire,

que ceux de Viège, et les autres cantons inférieurs , et au-dessus de la Morge de Conlhay, appelés Seduni ea latin, se sont étendus jusque là, ce que du moins pavait indiquer la dénomination de ce village, nommé Terminai .

Descendant de ce mur , et après avoir traversé le vaste gravier de la Gamsa , qui a plusieurs cents pas de largeur, on entre dans une large galerie d’un rocher miné et coupé à pic, qu’on nomme la Montagne des roseaux. Cette galerie est un bel ouvrage; elle forme une route large et commode, tandis qu’auparavant, si deux petits limons s’y rencontraient , ils ne pouvaient se dépasser. Voilà donc encore un autre bienfait particulier envers le pays de la part de notre auguste Monarque, qui, non content de la construction de l’incomparable route du Simplon, a bien voulu encore améliorer les autres qui traversent le pays.

Depuis cette galerie, on entre dans un autre nouveau chemin large et beau, jusqu’à la chapelle de la Rilti. C'est dans cette chapelle, ou plutôt église, que tous les vendredis du Carême il y a un sermon. Proche de cette église, il y a un petit village nommé Im Holz , c’est-à-dire, au bois. De là on continue sa roule par un grand chemin très-bien rétabli , de presqu’impraticable qu’il était.

Au Canton de V iège, appartiennent les deux vallées méridionales de Saas et Zermait , avec toutes leurs montagnes. De chacune de ces deux vallées descend un torrent depuis leurs plus hautes montagnes, qui tous les deux se réunissent dans le voisinage du grand village de Stalden , et n’en forment plus qu’un , sous le nom de Vispa , ou Visbachx ainsi que le chef-lieu qui se nomme en latin Vespia , auquel il faut croire qu’il ait donné son nom.

Le torrent de la vallée de Suas reçoit ses eaux de deux

sources

y u Valais. s6 3

sources particulières, dont la plus orientale se trouve sur ka montagne d’An/rona, ou selon Simbler , sur le mont Antrunius , au-dessus d’Allmcngal , et l’autre est sur le mont Mars, que les habitans appellent Fcc , et les italiens Maggunaga ; c’est entre ces deux montagnes que le beau village de Saas est placé, dont la vallée a tiré son nom, ou le lui a donné. Proche de ces sources, il y a deux grandes roules, dont l’une conduit au lac Verban par la vallée de Mûgginiana , et l’autre à la vallée de Scsi a du Diocèse de Navarre. Le village de Visper-Terminen est accollé à la montagne qui se trouve entre lui et Brigue^ il a St. Théodule pour patron.

L’autre montagne de parcours, voisine à celle de Rieiberg couverte d’excellens pâturages, se trouve entre Saas et la vallée de Zeimaf. C’est sur cette montagne qu’est situé le village de Grcchen , endroit célèbre par la naissance de Thomas Piaffer > homme mémorable, et qui a reçu son nom d’un grand rocher uni, situé proche de sa maison; il a été célèbre Imprimeur à Bâle ; il a donné la traduction de plusieurs bons auteurs, et établi une école dont plusieurs grands hommes sont sortis; il â eu un fils habile Médecin, qui a joui d’une grande réputation, même auprès des Rois, et a mis au jour un excellent ouvrage sur la Médecine-pratique , en trois volumes in-4tO‘ Je 111(5 permettrai en confrère reconnaissant de renouveler, son éloge par les vers suivans :

Felicis nonCe n , fibi quod paier indidit olim ,

In fatis certà credo fuisse fuis .

Arlifici varios nosti medicaminc morbos Tollere ,felices rite edhibendo manu s,

Non hoc Rauriacus tantum teslalur horizon

Aut si qua est illi terra propinqua solo , " •*

Adde peregrirras etiam venisse sub oras Nominis et famam percrebuisse iui 9 Ut tibi divorum prognati slemmate Rcguru Concredant vilœ tristia fata suœ .

Hœc tibi contribuât Flammantis Rector Olympi

Dona ad castalias Jervor et ardor aquas .

De Grechen était encore Simon Lithonius , cousin-germain de Platter , qui enseignait la Rhétorique, le grec et le latin, dans l’uni versité de Strasbourg avec beaucoup d’applaudissement de la part des autres membres; mais, hélas !" il n’a pas eu le tems d’achever sa réputation, la mort, jalouse de ses jours , l’a saisi encore dans sa jeunesse, en l’année i543.

Grechen a donc produit ces trois grands hommes ! Réjouis-toi donc dans ce souvenir, vallée de Viège; mais ce ne sont pas les seuls qui te font honneur, et qui ornent tes villages , Terminen a vu naître chez lui cet homme unique dans son genre, unique par sa piété , par son zèle et par ses talens supérieurs, le très-révérend François Xavier Gotsponer , Docteur en Théologie , Chanoine et Curé de la cathédrale de Sion, prédicateur sans pareil, au point qu’il s’était imposé le pieux et sacré devoir de faire deux sermons à la cathédrale , chaque dimanche, depuis Pâques jusqu’à Pentecôte; il fût deux fois mis dans la présentation pour être élu Évêque. Mais enfin son sort est couronné , il est décédé à Sion , dans le mois de novembre de la dernière année. Que dirai-je encore de tant d’autres personnages, que tu a vu naître dans ton

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sein , dont les uns ont orné l’Église, et les autres hÉtat»?

Mais je reviens à ma description.

Au mont Si/vius commence la vallée de Zermat ou la Mat ter- Thall , par où il y a une route qui conduit aux Salasses, et dans la- vallée df Ajaz, que les habitans du lieu nomment la Vallée des marchands , parce qu’on y colporte différentes marchandises d’un pays à l’autre par des trajets de plusieurs mille pas au travers d’immenses glaciers. Du mont Sylvius , où il y a les collines de Finila , Areleiia et Zermat , descend l’autre branche de la rivière de Viège , à trente cinq mille pas plus loin que le Bourg de Viège ; proche de cette branche se trôuve le village de ZermaU Au bas de ce village, on voit entre les montagnes une autre vallée, du côté droit, qui reçoit son nom du village le plus voisin nommé Tesch . Les deux rivières proche de Staldcn se réunissent, et ne forment plus qu’une rivière qui se jette au Rhône, après avoir parcouru un trajet de six mille pas au-dessous du village, et dépassé la Bourgeoisie de Viège, à l’occident de laquelle la Vispa se trouve.

Quant à la vallée de Saas , qui fait la seconde de la vallée générale de Viège, elle est remarquable par ses con* fins ; car elle est entourée de montagnes très-élevées et d’immenses glaciers qui les dominent, et confinée à StaV de a 9 au Sim pion, à Zwtsch-bergcn , à la vallée d’ Antrona> à celle d'Ansaska , et à Maggunaga , à Tesch , à Zermat , ainsi qu’à Banda ; cette vallée communique à tous ces endroits , mais par des chemins ordinairement assez mauvais, ,

Une particularité, qui s’observe dans cette vallée, est que, d’un côté des rivières Triftbach et Biderback , on y voit quantité de serpens 5 et que de l’autre on n’en trouve

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aucun. Les anciens de la vallée disent, que cela vient, de ce qu'un célèbre écolier étranger avait proposé aux habitons, qu’au moyen de quelques babil lemens qu’on lui donnerait, il bannirait tous les serpens ; les uns consentirent à sa proposition, les autres s’y refusèrent; ceux-ci sont restés parmi ces animaux dangereux, tandis que les autres en ont été entièrement délivrés, au point que d’après l’expérience qui en a été faite , les serpens qu’on porte sur l’autre côté , périssent aussitôt, ou reviennent avec vitesse sur l’autre bord. C’est ainsi que Pile de Malthe n’observe plus de serpens depuis que l’Apôtre St. Paul a jeté au feu une vipère qui s’était attachée à sa main; c’est ainsi qu’à Augsbourg on ne voit pas une seule mouche dans les boucheries ouvertes, quoique les dehors en soient pleins r depuis que le St. Évêque Udulricus , y passant fut innocemment conduit en exil, et donna sa bénédiction lors de sa sortie de cette ville.

Les gens dans cette vallée parviennent beaucoup à un grand âge; il n’est point rare d’y compter plusieurs centenaires. On se souvient encore, que, lorsque la vallée s’assemblait pour prévenir de grands maux, on formait un cercle sur la place , qui n’était composé que de nonagénaires et de centenaires, avec de grandes barbes blanches: là ne s’approchait point la jeunesse, et les femmes n’osaient point y paraître, l’âge et l’expérience seuls y géraient les affaires, et la jeunesse n’y comptait pour rien. C’est bien de là, qu’est venu« cette sentence toute d’or :

A Senibus nomen fert mite Scnatus et omert et cette autre encore;

In Senibus ratio et cons ilium .

du Valais. 267

Il y a aussi dans ccttc même vallée de Saaf beaucoup de minéraux, de pierres rares et dlierbes excellentes; il s’y trouve une grosse pierre bleue, qui est descendue de la montagne; elle est de la hauteur de onze toises. On y observe aussi une fontaine rouge mentionnée dans les anciens écrits ; elle contient du soufre; son eau est chaude à sa source ; on la dit bonne pour fortifier ceux qui sortent d’une maladie grave , bonne aussi pour laver, puisqu’elle doit être savoneuse ; on voulait autrefois la conduire sur la place du village de Scias .

Mémorables y sont encore les hautes montagnes et les Cascades; dans toutes les parties du monde ,* on trouve quelques hautes montagnes et célèbres en même tems; la plus élevée, au rapport qu’on en fait, doit être celle de Piko dans les îles Canariennes; mais d’après les dimensions les plus récentes du globe, le Mont-Blanc en Savoye doit être le plus haut, puisqu’il est élevé de 2426 toises au-dessus de la mer. 11 y en a qui pensent, que les glaciers de Saas sont au même degré de hauteur , puisque le Malierliom se voit depuis Lyon. Quant aux Cascades, la plus grande en Europe doit être la chute du Rhin , près de SchaJJousen , où l’eau toute entière tombe de plus de cent pieds d’élévation; mais la cascade dans la vallée de Saas , quoique d’un petit ruisseau, a environ i56 pieds de chute; c’est dans l’endroit nommé : In dcn Fœll-maiten.

Cette vallée est encore mémorable, en ce que d’une petite chose il en est résulté souvent une grande; comme d’une simple montagne, il en est résulté la plus grande paroisse du dixain; de quelques petits autels comme dans une boite à deux petites portètes,une vingtaine de grands autels bien sculptés y et joliment [dorés; d’uue chapelle,

beaucoup de belles églises; d’une vallée sauvage et remplie de bêtes féroces , une paroisse des plus peuplées et garnie de petits villages; car avant mille ans celte vallée était sauvage, non habitée, et pour la plupart couverte <de forêts, où l’on trouvait en été quelques bergers avec leurs troupeaux, quelques chasseurs, et quelques passagers. Des grandes forêts épaisses répandaient alors leurs ombres, où maintenant on trouve des champs et des prairies ; les chamois et les marmottes établissaient leurs demeures , où le monde aujourd’hui se trouve rassemblé dans les villages ; enfin cette vallée a subit tant de changemens, et a reçu tant d’améliorations; mais il ne faut pas croire à Zurbriggen , M.r l’ancien surveillant lorsqu’il dit, que toutes les vallées du pays, et la plupart de celles de la Suisse, étaient dans le même état il y a mille ans; car que deviendrait alors l’histoire de la bataille livrée par les Sédunois à Sergius Galba près K Octo dure, où ils se trouvaient au nombre de 3o mille? D’abord il est notoire, que cette bataille fut livrée sous Jules-César , qui la raconte dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules , et conséquemment huit siècles entiers avant l’époque de Zurbriggen ; car il est impossible, que la plaine seule du Valais ait pu fournir ce nombre de combattans qui conste par ces paroles de Jules-César , lib. 3.° de Bello Gallico . Et ex kominum millibus amplius XXX , quem numerum barbarorum ad castra venisse constabat, plus tertia parte inlerfecta , reliquos perterritos in Jugam conj iciunt , acné in locis qui d cm superioribus consistcre paiiuntur * L’erreur de M.r Zurbriggen à cet égard est donc au jour, et n’a pas besoin d’autre réfutation. Il en est de même de la Suisse , où mille documens établissent le contraire , et

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