ÜO
hautes, où une route très-étroite, et quelquefois dangereuse pour ceux qui sont sujets au vertige, se continue presque dans toute la longueur de la chaîne ; les villages les plus notables de cette vallée sont : Ferden , Kippel , Wiler y Riedy B lait en, Eisten et Wissen-Ried ; de là on passe en Suisse par la vallée de Frutingen ; mais cette route est très-dangereuse; il y a aussi un autre chemin, qui par le glacier conduit de cette vallée aux bains de Louechc , et où Mx Werlen , Curé de Loetschen , périt la veille de l’entrée de l’Évêque dans cette vallée, pour y faire sa visite épiscopale; la vallée de Lo'ctschen a trois lieues de longueur; elle est riche et bien peuplée ; elle appartenait à la noble famille de la Tour. La jeunesse de cette vallée est souvent galleuse, ce que je crois dépendre de ce qu’ils ne donnent à leurs enfans presque que du fromage sans pain, déjà de bon matin, et plusieurs fois après dîné. Par cette nourriture souvent fort salée leur sang ne peut que s'infecter d’une certaine crase acrimpnieuse et salée; de là la galle, surtout si on ne leur donne point de pain , qui est le correctif 'du fromage. On y nourrit beaucoup de chevaux et de chèvres ; on y engraisse de même beaucoup de cochons et de genisses , dont on fait un assez grand commerce, ainsi que de l’échange qu’ils font du beurre contre du chanvre travaillé.
Le peuple de cette vallée est fin, et industrieux ; les hommes , comme les femmes , sont grands , ont une marche fière et se tiennent droits; sous ce rapport, ils se distinguent du reste du Valais. Cette vallée est fertile, possède de riches montagnes de parcours, et fournit aux habitans tout ce qui leur est nécessaire à la vie, hors le yin et le sel. Au fond de Loetschen , est un glacier qui
agi
du Valais.
s’étend jusqu’à la vallée de Fiesch en Conches , par dessus les montagnes d zMœrel, descend jusqu’aux bains d c. Louëche x dans la vallée de Frutingen, et forme conséquemment un glacier de douze à treize, lieues de longueur.
Ce peuple était anciennement sous la jurisdiction des cinq dixains orientaux du Valais, qui y mettaient tour à tour un juge pour deux ans; mais quelque tems avant la révolution valaisane, ce peuple s’est racheté de cette juridiction par le moyen d’une somme assez considérable , et s’est acquis le droit de constituer lui-même son juge. Cette vallée, est encore plus sauvage que celle de Saas , et de St. Nicolas ; elle débouche à Gampel ; un chemin entre des rochers élevés, long de trois lieues, rendu souvent impraticable par les pluies et les neiges, conduit à un village qui ne communique qu’avec la Suisse par un glacier peu fréquenté; aussi leshabitans y demeurent enfermés et séparés de leurs voisins. On trouve dans un manuscrit * que les Suisses avaient pénétré dans cette vallée , pour déclarer la guerre aux Valaisans, l'an i38 6; mais qu’y étant entrés par un chemin périlleux , pratiqué sur les hauteurs des rochers, la plupart y périrent.
Enfin revenant de la vallée de Loëtschen , je repasse à Gampel , dernier et premier village tout à la fois du canton d cLouëche; mai$ quoiqu’il n’appartienne point au canton dont je viens de parler, j’en ai dit ce qui devait en être dit, afin de n’étre pas obligé d’y revenir, lorsque je parlerai du canton de louëche. haFonza qui tire son origine du sein des montagnes de la vallée de Loëtschen , et va se précipiter au Rhône, forme par son cours presqu’en droite ligne, la limite entre le canton de Rarogne et celui d* Louëche , dont nous allons parler.
Description
CANTON DE LOUËCHE.
L e Canton de Louëche était autrefois le troisième dixain des anciens Sédunois ; le Chef-lieu, dont le Canton a tiré son nom, était la demeure ordinaire des Evêques deSion; son territoire est fermé par cette célèbre vallée, au sommet de laquelle setrouventles bains de Louëche , qui furent • découverts par des bergers, qui conduisaient leurs troupeaux dans ces lieux élevés; ou plutôt, comme d’autres le disent, par des chasseurs; car cet endroit était anciennement horrible, et d’un accès presqu’impossible aux troupeaux; puisque du levant il est fermé par un haut glacier rempli de fentes profondes; au couchant se trouve une montagne inaccessible , des forets noires et sombres , un torrent, nommé la Data , qui grossit, gronde, et quitte ses bords tout écumant de rage; enfin au septentrion, est . un rocher immense, coupé à pic, et d’une hauteur telle, que ceux qui Je montent ou le descendent, sont quelquefois obligés de se bander les yeux et de se faire porter, à cause du vertige qui les saisit à la vue de la profondeur des abîmes qui se trouvent sous les pas du voyageur. C’est pour cette raison, et pour la crainte qu'il inspire, que cet endroit fut nommé Gcmmi , comme qui dirait Gémi, c’està-dire, qu’il faut gémir, quand on y passe, et encore par un chemin pierreux et étroit, où il ne faudrait qu’un faux pas, pour se précipiter. Mais comme j’ai déjà parlé de la Gcmmi et de son passage, dans le chapitre des divers passages par les montagnes du Valais, j’y renvoie le lecteur
pour ce qui y a rapport; seulement ajouterai-je ici qu*
du Valais. 285
généralement parlant, depuis la place des Bains, ou plutôt depuis la maison Juiller , Ton observe avec étonnement les rochers nus de la Gemmi. Dans la saison des baignées on cherche souvent avec des lunettes d’approche à découvrir si quelqu’un descend la Gemmi , et l’on se réjouit lorsque une personne vient augmenter le nombre des baîgnans,
et charmer la société, qui paraît toujours trop petite pour lutter contre l’aspect sauvage de ces lieux.
Une personne qui considère ces rochers depuis le village des Bains, et depuis scs environs, ne peut s’imaginer la possibilité d’une route à travers ces pbimes. Voici à cette occasion une jolie plaisanterie que cite Hœlder, dans son voyage par le Valais et le pays de Vaud; quelques Officiers français, dit-il, qui voulaient passer la Gemmi , demandaient en conséquence un chariot de réquisition; mais lorsqu’on leur montra au doigt le chemin qu’ils devaient prendre , ils s’écrièrent tout épouvantés, et avec
des yeux forts ouverts; comment, c’est par là que nous passerons? Vous plaisantez, ce n’est pas possible. Cette route, au reste, parait plus effroyable considérée depuis le haut, que depuis le bas; car un Zuricois, qui voulait aller aux bains de Louéclie ; quand il arriva sur le sommet de celte montagne, considéra la profondeur, et recula d’épouvante: nonobstant les assurances les plus positives de ses conducteurs, qui se chargeaient de le descendre
en toute sûreté, il ne put s’y résoudre, et s’en retourna éloigné d’une lieue des bains , pour faire un détour de trente et quelques lieues par le pays de Vaud , pour se rendre aux dits bains.
Mais que ne peut pas la force de l’habitude chez les hommes? Ce qui le déinontrpj ce sont les habitans du
*84 DiscRriTiow *
village des bains, qui montent et descendent la Gemmi , par un sentier très-étroit et dangereux, et ne le considérant que comme une promenade , s'étonnant même de ceux qui n’y passent qu’en tremblant; cependant on n’a jamais entendu dire que quelqu’un y eu péri.
Les environs des bains de Louéche n’étaient jadis habités què de quelques bêtes sauvages, et le chemin ayant été ouvert aux chasseurs , qui y découvrirent les eaux minérales, les bergers s’y avancèrent avec leurs troupeaux, y ♦ *
bâtirent des cabanes pastorales jusqu’à ce qu’enfin Futilité des eaux minérales en a fait foi-mer un village, en y attirant les malades; mais on ignore l’époque qù cela a eu lieu. Une ancienne tour menaçant ruine démontre cependant, que cela doit avoir eu lieu, devant bien des siècles. Il y en a qui prétendent, que celte tour fuUbâtie par un certain Jean Mans , vers l’année 1000, pour se mettre à l’abri contre la violence des passans, car autrefois ce passage a été fort fréquenté; d’autres enfin disent, qu’elle fut construite par Antoine de la Tour , pour lui servir de forteresse contre les attaques des Bernois; mais cela n’est point vraisemblable , puisque cet endroit n’a jamais appartenu à la famille de la Tour , du moins aucun monument ne l’atteste.
Le village des Bains, qu’on nomme en allemand Badcti> est assez grand, composé de maisons de bois, et de quelques-unes de pierres, assez grandes et jolies. La belle maison, anciennement dite la maison de Plaschi , aujourd’hui Ijûrélan , est un grand et beau bâtiment en pierres, qui se présente bien sur la place à l’aspect du monde; elle est vaste; à son côté au midi se trouve une espèce de bastion maçonné à angle taillant, contre lequel viennent $e
» tr Valais.
briser les avalanches qui partent de la forêt supérieure.
Il y a encore aux bains une autre belle maisonde pierres, auseptentrion de la maison où l’on baigne, qu’on appelait la maison Bolet ; elle est extrêmement commode pour ceux qui font la baignée, parce qu’elle communique aux bains par une allée couverte, de sorte qu’on n’a pas besoin de se mouiller, ni de se refroidir pour y aller et en sortir, ce qui réellement est un très-grand avantage. Entre la maison Lorétan , et l’édifice où se font les baignées, sort l’eau minérale chaude, et toute fumante, surtout lorsqu’il pleut , ou qu’il fait froid.
Quant à l’édifice des Bains sur la place, et qu’on pourrait appeler le temple d’ Hygiène , c’est un carré oblong et régulier, dans lequel l’eau des Bains est renfermée, et qu’on y fait entrer de grand matin, afin qu’elle se tempère et diminue de sa chaleur naturelle, pour que les baignans puissent y entrer. Il y a quatre carrés dans cet édifice, et chacun d’eux est garai de gardes-fous tout à l’entour, avec une allée intermédiaire; il y a encore deux allées au milieu qui se croisent, toutes pavées en pierres taillées. C’est entre ces gardes-fous, dans les allées que se placent les curieux qui veulent voir les baignans, comme parens , amis et autres. C’est encore de là qu’on fait passer le déjeûner des malades , quelquefois avec des pots de fleurs fraîches, que ces eaux ont la qualité de faire renaître, si elles ont été flétries; c’est enfin encore sur ces petites tables de sapin qu’on sert le chocolat, le café et les bons vins; la société y est brillante, amusante, et souvent réjouie par des concerts de musique, et que les bals, les danses, et toutes sortes de diverlissemens attendent à leur sortie des bains; et pendant que les uns se baignent.
&S6 Description
les autres boivent les eaux minérales pures, ou mêlées avec du lait, en se promenant toute la matinée sur la place, ou dans les sentiers des prairies voisines. Les personnes des deux sexes s’y baignent dans le même carré. Il y a encore plusieurs autres édifices pour les baignans, et qui deviendraient commodes, gais et beaux, au moyen de quelques réparations, dont ils ont besoin.
La table des baignans dans les auberges est, à raison du local sauvage, assez bonne, et telle qu’il la faut pour des malades. On y boit quelquefois d’excellens vins du pays , qu’on y conserve dans des tonneaux souvent d’une seule pièce de melèse vuidée; mais puisque je suis à parler des bons vins du pays , je dirai ici, quelles en sont les différentes espèces et différentes qualités. D’abord, le meilleur
vin du Valais est la Malvoisie 9 dont il y a deux sortes, l'amère et la douce; on achète la meilleure chez M/5 Adrien et Maurice de Courten à Sierre , et chez quelques autres encore. Après la Malvoisie les meilleurs vins du
pays sont ; YArvina, et Y Ami ni, Vinum Amineum , en
latin; ce dernier était déjà connu et estimé des Romains; ils sont tous les deux de tons vins stomachiques, et salu-
taires aux vieillards. Il en est de même de YOumagne, en latin Vinum humanum , ainsi nommé par rapport à ses qualités bienfaisantes et amies de l’homme ; mais plus
encore de la femme, dont-il rappelle les menstrues , lorsqu’elles ont été supprimées. Le Muscat pur est encore un bon vin pour les personnes avancées en âge , il préserve
de l’hidropisie. Les vins blancs de Coquempcy , et de la
Marque , qui croissent à Martigny, sont fort recherchés
par les étrangers pour le dessert; mais le dernier a ceci de particulier, qu’il prive presque de l’usage des jambes,
du Valais. 287
et que sans enivrer il empêche de marcher. Il y en a en a encore beaucoup d’autres, mais d’une classe infé- . rieure, comme la Rcsi jaune ou la Ifési petite, la Ti&la , la Bemade, et XeGués ou Guois , qui est un vinfort acide.
Il y a aussi plusieurs espèces de vins rouges , qu’on pourrait plutôt appeler noirs ; on en observe beaucoup moins de sortes que de blancs, mais d'une qualité supérieure. Et d’abord le vin Baillio , qui est un vin tout noir, croissant dans un terroir du même nom, situé du côté de Vclro , en bas de Conlliay. Après celui-ci, le petit rouge prend sa place; c’est un vin excellent,lorsqu’ilestbienmûr, et bien fait; vient enfin le gros rouge, appelé ainsi, parce qu’il se fait avec de gros raisins rouges; c’est un bon vin de table, il est un peu acide et piquant, comme le vin rouge d’Italie; il entretient l’appétit, et procure une diges* tiofl facile. Revenons maintenant au village des Bains.
L’air dans ee village, est fort agréable durant la belle saison ; mais le séjour y est triste dans les tems de pluie, qui y sont toujours accompagnés d’un grand froid et de vents violens , ce qui nuit quelquefois beaucoup aux progrès de la guérison des baignans.
A un quart de lieue des Bains, sur le bord oriental et élevé de la Dala , on observe les trois sources des eaux minérales chaudes au centre de belles prairies, où étaient huit bassins en pierres pour l’usage de la baignée ; et ces sources y sont tellement abondantes, qu’elles suffiraient encore aujourd’hui pour remplir huit autres bassins; puisque la bonne moitié de ces eaux se perd et découle inutilement le long duchemin; la seconde source plu s éloignée du village fut jadis fréquentée parles lépreux, aujourd’hui elle l’est par la populace qui a la galle ; et la troisième
288 Description
était à l’usage de ceux dont la peau s'ulcérait par la baignée, et qui n’avaient besoin que d’une eau moins active. A deux cents pas de ces sources, jaillissent d’autres sources d’eau froide, dont la plus copieuse s’appelle, la fontaine de la Vifrge , parce qu’elle ne coule que depuis le 25 de mars, jusqu’à l’Assomption , époques où l’on célèbre les deux fêtes de la Vierge dans ce pays.
Le savant Espagnol Gimbernard , qui depuis plus de six ans , s’est occupé de l’histoire naturelle dans ses voyages, doit avoir dit, qu’encore nulle part à une élévation pareille il avait observé des sources d’eau chaudes ; il a examiné celles des bains de Loiïêche, il a découvert une quantité de Gaz-azote auquel il attribue la vertu curative et médecinale de ces eaux. Ces sources coulent sans interruption , et sont toutes également chaudes et beaucoup plus que celles de Brigue au dire des uns. Les eaux de Louëche , lorsqu’on y trempe une poule, la déplumant et «uisent ses œufs. Ces eaux sont ordinairement pures et limpides; quelquefois cependant elles changent de couleur; elles n’ont point l’odeur désagréable du soufre, comme l’ont ordinairement les eaux chaudes; on dit, qu’elles corn tiennent du cuivre et du fer, mais je laisse aux Chimistes d’en prouver la vérité par leurs savantes analyses. A côté de ces sources, au levant de ces Bains , il s’en trouve encore une autre particulière, sur la surface de laquelle on observe une pélicule jaunâtre, qui a obtenu son nom de l’effet qu’elle produit, savoir celui de la source vomitive, parce qu’elle fait vomir.
Les vertus médecinales et curatives de ces eaux sont les suivantes, .comme le pensent encore d’autres Médecins; elles sont bonnes pour les maladies froides humorales; elles
du Valais. " *89
échauffent , desséchent , et sont abstertives, résolvantes, astringentes; et s’il fallait croire à Simbler , elles adouciraient la goutte, mais j’en douterais fort, et même je Serais d’avis, qu’elles l’exaspéreraient au contraire, et provoqueraient ses accès. Elles conviennent aux estomacs languiasans qu’elles fortifient, et elles font naître l’appétit; on les croit de même utiles pour les obstructions , ou engorgemens de la rate, du foie et des poulmons, ainsi que pour les yeux larmoyans, chassieux, et troubles, comme aussi pourlespalme et catharres habituels; mais dans toutes ces indispositions on les emploie différemment selon les diverses causes qui les ont produites. Pour les hydropiques et les gravelleux, je ne leur conseille point leur usage, contre l’avis de quelques autres, et notamment de Simbler . Elles sont encore bonnes pour les femmes et les filles dont la matrice est faible; elles rendent périodiques leurs règles ; elles relâchent le ventre à ceux qui en boivent, mais ce n’est pas un effet continuel , elles le constipent au contraire quelquefois. Enfin elles r’ouvrent les plaies et les ulcères, lorsqu’ils ont été maltraités, ou qu’ils se sont fermés trop tôt, et les guérissent ensuite pour toujours. Elles sont encore excellentes pour les douleurs sciatiques et rhumatismales ; ainsi que pour certaines espèces de coliques provenantes d’humeurs froides , pituiteuses et visqueuses ; elles conviennent aussi pour les membres rétrécis par contraction des nerfs , de même que dans certaines paralisies, surtout dans celles qui sont la suite des apoplexies, ainsi que dans certaines stérélités des femmes. Enfin, si je ne craignais de me rendre inintel-
' ligible, je finirais cet article avec Hœlder , qui, pour louer
tt exalter les vertus de ces eaux minérales chaudes , dit,
290 Description
qu’elles sténisent l’humanité caduque par une force divine qui leur est propre; mais que veut-il bien dire par-là? Voilà le mérite de nos Savans modernes; c’est celui de se rendre mystérieux, à l’instar du principe vital de Barthez ,et de farcheus de Vanhelmont, ainsi que de son lapis Butler et de sa pleura furens, dont les dénominations sont aussi obscures que les objets dont ils ont p£nsé de parler. Mais que veux-je ici m’arrêter plus long-tems sur les vertus médecinales de ces eaux, puisque Mr. le Vice- Conseiller d'Etat du Valais , mon très-honoré collègue . le Docteur Gay s’y rend annuellement , pour diriger les cures des malades avec autant de prudence et d’expérience, que de réputation, j’abandonne donc à lui le soin de les faire connaître au public.
Dans la belle saison , c’est-à-dire , dans le tems des baignées, le village des Bains se remplit de monde qui y accourt presque de toutes parts ; c’est alors qu’on y voit tout ce qui y contraste le plus; on y voit le petit à côté du grand , le sauvage à côté du riant ; les fortunés s’y confondent avec les malheureux, l’abondance avec la misère , les plaisirs avec la douleur. Les personnes aisées et charitables y secourent les indigens et les malades par des petites générosités que les médecins reçoivent dans des cueillettes qu’ils font, et qu 'ensuite ils distribuent à ceux dont les besoins sont les plus pressans.
Le caractère des habitans y est assez doux, affable, et obligeant; il n’est point sauvage, point rude, au-delà d’un certain point, tel que le climat paraîtrait l’indiquer; il y en a qui leurs reprochent la malpropreté, mais il me parait, qu’on s’y pique d’une propreté assez engageante, et qu’on y sert le» pensionnaires avec beaucoup de soins et d’affection.
D U V A 1 A I S. zgt
Simbler prétend, que Y Evêque de S illinon s’y fil bâtir des Bains particuliers , et renouvella différentes promenades; qu’il y fit construire la Chapelle de St. Barbe, au-dessus de l’édifice actuel des Bains. D’abord il est certain, que Mathieu S chiner , Cardinal et Evêque de Sion , les a achetés des héritiers de cet Evêque, et en était conséquemment devenu le propriétaire, et que ce dernier en donna le tiers des bains dans le contrat de mariage de sa nièce avec Gabriel Werra , et que c’est de là que la famille Werra jouit encore aujourd’hui de sa portion des Bains de Louëche ; il est encore certain, que le même Cardinal y fit bâtir une grande maison avec beaucoup d’arcades en pierres de tuf taillées, sur laquelle il avait fait apposer ses armoiries, sur une grande pièce carrée de tuile, que feu mon père tint long-tems dans sa maison à Sion; mais cette belle maison aux dits bains fut entraînée avec une partie du village des bains par une avalanche qui tomba sur le village ; je tiens encore aujourd’hui le titre de l'acquisition des dits bâtimens de l’Evêque Joël Sillinon par le Cardinal Schiner.
A une lieue du village, du côté de l’orient, se trouve une jolie petite Alpe, soit montagne, où l’on va se divertir, manger de la crème et du lait, et où l’on est reçu fort proprement. En descendant de cette vallée , on marche par un chemin fort rapide et resserré entre deux chaînes de montagnes très-élevées; on arrive enfin à la galerie, qui est un chemin taillé dans le roc, étroitement situé sur un abîme horrible en apparence , mais qui ne présente aucun danger aux voyageurs. On entre dans le chemin, nommé chemin de V aronne , parce qu’il conduit dans un village de ca nom , qui est aussi le chemin le pl^s
292 Description
court pour se rendre à Sierre . Le premier village qu’oti trouve en sortant des Bains est celui nommé lnden ; il est assez joli et gai, il a de be^ux biens dans ses environs. Il y a quelques années , qu’une avalanche y exerça ses ravages, et y déracina dans son cours une forêt entière. Au bout d’un trajet d’une petite lieue du village d 'Inden^ on arrive à celui A'Albinen , en français Albignon\ cet endroit est grand et très-ancien; ses maisons sont de bois et toutes noircies de vieillesse; il est adossa à la montagne sur laquelle il se trouve incliné , et dont il suit la pente. Ce village est entouré de beaux biens et de belles prairies; il a de belles forêts sur ses montagnes, et possède le petit village de Schinière , qui voit à son septentrion le petit hameau de Dorbe , qui est tellement en pente, qu’il parait être collé au rocher. Cet endroit n’offre qu’un fort triste séjour, peut-être même le plus triste du Valais. Cependant les originaires s’y plaisent , et ne le quitteraient point pour en habiter un autre plus beau et plus riche. A ce sujet , je rappellerai une aventure plaisante qui arriva à feu M.r le Comte et Général Pancrace de Courten , maréchal des Camps en son vivant, des armées de France , ayant le Cordon rouge, et Colonel d’un régiment Valaisan de son nom ; ce Général ayant mené avec lui à Paris un individu de ce village, après avoir traversé cette grande et belle ville, lui demanda, comment il la trouvait; celui-ci répondit : assez jolie, Ms le Général, mais cependant il ri y a rien qui surpasse B orbe. Voilà la force de l’amour du sol natal; car quoique ce village sort petit , sauvage et pauvre , et où il faut , comme on dit, ferrer les poules, pour ne pas les voir se précipiter, cependant , il le préféra à une des plus grandes et des plus belles villes du monde.
DU Valai*. 295
Il y a encore trois autres assez grands villages sur cette montagne, au-dessus de Louëche , et à son tournant contre le levant, savoir : Go Met, Brciiscli , Ers climat , qui appartiennent au Canton de Louëche ; mais comme ils n’ont rien de particulier, nous nous bornerons à les indiquer, sans en faire une description détaillée, afin de ne pas grossir inutilement l’ouvrage. Cependant j’observerai , qu’il y a un pont de pierre d’une seule arcade, qu’on pass* avant d’arriver au village RErschmat. Les rochers , sur lesquels il est jeté de l’un à l’autre, sont séparés jusqu’à leurs bases , et pour se former une idée de la profondeur qui se trouve sous ce pont, il faut savoir , que depuis la plaine qui est le niveau ou la base de la profondeur, jusqu’au Bourg de Louëche , il y a une petite demi lieue y et que depuis ce Bourg il y a encore deux lieues de montée continuelle avant d arriver au pont, ce qui fait au moins deux bonnes lieues et demie de montée. On ignore l’époque de la construction , qui est un vrai monument de la hardiesse humaine; ce pont, dont l’entreprise paraissait impossible, se nomme le pont du Diable , parce qu’on croit , qu’il a été bâti par le Diable ,au moyen d’une récompense qu’il demandait, qui était celle de lui donner, les trois premiers passans; ceux qui se chargeaient de la convention, consentirent à sa demande , mais quand l’ouvrage fut fini, ceux qui l’avaient fait mettre, croyaient satisfaire à leur engagement, en y faisant passer d’abord, un coq, un chat et un chien; le Diable ne voulut point se payer de cette interprétation de leur accord, il se mif à défaire le pont; il avait déjà enlevé une pierre , lorsqu’un Exorciste y donna sa bénédiction , et le Diable se retira. Ceci est une fable mal inventée ; car quoique le
Ht'"..* ' '
Description
pont soit d’un travail étonnant, cependant on voit encore des produits de Part non moins merveilleux, auxquels n’a point concouru le Diable ni l’ Exorcisme prétendu, mais le génie entreprenant des Romains , comme on en voit éncore aujourd’hui une infinité d’analogues.
XyErschmat ,qui se trouve au pied d’une forêt, on arrive en revenant à un Ermitage distant encore d’une lieue du
chef-lieu du Canton; il se nomme Theel ; là est une cha-
pelle neuve dédiée à la Vierge; elle est fréquentée par les gens du pays. Il y a de même dans cette montagne , posée au levant duBourg d eLouëchc, un passage souterrain naturel, qui conduit à Albignon ; on dit, qu’un chien y ayant été mis, alla sortir à côté du village, et fit conséquemment une bonne lieue de chemin sous terre. On le voit encore à présent; il s’appelle le trou de Rouilli-poulli.
A mi-hauteur de ce rocher aride et nu, et peu distant du Bourg de Louèche, on voit sortir tout-à-coup une source
d’eau vive du sein de la montagne, et tomber avec une
grande abondance; on pourrait s’en servir pour désaltérer les prairies sèches et arides placées vis-à-vis.
Toute la chaîne orientale des rochers depuis I^ouëche jusqu’à Rarogne, est d’un triste aspect; ils sont fort élevés, -et l’on observe dans toute l’étendue, que quelques buissons répandus çà et là. Ces buissons sont fort rouges , on les croit une espèce de bois de Brésil, dont on doit se servir pour la teinture. On trouve encore sur la même
chaîne de montagne une herbe d’une odeur vireuse trèsforte, savoir la Sabine proprement dite, dont on tire une
huile d’une puanteur insupportable, jusqu’à causer des maux de tête à ceux qui n’y sont pas habitués. On l’appelle en allemand Séfena ; en italien, Olco de Zavajonù
Mais
dV Valais. ag5
Mais il est tems que j’entre dans le Bourg de Louëche , Chef-lieu du Canton du même nom. J’ai déjà établi ailleurs, que Louëche était une véritable Bourgeoisie, parce qu’il avait un famillier que n’avaient que las vraies Bourgeoisies. Ces familiers étaient au nombre de quatre, dont deux accompagnaient l’Évêque, et deux le grand Baillif , tous en manteau d’écarlatte galonné en or, et une grande hallebarde sur l’épaule; cela avait lieu aux tems des assemblées des Notables du pays. Ces hallebardes étaient emmanchées à de grands bâtons de bois, au moins de cinq pieds de longueur, qui tout autour étaient garnis de petits clous jaunes à tête ronde; et bordés au sommet de franges en soie rouge ou verte, de cinq pouces de longueur et ferrés au bas d’une pointe de fer émoussée. Les Familiers ainsi costumés marchaient avant l’Évêque et le grandi Baillif, comme les Romains faisaient porter les Fasces devant leurs Consuls.
Pour donner une notice du pont de la Data , au couchant de Louëche , et de la tour qui se trouve à côté pour sa défepse, je dirai, que, quoique de bois, il y avait autrefois, et surtout en i365 , lorsque le Comte Amédée de Savoye faisait la guerre à l’Evêque deSion, Guischard de Tavelli, deux grandes chaînes de fer attachaient tellement ce pont à la tour,qUfe le Comte voyant cela, se désista de son entreprise, et jugea ce bourg imprenable.
11 y avait dansce bourg, anciennement ville, un château qui appartenait aux Barons de Raronia ; mais il fut détruit dans la guerre, que les Valaisans leur déclarèrent en 1414; dans cette même guerre fut aussi détruit le château épiscopal, sous l’épiscopat de Guillaume de Raronia. Mais ce «bâteau fut rétabli par' la suite par Guillaume de Raronia t
ao
zg6 Disquipt i^o h
successeur de ce dernier, et aujourd'hui, il forme .encore Ja maison Bourgeoisiale de Louëche.
C’était. encore dans ce bourg que jadis la Diète s’assemblait, comme nous l’enseigne Simbler , et que PÉvéque convoquait les grands du pays pour élire les Magistrats Souverains, et juger les causes en dernier ressort. L’église paroissiale y est grande , mais sombre ; elle est dédiée à St. Etienne; il y a plusieurs belles maisons ; la maison de la Cible est grande, où les jours de fêtes et de dimanches, les tireurs Confrères vont s’amuser, et souper ensuite amicalement ensemble.
. Ce bourg est situé au pied d’une forêt qui le rembrunit, ainsi que ses maisons antiques et noires. M.r Hœlder plaisante à cette occasion; il dit que, s’il pouvait réduire le Valais en une seule maison; il établirait le bourg de Louëche pour cuisine, les bains pour lavoir, et Sion pour une salle de visite. Sa comparaison n'est pas mauvaise, et surtout il aurait bien choisi pour son lavoir, car toute la journée, et tout le long du canal des bains qui traverse la place, et sur ses deux côtés, on ne voit que de vaisselles, que de linges et de laveuses, qui s’agitent sans cesse. En descendant du bourg de Louëche par la même route qui y conduit , on passe sur le Rhône par un pont d’ura
ouvrage rare, solide et couvert, quoique trè$-lortg, il est
sans pied sur le Rhône. Ce pont est porté par deux épe- . rons en bois, de chaque côté, obliquement posés contre un solide pilier dans la muraille , et liés par de grosses clefs
de fer; c'était le seul pont couvert de tout le pays, avant celui de Ja nouvelle route du Simplôn, qui se trouve entre Gliss et Brigue . Du bout de ce pont de Louëche , aygpçnnt contre Brigue, on trouve laSou$te où l’on dépa-
nu Valais. 497
^ait les marchandises qui allaient en Italie, et qui se trou* ye voisine de l’auberge de la S ouste.
^ Non loin de là, au sommet de la forêt posée du côté Opposé de Ijouëche , il y a une grande montagne toute creusée par les pluies en forme d’entonnoir; elle est composée d’une espèce d’ocre, qui se défait continuellement, çt dont la matière est entraînée par les çaux dit tçrrent formé par la pluie.
11 y a aussi au midi et au levant de la forêt de Finge proche de Lou 'èche , des prairies qui se nomment les prairies des Gémissemeus a à cause de la bataille que les Valai- $ans y ont livrée à quelques Nobles de la Suisse, et aux Bernois, en i3i8. Au levant du même voisinage, se trouva l’ancien château de l’illustre famille des Mogerans ; il est
fortifié tout à l’entour par des muraille ^ssez fortes , et
dont les quatre côtés sont flanqués de tours.
Sur la même route, un peu au-dessus du chemin, est,
une Chapelle, au lieu dit Im Agaren , mais dont l’intérieur
' a été dévasté dans les guerres de 1798, et 1799,. Toute qette contrée, tant en dessus qu’en dessous du grand chemin , est garnie de prairies , jusqu’au village nomme Agarçn, qui fut en partie brûlé ayant les guerres susdites, qn partie durant ces même§ guerres. ]Vlais aujourd’hui il e$t rebâti à neuf*
En avançant toujours vers le levant, on arrive à la
plainq marécageuse de Tourtcmagne , à travers laquelle
le Gouvernement Français vient d’établir une belle route, bien gravelée, avec un grand fossé de chaque çôté pour recevoir les eaux des marais qu’elle franchit, Qn arrive enfin au village de Tourfemagne . Le voyageur conviendra ii*çilement avec moj, qu’il n’y a fiep à Jouer, qu’au con^
Description
traire, la première vue déjà de cet endroit frappe désagréablement. On voit d’abord une église antique , triste et sombre, avec une pointe de clocher en bois aujourd’hui blanchi , et une très-mauvaise horloge , qui marque les heures sur un cadran de bois presque usé, aujourd’hui blanchi et renouvelé; ce village est composé de quelques habitations placées au levant de l’église; on passe ensuite au pont qui inspire de la crainte , lorsqu'on passe dessus avec une voiture, et Ton continue la route sur un pavé boueux et inégal, qui secoue impitoyablement le voyageur. Tout le village est construit en maisons de pierres, mais sans goût, comme sans ordre; une grande se trouve à côté dJune petite; l’une est blanche, l’autre noire, et elles sont dispersées au hasard ça et là, de sorte, que l’ensemble ne présente que de la confusion. Il y a néanmoins dans cet endroit un bel édifice de commencé, dont la construction avait été ordonnée par les ancêtres de M.r le Baron cte Stockalpcr , qui ont désisté de cette entreprise. Mais si le village par lui-même n’a rien d’agréable , ses environs néanmoins offrent le charmant spectacle de la chute d’un torrent qui sort de la gorge méridionale, et qui se précipite du haut du rocher en belle Cascade. Pour la voir, on côtoyé la rive droite du torrent; on monte vers la maison de la Cible, placée sur la hauteur, et l’on découvre d’un peu plus haut cette chute curieuse de cette eau.
Au-dessus de la campagne inférieure de Tourlemagne , sur une hauteur, on découvre une jolie chapelle; elle fut bâtie des reates d’un château de la noble famille de Tort man; ainsi appelée, parce que ces Seigneurs exerçaient la tyrannie sur leurs sujets; l’endroit où est cette Chapelle sa nomme Casileri . Sur les montagnes situées au midi de
bu Valais. 299
ee village, sont différens villages assez grands, et bâtis en bois, dont les principaux sont : Embd , Embs, et Ergisck , qui jouissent de quelques plaines et de quelques côteaux en prairies.
En redescendant le pays, je trouve sur la route la forêt de Phinge ou Finge ; cette forêt commence presqu’àu pont de Lou'êche , et s’étend jusqu’à celui de Sicrre. Elle se divise en deux parties ; celle qui occupe l’espace intermédiaire depuis le pont de Luurche jusqu’au village de Finge, s’appelle la forêt de Finge supérieure, et celle, qui s’étend depuis ce village jusqu’au pont de Sicrre, se nomme la forêt de Finge inférieure. Toutes cés forêts ne sont composées que de dailles fort hautes ei d une belle stature. La forêt supérieure de Finge est de l'étendue d’une lieue \ celle de la montagne attigue au midi, a été brûlée, il y a quelques années, par l’inadvertance des bergers, ainsi que celle sur la rive opposée, et du septentrion, au-dessus du village de Varonne, qui ne présente plus aujourd’hui qu’un rocher tout nu, et dégarni d’arbres. La route qui traverse cette forêt de Finge est très-mauvaise, en ce que tantôt elle monte, tantôt elle descend; tantôt elle tend à la gauche, et tantôt à la droite, quelquefois enfin elle est trèsraboteuse; outre que le torrent de YIll, ou Yl/lgraben , qui y descend, ne veut point se laisser passer par un pont permanent qu’il renverserait d’une nuit à l’autre ; c’est cette raison qui a déterminé les Ingénieurs Français de diriger la grande route le long de la rive droite du Rhône, qui, en même tems deviendra plus droite, et par là plus courte, et aussi plus agréable, comme jouissant du soleil.
Le premier village qu’on observe sur la rive septentrionale du Rhône , est celui de V aronne , qui s« trouve sur
Son Df. u à 1 f i i o k
la hâuteür; il a de très-belles maisons neuVès, ‘dont lift unes sont de bois, les autres de pierres; il fut brûlé en entier dans la*guerre de 179g. Cet endroit est riche; la {am\\\tJviller a tiré de grandes richesses d’une famille dû même nom , établie à Vienne en Autriche, ainsi que M.r le Baron Werra et d’autres encore. Les habitans de cb village sont braVes, laborieux, honnêtes et grands écono1mes. Le chemin qui conduit de Lonëche à Vnronne n’est ni beau', ni agréable; on ne peut S’y rendre qu’en passant sur le pont de la Dala , qui coule dans un abîme presque sans fond; de là le chemin monte rapidement jusqu'au village, depuis lequel on se rend aussi aux baîns par une route qui commence déjà à S/erre, laquelle rôute se trouve assez rapide et pierreuse ‘depuis V aronne en haut.
‘ Environ quatre mille pas plus bas qnp Lou'ëche , eh continuant toujours sa roufe sur la rive droite dû Rhône, on arrive au village de Salgcsch. Cet endroit est agréable, situé dans un petit bassin entouré d'arbres fruitiers. Ses environs sont garnis de prairies fertiles, de champs et de vignes; il offre un bel aspect, son local est chaud, surtout dans l’éndrôit appelé Y Enfer ; il y a 'de même tout plein de vignes depuis Saïgesch jusqu’au village de Vnronne , et pour le dire en un mot, depuis le Bourg de I^ouëche jusqu’à Futly, sur toote cette côte septentrionale du Valais, et conséquemment un trajet de plus de neuf lieues de continuation des dites collines, lesquelles vignes verdoyantes au printems font un effet admirable sur les yeux de ceux qui passent sur la rive opposée', en suivant la grande roule.
Quant aux biens situés au couchant du village , ils sont ■presque tous humides et marécageux, à cause des'eaiïX
i) ü Valais. 3$ï
qui descendent des endroits plus élevés, s'y arrêtent, et y croupissent ; il y a de même à. la gauche du village en descendant de Varontie 9 proche At Salgesch , un Ermitage ou Chapelle sur une haute colline, entre le Rhône et le village; il y a de même proche le même village d’excellentes écrevisses de la plus grande espèce du pays; pas moins y a-t-il une excellente pêche au Rhône, auprès de ce village.
Enfin descendant toujours plus Las, depuis fcé village* on arrivé à un torrent qui s’appelle la Raspilie, en lâtirv Raspilia , qui proprement parlant n’est qu’un glarier fort large, et qui habituellement aussi n’a que peu d’eau, mais lorsqu’il plèut long-tems , ou lorsqu’au printems la neige se fond subitement, ne manque pas de grossir notablement, même au point d’empêcher quelquefois le passage en entier, du moins pour quelques heures; n’y ayant point de pont, mais seulement une poutre traversière.
Celte eau de la Raspilie , ou plutôt ce torrent portant te nom , est mémorable pour plusieurs causes , et d’abord
parce que c’est là, que finit le Dixain de IjOuëche comme
de L’autre côté au pont du Rhône de Sitrre ; ensuite par rapport aux Statuts, ou anciennes lois du Valais, qui en parlent et disent : «Qu’il n’est permis à aucun homme de » citer quelque patriote qui demeure au - dessus de . i? l’eau qu’on nomme la Raspilie ,par devant M:r fOfficial » pour action quelconque, et pour causes mineures, » et purement civiles, dont la valeur et la quantité n excé- » dorait pas six livres maurisoises , par devant le Révéren- # dissime Evêque de Sion , son Lieutenant , Official; et » autre juge spirituel quelconque, sous peine de perdition •7) d e cause, et de son action , réservées cependant et
%o2 Description
» excluesles causes des appellations devant qui, ou devant » quels. Mais pour les autres causes et actions de plus » grande importance , valeur, et excédant la quantité de » six livres Mnurisoises , il soit permis à chaque patriote » d’évoquer un autre tant de la Raspilie au-dessus qu’au- » dessous demeurant par devant le prélibat Révérendis- » sime Evêque de Sion ,ou son Lieutenant, et de pour-
» suivre son action quelconque contre un tel cité jusqu’à
» sentence inclusivement, et ainsi les résidens en bas » de cette eau, de les citer au-dessus, et vice versây
# ceux d’en - haut en bas , au tribunal de Monsieur le
j) Baillif, et de son Lieutenant pour action quelcon- » que , ne doivent pas être appelés et assignés ». Mais . notre dernière Constitution a changé tout cela , en enlevant à l’Evêque toute jurisdiction civile et criminelle ; enfin ce torrent est mémorable , parce que c’était un ancien usage dans le Valais, que si le grand Baillif demeurait au-dessus de ce torrent, le vice-Baillif devait être au-dessous , et vice versâ, si le Baillif était en bas, le vice-Baillif devait demeurer en sus.
CANTON DE SIERRE.
Ici les montagnes semblent s’écarter à dessein pour former le beau Canton de Sierre ; le territoire s’expose à l’aspect du soleil , le terrain se fertilise et se couvre de prés, de champs et de vignes; le regard sauvage ne fixe plus les yeux du voyageur; un aspect riant, fertile, heureux vient lui faire oublier celui des montagnes concaves, sombres et sauvages * enfin le climat se change et devient plus doux.
d u Valais.
Sierre est le Chef-lieu de ce Canton , et le premier grand village qu'on trouve depuis Louèche en descendant ; il s’éloigne un peu du Rhône et s’approche du septentrion ; il a de beaux édifices, et jouit d’un bon air ; Sainfe-Càtherinc est la Pa/rone de son Eglise ; on observe dans le voisinage de cette petite vilote le Château antique des M.r* de Pla/ea, qui y avaient transféré leur fortune depuis Viège. Les villages de ce Canton, qui se trouvent situé» au septentrion, sont Cuchon , Willa , Glarey , Musot , 'Murat, Miesot , Venthone , Saint-Maurice de Lac, slnchet, Veiras, Loque , Randogne , P louche et P Ermitage de Crëtolef, fertile en miracles, dédié à Notre-Dame des Neiges , dont on célèbre la fête le 5 du mois d’aoûtparune grand’Messe; au midi de Sierre on compte Gironde , la vallée d’Ann irier s , Chyppis , Rechi, Chalay , Granges , Grone, et Vercorin ; à l’occident le village de Saint-Léonard avec Jjenc sur la hauteur, Cherminona , Montana , Icogne , et les endroits inférieurs de la même montagne , comme O lion , Regrouillon , Champsobé , et Noes.
Sierre est la demeure de deux familles illustres , de Courten et Preux, comme aussi celle des Dclovina ; les nobles de Chastonay , de Venthone et de Glarey y demeuraient anciennement; sans oublier les Mondereschi et les Devignes , et tant d’autres, dont l’énumération deviendrait trop longue. C’était encore à Sierre , comme Chef-lieu que se tenaient toutes les assemblées; c’était là que se prononçaient toutes les sentences civiles et criminelles du Dixain, comme c’était l’usage dans chaque Chef-lieu de» treize Cantons qui forment le territoire du Département du S impion.
Sierre , à mon av-is, est le plus agréable séjour du Vjn-
Zo 4 Desckiptiost
lais ^ tant à raison de son sol fertile et du bon air dont il jouit, qu’à cause des deux beaux petits lacs qui embellis-4 sent son paysage méridional , garni de petites collines verdoyantes , de prairies , ou de moissons dorées. Les Collines de la* côte septentrionale de Sierre offrent un aspect encore tout nouveau ^ ici sont de beaux vergers, dont les arbres plient sous le poids des pommes, dont la couleur rouge brille à travers la feuille verte, là parait un beau champ doucement incliné et couvert d'épis pendans; plus loin le raisin vermeil brille suspendu au cep fécond ; de tout côté s’élèvent de petits villages élégam^ ment posés et grouppés sur le dos ou dans les creux des CoH ines , qui enrichissent le propriétaire, en même tems qu’elles .embellissent son domaine. Enfin pour achever l5éloge de Sierre par un seul trait, il brille parmi tous les autres endroits du'Valais , comme le soleil , dont l’em-1* blême formaient ses armoiries, brille parmi les autres astres qui décorent la voûte azurée des deux.
Proche de ce Bourg, et à son septentrion, il y a quelques maisons avec l’ancienne église paroissiale ^ de beaux et bons jardins légumiers, et plusieurs vergers enrichis -dè quelques belles treilles. Il se trouve aussi dans ses environs quelques places marécageuses, au-dessus du Bourg même; ce qui ne doit pas étonner, si l’on considère, qu’on trouve de ces marais dans les plus hautes montagnes, et qu’on y trouve môme des lacs remplis de poissons.
II y a deux fontaines dans cet endroit qui fournissent une eau fraîche ,. limpide et saine. Il y a proche de la place une belle Eglise neuve , richement et élégamment décorée , assez grande et cependant toujours, remplie^ de monde les jours des dimanches, et des fêtes. L’intérieur
fl u V a t a i 5. ' 3o5
Ce cette église fui reblanchi , les Autels renouvelés , et la peinture des tableaux rafraîchie, à Foccasion de là visite épiscopale faite par notre Révérend issi me Evêque de Sion , dans laquelle, huit jours après, il y débita un Sermon aussi éloquent que savant, lorsque M.r son neveu^ Chanoine titulaire <ïe la cathédrale de Sion , y célébra sa première Messe.
Sur un rocher élevé , au sud-^st de S terre, on observe une forte et ancienne tour carrée, on l'appelle en idiome du pays le Goubing-Tourn , qui jadis était le Château de ta noble famille de Plaléa.
Entre le Rhône et Sierre , Aymon de la Tour, Evéquè de Sion , fit bâtir un Couvent de Chartreux l’an i33o , dans cet endroit, qu on appelle Gironde, mais les guerres continuelles du Valais ayant épuisé sa fortune, les Chartreux quittèrent ce lieu, et des Carmélites vinrent leur Succéder en 1428.
Auprès de ce Couvent, dans une espèce d’enfohcement, il y avait Fancien château de Sierre, siège des Evêques de Sion ; mais il fut détruit dans la guerre des Messieurs de Raronia, et incendié Fan 1414? les restes de ce Château font voir, qu’il était grand et élégant , surtout pour ce ‘tems là, où l’on se piquait en général plus du solide que du beau.
©n a fait de ce Couvent le Séminaire de Gironde, destiné à l’instruction des jeunes prêtres; ce Séminaire, jusqu’au dernier tems, avait un Directeur, qui était tout à la fois l’économe et l’administrateur de ses biens ruraux, lesquels, s’ils étaient bien administrés, feraient un assez joli domaine; mais entre les mains d’un fermier qui ne contait pas la nature du terrain pour en savoir tirer parti, ces biens tombent en stérilité.
Description
Mais revenant à Sierre , on observe encore dans ce village l’ancienne tour des Messieurs de Montheolo , Vidâmes de Sierre ; on ignore l’époque de sa construction, comme celle de la plupart de^ anciens Châteaux du pays: il est cependant vraisemblable, à juger de l’apparence de son antiquité , qu’elle a été bâtie avant que les Seigneurs de Monlhcolo eussent acquis la Vidamie de Sierre , savoir du tems des Messieurs de Chevronis , desquels elle passa aux Messieurs de Montheolo , aujourd’hui de Montheis ; il est même possible, qu’elle aie été bâtie antérieurement aux Chevronis. Aujourd hui cette tour appartient à Mr. le Colonel Eiie de Cour/en.
Il y a de même vis-à-vis cette tour , au coin de la rue, vers le septentrion , un autre édifice fort antique plus long, mais plus étroit, et moins élevé, qui parait dater de la même époque que la tour dont nous venons de parler, et dont la construction paraît avoir été destinée pour servir de souste, eu de dépôt de marchandises.
Le village le plus proche de Sierre e*t celui qu’on nomme Glarey , consistant en quinze à vingt maisons, parmi lesquelles les deux maisons de M.rs Dechastonay sont évidemment les plus belles y il y a dans cet endroit une petite chapelle où l'on dit quelquefois la messe, mais elle n’est ni belle, ni grande. Quant aux biens qui l’environnent, ils sont bons et beaux ; il y a encore de grands prés qui s’étendent jusqu'au Rhône.
YVilla , autre village proche de Sierre, situé entre le septentrion et le couchant, à l’orifice d’un torrent; appelé la bonne eau , prononcé par les habitans la Bonnive , qui sort au pied du mont ; il coule au couchant du village de Sierre , passe sur la grande route, et se /elle ensuite
bu Valais. ïof
au Rhône. Cette bonne eau est néanmoins quelquefois très-mauvaise, surtout en tems de pluie, où elle grandit, se charge de gravier, change de cours, et fait ses ravages comme bien d'autres, à travers les champs et les vignes.
Au sortir de Sierrc , à cent pas de distance, on trouve sur le grand chelnin un autre petit village, placé au sein de quelques prairies verdoyantes et couvertes d'arbres fruitiers , il est placé sur une espèce de hauteur qu’on appelle Cuchon ; il y a auprès de eet endroit une jolie carrière de plâtre, et assez grande.
Il y a encore un petit village au-dessus de Willa sur le même côté, un peu plus au levant; mais il ne consiste qu’en quelques maisons de bois; on l’appelle Murat. Sa situation est assez belle, elle se trouve entre des prairies et des vignes. Il y a quelques années, que par la négligence des domestiques, la belle maison de son Excellence Baillivale Maurice Fabien Weguener , a été brûlée; il était un grand Orateur, et pour cette qualité il fut souventDéputé à la Cour de Turin ,et en Suisse.
A la même hauteur, et plus au levant , on trouve ou autre village nommé Veiras , au fond duquel on voit un enclos maçonné à la hauteur de quatre pieds tout au tour, avec deux portes , couvert d’un grand toit en taviilons , où l’on tenait la justice désénale tous les mardis de l’année, sauf le tems des fériés, en présence du peuple, et du Seigneur grand Châtelain du Dizain , qui était le président du tribunal du Dixain; c’était là, et en présence de tout le monde que les Avocats des parties plaidaient et soutenaient leurs causes; c’était encore dans ce même endroit nommé Paqueret , qu’on nommait tous les deux ans le Seigneur grand Châtelain du Dixain quinze jours
3o8 Description
gvant Pâques. Ce grand Châtelain alors donnait selo»\ l’usage un grand festin à toutes les Autorités duDixain, à tonte la Noblesse , et à tout le Clergé; ce festin quelquefois durait plusieurs jours de suite , et était suivi d’un grand bal. 11 y a dans ce village une belle maison de pierre, appartenante à M.r le Châtelain et Conw missaire Roux ; ses environs sont en prés et en vignes ; il est situé sur la grande rpute pour aller à Y enlhone , à la , 4i$tance d’environ mille pas de Sierre .
Depuis ce village, allant toujours de plus en plus vers Parient, par le chemin qui y conduit, on arrive dans une jol ie plaine un peu enfoncée , où il y a de très - beaux; prés et vergers garnis de pommiers, de poiriers, cerisiers » çt noyers , au sommet desquels il y a un village qui forme la petite paroisse de Mièse ; cet endroit est fort joli et très- fertile; ce lieu jouit d’une douce température et d’uq air très-sain, il a des vignes dans ses environs.
Montant depuis Yeiras par la grande route, qui est assez pierreuse, et par place assez rapide, on arrive à uq grand village nommé Venthone ; les nobles de Venihona , dont les tours existent encore aujourd’hui , y demeuraient anciennement , savoir en l’année 1 1,29. Wi/lielmus de VenthonçL a vécu en 1 ia5. Cette famille s’étant éteinte, ces tours sont parvenues au Dixain de Sieçre. L’église paroissiale de cet endroit est grande et belle; cet endroit a été, et est encore le séjour de quelques familles respectables. Ses environs sont qn prairies, en champs, en vignes et qn vergers ; ils jouissent d’un beau prospect sur Sierre , qui lui présente un tableau ravissant , embelli par ses lgcs, animé par ses tours. Il est situé sur une plaine élevée, et jouit d’une te.mpératurç saine et belle. Les tjabi-
tans en général y sont honnêtes , prudens, polis et civils,' de plus ils sont pacifiques et affables; en deux mots c’est un peuple des plus polis du pays, ainsi que celui de Sierre parce qu’ils vivent à l’exemple des Messieurs qui restent parmi eux, »
L’endroit le plus proche de celui-ci vers le couchant •' est le village, ou plutôt la campagne des Messieurs de Preux , qu’on nomme Aochet , situé un peu plus bas que Vi enthone. C’était dans cet endroit que Messieurs les de Platea, demeuraient; mais aujourd’hui il appartient presqu’en entier aux Messieurs Preux. 11 a quelques belles maisons en pierres , avec de beaux jardins et prés à l’entour. • * ■ . • . '
De V enthone on monte par un chemin assez pierreux et rapide pour se rendre à la paroisse de S aint- Maurice du Lac. Il n’y a de visible de loin dans cet endroit que l'église et la maison de la Cure, toutes les autres maisons sont dispersées çà et là sur la côte ; ce qui forme presqu’autant de villages, quil s’en trouve quelques maisons de rassemblées, qui cependant appartiennent à la même paroisse; comme Molin, Randogne, Loques, et Plouche; de ces endroits je n’ai rien à dire, ils n’ont que quelques prairies, encore celles-ci marécageuses, dans leurs environs; quant à son nom, elle l’a tiré de St. Maurice , qui est le patron’ (je cette papoisse, mais j'ignore , pourquoi le mot de lac
y est ajouté, à moins, qu’il n’y ait un Jac dans le voisjnage. ■
Qn voit encore plus haut, et au-dessous de la' forêt ■ Péglise de l’Ermitage de Cré/olet; elle est assez grande et jolie; il y a ordinairement un Ermite qui vit de charité* ej d aumôqes. Il y a encore dans la même montagne $eo-
3lO ' D X S 6 K I P T I O TU
tentrionale de Sierra , un peu plus du côté de Mièse , un autre petit village nommé Musot , avec une église à S/. Sébastien ; mais il n’est composé que de quelque* maisons de bois , et n’a rien de remarquable.
Au couchant de Sierrc , sur la même chaîne de montagnes septentrionales de ce Canton, et presque vis-à-vis des potences qui se trouvaient sur une colline voisine de la grande route, sur la rive gauche du chemin en descendant le pays, ce qui était un scandale et une frayeur publique partout où elles se trouvaient, ce qui indiquait en même teins un défaut de civilisation et de police bien
entendue ; en ceci l’auteur des lettres sur la route de
Genève à Milan , à raison, quand il dit , que les potences s’élèvent sur des colhnes à côté des chemins, et qfce cet usage semblait venir des Gouverneurs barbares, qui rappelaient leurs pouvoirs par la plus triste de leurs prérogatives; mais à cette occasion, il a été mal informé, quand il a dit, que les bornes des différens dixains du Valais étaient fixées par des potences ; car , il est certain au contraire , qu’elles n’étaient ordinairement placées qu’au centre du territoire de chaque dixain , près des Chefslieux qui exerçaient la haute justice, et portaient la sentence des condamnés, dont la potence était le genre du supplice qu’ils subissaient , et pour cette raison toujours à une certaine distance de chaque Chef-lieu, et jamais aux frontières ; mais je m’écarte.
Vis-à -vis des potences de Sierrc, au milieu des vignes, est un petit village nommé Corin . Un peu plus haut que celui-ci , se trouve un autre village du même nom, sauf que pour les distinguer , on y fait une petite adjonction , et on l’appelle Corin de la Creta ; ces deux villages ensemble
contiennent
Su
d <t Valais.
contiennent environ septante maisons, agréablement posées sur des prairieÿ, et parmi des vignes. Le sillage le plus prochain à ceux-ci , est celui nommé Champsobé ; mais il n’a rien de particulier, ni de curieux.
Dans la même ligne liorisontele des montagnes du septentrion , en avançant toujours vers l’occident , plusieurs autres villages sont répandus çà et là ; tels que J^alanson , Olon , Planté , les Condâmines , Saint-Clément , frétas et Schilling , que je ne ferai qu’indiquer ici , parce que ce ne sont que des demeures, ou ceux de Tjcnz vienn nent passer quelque tems, pendant les travaux des vignes, ou consumer le foin avec leurs troupeaux. Le dernier village, celui de Schilling jouit d’un beau prospect et dun. air sain; ses sites sont beaux , couverts de prairies etodç vignes; il y a une jolie maison de campagne appartenante à M.r le grand Châtelain Lennon ; cet endroit aura . probablement tiré son nom de la famille Schilling , à laquelle il aura sans doute appartenu , et l'aura gardé jusqu’à no» purs , comme la campagne de Bellini a retenu ce nom: d’un propriétaire ainsi nommé.
Mais revenons dans la plaine, et nous y trouverons d’abord sur le côté gauche du chemin , en descendant de Sierra , le petit village de Noes , probablement ainsi nommé à raison de la quantité des noyers qui 1 entourent , qu'on appelle en jargon du pays des ISocs. La simple inspection des maisons, la plupart en bois, fait voir, que ce village est ancien ; leur construction prouve et atteste la simplicité et l’économie des habitans; les maisons paraissent plutôt des étables , et les portes y sont si basses» qu’il faut pour ainsi dire, se doubler pour y passer; il en est de même des fenêtres où l’on ne peut passer que la tète.
Description
Mais au-dessus du village appelé Corin de la Creila , le plus proche est celui de Chermignion d3en bas . Ce village fait une communauté séparée; il est garni de champs à son levant, et son septentrion est couvert de prairies; il y a une Chapelle où l’on célèbre quelquefois la messe; l’air y est sain et bon, comme en général dans toute la montagne de Ijenz .
, De là par un sentier on arrive à Lenz , Chef-lieu des villages de cette montagne; cet endroit est fort grand, et très-agréable; c’est là qu’est la paroisse de Lenz, où sont un Curé, et un Vicaire; le Curé était toujours élu par M.r le Prévôt , ou le chapitre de la maison du St. Bernard , qui y a le droit de Patronat . Il a de belles maisons, dont laoplupart SOnt en pierres, et couvertes en ardoises ; son cgüst i est une des plus grandes du pays, et dédiée à St. Pierre aux chaînes ; il y a une bello tour de clocher ,à Cinq clocles, dont le son est assez beau ; la grande cloche est une des plus grandes du pays , elle se fait entendre jusquesur les montagnesde la rive opposée du Rhône. Cett# église, dont l’intérieur est un peu sombre, est très-ancienne, elle est décorée de cinq Autels, dont celui dédié à la Sainte-Vierge , est tout en beau marbre, et il y a une belle orgue. 11 y a de même un grand tilleul proche de cette église qui parait avoir quelques, siècles, et est entouré de mur, dont l’ombre en été est fort agréable; Lenz possède de beaux jardins et de beaux champs, féconds en orge. Ce village jouit d’un superbe prospect de tout côté; il a ses promenades; on y observe un lac, surtout celui du Grand Cran ; on ne se sert dans cet endroit que des espèces de bâtons , pour limiter la possession de chaque individu, preuve, qu’il y a une grande
ï) tj Valais*- $i3
ïid^Irté et une probité à toute épreuve. Les montagnes de* cette contrée fournissaient autrefois une belle chasse pouf les lièvres , mais aujourd’hui ils deviennent rares ; sans doute parce que les loups et les renards les y détruisent* L industrie des habitans avait adopté une jolie manière de chasser le loup dans cet endroit; ils creusaient de» fosses profondes , qu’ils recouvraient légèrement , ils plaçaient sur ce piège un animal quelconque crevé pour servir d'appas à cette bête féroce , et celle-ci tombait ainsi, dans la prison où ensuite on allait le tuer à coups de fusils*, .Poursuivant le grand chemin depuis Lenz vers le levant* par un trajet d’une demi lieue, à travers les champs situés en plaine , on arrive à Cherminione Supérieur ; ce village est grand , et presque aussi grand que celui de Lenz ; il a. une chapelle dédiée à Si, George ; toutes les maisons y, sont en bois , à l’exception de la maison de Coin-» mune placée au centre du village; il est aussi entouré do quelques champs, de quelques prés; ses biens communaux occupent le septentrion de cet endroit.
Depuis ce village , et toujours à travers des champs à grains , toujours en droiture et en plaine, à la distancé d’une demi lieue, on entre dans le village de Montana ; ce lieue a une Chapelle dédiée à St ? Grat , où le jour de la fête de ce Saint, et de celui de Si* Michel on chante une grande messe* Ce village est sur une plaine, et pour s’y rendre, il faut monter, ce qui fait la beauté do sa situation* 11 est entouré de ses champs & grains , de ses prés , de ses jardins , et de ses Liens communaux ; U possède une bel}# forêt, qui se trouve située au-dessus de l’endroit; uné vue étendue et charmante embellit sog séjour* qui y est gai et sain,
3 1 4 D I 5 C RI î T I O K
“A un quarl Je lieue de là, par un chemin horiaonlal , tendant à l’occident, on arrive à un village composé de huit maisons seulement. Cet endroit, selon le dire commun , a été une petite. ville, dont on observe encore aujourd’hui les ruines des édifices qui y ont existé: son voisinage se pare de poiriers, de prairies, et l’habitant y respire un air sain.
Disons encore quelque chose de ce village qui se cache presque dans un creux , au septentrion de Lcnz ; il se liomme Icognc ; il est grand et peuplé; ses colons y logent dans des maisons de Lois, privés de tout prospect.
Quittant enfin les diverses contrées de Lenz , j’arrive auprès de la campagne de M.r le grand Châtelain Adrien Bonivini, à Prafalcon. C’est vraiment une belle campagne et url beau et vaste domaine, consistant en bonnes prairies et beaucoup de vignes, avec de jolis édifices, elle abonde en arbres fruitiers de toute espèce , en un mot , c’est une belle campagne qui borde la grande route entre $ion et Sierre proche du pont de Grange ; Grange est une petite ville, j’entre donc dans la petite ville de Granges , située aupied d’anciens châteaux, bâtis sur un petit mont, qui s'y trouve, et qui porte encore aujourd'hui leurs ruines. Cette commune se trouve sur la rive méridionale du Rhône, à mi-distance entre Sierre et Sion ; jadis c’était une petite ville fortifiée; mais ses murs ont été détruits; et avec le tems il a dégénéré en village; cet endroit obéissait anciennement aux nobles Tavelli , et de la Tour y ensuite à la Bourgeoise de Sion, qui l’avait acheté en i6o3 , avec la jürisdiction.
Au-dessus du village actuel de Granges y sur un rocher sabloncux, on comptait trois châteaux, mais qui, dans
I>U VALAIS. 3i5
la gueiTe contre les M.rs de la Tour , ont été dévastés, incendiés et détruits. Aujourd’hui on n’y' voit que les restes de quelques murs , et une grande ancienne toué carrée. Mon manuscrit porte, que cette guerre a eut lieu en 1076, tandis que Simbler la date de l’année 1370. On est au reste assuré , qu'en 1211 la famille de Taçelli y vivait encore en grande réputation et autorité.
On aura de la peine à fixer l’antiquité de ces châteaux ; une preuve de celle-là pourra être l’Eglise de ce village, qui porte encore les marques des premiers siècles. Les alentours de ce village, lorsque les eaux du Rhône grossissent , sont quelquefois couverts d'eau ,et pour cela marécageux; l'atmosphère y est pesante, et mal saine ; on n’y voit qu’une populace pâle , fiévreuse, et souvent hidropïque. Us sont encore exposés à d’autres inconvénicns majeurs, j’entends ces Liens de Granges , c’est que le Rhône coule dans toute leur longueur, et entraine les barrières * ..qu’ils sont obligés de reconstruire, pour ainsi dire, à tout moment, jusqu’à leur enlever le tems nécessaire pour travailler leurs campagnes.
En droiture presque, entre le midi et le couchant, on trouve un village nommé Grone , situé au pied d’une montagne; il consiste en quelques maisons, dont quelquesunes sont en pierres et assez bien bâties. L’église de cet endroit est placée au bout occidental du village; elle est assez grande et jolie ; Simbler dit, qu’il y avait des mines d’argent à Grone , mais ne les ayant pa> vues, je n’en dirai rien non plus. Ce lieu avait aussi ses Seigneurs particuliers, dont la maison de Commune, placée sur la hauteur, parait en avoir été le château. Ses environs consistent en prairies et champs à grain$; sa température est mal saine il n’a que quelques habitans durant toute Vannée.
S16 Descriftion
Il y a aussi au-dessus de Gronc , sur la montagne , québ ques petits hameaux; entr’autres un, qu’on appelle ert Loyé , qai pour la plupart appartiennent à M.rs Brultin.
De Gfone, suivant toujours la grande route, qui est assez pierreuse et remplie de petites montées et de petites descentes, en avançant vers l’orient par un trajet de trois mille pas environ, on entre d’abord dans le village de fleschi, situé dans une espèce d’enfoncement; il n’est ni beau ,ni grand; son paysage cependant est garni de prairies fertiles et arrosées par une eau, qui les féconde, sur lesquelles sont dispersées çà et là quelques maisons; le inonde n’y est point civil.
Mais il est tems de dire deux mots de Chalay , qui est éloigné d’un quart de lieue de Reschi\ Chalay est joli; il est entouré de beaux biens , de jolis jardins; il avait autrefois ses propres Seigneurs , comme il conste par une tour qui y a existé; la jurisdiction de Chalay passa ensuite à l’Evêque de Sion. Ses habitans y sont honnêtes , spirituels et moyennés, mais la route qui y conduit, n’est pas des meilleures, à peu près comme toutes celles de ce côté là. Au-dessus de Chalay , sur la montagne, se trouve Vercorin , autre village, qui appartenait aussi à l’Evêqüe de Sion.
Pour ce qui est du village de Chypis , il est situé à l’entrée de la vallée d 'Anniviers , à côté de la Navisenza , rivière, qui prend sa source sur les plus hautes montagnes de cette vallée, la parcourt ,et vient se jeter au Rhône au-dessous de Chypis. Cet hameau n’est composé que de quelques maisons de hors, placées sans ordre ; il reçoit sa plus grande beauté des prairies qui l’entourent; les habitans y sont grossiers; ils parlent un langage presque inintelligible.
■n u V a t a i s. 3iy
Enfin poursuivant la route depuis ce village du côté du levant, après avoir dépassé le torrent sur un pont et une chapelle sur la hauteur, on entre dans un sentier étroit, au travers des ruines pierreuses , et directement sur le Rhône, qui les touche, et l’on finit de parcourir ainsi la plaine du Canton de Sierre.
Mais revenons, et rendons-nous à Vercorin par une montée de deux lieues. Ce village est grand, son église est dédiée à St. Boniface, qui en est le patron. Le chemin, qui y conduit, est fort pierreux, et promène le voyageur par des zigzag continuels et très-rapides, jusqu’à la chapelle, qui se trouve sur cette route, et depuis où la route semble devenir meilleure. Ce village est placé dans une belle plaine; là s’élève avec art et beauté la grande maison de campagne du défunt Général Pancrace de Couitcn de Sierrc, où dans le tems des chaleurs, il allait avec toute sa noble famille, respirer le frais et la tranquillité.
Après avoir dépassé les prés situés derrière Vercorin, au bout d’une demi lieue, on vient à une grande forêt, pour pénétrer enfin dans la vallée d'Anniviers ; au bout de cette colline méridionale de Vercorin, et au creux de la dite forêt, avant de donner le contour sur l’autre rive, jaillit une petite source qui arrose l’herbe toujours verdoyante à l’ombre de quelques beaux arbres de sapins et de melèses. C’est là , que je me rendais quelquefois à cheval pendant la fraîcheur du matin, et y restais plusieurs heures, m’amusant à la lecture de quelque livre instructif, tandis que mon cheval y broutait l'herbe verdoyante, attaché à un arbre tout près de moi , par le moyen d une longue corde. Là je jouissais d’une ombre continuelle et fraîche; dans ce lieu isolé, il me semblait que je compo-
3i8 Description
sais avec mon cheval et mon livre, le monde tout entier. Cette solitude me paraissait avoir quelque chose de sacré, de majestueux, à quoi se joignait le profond silence de la nature, que rien ne troublait, sinon par fois le chant de quelques petits oiseaux, sur les branches d’un arbre voisin. Là enfin, je m’abandonnai tout entier à quelque méditation profonde; A que ce souvenir m’est encore agréable! Cependant il n’est pas pur, il se mêle à celui qui me représente la tempête qui m’y surprit une fôis ; car un jour comme à l’ordinaire, m’étant rendu dans ce lieu enchanteur avec mon cher petit cheval , j’y restai jusque vers les sept heures du matin, alors tout-à-coup s’élèvent au-dessus de ma tête de sombres nuages, qui me dérobent le jour; pour éviter l’orage qui menaçait, je bride mon cheval, le monte, et reviens sur mes pas. A peine suis-j» en roule, que le ciel gronde, la foudre éclate et tombe; de tout côté je voyais le trépas, je voyais les ombres sillonnées par des subits éclairs, qui rendaient encore plus sombre le ciel après leur disparition. Enfin, sans laisser prendre le galop à mon cheval, qui le voulait sans cesse, plein de frayeur, j’arrive chez moi, où tout le monde m'attendait avec inquiétude; là, je respire, comme sortant des ombres de la mort. Aussi, jamais je n’ai vu, ni lu la description d’une pareille tempête. Cette forêt porte le nom expressif de la Creusa; car en effet, elle est située dans un grand enfoncement, ou creux.
À la sortie de cette forêt en montant , on trouve le village de Pain-sec , qui est tellement dressé contre la monie , qu’il y parait cloué; on y descend par un chemin pierreux et (oit rapide; ce village est le premier de la vaiiee d ' Annieicrs ; les maisons y sont toutes petites et
du Valais. * 319
basses ; il n’y a pas d’autres biens dans cette contrée que des prairies. La jurisdiction appartenait jusqu’à ces der-' niers tcms, au vénérable Chapitre de Siôn, qui y établissait un Vidame de deux en deux ans , tiré du corps des. Chanoines capitulans; ce Chapitre avait le même droit à Cordona , village du même dixain. Les habitans de Painsec sont bravés gens, mais un peu grossiers ils y parlent uji jargon français presque inintelligible.
De là s’avançant toujours de plus en plus dans la vallée, par un chemin pierreux d’une lieue de longueur, on arrive enfin au chef-lieu de toute la vallée d 'Anniviers 9 c’est-àdire, à Vissoyé . Il y a d’abord dans ce village une belle église neuve dédiée à Ste. Euphémie, comme patrone du lieu, elle est grande et gaie. Au-^dessous de ce village
assez grand et bien bâti, se précipite avec grand bruit la
Navigenze. Cette vallée, en pénétrant davantage, se divise en deux branches, dont l’une s’appelle Ayer , et l’autre Grimenze , prennent chacun le nom de son principal vil-, bge, leurs sommets sont couverts de glaciers.
Cette vallée possède quelques champs, de belles et fertil es prairies , de riches montagnes , couvertes de gras pâturages où les troupeaux des habitans broutent l’herbe pendant les beaux mois de l’année. C’est là qu’on fait les plus gros fromages du pays , ils les appellent Prémices, parce qu’ils donnent au Curé, comme prémices du fruit de la montagne, le premier fromage, qui se fait de tout le lait d ’un jour entier de toutes les vaches de chaque ipontagne. Il n’est pas rare de voir de ces sortes de fromages peser jusqu’à cent-vingt livres, et plus; mais ordinairement ces fromages ne sont pas bien faits, et 11e se çonser^ent pas long-tems.
320 DE$eiitfiTio:N
Les villages d'Ayer et de, Grimenzf sont au fond de
cette vallée ; tous deux sont d’une grandeur médiocre , et pour ainsi dire, au pied des glaciers. Les chemins qui y conduisent sont pierreux et rapides ; mais n’ayant rien qui puisse piquer la curiosité, je ne m’y arrêterai pas; je redescends donc au chef-lieu, où je m’arrêterai pour y faire encore une observation sur les usages particuliers d* la vallée. Un usage tout inoui qui s’y observe , est celui par lequel les personnes mariées vivent très-frugalement pendant tout le tems de leur mariage , et cela, comme ils disent , pour pouvoir bien faire enterrer les leurs ; car ils donnent les jours de renterrement et du . septième d'un adulte ,de grandissimes repas à une centaine de personnes au moins ; tout abonde dans ces sortes de festins ; le bon vin vieux y pétille dans les verres ; des bouillis, des rôtis, des plats de toute espèce couvrent toute la table , autour de laquelle est une populace en bon appétit. On commence le repas par le fromage rôti, on le finit de même. L’on assaisonne les viandes avec du miel qu’on étend par dessus ; tout y est en profusion, et sens épargne ces jours-là; il semble, qu’ils veuillent absorber les longues épargnes du décédé , et convertir ses funérailles en fêtes.
Il y avait de plus, proche de Vissoie , le château appelé Périgard , situé sur un rocher très-élevé, mais qui fut détruit dans la guerre des M.r* de Raronia , par les Vataisans,en 1417; j’ai dit ailleurs, que cette vallée appartenait à cette famille. ’
Sortant ensuite de ce village et de la vallée, on voit sur la hauteur de la montagne , placée sur la rive droite du torrent, le grand village de Luc, qui fait aujourd’hui une
nouvelle paroisse, séparée de celle de Vissoie , dont elle est filiale, et envers laquelle elle subit quelques conditions. C’est un beau et grand village, mais le chemin qui y conduit, est rapide et pierreux; il a beaucoup de champs dans ses environs, ainsi que des parcours très-fertiles.
Descendant ensuite de ce village on passe par une route à côté des rochers d’une hauteur prodigieuse et coupés à pic, où elle paraît être suspendue en quelques endroits à plus de cent toises d'élévation, au-dessous de laquelle s’ouvrent des précipices horribles, ce trajet s'appelle les Ponlies. De là on rencontre un petit village, où il y a beaucoup de raccards pour y déposer les grains et la paille; il est sur une plaine couverte de champs et de cerrsiers, et s’appelle Joue. ,
Descendant enfin depuis ce village ou hameau contre Sierre, on arrive par une route assez bonne, mais rapide, dans la forêt de Finge inférieure, et revient à Sierre.
Il nous reste encore à dire quelque chose sur le dernier village occidental de la plaine , appartenant à ce dixain, et qui est celui de Si. Léonard. L’église de cette petite paroisse est dédiée à la Ste. Trinité , au jour de laquelle on y célèbre la Dédicace. Il passe près de là un torrent appelé la Rieie-, il descend d’un mont sabloneux; il est dangereux, et déborde souvent dans la plaine de ce village, qu’il couvre de ses graviers. Son cours sert de limite entre le Canton de Sierre et celui de Sion. St. IJonard est un village pauvre, mal bâti, à l’exception de quelques jolies maisons de pierres, qui embellissent son aspect, ses habitans sont paresseux. C’est proche du pont de cet endroit que s’est livrée une sanglante bataille entre les Valaisans, et Messieurs les Barons de la Tour , dans laquelle Antoine
de la Tour fut vaincu et tué au dire des uns l’an 1376. Au levant de ce village, sous la route, qui conduit à Lenz , est une grotte souterraine vraiment admirable; on y voit sur sa tête une grande voûte de rocher, d’où tombe goutte à goutte dans un bassin qui se trouve au bas, une eau claire et pure; elle est près d’une forêt d’ormeaux sauvages. Mais passons plus loin.