CANTON DE SION
.Avant de parler du Canton de Slon , j'observerai , qu’on appelait anciennement Se'dunois, en latin Sedunos , tous les peuples existons depuis les confins des Vïbèriens , jusqu’aux terres des Véragriens, c’est-à-dire, depuis la Gamsa jusqu’au pont de Conthay. Mais le Canton de S ion, dans son organisation actuelle , commence au pont de S/. Ijéonard , et va finir au pont de la Lizerne , proche du village d 'Ardon. Ce Canton était donc, avant la réunion du Valais au grand Empire Français, faite par SonExcellence le Général Berlhier , au nom de Sa Majesté Impériale etRoyale, le grand Napoléon, le septième et dernier dixain du haut Valais. Le territoire de ce Canton a conséquemment trois lieues de longueur, et. est placé dans l’endroit le plus large de la grande vallée, d’où partent plusieurs autres vallées latérales.
La ville de Sion est aujourd’hui la capitale du Département du Simplon, comme elle la fut toujours du cidevant Valais; elle formait autrefois une Baronie , dont les propriétaires et membres de la Bourgeoisie portaient le litre de Barons ; le torrent nommé la Sionnc , la tra-
du Valais* 323
verse dans toute sa longueur, du septentrion au midi, et se jette à un petit quart de lieue de là, dans le Rhône,' qui coule majestueusement à la gauche de cette ville. La Sionne est souvent sans eau dans la ville, soit parce qu’on la prend pour arroser et fertiliser les prairies voisines, soit parce que la chaleur de l’été tarit souvent sa source qu’elle tire de la fonte des neiges. Ce torrent, humble ordinairement, devient aussi quelquefois un ennemi fier et dangereux; il se gonfle, il grandit, il menace la ville et les campagnes; il roule avec un bruit' sourd, dans, soa lit de pierre et de graviers , et s’enfuit avec eux dans la plaine qu’il couvre et qu’il dévaste. Mais la description de scs fureurs se trouvera dans celle des inondations de la ville, qu’elles ont si souvent attaquée.
S ion s’appelle en \dX\x\Sedunum , ou Ci vitas S edunorum , en allemand Silten ; elle a tiré son nom des peuples qui l’habitaient; c’est ainsi, que Paris a pris le sien des Pari-r siens; c’est ainsi encore, que Rheims a été ainsi nommé du nom de ses habitans Rheimois.
S ion est situé au milieu d’une longue plaine, fertile et riche en grains, en légumes, jardins, vignobles, prairies et vergers bien arborisés; cette ville est légèrement adossée à un mont situé au levant, qui, en s’élevant, se divise en deux sommités qui forment chacune une forteresse naturelle. L’une à la droite en sortant de la ville, qui se nomme Val ère, et l’autre à la gauche, qui s’appelle Tourbillon , comme qui dirait belle Tour. Sur la première se trouve \ine fort antique et grande église, avec beaucoup de maisons toutes renfermées dans l’enceinte d’un mur environ-»» nant , bâti sur le bord élevé d’un rocher presque perpendiculaire de trois côtés; il en est de mémo de Tourbillon ,
placé à la gauche, sur le sommet duquel se voyent encore aujourd’hui les magnifiques restes d’un ancien grand château. Ces deux monts assis au milieu de la plaine du pays, et dégagés de tout côté, forment, à l’instar des deux grandes chaînes du pays, qui constituent la grande vallée du Rhône, forment, dis-je, une petite vallée en plaine , qu’une longue bande de champs toujours verdoyans occupe dans toute l’étendue, au milieu de laquelle se trouve un ancien puits ; et qui pour cela sont appelés les Champs du puits.
Entre ces deux monts, celui qui est à la gauche en montant , je veux dire Tourbillon , est le plus élevé , et d’une montée beaucoup plus rapide, accordant un seul passage pour y arriver; de tous les autres côtés, le rocher s’y présente nu, perpendiculaire, inaccessible. Le chemin qui y conduit, est par fois-taillé dans le roc; il passe sous un grand et solide portail, qu’il faut franchir quelque tems avant d’arriver au fort, et de là l’on marche sur un gazon sec et brûlé , jusqu’au second portail du mur qui abrite le château tout à l’entour. On entre enfin dans la cour du fort, d’o.ù se font les diverses entrées dans les dif férens appartemens du château ; toute cette route ne peut point se faire à cheval, quoique des vaches y montent presque tous les jours, au printems, en été, et dans l’automne, pour y brouter l’herbe. Ce fort, qui fut bâti par Boniface de Chalant , en 1294, était anciennement le château et la demeure des Evêques de Sion, Ce château contenait encore une chose bien précieuse, mais qui mal* heureusement fut la proie des flammes, avec tout le fort, et avec une grande partie de la ville de^Sion, en 1788; ,ç*ét aient les tablëaux peints sur toile, de tous les évêques
» v Valais. 32»
fie cet Evêché, placés chacun à sa place et tems où ils ont existé, et comme ils se sont suivi les uns les autres; hélas ! personne sans doute, qui les aura vus , ne pourra 11e pas les regretter; car tel est le regret dû à ces illustres personnages, qui ont rendu leur vie mémorable par de célèbres actions, et parmi lesquels on compte plusieurs saints; mais aussi , que ne consume pas la flamme vorace d’un grand incendie?
C’est encore dans ce même château de Tourbillon que résidaient quelquefois les Evêques de Sion, dans le tems où Ion craignait la peste, parce qu’ils étaient séparés du reste des hommes, et conséquemment aussi moins exposé* à la contagion; outre que l’air y est plus vif et plus pur, ainsi que plus sain; les Baillifs s’y retiraient aussi quelquefois. Mais aujourd’hui il n’offre plus rien , pour me servir du langage d’un grand Poëte que , antiques rudera Trojœ.
Il doit être bien douloureux pour l’auteur des lettres sur la roule de Genève à Milan, d’avoir été très-souvent mal informé, surtout lorsqu’il dit en parlant du château de Tourbillon , que c’était là que s’assemblait le Conseil d’Etat, et qu’on couronnait l’Evêque, qu’enfm un magasin à poudre ayant sauté, mis le feu à Tourbillon , près duquel il était placé ; puisque rien de tout cela n’est vrai. Le château fut brûlé lors de l’incendie de 1788, du 24 mai; tandis que le magasin à poudre ne sauta par un coup de foudre en l’air que quatre à cinq ans après, et n’a conséquemment pu mettre le feu au premier. Il n’est pas ipoins plaisant de lire dans le même ouvrage qu'en 1375, Antoine de Thum fit précipiter du haut du château de Sion Gra • decius , Evêque de cette ville; ainsi que son chapelain; le
Description
fait est. vrai, mais pas vis-à-vis de Gradecius , n’ayant jamais eu un Evêque de ce nom, mais c’était l'Evéque Guischard de Tavelli de Granges, oncle du dit Antoine de la Tour.
Ressortant de la cour de ce château, et longeant son mur méridional vers le levant , on trouvera avec surprise une plaine assez grande, longue et large , à raison du rocher sur lequel elle se trouve, et ce qui plus est, toute gazonnée, quoique un peu brûlée, à cause du peu de terrain qui s’y trouve, et des grandes chaleurs qui la dessèchent. C'est depuis cette plaine élevée qu’on parcourt de vue toute la plaine du pays et qu’on jouit d’une vue très-vaste et très-belle, à six lieues de distance, tant vers le Levant que le couchant, ainsi que vers le midi et le septentrion des deux chaînes des montagnes du pays; de manière même, qu’on peut voir depuis celte place, presque toute la plaine du pays, savoir à six lieues en bas de Sion et autant en sus de la même ville.
Il y avait à l'extrémité orientale de cette plaine, sur le rocher, une tour ronde de poudre où l'Etat du Valais tenait sa poudre; cette tour à poudre avait une porte de fer, jusqu’à ce qu’enfin la foudre du ciel y étant tombée , l’explosion de la poudre avec celle-ci, celle de la tour ellemême dans laquelle ladite poudre se trouvait assemblée , eut lieu; cette explosion se fit avec un tel fracas, que toute la ville en craignait les suites funestes, quoiqu’éloignée d’une demi lieue; les pierres de cette tour furent jetées à une bonne demi lieue de distance du local où la tour se trouvait; enfin la porte de fer elle-mèmea été emportée à plusieurs centaines de pas de cet çndroit; beaucoup de pierres ayant été jetées au-delà du Rhône, et enfoncées
au Valais. S27
à plusieurs pieds en terre, brisant meme quantité de branches d’un grand arbre de chêne qui se trouvait de ce côté en delà du Rhône sur la rive méridionale de ce fleuve; en un mot* toute la grande route et les champs voisinsMu rocher où était cette tour à poudre , se trou-* Vaient remplis de pierres. . ;
Cette plaine, dont je viens de parler, est située* conrimô je viens aussi de l’indiquer , à l’orient du prédit Château 4 très-digne certainement d’être vue par rapport au beau et grand aspect qu’elle présente aux yeux des curieux tant sur la plaine que sur les montagnes du pays; car au septentrion , elle offre à là vue de belles collines * toutes pleines de vignes verdoyantes, d’un trajet immense et sur une côte de neuf lieues de longueur* sur une grande éléva* tion dans ces mêmes collines, et au midi une grande campagne en delà du Rhône, d’une bonne lieue de longueur sur presqu’autant de largeur* contenant Les prairies les plus fertiles qu’on appelle les Champ s-secs* Au levant on voit depuis cette plaine le cours tortueux du Rhône, vraiment particulier, à cause des grands contours quil fait* et à cause de la largeur de son lit, qui occupe presque toute la plaine du pays , et enfin à raison des collines et ruines des anciens Châteaux bâtis sur toutes ces collines de la plaine entre Sion et Si erré; mais aü couchant sa vue s’étend jusqu’à Martigny * ou jusqu’au fond de la plaine du pays entre Sion et cet endroit, que je viens de
nommer ; on observe quantité de belles campagnes , prai-
ries et champs, et des isies ainsi nommées, qui ne sont autre chose que des plaines marécageuses au bord du Rhône, à la droite et à la gauche , avec quelques arbres de yerneet de saule , et quelquefois aussi de broussailles *
des épines blanches et autres , sans oublier le cours lent, et vraiment majestueux du Rhône au printems , en été , et en automne.
On voit encore aujourd’hui dans la cour de ce Château et à son couchant, une citerne creusée dans le rocher, où l’on avait anciennement ramassées les eaux des toits èt des pluies pour la boisson et pour abreuver les animaux qu’on y tenait, puisqu’on n’y avait point d’autre eau que celle de celte citerne. Ce Château a plusieurs fois été incendié , comme on le verra en son tems et lieu ; il y avait de plus dans la (Jour de ce Fort une chapelle dédiée à St. George , son Patron , où l’on disait la Messe toute» les années jusqu’à l’incendie de 1788 , et c’était le jour de St. George qu’on y disait cette Messe : cette chapelle est au midi de la cour du Château, et bâtie contre le mur qui l’entoure.
Il y a aussi à côté de la chapelle et au couchant de celle-ci dans le mur de la Cour , quantité de trous carrés , servant apparemment de logement aux pigeons domestiques. Enfin il y a dans cette Cour, au couchant du Château une place taillée dans le rocher qui parait avoir été destinée anciennement pour loger les chevaux du Château; car dans ce tems-là,on aura eu de meilleurs chemins pour y aller qu’aujourd’hui.
Mais redescendant de ce Château brûlé, et une centaine de pas plus bas que le portail inférieur ou extérieur, on trouve une petite plaine sur le rocher gazonné, au bas du sentier taillé dans le roc, qui présente un superbe aspect à l’œil, tant contre le midi ou Valère , comme aussi contre le couchant et le septentrion , comme annonçant én petit le grand aspect' qu’on observe ou levant du Châ-
u u Valais. 329
teau , dont j’ai parle. De cette petite plaine descendant en droiture au couchant par des marches Ou gradins taillés dans le rocher , on parvient à une autre très-ancienne et très-haute tour carrée, au levant de laquelle tour, sous un pont de bois, qui y a existé jusqu’à la guerre de 1798; il y a un grand fossé taillé dans le roc pour empêcher l’entrée dans ladite tour, de manière , qu’aujourd'hui il n’y a plus de communication avec Tourbillon et cette grande tour bâtie sur ce rocher de trois côtés coupé à pic , savoir du levant , du midi, et du septentrion. Cette tour d’après la situation où elle se trouve , paraît y avoir été placée pour servir de forteresse de ce côté là au Châ-» teau de la Majorie posé au couchant de cette tour, et environ quarante ou cinquante pas plus bas, et sur lo même rocher continué en longueur du couchant au levant; cette tour porte le nom de Toitr-de-chicn , mais j’ignore 1^ raison pourquoi , et n’ai jamais été même en état de découvrir la raison de cette dénomination , nonobstant les recherches que j’ai faites à ce sujet ; cette tour pouvait d’autant plus servir de forteresse pour garderie Château, dont nous allons parler , que dans ce tems-là la poudre n’était pas encore inventée, et conséquemment non plus l’usage des canons, au moyen desquels on aurait sans cela» facilement pu abattre la dite tour, comme chacun au reste par l’inspection du local peut facilement s’en con-vaincre.
Quant au Château épiscopal brûlé et placé au couchant de cette tour, il était anciennement la demeure des Evêques de Sion pendant plusieurs siècles ; ils l’appelaient le Château delà Majorie , et dominait aussi la ville par son élévation sur ce long et haut rocher qui depuis là
33o Description
se continue jusqu’au delà du Fort ou Château de Tourbillon , où l'on se rend depuis la place ou le coin de l’hôtel-de-ville , en suivant la rue qui tend au levant, entre ce bâtiment et l’autre beau bâtiment qui se trouve à côté du premier, montant toujours depuis la place jusqu’à la place devant ce même Château, à environ deux cents pas depuis la place de la ville , d’où ensuite A la gauche en montant ce grand édifice brûlé avec sa haute tour carrée, se présente à l’aspect des passans ; ce Chàieau était jadis assez grand, et fortement bâti , ou du moins à la mode du pays, mais dans le dernier incendie de 1788, il devint la proie des flammes, et fut entièrement brûlé comme les tristes restes ne le démontrent que trop , et depuis ce tems , il ne fut plus rebâti, si ce n’est la couverture par un toit couvert en ardoises dans sa partie la plus occidentale. •
Ce même Château appartenait anciennement aux nobles, appelés Majors de S ion, et fut enfin vendu par noble et puissant Rarlholomi de Grisiaco , Major de Sion,à f Evêque Guischard Tavclli , en même tems Seigneur de Granges y sous l’empire de Charles IV , l’année 1372, comme le prouvera l’acte d’achat, et n’a pas cessé d’èLre depuis la demeure des Evêques de Sion , jusqu’à l'année de 1 incendie de 1788, le 24 du mois de mai , où il fut brûlé avec les deux tiers de la ville. Mais ce Château a souvent subit le malheureux sort de l’incendie , puisqu’il a été brûlé déjà auparavant, savoir aux années i384, conséquemment douze années après son achat , et ensuite en 1414, 1475, 1 536, et enfin la dernière fois en 1788, depuis lequel dernier iucendie, la grande tour carrée s'est toute fendue , mais tient néanmoins encore , laquelle , si
r> u Valais. ZZ t
elle devait subitement tomber, risquerait d’écraser les maisons posées à son midi et couchant , ainsi qtÆ soa septentrion, comme on peut facilement s’en convaincre ; il n’y avait au reste rien de notable dans l’ancienne construction de ce Château, sinon sa position vraiment singulière sur Ce rocher aussi haut qu’étroit , long et coupé à pic au midi et au septentrion, et auquel il fallait monter par une grande quantité de marches de pierres taillées posées en ligne tantôt droite, et tantôt en différons contours. En un mot , la construction était vraiment gothique, et sans goût, comme sans agrément: mais il fut successivement agrandi et prolongé par des adjonctions partielles, et successives faites du couchant au levant , mais toujours sans largeur proportionnelle et convenable, n’ayant meme qu’une ou deux chambres seules dignes d’une Résidence épiscopale, et pour recevoir des étrangers distingués,, comme chacun encore peut facilement s’en convaincre par la simple inspection du- local. Il y avait cependant une fort jolie Chapelle , élégamment dorée et peinte en fresque, dédiée à S !.. Michel , et sinon bâtie à neuf par l’Evèr que Jean Hillebraiul-Rotien , du moins embellie beaucoup, où toutes les années, fe dit jour on chantait la Messe, mais aujourd’hui il n?y a plus rien que l’endroit brûlé; ce Château au reste selon toutes les apparences ne sera plus rebâti.
11 y avait encore au couchant de ce Château de la Major ie une autre grande maison seigneuriale , mais, brûlée au dit incendie de 1788, qu’on appelait la Séné chalie , appartenante à l’ancienne et noble famille de Monlheolo , aujourdhui de Montheis , faisant les fonctions de Scncchal pour le Révérend Evêque de Sion , étant juge au nom de ce dernier,. et jouissant pour cela de ccr-
tains privilèges , comme on le verra en son tems et lieu.
Maià le sommet de l’autre montagne , qui s’élève à la droite en montant depuis le susdit Château , et qui se trouve pour ainsi dire opposée à celle de Tourbillon , est occupée par le Fort de Valère, en latin Valeria ; c’est sur ce Fort que se trouve la grande église fort ancienne , dédiée à la Vierge , et où il y a une jolie petite chapelle grillagée en fer, dédiée à S/e. Catherine , Vierge et Martyre, dans laquelle au pied de l’Autel, se trouve enterré le Bienheureux et Béal Chanoine Mathias Will , en sou vivant Chanoine , et Doyen de Valère, et duquel nous allons dire quelque chose, notamment de sa piété et de sa vie sainte; il est mort en 1696. Ce corps est tellement en vénération chez les Valaisans, et surtout chez le peuple Valaisan, qu'il y a peu de jours dans l’année, où des malades ne se rendent sur sa tombe , pour y obtenir leur guérison par son intercession auprès de Dieu; aussi y obtiennent-ils souvent leur guérison radicale , tels que les boiteux qui y obtiennent l’usage de leurs jambes , et en témoignage y laissent leurs béquilles, dont ils s’étaient servis pour y arriver ; des possédés meme conduits sur cette tombe, y ont été délivrés, comme l’indique l’épitaphe posée sur une grosse pierre sur sa tombe qui est conçue en ces termes ;
Hic jacet Exorcista pofens , mirnmgue jiu amen Ægrorum membris , ecclesiœcjue Decus ;
R. D. Mathias Will , Dec. Valeria:
Officia/is et Vicarius Generalis ,
Rr.funclus die XIV M. A.
Aetalis LXXXVs
»u Valais.' 335
D’autres encore y ont été guéris du mal caduque; enfm des malades et des fiévreux sans fin y ont été délivrés d» leurs maladies par sa puissante intercession , et ensuite de son invocation très-humble et confidentielle de la part; de tous ces malades; mais quoiqu’il en soit à cet égard, je le regarde pour un personnage très-pieux, jouissant à > juste titre de la réputation d’un saint homme , et surtout d’un grand Exorciste, ce que son épitaphe établit d’une manière manifeste , ainsi qu’une infinité de tableaux ou portraits qui le dépeignent tous comme faisant l’exorciste sur des possédés , ce qui le prouve , c’est qu’il y a peu de maisons un peu aisées dans le pays où l’on ne trouve pas un , sinon plusieurs de ces portraits , tellement y jouissait-il de confiance et de réputation.
Dans tous ces portraits aussi , on voit briller dans ses yeux cette douceur , cette humilité et cette sérénité qui accompagne la vraie dévotion sans exagération comme sans affectation, et j’ose dire, et le dois même , quoique Médecin de mon état, qu’on dit d’ailleurs assez incrédules , que j’ai moi-même vu plusieurs guérisons arrivées sur sa tombe , dont des Médecins savants avaient désespéré , et je vis confiant, que moi et les miens , avons déjà plusieurs fois aussi senti les efFets heureux de son invocation sincère dans diverses maladies, ne négligeant néanmoins aucunement les secours et l'emploi . des remèdes indiqués; enfin pour dire tout en un mot, il jouit de la réputation sinon unanime , du moins de la plupart du peuple Valaisan, d’un très-saint homme. Mais il est tems que j’arrête ma plume profane, qui n’est pas digne ni en état de faire le juste éloge d’un homme aussi pieux qu'était ce bienheureux Chanoine, à l’intercession efficace
Description
duquel je me recommande pour toujours ainsi que les miens; seulement dirai- je à son éloge que la confiance des Valaisans envers lui est tellement générale et grande, qu’ils ont presqu’oubliés les autres Patrons du pays , St, Théodule , et Si. Maurice,
Mais revenons d’où nous sommes partis , à l’église de Valère , ce que faisant, nous dirons, qu’il y a dans cette même église une infinité de Reliques des plus rares. C’était encore dans celte même église que le Chapitre ou le Corps des Chanoines de la Cathédrale deSion tenait ses archives les plus précieuses et les plus antiques, 11 y a aussi dans cet édifice fort vaste, fort antique, des orgues, mais de peu de valeur et d’aucune beauté ; pas moins y a-t-il quantité d’ Autels où l'on dit la Messe , mais distribués sans ordre comme sans goût quelconque dans la hauteur et de tout côté. Enfin quittant ce St. Lieu avec toute la vénération possible pour ses sacrés Dépôts , et ressortant de l’église par la même porte par laquelle on est entré , on trouve d’abord un clocher fort antique , et fort haut, contenant d’assez bonnes cloches, et dont la plus grande donne un assez joli son , fort clair et agréable à l’oreille, ce qui fait que bien des personnes prétendent, qu’il est entré beaucoup d’argent dans sa composition. Ensuite on y observe une vieille porte de bois assez gros*sièrement construite, et fortement ferrée et clouée , qui ferme la dite église, mais eu sortant on arrive sur un esta- * lier demi circulaire, de sept à huit marches, et en face de cet escalier on voit au levant une espèce de terrasse couverte d'un toit de tavillons, et dans le fond cette terrasse pavée en pierres de taille, où il y a une citerne pour rece* voir l’eau des toits de l’église et du clocher, n’y ayant
du V a r, a i s. 335
point d’autre eau dans tout ce Fort que celle de la citerne et que celle qu’on y apporte depuis le puits entre Tourbillon et Valère , la citerne n’ayant plus d’eau ; mais à côté de cette citerne, il y a en face de la porte de l’église un petit salon fort vieux , et plus au couchant encore, un petit escalier pour passer dans la petite maison du Mar guiller ; la porte de sortie est faite sur le pied de celle de l'église , que le dit Marguiller demeurant à côté de l’église fermait tous les soirs , mais aujourd'hui personne n’y demeure, savoir dans l’intérieur de cette dernière porte qui ferme le portail devant la dite église.
Au dehors de ce meme portail , et à la gauche en sortant, il y a une petite et jolie maison neuve atligue au mur occidental de l'église , laquelle, pour n’avoir rien de particulier, si ce n’est la belle vue sur l’occident du pays, et le bon air en été , ne mérite pas, qu’on s’y arrête ultérieurement: mais descendu une fois de cette maison par une dizaine de marches de pirrres'on arrive sur un joli plateau avec un aspect des plus beaux et des plus agréables, tant sur la ville de Sion posée dessous, que sur ses environs et la plaine d’alentour, et enfin sur la montagne située au midi de la ville, et en delàdu Rhône, et sur le septentrion , comme aussi sur la plaine du nord, jusqu’à Marligny; cette vue a vraiment quelque chose de surprenant , tellement est-elle belle et inattendue avant d’y arriver. Il y a sur ce même plateau , un vieux chêne , mais rien moins que beau et bien grand. Enfin il y a une maison fort ancienne au septentrion de ce plateau qui , pour n’élre pas belle, ne mérite pas qu’on en parle ; aussi veux-je quitter ce lieu, et redescendre par quelques degrés de pierres mal posés, et au bout du chemin, qui coït-
Dïscrihi#n duit sur un autre petit plateau posé devant une autre maison, et au levant de cette dernière, depuis laquelle au septentrion on regarde sur les biens des environs de la ville existants dans cette région de cette ville, parmi lesquels il y a quelques vergers ou prairies, et quelques maisons de moulins, ainsi que la jolie tannerie de M.r Le Capitaine Jaques Duprés de Si. Maurice; mais depuis ce second plateau, tirant le long des murailles, à sa droite, par un escalier, on trouve en remontant par une ruelle étroite, une grande pente de maison, qui est celle du Château Fully , où le Chapitre se réunissait autrefois, pour tenir ses assemblées et ses conseils, en les convoquant auparavant par le son de la cloche , et où ensuite il dinâit ou goûtait , les affaires finies. Ce prétendu Château Fully n’est dans le fond autre chose qu'une maison particulière un peu vaste, mais rien moins, que bien bâtie, ayant une chambre boisée un peu grande , qui a sa vue sur le levant du pays.
Quittant ce prétendu château Fully par le même chemin qu’on y est venu , on redescend par un mauvais escalier de pierre, et on arrive à un second portail qu’on pouvait aussi fermer ; entre ce portail et la partie supérieure de ce local, il y a encore différentes maisons vieilles , plus ou moins grandes et dispersées en divers en-droits; entr’autres il y en a une , qui paraît presque neuve, et qu’occupent aujourd’hui les Sœurs de la retraite Chrétienne , vraiment dignes d’éloge, à cause des instructions Chrétiennes qu’elles donnent aux jeunes filles, auxquelles elles apprennent à lire et à écrire avec orthographe. Elles sont sous la direction du Révérend père Alexis Cœur , homme fort exemplaire et zélé; enfin toujours descendant
» u Valais. 33ÿ
par un long et mauvais escalier de pierres, on arrive au dernier portail , à celui du fond , qui a une porte fort épaisse, qu’on peut abattre en tems de guerre, ou lever en, teins de paix, et qu’alors on tenait suspendue à une corde fort épaisse. Il y avait aussi au-dessus de ce portail ancienîiement un arsenal garni de toutes sortes d’instrumens ou d’armes de guerre, comme fléchés et arcs, ainsi qu’hallebardes ; tenant moi-même de ces fléchés et un arc d’une force et d’une grosseur prodigieuse, en usage avant l’invention de la poudre ; il y a deux gros battans de porte pour, y fermer ce portail , ou plutôt au milieu des deux battans une petite portète fort ferrée et douée , et qu’on ferme de nuit ; il y a en dernier lieu devant ce portail à l’extérieur, un pont-levis, qu’on peut lever en tems de guerre; tout cela pouvait être bon avant l’invention de la poudre ; mais depuis cette époque , tout cela deviendrait inutile , le bombardement pouvant avoir lieu contre ce Fort.
Mais il est tems de quitter ce Fort, et d’en redescondre, ce que faisant, on trouve environ à vingt ou trente pas de ce même portail fortifié d’une tour forte , sur la droite une espèce de plaine assez marquante et passablement grande sur un rocher gazonné , où l’on est conduit par Une ouverture laissée au mur qui se trouve en face au dit endroit qu’on nomme le Prélet , au bout méridional duquel plateau, on voit devant soi une superbe plaine de prairies, qui au-delà du Rhône, occupe toute cette plaine jusqu’au pied de la montagne des Mayens de Sion, et contient une bonne lieue en longueur; c’est depuis cet endroit encore, qu’on voit en face la belle montagne des Mayens toute parsemée de maisons de campagne, dispersées ça et là, et de quelques villages , dont je parlerai à
Desckif'tion
leur plaee; t^est de U, qu’ôn voit en automne dans celte belle campagne au-delà du Rhône un bétail à corne presque sans nombre, avec dessonailles attachées au cou, ce qui fait un mélange bien frappant de différens soris pour des oreilles y non habituées, et assez agréable pour celles qui y sont faites, comme le sont en général toutes celles des habitans des montagnes, où l’on tient le bétail ramassé; c’est enfin depuis là, qu’on voit le cours majestueux du Rhône en été , quand il est grand, et cela tant en dessus qu'en dessous de Sion»
Quant à la fondation du Fort de Valère, elle a été. faite au dire des uns, par Valcrius P rocillus , qui servait sous les drapeaux de César dans les Gaules, ou dans la guerre de France lors de Jules-César , tandis que Simbler prétend, que ces maisons ont été bâties il y a trois siècles par les Chanoines de Sion, et qu’ils s’y sont retirés par rapport aux guerres continuelles, qui avaient lieu dans ce pays; mais je trouve dans d’autrts manuscrits, qu’il y a bien six siècles, qu’ils y habitaient, ce qui me partit aussi plus vraisemblable, tant par rapport à l’antiquité de ce Fort , que par rapport aux guerres continuelleselles-mêmes, qui ont eu lieu dans ces tems-là dans ce pays, comme on le verra en son leurs et lieu; au reste le nom seul de Valèrs m’engage à croire, et à dire, qu'il y a bien plus de trois siècles, et même beaucoup plus de six siècles, qu’il y a été bâti par les Romains, et mis en forteresse par eux, mais qu’ensuite ruinée et dévastée par des guerres successives, elle a été rétablie par les Chanoines, et qu’ils y ont fixé leurs demeures pour se soustraire aux guerres postérieures, surtout voyant ce Fort bien enfermé par de fortes murailles tout à l’entour, et entouré de précipices affreux
fc.
„ du Valais. 33g
trois côtés, enfin accessible que d’un seul côté, savoir du levant du Fort, dansl inlérieur duquel ensuite ils ont bâti les maisons qui y existent, tant anciennes que nouvelles; mais le Chapitre de Sion composé de douze Chanoines Capitulans, dans les tems postérieurs , s’était partagé en deux ( -orps, composé chacun de six Chanoines, dont six résidaient en Valère , et six en ville à Sion, et formaient ainsi deux Chœurs séparés, et cela jusqu’en 1798, époque de l avant dernière guerre valaisane; depuis lors ils îésidaient tous à Sion , abandonnant le Chœur de \ alère , se réunissant tous à la Cathédrale de Sion,ei ne faisant conséquemment qu’un seul et même service divin, tandis qu auparavant chaque Corps avait aussi son Chef appelé Doyen, avec cette différence cependant, que celui de la Cathédrale de Sion s'appelait grand Doyen, et celui de ce fort Doyen de V alère; néanmoins, en ressouvenance du Corps des Chanoines résidens en Valère, et de sa fondation, on a continué dJy dire la messe journellement, et quelques offices Divins chantés à des époques fixées, comme à la Ste. Catherine, à la Notre-Dame de juillet, et le jour de la Dédicace de Valère, ou de son Eglise. Ce Corps de douze Chanoines Capitulans, quoique partagé en deux, lors de ses assemblées, se réunissait pour traiter de ses affaires, et pourvoir à ses intérêts.
Ce F ort de Valère a été la demeure du Préteur Romain, du tems quelesRomains avaient mis l’Hclvélieel le Valais sous leur domination, comme il est clair par i inscription quon trouve gravée sur une pierre de marbre dans le dit Château de Valère, que voici :
Desc-hiption
V alleria Na/a Diochliani V allery lmp. Aug.
Coss. XII. Mater Campant, Prœfecti , qui omnibus ho~ rioribus in Urbesacra funcli ,filium Campanum prœfectum Condito Mausolœo infra Caslrum Valleriœ stpeliri curavif.
De là il conste évidemment et incontestablement , que Valère a été le siège des Préfets Romains, comme aujourd’hui la ville de Sion l’est du Préfet Français, et pour notre Département, depuis la réunion du Valais à l’Empire Français, sous le plus grand Empereur et Roi, Napoléon premier; ce Fort a pris le nom de Valère , de la Dame Romaine V alleria, mère de Campanus, et a peut-être été bâti par Diocle/ianus V allerius. Mais ensuite sous le règne de l’Empereur Gralien, les Préleurs Romains y ont fait leur séjour, ce qui se prouve par une autre inscription qui se trouve à la gauche du mur inférieur, en entrant dans la maison de la ville de Sion, où on lit ce qui suit :
Devotione Vigens Auguslas pontius œdes AXO Reslituit prœtor longe prœstantius illis,
(fuœ priscœ steterant ; Taies Respublica quœre D. N. Gra/iano Auguslo IIII, et Mer. Coss.
Pontius Asclepiodolus V. P. D .
De cette inscription, il résulte que, lorsque Pontius était Préfet du Valafls, les églises y ont été dévastées, dépouillées et détruites, sous l’Empereur Maximien, ce terrible persécuteur des Chrétiens; mais qu’ensuite sous l’Empereur Gralien , qui était un bon Chrétien, elles ont été rebâties beaucoup plus belles qu'auparavant, l’an 377 de J. C. Il vient encore à bien observer, selon la remanjuo
m v Valais. 34t
de M.r de RU az , que l’inscription susdite porte un des Grecs surmonté d’une croix, ce qui indique le nom de J. C., et que le quatrième Consulat de Gratien , qui sert de date à cette inscription, répond à l’an 377. On voit enfin par là, que le Préteur Ponce Asclepiodolc avait fait rebâtir les églises de Sion, quoiqu’un anonyme ait douté si ces mots: Ædes Auguslas ne pouvaient pas s’interpréter de quelques bâtimens publics , mais les vers suivant A.'Ocide décident la question :
Sancla cocanl Augusta patres , augusia vocantur Templa Sacerdotum rite dicata manu.
Et montrent , que cette expression Auguslas ades ne peut s’entendre que des temples, comme la croix placée entre X alpha et \ oméga, indique, qu'il s’agit des églises des Chrétiens. Mais allons plus loin , toujours en parlant de "V alère et de son église ; il y a sept Autels dans cette église, ainsi que les tombeaux des différens Evêques, comme on le verra en son tems.
Quant à la construction de cplte église, elle est vraiment gothique, et n’a rien de beau ni d’admirable, à l’exception de son immense longueur et hauteur, et la solidité de ses murailles qui sont très-fortes, à raison de leur grande durée, qui la démontre.
Descendant ensuite de Valère, on verra une petite, mais très-ancienne église au septentrion de Valère, sur un rocher, et à côté d'un petit plateau gazonné, qu’on appelle l 'Église de tous les Saints ; c’est-à-dire , on y célèbre la fête le jour de tous les Saints’, elle est trèssimplement, cl en même tems , très-solidement bâtie; on
342 Description
ne voit dans intérieur que les murs nus, et un tableau de tous les saints sur l’Autel; tandis que le Chœur de l’église de Valère est d’une boisure toute élégamment sculptée, et laquelle, si elle était dorée et peinte, serait un ouvrage d’un grand prix , et digne d’être vu par les étrangers ; mais revenant à cette petite église , elle est tellement ancienne, que bien des personnes prétendent, quelle est la plus ancienne église du pays, tandis que d’autres soutiennent, que c’est celle de Mins/er en Conches, qui est la plus vieille, d autres enfin disent la même chose des autres églises du pays, de manière, qu’on ne sait lien de positiflà-dessus, ni de son ancienneté. Et quoique certains soutiennent, qu elle a été l’église paroissiale de Sion dans les vieux tems, on n’en a cependant point d’assurance, n’y constatement d’aucun cimetière, à moins, qu’il n’ait été au midi de l'église, où il se trouve actuellement un champ, dont on pourrait s’assurer en creusant à une certaine profondeur , et en trouvant des ossemens humains, comme on a trouvé, lorsqu’on a démoli ces années passées les églises de la Trinilc , et celle de St. Pierre , où aujourd’hui la belle église, neuve du Collège se trouve fondée, mais qui malheureusement n’est pas seulement couverte, et qu’il serait infiniment dommage d'abandonner ainsi; cependant il faut espérer, que la générosité des Fidèles et des Chrétiens concourra pour lâ faire achever; mais aussi qui mieux que le Gouvernement pourrait y contribuer, en S’immortalisant ainsi glorieusement par un bienfait pareil, aussi ne faut-il pas perd ré l’espérance de la voir ac hever sous peu d’années par un effet de sa générosité. C’est pour construire cette nouvelle église, qu’on a démoli les anciennes susdites, et dont la
première ,
' * u Valais 3^5
première, savoir celle de St* Pierre, a été indubitablement l’église paroissiale de ceux de Salins, village de la montagne méridionale de Sion, au-delà du Rhône* C’est M.r Jean Joseph Andemnatten , Bourgeois de la ville de Sion, et Architecte fort entendu, qui a dirigé la bâtisse de ce bel et grand ouvrage, qui lui fera éternellement honneur; cet ouvrage étant aussi solide que beau, bien entendu , et bien exécuté. C’est à souhaiter qu’il trouve des Mécènes pour le Voir au plus vite achever; car s'il y a des bienfaiteurs, l’ouvrage ne tardera pas d’ètre achevé *
en vérification du vers qui dit :
S in/ M æcenaies , non dcerunl, Flacce , Marônes*
Mais il est teins de rentrer en ville, de donner la descrîp*
tion de laTville de Sion, qui, comme nous l’avons déjà dit* est située à peu près au milieu de la plaine de ce pays si fertile, qu’on appelle le Valais, et posée au pied dft deux monticules , Tourbillon , et Valcre * Cette ville se présente d’une manière agréable aux voyageurs venant de • Mciriïgny , et est rendue belle à leurs yeux, non tant pouf l’art de sa construction, que par son site r et sa position naturelle; elle jouit de la réputation, parce qu’elle est la . principale ville du pays, et son Chef-lieu, ainsi que la résidence des Evêques de Sion, et enfin par rapport à se* châteaux et forteresses prédites, et leur position vrai-» ment guerrière, dans un endroit sec, en plaine, et très-» agréable : en un mot, la ville de Sion est située dans un*L plaine charmante , fort fertile en toute sorte de produc-* tions naturelles, ayant des jardins très-beaux, et abondant en légumes, herbes, et racines potagères; mais avant
344 Description
d’entrer en ville par la porte de Conlhay , aujourd’hui de France, ou venant de France, on trouve une avenue ou route bordée à la droite, en arrivant , de gros orçneaux , et à la gauche une ancienne muraille, ce qui rend la promenade ainsi que l’arrivée de ce côté-là fort agréable, surtout dans la belle saison, et le soir en été. Il y a aussi aux environs de Sion,et tout à l’entour de la ville, de beaux vergers et excellentes prairies , ainsi que différentes promenades fort agréables. Le septentrion de la ville jouit d’un beau prospect , sur une grande chaîne de collines toutes garnies de vignes, et formant différents plateaux ; elle jouit encore de ce côté là de la vue sur les moulins de la ville et les biens environnans; il y a de même aux environs deSion, et surtout en deçà et en delà du Rhône, au midi de la ville, beaucoup de mûriers nains ou de la petite espèce, des feuilles desquels on se servait pour la nourriture des vers à soie, que certaines familles aisées élevaient. Il y a aussi quelques gros mûriers, savoir à Valère , dans un enclos en bas du plateau dessous l’église, et à son couchant, ou en.bas de la terrasse, qui se trouve au nord et au couchant de l’église, de laquelle nous avons déjà parlé. On ne fait cependant point commerce avec celte soie; on s’en servait seulement pour s’habiller; mais aujourd’hui je ne connais plus personne qui tienne des vers à soie dans le pays; pas moins il y a eu en Valère des troncs de romarin de la grosseur dû bras d’un homme, tellement y réussissaient-ils. Mais ces dernières années , dans un hiver extrêmement froid , il en a beaucoup péri. Enfin pour dire, tout en un mot , je dirai, que la situation deSion est charmante , et que ce ne sont que promenades, jardins et prairies au dehors, dans la plaine, et de belles
du Valais. 345
vignes sur les collines , où il croît d’excellens vins blancs et rouges, qu’on ferait même mieux de nommer noirs,
tellement sont-ils foncés en couleur. Sion produit aussi 'de bons melons , d’excellcns abricots , des pèches fort savoureuses, ainsi que des pommes et poires de tonte espèce , et enfin de raisins et figues en quantité.
Venant de parcourir les environsde Sion, il me reste encore à parler de son intérieur; mais avant de le faire, je dois observer au lecteur , que la ville de Sion était déjà célèbre du teins de Jules-Ccsar , lorsqu’il soumit les Gaules aux Romains , environt cinquante ans avant l’Èrfe Chrétienne. Je lui dois observer encore, qu’elle est célèbre par les différentes guerres , que la ville de Sion a endurées , ainsi que par les différentes révolutions et changemens de Gouvernemens qu’elle a subits ; Sioii n’est pas moins Célèbre par les autres malheurs sans fins, comme pestes , inondations, guerres, pillagés, incendies , impositions pécuniaires, dont elle a été frappée; de façon; qu’on peut dire avec vérité, que jamais ville ri’a autant souffert à proportion de sa fortune.
Elle est entourée de fossëes presque tout-à-l’entour , oii du moins depuis la porte du Rhône, jusqu’à celle de Sa-L vièse , et derrière ces fossés, elle est enfermée par une! muraille de rempart fort élevée ; sur laquelle on peut néanmoins faire presque le tour de la ville, savoir depuis le Château de la Majorie,\e rs la petite porte de la Cible jusqu’au pied du rocher de Valère , en faisant presque tout le tour de la ville , sauf contre Tourbillon et V alère : Il y a de même six portes de ville , savoir une dite la porte de Conthay , ou de France , parlaquelle on entre en venant de France', une autre vers les Capucins, appelée la port e
346 Description
de Scu'ièse , parce qu'on se rend par cçlle-ci en Savièse; la troisième est celle de Louëche , parée qu’on sort par celle-là pour aller à Louëche ; l^t quatrième o^t la porte aïommée la petite porte , parce qu’elle est plus petite que toutes les autres, qui sont assez grandes; on l’appelle aussi la porte de la Cible , parce qu’on sort par là pour se rendre à la maison du tirage, et celle-ci est posée au pied du côté septentrional du rocher du Château de Ja Majorie, ou Episcopal, dont j’ai parlé; la cinquième est la porte du Rhône , parce que l’on sort par là pour aller au Rhône , qui est au midi de la ville; enfin la sixième et dernière porte de la ville , est la porte neuve , ainsi nommée, parce qu’elle est neuve, ou presque neuve ; elle est la plus pratiquée, parce que c’est par celle-là qu’on se rend à la campagne , aux biens ruraux, aux jardins , et aux isles ainsi dites, et enfin aux champs de tabac, et aitx champs neufs , sans oublier les Crosets, situés au midi, et au couchant de la ville. Cette porte est située entre celle du Rhône et celle de Conthay,en venant de ce dernier village à Sion ; cette même porte a un grand portail et une forte tour carrée, et très-haute, au-dessusde la porte, où il y a la demeure de la garde, et une salle d’arrestation ou de prison , comme aussi à la porte du Rhône, de Louëche et à celle de Savièse , qui toutes les trois ont aussi une tour au-dessus , ou attigue aux dites portes. Mais la porte de Louëche a cela de particulier, qu’outre une grande et forte tour carrée , qu’elle a au-dessus d’elle , on y lit sur la face orientale et extérieure de la dite tour, en venant à la ville depuis Louëche, ce passage tiré du prophète Néhemias IV. Ne les craignez point , mais rappelez- vous du Seigneur terrible , et battez-vousgour
Valais. 347
vos maisons, femmes, f rères, fils, et filles. Cé texte annonce'
suffisamment , que cette ville, et même toute la patrie supérieure et libre anciennement a été souvent envahie par des ennemis étrangers; qu’elle a été en guerre aveé ètijc , et a pour cette raison par cotte superscriptiort, exhorté lè peuple Valaisan oriental de se battre vaiïlàmnléftt contre
eux, sous la protection et l’assistance divine , "en Hïï indiquant les motifs, ou pour qui ils devaient bien sèbattré,' avec leurs ennemis , savoir pour leurs maisons, frères, femmes , fils, et filles, * 1 * :>4V t
L’arsenal de * la ville est à la gauche de fa porté de S à vies e , jadrè assez garni; mais dans les guerres dès années i7gf8Wi7§9' il fut entièrement évacué , et tout fui vendu, de manièi^lqira présent, il n’en a plus que le nom, et est le magasin "dû bois pour les troupes.
Mais, quoique la1 vïlfe dé Sion ait des fossés et des remparts frès-hatiïs^ on ne saurait néanmoins dire', qu’cllè1 ait été placée dans l’endroit convenable, surtout si l’on considère les inondations nombreuses, qui l'ont tant1 de
il , 1 | '
fois ravagée , et sàrrs espérance d’eh être àTâbn* pour l’avenir par rappdrï à lâr8ionne , lorsqu’elle déborde", et sort de son lit; api fri lavoir’ comblé avec des pierres et du gravier, quoique ‘son Ht se trouve des deux côtés du torrent bien maçonné en pierres, et quoique les murailles de la Sionne soient *bien hautes , et le fond de son lit très-bien pave , tout cela néanmoins n’empêche pas les inondations, surtout ; lorsque le Rhône étant fort grand, tant à raison de la fonte subite des neiges au printems , ou en cas de fortes pluies, en quelle saison que ce soit,; et lorsque dans une pareille circonstance le Rhône hausse beaucoup et subitement ses eaux, dans lesquel# cas, quoi**
348 Des. e, nriTioi»
que lç lit de la Sionne soit d’ailleurs plus haut que celui du Rhône , il le fait rengorger, et ne lui laisse pas son cours Ijbre, ce qui ralentit son cours, et par là aussi empêche la sortie des grosses, pierres, que la dite Sionne amène souvent avec elle dans ces circonstances, et cela d’autunt, plus que le dit torrent entre presqu’g angle droit dans le Rhôôe, ce qui tout réuni fait, que la Sionne est obligée par le mouvement retardé du cours de ses eaux, de laisser les grosses pierres, qui ont été entraînées jusque là, et que de cette manière le lit de la Sionne commence à se remplir d’abord contre le Rhône, et ainsi jusqu’à son entrée depuis le pied de la naoptagne, et qu’enfin tout son lit une fois rempli;, ses qaux avec ses graviers et pierres sont obligées de déborder,, ou de se jeter sur l’un ou sur l’autre des dpux côtés, où elles trouvent le moins de résistance, ou plu,sdf pente, d'où enfin il arrive, qu’alors ces eaux, ces. graviers,. et qes pierres remplissent souvent une partie, sfjnqq toute la basse ville à une hauteur prodigieuse ^ comme nous le prouverons dans un instant ;*il en est dp même des biens voisins à ce torrent , à l’une ou l'autre des riyes, comme l’expérience fâcheuse ne l’a que trop prouvé lors des deux grandes dernières inondations de la ville des années 1740 et 1778,* mais surtout dans celle de 1778, dans laquelle dernière tous les prés de la ville situés entr’ellc et le Rhône, existans au midi de la vjlle, ainsi que 1rs vignes attigues , ont été couvertes de ses graviers et grosses pierres , et où successivement aussi tout le lit de la Sionne a cornmencé à se remplir par le fond Regorgeant ainsi jusqu’au bas de la ville , et depuis là jusqu'au dessus de la porte ^e LouëcJie , quoique son lit fut haut de deux toises, et
de près de quatre de largeur; mais nonobstant cette capa-* cité du canal du torrent, il fut comblé, et tellement comblé, que le pavé de la ville, qui existe aujourd'hui encore, en était tellement rempli de pierres et de graviers des deux côtés du canal , et dans tous les endroits voisins de la Sionne; de manière, qu’alors, pour sortir par la porte de Louëche , il a fallu se coucher sur le ventre pour y passer, tellement élevé et haussé y était le gravier, i u i ■
Qu’on juge à présent de l’état dangereux et déplorable dans lequel la pauvre ville a dû se trouver alors, et de la frayeur, qu a dû avoir l'habitant de cette malheureuse ville, et enfin, quelle a dû être la situation déplorable
de cette ville ; laquelle inondation de la ville a coûté à celle-ci ou à sa bourse plus de soixante mille écus , à vingt-cinq batz l’écu, pour sortir les graviers de la ville, et nettoyer son lit , sans parler des grandissimes perle$ et dommages que les maisons voisines à son lit et autres ont soufferts , tant dans les caves à vin, que dans les maisons, sans parler non plus la moindre chose des frais et dépens des personnes particulières pour vuidor leurs caves, maisons et places; enfin , sans faire la moindre mention de la perte de la santé, et des maladies nombreuses, qui ont attaqué les habitans de cette ville, et surtout des galles fort nombreuses, qui ont atteint ceux qui étaient obligés de demeurer dans ces maisons inondées, et remplies de graviers, de laquelle maladie des familles entières ont té attaquées, lesquelles galles étaient souvent extrême” ent rebelles aux remèdes, même les mieux indiqués , et dont j’ai traité, et guéri beaucoup comme Médecin, et peut-il être étonnant , que ces maladies aient pris le dessus dans un pareil état des choses ? oùy a-t-il quelque chose de
55o DsscniPTioN
plus préjudiciable à la santé que la frayeur extrême, et le chagrin joint à une habitation humide et mal saine, è une nourriture chétive avec des ponunes-de-teire à demi pourries dans l'eau , où elles ont resté long-tems dans les caves pleines d’eau, et enfin à la privation ou à l'abstinence du vin , quand on y a été accoutumé, comme il est arrivé cette année là, où les tonneaux remplis de vin nageaient sur les eau* dans les cavesdes particuliers , et qui filtraient ensuite de l’une à l’autre, surtout si la seconde était plus basse que la première. C’est de là qu’est tiré Je Poème suivant qui se trouve à la maison de ville à l'occasion de l’inondation de 1740» faisant mention de ces tonneaux nageans sur l’eau dans les caves à vin , et que voici ;
Vidimus tarte fhtcium Sedunee *
Ab't’o laie plateis rejusuin
Ædibus Crebris mata , seu ruiner damna minan\
Edite Clausis J o Abus regeste , prœbuit t relis aditum Je ne $h a Ante (juàrn irgit s/repi/osa ci fis murmura Vulgù At 'igit summum Codas ipse cellcc Nota cui sedes (rat ima quel eus , v • Et super/uso tari ce innatarvut çasafiakrmi,
Iùmtium ce! sus fit apex tunfis Obviam pteutœ , fiacies noealur Ædiurn sic , ut neque ciels nourrit urbem.
^lais d ms d’autres tems les inondations de la ville arrivent subitement, et sans que le Rhùne augmenté empêche la sortie de l’eau de la Siqnne , celle de ses graviers, et
du Valais. , 35i
des grosses pierres; alors cela , arrive de la manière suivante; ce torrent appelé la Sionne , prend son origine dans des endroits montagneux sur le territoire d 'Ayent, au septentrion de la ville deSion, et paraît avoir pris sa naissance d’un grand ravin, ou lieu cavé par une grande ravine, comme on peut s’en convaincre en s’y rendant après un trajet pénible de plus de deux lieues , et descendant ensuite par ses ravins remplis de graviers, jusqu’à ce qu’enfin descendant à la plaine , il traverse la ville.
Et, quoiqu’en général ce torrent ne connaisse point d'autre source que celle que lui donne le territoire d 'Aycnt, les pluies survenues et copieuses, ainsi que les neiges fondues dans toutes les sai-ons de l’année en général, lesquelles eaux ensuite sont entraînées jusqu'au pied de cette montagne, où alors quelquefois, tant les eaux que les graviers et les pierres se trouvent retenues dans ce bassin occasionnellement formé par la chute de ces grosses pierres et sables ou graviers , comme dans un étang formé par les bois, pierres ou graviers et terre retenue s’augmente au point de se remplir tellement d’eau', que ne pouvant plus la contenir, elle se fasse subitement ùn passage, perce les bords, et sorte enfin avec une telle impétuosité et fureur, qu’elle entraine avec elle tous les obstacles qui l’a retenaient auparavant, remplisse ainsi le canal de la Sionne , et inonde subitement toute la ville, qui y est toujours sujette dans ces cas, de manière que dans une heure de teros il peut survenir une grande inondation dans la ville en tems de grande pluie, si elle continue long-tems, ou lors de la fonte subite des neiges copieuses au printems, tandis qu’il arrive souvent , et
352 Description
Hiême loules les années en été , et en automne , que pendant plusieurs semaines les neiges fondues et les eaux ayant passé la ville, il n’y a point d’eau dans la Sionne , tandis qu'en teins de pluie, 6u lorsque celles-ci ont été long-tems continuées, ou très-fortes, tant en hiver qu’au printems et en automne, ces eaux dans l’espace de quelques heures, ou même en une seule, grandissent quelquefois, et deviennent toutes noires et épaisses , mènent de grosses pierres, qui roulées sur le pavé du torrent, et entraînées par l’impétuosité de ses eaux, font souvent un bruit épouvantable , au point de faire trembler les maisons voisines de son lit, à la grande épouvante de ceux qui y demeurent , et même de tous les habitans de la ville, remplissant ainsi subitement son lit avec, ces graviers, terres et grosses pierres , que ces eaux mènent avec elles. Ces, sortes d’inondations ont lieu au moins une fois chaque siècle, sinon deux, comme il est arrivé dans le dix-huitième siècle, savoir l’année 1740 et 1778 , et conséquemment deux lois dans l’espace de trente-huit ans. Dans eelle de l’année 1740 , on puisait l’eau de la Sionne depuis la fenêtre du premier étage du Lion-d’or, et dans celle de 1778, j’atteignis moi -même proche de la porte de Louëche , avec ma main le canal du toit de la maison du boulanger Dominique Fesler. Il est facile d’après ces deux faits de juger de la hauteur, à laquelle la ville a été remplie de graviers et de pierres dans ces deux inondations.
La terreur, qu’inspirent ces sortes d’inondations a consacré l’origine des vers suivans; mis hors la porte de Louëche , au-dessus du canal de la Sionne, gravés sur une pierre de marbre enchâssée dans la muraille :
d u Valais.
Vifurialis aquœ Thetis Est miniiaia ruinas ,
Urbi : nec periit lœsa 17 Favente Deo. 4°-
Sancte Tuo Urbs Palrocinio Devota niiebU.
Ædibus a/que aris 17 Divc Patrone fave. 4°-
Ces vers autrement posés formeront deux distiques, sans changer un seul mot, les plaçant comme suit :
Vi furialis aquœ Thetis est minilata ruinas Urbi : nec, periit lœsa favente Deo.
Sancte tuo urbs P a troc in io devoia nitebit ,
Ædibus atque aris dive patrone fave.
• Mais passons à d’autres maux, auxquels cette ville a été en proie ; ce sont les différens incendies, qu’elle a souffert, depuis les tems les plus reculés , comme il conste suffisamment par l’énumération des incendies du Château de la Majorie, dont nous avons parlé , et en place de tous les autres sera celui qu’elle a subit en 1788, le 24 du mois de mai, dans lequel j’ai eu jnoi-même le malheur de, perdre tous mes édifices , maison, granges, écuries, et meubles. ,
Dans ce dernier incendie de 1788, cent et vingt-six maisons, et au-delà de cent granges et écuries, furent la proie des flammes; trois cents ménages furent obligés de déloger et de cheicher ailleurs une autre demeure. Le dommage et la perte qu‘a causé ce fléau ne pourront jamais
554 Description
être calculés, ni réparés, et quiconque les estimerait audelà d'un million d’écus, ne pourra point y comprendre encore tant d’antiquités, de symboles, raretés, documens, et tant d’autres choses précieuses, qui se trouvaient amassées depuis des siècles dans de certaines maisons illustres, et dont la perle ne peut pas êtr e réparée par toute l’industrie humaine. Il est aussi plus facile de croire, que de calculer la perte du vin, qui s’est faite à cette époque, où les tonneaux remplis furent enfoncés par des masses immenses de matériaux qui tombaient , après avoir été à moitié brûlés, ou bien les robinets des tonneaux se rompaient, ou s’enlevaient, et le vin formait des flots dans les caves , où il était répandu. Mais , pour que personne ne s'étonne de la violence et de la rapidité avec laquelle cet incendie a ravagé tout ce qui s'était présenté à son cours et passage, il n’y a, qu’à faire attention, que depuis onze heures jusqu’à trois heures après midi, les deux tiers de la ville furent brûlés, et réduits eh cen- . dres; que Tourbillon a subit le même sort, ainsi que tant d’autres beaux bàtimens et châteaux. Le vent fut tel ce jour la, qu’il a transporté par l’air un tavillon incendié jusqu’au village de Chalay, et conséquemment à trois lieues de la ville, comme des gens dignes de foi l’assurent, l’ayant vu eux-mêmes dans une rue du dit village, où iis le trouvèrent. Parmi tous les bàtimtens brûlés, le plus beau sans contredit, comme le plus riche, était la nouvelle Chancellerie d'État, bâtiment tout neuf, et dont les décorations avec l’édifice avaient coûté plus de cent mille livres de France.
Ce qui annonce le trouble, qui s’est emparé de l’esprit de ceux, qui ont été victimes de cet incendie, c’est qu’on a
laissé brûler devant les maisons incendiées les pompesà feu, mais encore ceci ne peut pas paraître surprenant à ceux , qui savent et connaissent leseffets singuliers qu’ontcoutuma de produire le chagrin et le trouble d’esprit, dont l'ordinaire est d’enlever l’usage de la raison dans un malheur analogue à celui des pauvres incendiés, ayant perdu si vile tous leurs avoirs, et d’une manière si fâcheuse, au point même, de ne savoir plus que manger, ni où coucher, où des familles entières ont été dans la triste nécessité de coucher en plein air, au sein des campagnes , et cela plusieurs nuits en manquant de tout. Moi-même, mon .. épouse et mes enfans, nous avons passé la nuit du 24 mai 1788, en plein air, au pied de Valère, à côté de l’église de tous les Saints sur un plateau qu’il y a, avec feu mon Cousin-germain le Révérendissime Evêque deSion, Joseph Antoine Blatler , de pieuse mémoire.
Vous auriez vu ce joqr là des flammes, qui semblaient toucher le ciel ; vous auriez vu de tout côté des maisons qui s’enfonçaient par étages avec très-grand bruit , produit par ces chutes, s’élever de nouvelles flammes subitement après chaque chute, et exciter ainsi de nouveaux feux; vous auriez vu dans toutes les rues, et dans toutes les places, des bois, des poutres, des brichets à demi brûlés tomber avec fracas, à côté, et même quelquefois sur les passans, et les blesser; vous auriez vu des hommes tout noirs de visage , ressemblans plus à des démons qu’à des hommes; vous auriez vu de tout côté jeter des meubles, tantôt par les fenêtres, et tantôt par les portes, afin de les soustraire à l’incendie, et les laisser ensuite dans les rues; vous auriez encore vu *ne inflnilé de monde entrer dans ces maisons incendiées, et en sortir tous charÿé§
356 Description
d’effets et de meubles; vous auriez vu transporter de tout côté des meubles et des linges déjà à demi brûlés , et courjr de maison en maison; car chacun croyait, que toute la ville allait brûler; vous auriez vu des pères et des mères de familles , des fils et des filles ressemblans à peine à des personnes vivantes, tant étaient- ils consternés et tristes; vous auriez enfin vu les uns courir d’un côté pour chercher les autres qui couraient aussi; le mari chercher son épouse éperdue, les enfans chercher leurs païens, et les parens chercher leurs enfans, en crainte les uns et les autres, d’apprêndre la mort de ceux qu’ils cherchaient; vous auriez vu sortir par les fenêtres des flammes aussi volumineuses que l’ouverture, tantôt toutes rouges, tantôt toutes noires, donnant une fumée épaisse et puante; ces flammes se roulaient, s’entrelaçaient les unes dans les autres, ou s’entortillaient en elles-mêmes ; en un mot, vous auriez vu conduire hors des maisons en flammes des personnes blessées, ou à demi brûlées, et çette partie de la ville former un véritable brasier; que de cris ! que de plaintes, que de misères ! Vous auriez entendu dire à chaque instant, ici il faut de l’eau, ici il faut des hommes; vous auriez entendu toute la journée ce son lugubre de la grande cloche de la Cathédrale, ce tintement , cet épouvantable tocsin: don , don, don ; vous auriez entendu des femmes et des filles, des garçons et des hommes parcourir les rues en pleurant, et se disant entièrement perdus; vous auriez entendu à tout moment dire , à présent c’est la maison d’un tel qui brûle , à présent c’est celle d’un tel autre, à présent ma maison brûle, à présent tout est en feu, à présent la mienne est brûlée, ô malheureu* §ue nous sommes! que deviendrons-nous !
du Valais. 357
Ces lamentations étaient dans la bouche de tous les incendiés, et dans les oreilles de tout le monde tout ce jour-là ; vous auriez entendu les maîtres des maisons brûlées demander secours au monde, quelquefois même à genoux, les mains jointes et levées vers le Ciel , promettre de très-grands salaires aux aides ou ouvriers ; vous auriez entendu de braves Ecclésiastiques exhorter et consoler ces malheureux. Tel était enfin l’état de la ville de Troie lorsqu’elle fut prise , et qui se trouve décrit par ce vers:
. Hœc faciès Trojœ , ciim Caperelur , erat.
Qui n’aurait pas été touché de commisération envers les incendiés, à la vue d’un tel désastre? qui encore pourrait s'étonner, que , dans une pareille désolation générale on ail laissé brûler les pompes à feu , dont les étrangers ont fait à tort une risée publique , en l’insérant même dans leurs journaux? Mais s’il s’en est trouvé d’inhumains, il y en eût aussi beaucoup qui se distinguèrent par des marques de compassion envers ces malheureux en les secourant de leurs largesses. Nous avons vu à cette époque infortunée le cœur de nos alliés ouvert , en nous prodiguant des assistances; Genève fit passer à la magistrature de Sion cinq mille , cinq-cent cinquante-sept écus bons , de vingt-cinq batz chaque ; la ville de Neuchâtel vingtcinq louis; Appenztl, quinze louis; Fribourg deux cents louis; Soleure cent louis, et l’état du Valais mille écus, en tout huit mille huit cent et deux écus bons, qui furent distribués aux malheureux incendiés. Que cette générosité leur mérite une reconnaissance étemelle, et dispose la Providence à les préserver d’un tel malheur , afin de
358 Descrittiow
faire prospérer leurs étals déplus en plus, et heureux leurs descendant. Je ne dois pas passer ici sous silence la générosité de la ville, ou de la Bourgeoisie de Sion, qui donna à tout bourgeois qui rebâtissait, le bois de bâtisse, la chaux, le plâtre, ce qui se monta à une somme immense , puisqu’elle excéda celle de cent mille écus bons. Ce furent ces générosités qui déterminèrent la plupart à rebâtir ; il est presque inconcevable comme on a pu terminer en si peu d’années tous les travaux des maisons neuves qu’on fit rebâtir, et qui sans contredit sont beaucoup plus belles et plus grandes , qu’elles n’étaient auparavant, et forment aujourd’hui le plus beau quartier de la ville.
Qu'il me soit permis de finir la description de ce malhe ureux incendie par celle de l’incendie d’un camp militaire, que nous donne Silius Italiens , dans son livre dix-septième, et que voici : 9
Inde ubi collecti rapidam diffundere peslem Ccppcrunt ignés, et se per pinguia magno Pabula ferre sono ; clar'e exspaliantur in auras Et J reno s eolucri propellunt lumine flammce ,
Il to/is inimica lues cum turbine cas t ris , Atquealimentav or atslrepitu F ulcanus anhelo A rida, et ex omni manant incendia teclo.
Sentitur plerisque prius quàm cernitur ignis Excilis somno , mullorumque ora vocantum Auxi/iurn invadunt flammœ ; fuit undique viclor Mulciber , et rapidis ample xibus arma, virosque ^ Corripit, exundat pestis , semiustaque castra Ardenti volitani , per nubila surnrna favillœ*
Ipsiui
DU V A L A l S. ( ;
Ipsius ingenti Regis Tcntoria saltu Lugubre increpilans laie circumeolai ardur, Hausissclque virum , Irepidus ni Clade S nielles Et somno, ac slralis rapuisset mulla precaniern.
Mais celte malheureuse ville eut encore l'année après, savoir en 1789, le jour de St. Michel, un autre embrasement à endurer, où l’on craignait de voir brûler encore le reste de la ville; il brûla ce jour une vingtaine de granges et d’écuries avec les Joins, et deux maisons; outre que l’année dernière, le 3i de mars, sans la direction de quelques personnes habiles, sans celles surtout do M.r le Préfet, de M.r le Général, et de plusieurs autres^ étrangers la ville aurait été de nouveau la proie des flammes; mais avec leurs secours, il ri’a eu de brûlé que quelques vieilles maisons, et plusieurs granges et écuries.
Enfin, pour faire voir combien cette ville a toujours été exppsée à toutes sortes de revers, il suffira d’observer encore les sièges que ses ennemis lui ont si souvent fait, et surtout les Ducs de Savoye, durant lesquels sièges elle a souvent été réduite en cendres presqn’cn entier, comme on le verra en son tems dans les i^nnaies du Valais, et notamment aux années 1220, sous l'Episcopat d e Landricus ; l’année 1 3 jo , sous l’Evêque Taeelli; en 1084, sous l’Episcopat d’ Edouard de Savoye; et plus tard encore, en 1417, sous l’Evêque Villaume de Raronia , et l’année 147^, sous l’Evêque Walter S upersaxu , lorsque le haut Valais reconquit le bas Valais; enfin les deux années successives de 1798, et 1799, sous l’Episcopat do Joseph Antoine Blaller. Voici les vers suivans pour finir cc triste tableau , qui en donnent une idée :
36o D*scripti©n
Ilia ego quœ quondam tenais, sed Julius Auxit,
Ça saris ilia fui , sed sanguine paria liber tas.
Aul ferro aut flammis bis ter vexaia per hostem,
Ah quoties Sœea Lues percussit et anxit,
Flperversa fides quantùm ieniare probavit ?
At Deus omnipotens scabiem resecavit avitam Audilo gemitu pacem dédit atque salutem ;
Qui me construxit, nçmen dédit ille Sedunum, Hautfrustrà voluit , quod sic descendat ab uno.
Nam si non unum , valeant meq , tuque Sedun&m.
Maintenant je dirai quelque chose de l’antiquité de Sion ; Cette ville est fort ancienne, puisqu’en parcourant les histoires les plus reculées, notamment celle de Stumphius , donnée au jour l’an 1548, en un gros 'in-folio , qui dit, que déjà plus de mille ans avant, Sion fut le séjour des Evêques du Valais, et que déjà l’an de J. C. 4u ,St. Florentin, Evêque de Sion, fut martyrisé ; il dit encore, que dutems de la Domination Romaine Sion était considéré ; enfin Pline, et Jules-César lui-même en font mention dans leurs Commentaires et ouvrages, sans parler de tant d’autres monumens antiques, qui attestent «on ancienneté.
Cette grande ancienneté de la ville de Sion est donc prouvée en partie par ce que les Auteurs en ont dit, et en partie par les monumens antiques qu'on y trouve encore aujourd’hui ,• comme le Château de Valère , la sépulture du Préfet Campanus ,1a Tour impériale, ensuite appelée Tour des Calendes , parce que les Chanoines de Sion y tenaient leurs Calendes ou assemblées capitulaires, que Jules-César doit avoir bâtie au levant du cimetière gctuel de la ville : c’était une tour carrée , très-solide, et
Et v Valais. 56*
fort haute : d’autres prétendent , que cotte tour fut bâtie par l’Empereur Charlemagne à l’Evêque de S ion. Cette belle tour fut aussi la victime des flammes dans l’incendie de 1788, à la place de laquelle se trouve aujourd’hui ce nouveau et grand bâtiment du Chapitre de Sion, et où vont loger |es quatre Dignités Capitulaires, savoir le grand Doyen, le Doyen de Valère, le grand Sacristain et le Chantre.
Passons maintenant à la prepve du Triumvirat qu{ exista dans celte ville du tems de l’Empire Romain, et à l'époque, op Jules-César, Octavien Auguste et Lépidus étaient Triumvirs à Rome , et y constituaient la Magistrature Suprême. Je dirai , que la preuve de l’existence» de Sion sous le triumvirat, sont les médailles en or, qu’oit a trouvé sous terre l’an 1763, à Prafaloon au-dessus de lq grande route, à deux lieues de Sion, dans le Canton dç Sierrc, à une lieue du chef-lieu, lorsqu’on a creusé les fondemens de la maison neuve de feu M.r le Recteur Augustin Bonivini de Ltiu. Ces Médailles représentaient d'un côté la tête d'un magistrat, ornée d’un panache tricolore, avec l’inscription : Gratus Sep/imus, et de l’autre côté, en tournant la Médaille, on y lisait ces mots : Triumvir Scduni. On n’y trouve pas l’année qu’elles ont pté fabriquées. Ces Médailles d’or prouvent l’existence du triumvirat dans cette ville de S km, tout de même qu’il conste par la sépulture de Campanus , que le Valais avait pté gouverné par un Préfet Romain, jusqu’au tems où 1<« Valais devint sous les Rois de Bourgogne, et deceux-ai sous la domination de Charlemagne , qui, quoique Roi de France, devint dans la suite Empereur Romain. Ce pays fut déjà envahi depuis les premiers siècles de l’Ere Chré-*
Z6z Description
tienne, at meme avant, d’abord par les Vandales , ensuite par les Ismaélites , qui pendant tout ce tems-là, fut en proie aux dévastations les plus horribles, et aux guerres les plus meurtrières. Charlemagne doit avoir ensuite donné ce pays du Valais à l’Evêché de Sion en fief, ou comme le prétendent d’autres, par donation à St. Théodule ; de ceci il sera parlé ailleurs.
Mais l’antiquité de cette ville , outre tout ce qui vient d’être dit, se prouve, et s’établit encore par les inscriptions suivantes. Celle-ci se trouve écrite sur un marbre trèsancien , placé à la porte supérieure de l’église cathédrale de Sionj
P. Cœsari Dwi Julii J.
Augusto Cos . XL Tribunitia potesiate XV .
' Patri Patrice
Tijici Maximo II IL As. Sedunorum .
III III. Pat/ ono. *
Quoique les commencemens de tous ces signes et la fin même, y manquent quelquefois, je crois cependant avec Sembler ^ devoir les lire comme suit : lmp. Cœsari Dici Jidii Augusto Coss. XI. Imp. XIII Tribunitia potesiate XVI. Patri Patrice Pontijici Maximo C ici ta s Sedunorum pa/rono.
Quanta l’autre fragment de Jules-César , comme i! se trouve n’avoir que des lettres toutes usées par l’effet rongeur du tems , je n’en dirai rien. Après avoir parlé de la grande antiquité de la ville de Sion , il faut aussi dire quelque chose de sa splendeur et de sa Dignité ; ce qui
du Valais., 363
le prouve, ce sont les difFérens privilèges et faveurs qui lui ont été accordés tant par les Souverains Ponlifs que par d’autres Puissances, à la gloire des Bourgeois de Sion, quoiqu’en pensent dire les modernes; les actes de ces privilèges commencent par ces paroles bien honorables : Civ ib u s bene mentis ; savoir : aux bien méritons Bourgeois ; et dans un autre endroit on lit encore : Civcf et B avoués, cujus initii memoria non existit , c’est-à-dire, Bourgeois et Barons , dont il ny a pas de souvenir de son commencement ; tellement ce droit est-il ancien. De plus les Bourgeois de Sion avaient le droit de corriger toutevs les sentences critainelles de tout le Valais , comme il est
prouvé par ce passage latin, conçu en ces termes. « Cives
» Scdunenses habent jus correcfionis senientiqrum in iota
» Vallesia , quod consummaio processu et lata s en Un fia , » ultima cognitio et definitiva dari debeat per cives Sedu-
» nenses , tanquam judices et Barones Seduni juxtà lauda- » bilem consuetudinem ab antiquilüs diutius in
» conservatam , cujus initii memoria non existit, de crimi-
» no sis, ultirfio supplicio condemnandis per totarn prœfec-
» tu ram et comitatum V aile si i u bique Constituas , cian sit » Capiit ierrœ V aile si i ». Cet acte est de Fan 1344.
Il résulte du célèbre acte de Boniface de Chalant , dans le traité du droit de Regalie , que cette ville jouissait de beaux privilèges, dont l’Evêque Wallher Supersaxo , de glorieuse mémoire, parle ainsi, «(juod consumato pro~ » cessu et lata sententia, ultima cognitio et définitif a dari » debeat per cives Scdunenses , iaçquam judiçes et Barones » Seduni juxtà laudabilem consuetudinem ab antiquitus » diutius in bac patria conservatam , cujus initii memoria
» non existit ». Plus bas au même acte de 1460, il est
h de patria
5C4 Description
encore dit. « Z)/? criminosis ultimo supplicîo coriâemndh- » ûfo tota/Tz prœfeeturam et ComUalum Vallesii ubiqüe >> Constiluîis , <rz//ra 5/7 Caput terrœ Vallesii ». Ce droit est donc prouvé par deux actes, et sous deux évêques différens; et cependant on leur a enlevé ce droit d’une manière inique , comme on le verra ailleurs daris les Annales du pays.
L’Evêché de Sion est un des plus anciens des Gaules, comme Simbler l’observe, et à cette occasion Sigebert ; dans sès Chroniques dit, que l’année 5ii Florentin , Evêque de Sion, avait subit le mârtyre pour J. C. Mais il s’est trompé d’un siècle entier, et au-delà; car M.r Deriçaz , dans son ouvrage fort érudit , intitulé : Eclaircissemens sur te martyre de la Légion Thébéenne , expose comme
St. Florentin fut mis à mort vers l’an 408 , quoique d’au-
très fixent l’époque de ce martyre à l’an 41 L’histoire de
ce Saint ‘établit, que c’est St. Ambroise , le fléau des hérétiques Ariens , qui leur opposa dans l’Evêché du Valais St. Florentin, ce célèbre moine ÜAxjiïilée, dont St. Jérome parle fort avantageusement dans sa Chronique sur l’ati $77. Ce même St. Florentin avait déjà cherché avant soh Episcopat à gagner des âmes à J. C. dans l’Helvétie; c’est ce que nous apprenons, dit le même M.r de Rwaz , dans la légende de St. Félix èt dé S te. Régula , martyrisés à
Zurich5, en 3o3. 11 n’est pas surprenant, poursuit ce même auteur , que ce St. Evêque lût abhorré des Vandahs Ariens , qu’ils le mirent à movt avec Hilaire , lorsqu’ils ravagèrent les Gaules 9t\ 4°7;
Voilà donc l’Evêché de Sion déjà établi en 407 , ou 408, d’après M.r de Riraz; mais ce dernier nous établit la fondation de l’Evêché du ‘Valais à une époque bien
i> ju V ,A l(fc a i s. r SG5
plus reculée encore, l'attribuant à St. P rotais , Erêque de Milan, en envoyant St. Théodore en Valais, avant lequel il ne nous reste aucun vestige de l’Evêché d’Octodure, et finit enfin par dire, que ce saint mourut vraisemblablement en 390 , peu après le Synode de Milan , auquel il assista. , . ,
De là il résulterait, que l’Ëvéché d’Octodure a été fondé par St. Protais , JENêque de Milan, comme celui de Sion par St. Ambroise , qui y envoya St. Florentin , pour résister à l’hérésie des Ariens Vandales;
Continuant de nous occuper de l’antiquité dé l'Eyêché de Sion , nous disons, qu’elle est Encore prouvée par la consécration du monastère d ’ Agaune ou de Si. Maurièe , où il «st fait mention d’un Théodore Evêque de Sion : ce monastère ayant été bâti par St. Sigismond , Roi de Bourgogne ^ vers , l’an du Seigneur 5oô. Mais dans le Concile à’Epaane , qui a été tenu vers l’an 5io , sous le même Roi Sigismond , on fait mention d'un Constance d'Oclodurc , Evêque du .^Valais , comme le dit Simblcr , par ces parties : Conjpptii Uctodorcnsis fit mcntio , id est , Valcnsiœ Episcoph
Dans le cinquième Concile d'Orléans -, vers l'an du Seigneur 3 46, sous Qhildebert , Roi des Francs $ a de même assisté Rufus , Evêque des Valaisans Oc/odoriens mais déjà long-tems avant $ Théodore , Eyênue àîOdodure assista au Concile d’Acçuilée , l’an de J. C. 38i. Ce St. Théodore est fort célèbre dans l’histoire ecclésiastique du Valais ,tant par *on Episcopat de 42 ans, que par la fondation du Monastère d ’ Agaune.
C’était de là aussi ,, savoir , de ce qu’on nommait les Evêques du Valais, tantôt Evêques de Sion, et tantôt
Evêques ÜQclochire , qtf est venu, que quelques-uns ont cru , que le Valais avait anciennement deux Evêchés, celui de Sion , et celui à'Ocfodüre ; croyant, que de même, qaé'léÿ droits, et les terres des Sédundrs étaient différentes de celles des Vcragricns , de même les Evêchés avaient été diflÏTens entr’cux. Mais je pense le contraire , parce que ces deux villes étaient trop voisines Tune de l’autre, et que dans toutes les provinces transalpines les Diocèses étaient grands , beaucoup plus grands même que ceux d’Italie* -
Au reste, lin indice d’un seul Evêché en Valais est celui-ci , en ce qu’il est fait mention du seul Théodore , Fai* que de S ion , dans la Dédicace du Couvent de St* Maurice d'Agaunc ; il n’est pas à présumer cependant, que s’il* y avait eu un Evêque à Ocîodure , il n’eut pas assisté à cette dédicace , comme ayant eu Ire u dans son
Diocèse. * ’ 1 * ^ *
On doit donc crdfre , tÿxOclodüre , ainsi qu’il a été le Chef-lieu du Valais , comme le dit le livre- des Provinces^ de même il fut la premièfe ’dèmem'è* des* Evêques, jusqu’à ce que par les guerres des Bourguignons il a été dévasté , "et TEvêché transféré à Sioq , d’ou après lés divers incendies,* il fut rétransporté à Or./odure , jusqu’à ce qu’enfin Sion rédevint habitable. Au reste, je dirai avec M.r de Rivai , qu’il est certain , que St. Théo -
dore , le premier de nos Evêques , fixa sa résidence à
Octodiuc , mais qu’il est bien probable, qu’il alla finir ses jours à Sion, od l’on découvrit ses Reliques ickma le douzième siècle. Il est d’ailleurs certain , que les Conciles ont ordonné aux Evêques, comme l’a savamment encore observé Monsieur de Rivai , de résider dans les villes
Municipales; il » est certain aussi , que Sion devint la de^ meure du Préteur Romain sous l’Empereur Gralien , et qu'il semble au moins, ' <\\\ Asclepiodote y avait demeuré , lorsqu’il fit rebâtir très^superbement les églises de cette ville en 077, comme nous l’apprend l’inscription qui commence par ces mots : DevofioneVigens, eic. que nous avons fait connaître plus haut ; que de plus on ne peut point supposer avec vraisemblance que les Reliques de ce Saint fussent transférées d'Octodure à Sion , où l'Eveque Guillaume les a découvertes vers l’an 1170, et en voici la raison, parce qu’il y eut dans le quatrième siècle différentes lois des Empereurs, qui défendaient, sous des ^peines très-graves d’ouvrir les tombeaux, et de troubler les cendres des morts. On peut donc conclure , que St* Théodore a demeuré à Qciodure ejt à Sion , et que de là on appela indifféremment ses successeurs , S/. Elie , et Si, Florentin , Evêques d'Octodure , ou Evêques de Sion.
Quant à Maurice , et Sikius qui leur succédèrent immédiatement , ils résidèrent à Agaune ; car Si. Eucher dit de ce dernier, qu’il était sans cesse occupé- à faire le service des Martyrs ThébéenS , dans l’église bâtie en leur honneur à Agaune.’ JP rotais qui sifceèda à Sikius , résidait aussi à Agaune\ puisque le Moine • Anonyme le nomme Evêque de ce lieu dans la Légende Jes Martyr S ThébéenS y eh parlant du transport du corps de Saint Innocent . '
Il paraît enfin , que' , Léonce qui remplaça Protais , établit le siège des év&tjtie$: à Octodurey' soit 'parce que de son tems , ié Monastère dé Agaune cessa d’être régis par les Evêques1, puisque Si.\Séderin «fut élu 'capitulai** renient en 477, soit aussi, parce que des notices dressées
368 DïscRiifTisy
alors assignent Octodurc pour la Cité dü Valais. H fcàt vrai, que l’autorité de ces notices est fort peu de chose, au dire même de M.r de Rivaz , puisque celles même qui ont été drAsées dans les septième et huitième siècles, disent encore : Civitas Valensium , Oclodurum , stu Verusagver Gastrum Canavcnusla , voulant aussi sans doute dire par là Civitas Valensium , ou Cité des Valaisans. On voit encore par là 4 que les Auteurs de ces notices se sont successivement copiés sans faire aucune attention aux ehangemens surventes dans les Provinces éloignées , et qu’ils ne sont exacts que sur les Cités de leiir voisinage.
Nous eh concluons donc* que le siège des Evêques du Valais a été trop inconstant pendant le quatrième siècle, et les deux suivant, pour qu’on puisse former un argument de quelque poids contre les actes du Concile d ’Agaunc ) sur ce qu’ils disent, que Théodore //, était Evêque de Sion. Si Constance , son successeur* vint fixer le siège à OUodurt , il n’en faut pas être surpris* car après le rétablissement du Monastère , le pèlerinage d 'Agaune devint si célèbre , que presque tous les Prélats des Gaules et à’Italie se rendaieht au tombeau des Martyrs , et il était de la bienséance du Diocésain de les recevoir à leur passage. Enfin à supposer même* que c'est une erreur de dire , Theodorus Episcopus Sedunensis ; n’est-il pas plus naturel de l’attribuer à quelque copiste ignorant, qui voyant de son tems les Evêques à Sion, aura regardé comme une lourde faute de dire Ociodürensis , et ces corrections faites à contre, terrts sont très-fféquentes dans les anciens actes ; mais allons pliks loin concernait la ville de Sion.
fc tr Valais/' 36$
Parmi les édifices anciens de la ville de Sion 4 le plus ancien était le palais de St. Thvodule , Evêque de Sion , bâti au dire des uns, vers fan 570^ et dont on voit encore aujourd’hui la pierre de son laVoir sortante du mur Septentrional de l'édifice du théâtre, pour là voir, il faut entrer dans la cave à tines de l’Evêché.
Sion était donc célèbre depuis la plus haute antiquité, comme il conste parce que nous en venons de dire ^ et
par la résidence des ci-devant Ambassadeurs Français,
comme elle l’est encore aujourd'hui par celle du Préfet, et de tous ltes Membres de l’Administration;
11 y a dans Sibn, plusieurs beaüX édifices et beaux bâtimens qui appartenaient à la ville , tels que l’auberge 'du Lion-d’or,la Maison-de-ville, et l’ancienne Résidence des Ambassadeurs Français -, situés sur la grande placé. *
Il y a aussi Sur la Maison-de-ville, dans une petite tour, surmpntée d’un beau couvert en fer blanc, Une belle horloge , faite pat MaYc S parti, horloger de St. 'Gall\ cette horloge j visible de trois côtés , indique le cours dü soleil , de la lune^ et des douze signes du • Zodiaque , avec les diffé'rens disques lunaires et l’indication des sept planètes. Elle existe depuis 1667* Il y a aussi une màison de théâtre, mais elle ne paraît qu’à moitié bâtie , puisqu’elle n’a point de loges ^ le reste est assez joli; le Collège dé la ville est vis-à-vis de lui, situé sur le haut d’un rocher ^ et jouissant d’un beau prospect , il fut fondé par un Curé de la ville > M.1 de . Torrrnté , pasteur zélé et fort éclairé. Le costume des écoliers est un manteau de drap bleu, qu’ils portent toute l’année, scholastique, excepté les Théologiens, qui en portent un de drap noir.
Ijo .Description
La ville de Sion compte au-delà de trois cents maisons ; et six cents habitations, tant d’indigènes que d’étrangers ; il y a environ deux mille et quelques cents âmes , de tout âge, de tout sexe.
Quant aux murailles de la ville , ou remparts , il n’est pas douteux , que leur très-grande élévation doit beaucoup altérer la salubrité de cette ville, surtout en été, où l’on entre plus de deux mille toises de foin dans le courant de l’été et de l’automne , qu’on retire dans des granges placées parmi les autres hatimens de demeure. Sous chaque grange il y a une écurie, autour de laquelle on entasse les fumiers qui produisent une odeur insupportable, qui rendent toujours les rues mal-propres, et deviennent en quelques façon la cause de tant de Crétins qu’on observe dans ce triste quartier de la rue du Rhône.' Qui pourra s’étonner de l’insalubrité de cette ville, ou plutôt qui ne s’étonnerait pas, si elle était saine d’après l’état de mal-propreté, où elle se. trouve , outre que l’air coupé par les remparts, ne joue jamais dans son intérieur. Il serait -à désirer , que les remparts fussent abattus , ou tout au moins baissés, et qu’on forma ænsuite des portes en grillage , afin de rendre le cours de l’air plus libre. Il n’est donc .pas étonnant, dis-je , si l’on ne peut presque pas demeurer en été, dans la ville, à cause de la trop grande et excessive chaleur qu’il y Fait > et s’il y a tant d’enlans stupides dans la partie inférieure de la ville, dont je chercherais ailleurs les moyens pour délivrer l’enfance de ce fléau. Il suffit au reste de passer en été devant les boucheries, pour sentir le méphitisme horrible , qu’elles exhalent, et qui pvovoque presque au. passant l'envie de vomir; qu’on les éloigne. donc de là, et qu’on les place sur quel-
du Valais Zj,
yie courant d'eau de la Sionnc, ou ailleurs, comme hors la petite porte de la ville , au couchant de la maison de la Cible , qu au fond , et en bas des tanneries.
Mais puisque je me trouve là, il m’appartient de dire ici quelque chose de la petite porte qu’on appelle le trou du Château ; il est taillé dans le rocher sur lequel se trouve le château , dans toute son épaisseur; il offre un passage large d’une toise et haut de huit à neufs pieds environ; il communique hors des remparts. Ce trou n’est pas commode à passer, parce qu’’il offre de chaque côté, une pente assez rapide , outre que dans les tems de pluie , l’eou tombe goutte à goutte des crevasses du rocher, et co passage y devient sombre , et mal-propre.
La ville a encore une maison de Chancellerie neuve qui sert aujourd’hui de dépôt pour les farines des troupes; elle a encore deux magasins à sel, ainsi qu’un grand bâtiment nommé la Souste , pour y déposer les marchandises de transit.
La Cathédrale de la ville de Sion, dédiée à la Vierge , est un grand édifice gothique; on ne sait point, quand elle a été bâtie, tant elle est ancienne. On y voit différens tombeaux , celui des Evêques à la droite dans le Chœur, celui des Chanoines , dans l’allée devant le Chœur , et celui du simple Clergé , proche de la trihune où se trouvent les ossemens des morts. Il y a aussi la tombe de VEvéque Supersaxo , ayec deux épitaphes devant la Ch a* pelle de S te. Barbe ; il y a de même le tombeau de l’arvt cienne et noble famille des Wolff , devant l’Autel de St. Jaques , ainsi que celui des Udrel , devant l’Autel de St. Jean , et enfin celui des Kuntschen vers l’Autel de St, Charles. Il y a proche des fonds baptismaux, au Las d$
Zjz Description
l’église , un Mausolée érigé en l’honneur de l’Evêque Guillaume IV , de Raraniay il fut enterré aux frais de Henri Esperlin , Doyen de Sion; il mourut à son retour, de Rome dans la ville de Palanza, au Duché de Milan , dans le Diocèse de Navarre. Il y a une belle orgue, qui fut faite aux frais des héritiers de l’Evêque Amhuel , et du Chapitre de Sion. L’extérieur de cette église a peu d’apparence, mais l’intérieur et assez régulièrement construit, et bien décoré. Il y a quinze Autels dans cette église, mais, tous d’une construction commune, sauf Je grand Autel qui porte les traits de l’antiqu;ié. La yoûte de la Cathédrale se trouve soutenue par une multitude de colonnes très-hautes et d’une structure ancienne. U y a dans la tribu ne, qui se trouve à l’angle occidental et septentrional do la Cathédrale , un ossuaire rempli de çrànes et d’osscmens humains ; cet espace rempli a dix toises de longueur, deux toises de hauteur, et une et demi , même près de deux de largeur. Ce n’est pasétonrçantde voir tant d’os entassés , si l’on se rappelle des guerres nombreuses dont cette ville a été le théâtre, et de sa grande ancienneté. Au sortir de cette église , on observe d’abord la grande tour carrée du clocher, surmontée d’une galerie qui donne le tour à sa pirâmide. Le cimetière est garni de pierres sépulcrales , sur lesquelles sont écris en lettres d’or des vers latins; on remarque surtout celle de la noble famille d 'Ambüel , qui se trouve apposée au mur méridional de la Cathédrale.
On voit encore au couchant du cimetière, et proche des remparts, la belle église de St. Théodule, Evèqup deSion, dédiée à ce St. Patron du pays; elle a été bâtie par Mathieu S chiner ? Evêque et Cardinal, auquel les circonstan-
#es n’ont pas permis de faire achever la Tour carrée, toute en pierres de tuff. Tout autour du Chœur en dehors , il y avait beaucoup de Statues que le tems a détruites. Cette église porte en plusieurs endroits les -armoiries de son fondateur. Dans cette église est enterré Nicolas S chiner , Evêque de Sion, mort en i5io, après en avoir abdiqué „ l’Evêché, en faveur de son neveu le Cardinal , en 1499.
Quand aux droits du vénérable Chapitre de Sion , iis étaient nombreux et riches ; car il avait quantité de fiefs de toute nature par tout le pays du Valais, beaucoup de jurisdictions , et même des vidamies , ainsi que divers droits de patronat en divers endroits, outre beaucoup de beaux et bons ruraux, la nomination des Chanoines titulaires, et la présentation pour l’Evêché, et autres, somme d’assister aux Diètes.
C’est une ancienne et constante tradition dans tout le pays, à l’appui de laquelle viennent une infinité d’autres monumens, que le Comté et la préfecture du Valais ont été donnés par l’Empereur Charlemagne , vers l’an 802 , ou 804, à St. Thcodule , Evêque de Sion , et à ses successeurs dans la dite église, à jouir à perpétuité. Cet Evêque avait le titre de Prince du St. Empire Romain , qui a été aussi donné au .Cardinal Schiner en particulier par V Empereur Romain, et jouissait des droits de Regalie; én signe de quoi les Evêques de Sion se faisaient porter devant eux, lors des grandes cérémonies, le glaive de la préfecture par leur Vassal, M.r le Séneschal du tems.
Il avait de même le droit de faire grâce aux condamnés , pour quelque crime capital que ce fut ; il avait aussi la confiscation de leurs biens , le droit de battre de la piopnaie, avec le* avantages qui en résultent j il confir-
074 Description
mait les juges et officiers , en les faisant prêter le serment ; il percevait les amendes et chàtimens pécuniaires des délits, et autres crimes; il créait les Notaires et les châtiait lorsqu'ils prévariquaient dans l’administration de leur état; enfin, il légitimait les bâtards, ou, à ce défaut, il succédait à leurs biens, lorsqu’ils décédaient sans enfans légitimes; il se saisissait des biens vacans quelconques , et jo’uissait du droit de convoquer la Diète , de celui de péage, et de plusieurs autres droits marquans.
Quoique presque toutes les jurisdiclions du pays appartinssent à l’Evêché de Sion, il y avait néanmoins quelques juridictions particulières, qui avaient l'Evêque pour leur -haut Seigneur , savoir : Martigny , Ardon , Charnoson , Massonger , Isérablo , Hérens , Naz , Mage , Age te s, Savièse , Grimisois , Ayent , St. Léonard, la Vallée d’ Anniviers, Simplon , et la Vallée de Fiescli. Il avait les mêmes droits sur le Gouvernement de St. Maurice , dont le Gouverneur n’était qu’un officier de l’Evêque ; c’était pour cela, qu’il était obligé de lui prêter le serment usité en pleine session du Souverain. Quant à la vallée de Bagne, dont je parlerai en son tems , c’était le Révérendissiine Abbé de St. Maurice, qui y était Seigneur. L’évêque avait aussi dans cette vallée, les droits de Régalie et de haut domaine , d’après les traités faits du tems de J Val/her Supersaxo , et de Mathieu Schincr. L’évêque de Sion possédait cinq châteaux, savoir : celui de la Majorie , qui était la résidence des Evêques, celui de Tourbillon , de Loucche, de Nalers , et enfin celui de Martigny ; il avait encore plusieurs autres châteaux, où il se retirait d?n$ Ie tems jles guerres «entre les Comtj&s de Savoye,.
Le
Le meme Evêché avait encore plusieurs Mcfralies ainsi nommées dans le pays, et le droit de percevoir toutes les langues des bœufs et des vaches qu’on tuait à la boucherie de la ville: car alors il n’y en avait qu’une, tandis qu’aujourd’hui trois suffisent à peine; enfin il avait encore le droit de pèche et de chasse, comme encore tant d’autres, qu’il serait trop long de rappeler ici, sans parler des dona? tions q’ui lui ont été faites.
L’Evêque de Sion avait de même jusqu’en 1798 et 1799, le droit de glaive, c’est-à-dire, qu’il entrelenait et soldait le bourreau, lui fournissait le costume dont-il était paré lors des exécutions criminelles ; c’était pour cette raison, que, lorsque la justice de quelque dixain condamnait quelqu'un à mort, il fallait présenter à l’Evêque la sentence condarnnatoire , la lui faire reviser et approuver, et lui demander le bourreau; sans quoi l’exécution n’avait pas lieu.
Après avoir dit quelque chose sur les droits de l’Evêché, il me reste encore à parler de ceux du ci-devant Souverain Etat du Valais, de ceux du Magistrat de la ville de Sion et de la Bourgeoisie de cette ville. D’abord parmi les droits de l’Etat du: Valais, le plus marquant était celui de nommer les Gouverneurs de Monthey , et de St. Maurice. Ces Gouverneurs, que les Perses nommaient Satrapes , et les Romains Préfets, ou plutôt Préteurs , étaient élus toutes les deux années en Diète par les députés des sept dixains d’en-haut, de sorte, que chaque année a la Diète de Noël, on nommait un Gouverneur qui faisait son entrée solemnelledans son Gouvernement, le deux de février, après que son devancier en était sorti. Si un Gouverneur était mort pendant son tems de gouvernance*
ZjS D b s c n r i t i o »
on en nommait un autre du même dixain, pour compléter le tems, à moins, qu’il ne s’en manqua que quelques mois, alors un parent du défunt demandait à finir le lems pour lui. Dans les élections, on prenait les Gouverneurs dans chacun des sept dixains à leur tour, et le même Gouverneur ne pouvait jamais être élu deux fois, d'après les dispositions.
Cependant il y avait une différence à faire, savoir si personne ne s’était trouvé capable dans ce dixain, ou que personne neut voulu accepter la place , dans ces deux cas, il pouvait retourner en qualité de Gouverneur dans le même Gouvernement pendant deux autres années ; comme aussi lorsque pour la première fois, il n’y aurait été que pendant l’espace d’une année, pour finir le tems du Gouverneur précédent décédé, auquel cas, rien ne l’empêchait de le redevenir, et d’y retourner encore pour deux ans. Tout ceci avait de même lieu pour la nomination des grands Majors des Juridictions de l’Etat à Nenda , et en Hcrémence , ainsi que pour celle des Messieurs les Châtelains du Bouvcrct , qui tous étaient nommés en Diète, tous les deux ans , et dont les jurisdictionnaires étaient tous sujets du Souverain Etat du Valais, jusqu’en 1798 et 1799.
lÆtat du Valais, ou les sept dixains supérieurs, ainsi qne l’Evêque et le Chapitre nommaient de même toutes les deux années Son Excellence, le grand Baillif, après que ceiui-ci avait donné:sa démission par quelque belle harangue, choisissant pour cela quelque objet convenable, qu’un Orateur éloquent composait, et débitait en pleine session Souveraine, qui s’occupait ordinairement à faire l’éloge de la famille .du grand Baillif résignant,