DU V A T. A I "S
Après avoir parlé de la ville de Sion, et de ses diverses particuliarités , il nous reste encore à dire quelque chose slir les habitans, et leur caractère, ce que faisant , nous dirons d'abord, que les jeux et les plaisirs ne sont pas grands à Sion; tout le inonde y est retiré , ce qui fait aussi, qu’on ne s’y voit guères , surtout depuis les dernières révolutions du Valais, qui ont eu lieu dans les deux années 1798 et 1799, qui ont divisé les opinions, et celles-ci les sociétés.
Les habitans de cette ville peuvent être les meilleures gens du monde, du moins je les crois tels , comme en général tous les Valaisans ; mais en vérité, ce sont les plus insociables que je connaisse; ils savent tout, excepté d’ètre honnêtes envers le monde, et surtout envers ‘l’étranger respectif, ce qui fait aussi , que ce dernier s’y déplait souverainement, et n’y demeure qu’avec ennui ;une autre raison, qui fait, que les habitans de Sion n’aiment pas les sociétés, c’est parce qu’ils ne savent pas s’y produire , et craignent de devenir la risée du monde.
Les Dames de Sion sont modestes, retirées, et d’une pudicité absolue ; elles sont gentilles, et font paraître plus de sérieux que de vif dans leurs regards, ce qui prouve leur retenue, et l’absence de celte liberté qui permet aux femmes de fixer les hommes , comme ceux-ci fixeraient celles-là.
Les édifices les plus remarquables placés hors des remparts de la ville de Sion sont d’abord le Couvent des Capucins,el V Hôpital. Ce couvent est dans une situation superbe^ éloigné d’un quart de lieue de la ville. Il est entouré de hautes murailles, dans l’enceintç desquelles se trouvent aussi un
pré, de beaux vergers, et un superbe jardin légumier; cette enceinte à son midi a une petite hauteur, jouissant d’un beau prospect sur la ville, et sur la montagne des May cris. Il y a un très-beau tilleul devant la porte de l’église à son couchant, et à la droite de l’escalier; cet arbre est très-élevé, il étend de tout côté ses rameaux touffus, et fournit dans les chaleurs une ombre toujours fraîche. Ce couvent est placé dans le nombre des plus beaux couvensde toute l’Helvétie. Il est,situé dans un endroit, où l’air est de tout côté libre, et sain. Quant à sa distribution intérieure, elle est commode. Ce couvent a de belles treilles de muscat. L’église de ce couvent, qui lui est aüigue , est belle , grande , et bien aérée.
\jhopi!al de la ville , que la Bourgeoisie de Sion a fait bâtir, se trouve au midi de la ville. Cet hôpital a quelques biens fonds attigus à l’édifice , ainsi qu’ailleurs, comme prairies, vergers, champs, vignes, jardins, et des montagnes pour l’entretien de son monde , et de son bétail. Cette maison est administrée par un Directeur spirituel ou économe , ainsi que des Sœurs de la charité, dites Sœurs blanches, dont il a la direction, comme de tout l’intérieur de la maison. Ces Sœurs y sont établies pour assister, et soigner les malades, dont elles s’acquittent avec autant de bonne volonté que d’exactitude. Il y a dans la cuisine un puits de la profondeur de onze à douze toises, dont l’eau est fort fraîche*
Un troisième édifice hors des murs de la ville , en sortant par la porte de Louëche est la Chapelle de Si. George, environ à cent pas de distance; tous les ans, le jour de la fête de ce Saint , savoir , le vingt-trois d’avril , on
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s3y rend en procession, et l’on y célèbre une grande messe* Un quatrième édifice qui se trouve placé hors des'renw parts, est la maison du tirage à la Cible , qui se trouve au
septentrion du Château épiscopal. C’est sans contredit la
plus belle, comme la plus grande du pays, en fait de maison de tirage. Elle est régulièrement bâtie et commodément placée. Presque chaque Canton de toute la République Valaisane possédait de ces sortes de maisons ; il s’en trouve même dans des villages particuliers. On se sert ordinairement du mousquet pour le tirage, qui est une espèce de fusil très-grand , et souvent de la pesenteur de plus de vingt-cinq livres.
Mais l’usage des carabines rayées est tout autre, puisqu’on ne se sert point de fourche pour celles-ci. La distance des tirages d*e cette espèce, et à bras franc, est selon la
convenance du local; elle est ordinairement de cent-soi- Xante pas. L’Institution de ces maisons de tirage dans le Valais est certainement très-ancienne, et a été établie par
le Gouvernement lui-même , afin d’exercer les habitans à
Lien manier les fusils et à s’en servir avéc adresse contre les ennemis de la patrie, en tems de guerres, jadis fort fréquentes avec les Nations voisines. ‘ v ' ' • ' 'j
On donnait quantité de ces tirages, et de ces prix francs dans tout le pays. Tous les Gouverneurs1, tant ceux de Monthey , que de St. Maurice , à l’expiration de leur charge, donnaient un prix franc aux tireurs de leur dixain, ou canton respectif; outre celui des deux années
consécutives de leur Gouvernement, durant < lequel ils
donnaient chaque année un prix franc au peuple de leur
Gouvernement, et par ordre du Souverain , qui leur ert tenait compte. Il en était de même des grands Majors* des
Description
Juridictions àt N enda, etd’ Heremencey appartenantes au même Souverain, comme des Châtelains du Bouveret , et enfin des grands Banderets , et grands Capitaines des dixains, de la nomination, institution, charges et honneurs, ainsi que durée de leurs charges, on a parlé plus haut.
On donnait aussi, et publiait meme, de pareils exercices, et des invitations préliminaires à de pareils tirages pour toute la pptrie , et par tous les dixains; on les appelait Tirages nationaux ; tel fut celui de Tannée i6345 que je tiens bien décrit. ,
Mais revenant, d’où nous sommes partis nous dirons* que d’après tout ce que nous venons de dire jusqu’ici , il résulte, qu’il y avait trois sortes de tirage à la cible, le premier, lorsqu'au prinlems, en été, et en automne encore en quelques endroits, comme à Sion, on tirait à la cible tous les dimanches, dans d’autres que quelques dimanches, suivant la renie des fonds des dites Confiâmes, car il y en a pour ainsi dire de ces Confrairies presque dans tous les dixains, et surtout dans les Chefs-lieux, où, pour entrer, on était obligé de faire le dépôt d'une certaine somme pécuniaire , qui réunies constituaient le (ond de la Confrairie , dont quelques-uns se montaient à quelques mille écus, outre la propriété des maisons de tirage , ce qui ne saurait étonner, vu Tanciennelé de leur fondation , et l’augmentation successive du nombre des Confrères, qui y contribuèrent, , , : ,
Le r second genre de tirage était .celui, où tous les habitons du dixain .pouvaient aller tirer à la c ible dans les pijix francs donnés par les fonctionnaires du cfixain* comme nous l’avons dit,, savoir par les grands Majors de
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Nenda , et d 'Hérémence > les Châtelains AuBouçeret , et les grands Banderets,et Capitaines des dix-ains ; aussi , les appelail-on des prix francs, comme qui dirait tirage libre, parce qu’on y pouvait participer sans être Confrère, pourvu qu'on fut du dixain.
Enfin le troisième genre de ces tirages étaient les tirages nationaux, parce qu’il était permis à tout valaisan de se rendre à ces tirages, après avoir été publiés, et dans quel endroit du pays on les eut donnés.
Il y a encore hors des murs, à la droite, après être sorti par la porte de Louëche, une jolie et grande maison de campagne appartenante à Messieurs les héritiers de feu le Bourguemaître J ’. J. De Torrente . Cette maison est bâtie toute en maçonnerie, elle est ass*z bien distribuée, ayant un beau jardin et verger aitigus, et tous deux assez grands , avec une belle treille qui l’environne. Celte maison est d’autant plus agréable , qu’elle est proche de la ville, de manière, qu’on peut être à la campagne et à la ville quand on veut. Cette belle possession est renfermée tout autour par des murs assez élevés; il y a un courant d’eau qui la traverse, et sert à arroser. ^ *
Pas moins il y a hors des murs de la ville ,et vers I* septentrion de , celle-ci, plusieurs maisons, et moulins, qui «appartenaient autrefois à la ville, et à des particuliers; il y a aussi une maison de meunier ,qui appartient au vénérable Chapitre de Sion , avec des enclos et vergers alti-n gus, ainsi que granges et écuries, et forment ainsi de vraies fermes de campagne. . • . * ! ■
Parmi les productions des environs de la ville de Sion, outre les excellens vins blancs et rouges, dont nous avons parlé plus haut, on observe le safran de la meilleure
Description
qualité possible. On l’y cultive sur les hauteurs et les collines les plus sèches, et les plus chaudes, pourvu qu’elles aient assez de terrain; on le cultive meme à Sion, et dans le village de Savièse dans les champs. On mange encore à Sion d’excellens abricots’, et de belles, grosses, et fort bonnes asperges; les melons même y parviennent à parfaite maturité, et sont d’une fragrance délicieuse. Il en est de même des pêches et des abricots greffés ou portés sur espalier, dont le goût est vineux et sucré, comme celui des melons ; en un mot, les environs de la ville sont fertiles en toutes sortes de fruits ; les collines sont garnies de vignobles , et d’arbres d'amandier, portant un fruit doux, et assez abondant, et quoique ces environs soient beaux et agréables , et qu;il y ait plusieurs jolies promenades à l'entour de la ville, les habitans s;y promènent néanmoins fort peu; il en est à peu près de même dans le reste du pays: car, on y trouve souvent les plus belles promenades dans bien des endroits, mais en général les Valaisans aiment mieux rester chez eux , ou devant leurs maisons. * \
Je me suis peut-être; trop étendu sur ce qui regarde cette ville, comme la capitale du Valais, ou du département du Simplon; mais }Jai cru, que , comme il n’y avait aucune véritable description de cette ville, on ne serait pas fâché , que je la fisse connaître à mes lecteurs ; si j’ai , c;est pour avoir voulu trop bien faire; car en vérité, je ne trouve aucun plaisir à décrire des remparts, des fossés, des tours, et des murailles, et c’est aussi par là que je finis sa description.
Après avoir décrit la ville, et scs environs, il me reste eucOr^à décrire les. autres villages ou endroits les plus
mémorables
fc U. y., A. L A( *, 391
mémorables de ce.dixain; c’est d’abord au septentrion de la ville, et sur les hauteurs environnantes, ou montagnes voisines qu’est le village de Champs-plans , en latin Campiplani. Il est situé environ à une demi lieue de la ville d« Sion, au-dessus des vignes de Plat/a, à travers lesquelles il y a un chemin assez large, mais extrêmement pierreux, ou même en partie grossièrement taillé dans le rocher qui conduit à ce village. Cette route est pour cette raison assez mauvaise, et d’ailleurs fort rapide et pénible à franchir; mais une fois la hauteur atteinte, on entre dans' la plaine, jouissant de tout côté d’un irès^bel aspect, et fort au loin, tant au levant et au midi, qu’au couchant et au septentrion , et particulièrement sur la ville de Sion, comme aussi sur toute la plaine et les alentours ; pour y aller , on sort par la porte de Louè'che , et on suit la grande route qui y conduit, tout auprès de la carrière où l’on fait miner les pierres pour 1? bâtisse des maisons en ville, ensuite quelque peu plus outre, et presque visrà-vis de cette carrière, il y a une route pavée, assez large, et au septentrion de la grande route, de deux côtés garnie de broussailles, entre deux vergers bien arborisés, par laquelle on arrive enfin au pied de la dite colline ou monte en - ?
arrive à pied, ou à cheval, comme il le préférera. Celle hauteur une fois gagnée , on y fait une pause tant pou£ prendre nouvelle haleine, que pour jouir du beau prospect, ou de la belle vue, qui depuis là s’ouvre de tout côté. Mais tout cela vu, tout en continuant sa route parmi des prairies marécageuses, et se dirigeant vers le levant,
tagne toute plantée en vignes; on monte ensuite tout long par ces vignes vers le levant, et toqjours aussi , montant obliquement jusqu’à ce qu’enfin le voyageur
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à cent pas, ou quelque chose de plus, on voit le prédît village, et y -arrive enfin. Ce village ne consiste qu’en quelques maisons seulement , en partie de pierres, et en partie construites en bois, et dispersées ça et là, avec une jolie petite chapelle maçonnée, et placée sur la petite hauteur qui se trouve au-dessus du chemin. L® dite chapelle est toute entourée de prairies, sauf au midi d’icelle , où se trouve une petite place presque en plaine. Quant aux maisons de ce village, elles ne sont rien moins que belles , et leurs chambres sont tellement basses, qu’à peine un homme d’une taille un peu considérable peut s’y tenir debout. Mais en attendant cela n’empé* cbe pas, qu’on y boive un excellent vin muscat, et qu’on y m?nge du bon fromage gras. L’habillement deshabitansde ce village est, comme celui deshabitans de toute cette côte de la montagne septentrionale, très-simple, ainsi que leur genre de vie; ils s’habillent d’un drap du pays fort grossier, et de chemises d’une toile pareillement grossière, enfin des bas d’un drap de laine grossière, et cela pour toute l’année. Ils portent aussi des souliers d’ùh cuir trèsé^ais , très-grossièrement travaillés, et dont la semelle de chaque soulier est souvent chargée jusqu'à cent clous, ce qui rend aussi leur démarche fort lourde , pesante , lente et bruyante. Pour ce qui est de leur nourriture , elle est comme celle des autres montagriards de cette côte , et consiste en chair salée, lait, pain d’orge, et de seigle, fromage, petit lait, et quelquefois aussi un peu de vin; car ils sont environnés de vignes, ainsi que toute cette contrée; mais au midi, et au levant de ce petit village, il y a une assez grande plaine, un peu humide, et pour cela aussi marécageuse, manquant de bonne eau pour la
boisson; c’est pour cela aussi , qu’on y observe plusieurs Crétins et Goetreux. Il y a de plus, en avançant vers le midi de ces prairies marécageuses, dont je viens de parler, sur la hauteur, une petite et jolie forêt, qui fournit une superbe vue vers le midi; elle est commode pour la chasse des oiseaux, et quelquefois aussi du lièvre. Les ouvriers et les artisans de la ville se rendent quelquefois en parti dans ce village pour s’y amuser à boire un coup, mais ils ne font' cette promenade que dans la belle saison.
Depuis ce vilragèën montant toujours entre le septentrion et le levarff,')ëftviron à une demi lieue de là, on voit un autre villagë, mais plus grand, et plus joli; on l’appelle Grimisois. Ce village est bâti sur un rocher, et contient beaucoup de maisons en pierres , ainsi qu’une très-ancienne tour carrée, anciennement la maison et tour des Seigneurs de Cris/a, aujourd’hui c’est la maison de la Cure, ayant des murs de près de six pieds d’épaisseur. C’est au reste un village assez peuplé, et une communs assez grande, où jadis il y avait beaucoup de familles respectables, et y avaient de beaux droits. L’air y est trèssain, et conséquemment aussi l’endroit, qui se trouve entouré de parcours , de prairies , et de vignes , nourrit beaucoup de bétail, et surtout beaucoup de moutons, mais d’une petite espèce, et dont conséquemment aussi les habilans ne sont pas mal dans leur ménage. Ces mêmes habitans sont au reste assez honnêtes, polis et affables, comme en général tous ceux de cette contrée , à l’excep-i tion de quelques personnes simples ou crétines.
Tous les habitans de cette montagne septentrionale, de Champs-plans, de Grimisuis , et d’Ajenf, étaient anciennement jurisdictionaires de l’Evêché de. Sion, jusqu’ent
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1798, où tout a été bouleversé , ainsi que les anciens droits: aussi l'Evêque nommait pour toute la Châtelainie ' iïAyent, un grand Châtelain, et un Châtelain substitut, pour juger les causes, tant civiles que criminelles, qui : pouvaient y avoir lieu. Mais poursuivant à parler du village de Grimisois, je dirai, que les habilans de ce village ‘ sont déjà mieux mis, et habillés que ceux de Champsplans, dont j’ai parlé , et sont aussi plus vifs, plus gais, et plus ingénieux, indubitablement par rapport à lair plus vif, et à l’eau meilleure , car cg .yi^age est beaucoup plus élevé que le premier, ainsi -que posé sur le rocher, ! et par là même aussi plus sec, ayant une bcyme eau cle fontaine au village. A tout quoi si l’on ajoute une pro- ' prêté plus grande , et enfin un plus grand mouvement ' corporel et journalier, qu’ils sont obligés de faire à raison ■ du plus grand éloignement de leurs biens,, pour les tra- • vailler et les cultiver; il ne peut plus être étonnant, que les habitans de Grimisois soyent plus gais, plus vifs , et plus robustes que ceux de Champs-plans , qui croupissent, 'pour ainsi dire, dans leur position profonde, dans laquelle ils se trouvent placés.
"'L’église de Grimisois est dédiée à St. Pancrace; aussi •ÿ avait-il beaucoup de personnes qui portaient ce nom; elle est très-ancienne, mais par contic, lien moins que jolie, mais obscure , et par cette raison rien moins qu’a- !gréable,au contraire , fort pesante et triste pour tous ceux qui s’y trouvent: Mais passons plus loin, et a dauties villages, par un chemin qui monte toujours, et qui est 'suffisamment large sans être pierreux, ayant des vignes dessus et dessous; environ à un» lieue de ce village, on 'irrive enfin au chef-lieu de cette contrée, et montagne
» v V a i a ï «. îpS :
septentrionale, qu’on appelle en langue du pays le village . A3 Ayent , et dont l’endroit principal est appelé Romain ,
ou la place 9 où il y a une grande paroisse nommée Ayent \ . fort peuplée -et riche , ainsi que sa communauté ; par. dessus le village Ü Ayent , il y a encore une autre montagne nommée le Ravin , par où l’on se rend dans le Canton de Berne, qui est une vallée appartenante aux Bernois. Messieurs les Rarons de la Tour avaient en Ayent , un Château sur un rocher, où ils exerçaient leur iurisdiction, mais qui, à la guerre appelée la guerre des Messieurs de la Tour y a été démoli. Le patron de l’église d3Aj eut est St. Romain, qui a donné son nom à l’endroit.
Il y a près de ce village des biens fort fertiles, comme prairies et champs. Les habitans d’ Ayent ont beaucoup de vignes, et cela tant en plaine que sur les collines; ils abondent en vin muscat, quoiqu’ils ayent aussi d’autres espèces de vin, comme Resi , Guet , Arvina , et des vins rouges. Les Ayentaux ont de plus plusieurs beaux mayens, où ils vont avec leur bétail au printems, et en automne, pour les parcourir , quoique ceux de Grimisois , les Ay entaux, et ceux de St. Léonard ont leur plus grande partie de mayens de l’autre côté du Rhône , dans la vallée de- Reschi.
Quant au village à' Ayent lui-même, il est grand, et a de belles maisons en bois, et quelques-unes maçonnées en pierres; il ade môme de la bonne eau pour sa boisson. La rente annuelle de la * Cure de cette paroisse selon l’usage du lieu est assez bonne; le commerce principal de ceux & Ayent est celui du vin, qu’ils vendent, car ils eu font beaucoup, et sont en général fort sobres , et rien moins qu’ivrognes. C’est principalement aux aubergistes
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du haut Valais, quïls les vendent, et jadis aussi beaucoup aux Bernois , comme aussi à des particuliers de la ville. Mais le meilleur vin qu'ils ont, et qu’ils vendent ausçi le plus, est le muscat, et qui serait encore meilleur, s'ils n’y mêlaient pas quelquefois de la rési. Ceux de Lenz font aussi le même commerce. Les Ayentaux , ainsi que les Con/haysans , les Saviesans, et ceux des Bains de Louéche, vendaient aussi autrefois aux Bernois leurs grains suratondans , lorsque la sortie en était permise. Il y a en Ayent plusieurs carrières d’ardoises pour couvrir les toits.
Mais proche du chef-lieu d’ Ayent , et en dessous il y a Tin autre village appelé Bufyrl , dans un endroit assez fertile, ayant beaucoup de beaux et bons vergers, et garnis d’arbres de noyer, comme aussi le chef-lieu, dont nous avons déjà parlé. Il y a aussi dans ces deux villages, ou plutôt aux alentours, beaucoup de pommiers et de poiriers, mais dont le fruit est sauvage, ou non greffé. Ils ont de même beaucoup de cerisiers; ils élèvent en outre, et nourrissent une quantité prodigieuse de moutons, dans toute cette montagne septentrionale , mais d’une trèspetite espèce, sinon de la plus petite même, comme aussi ceux de Lenz. Il en est de même -des cochons, lesquels, après les avoir engraissés, ils tuent ensuite pour leur boucherie, et enfin aussi une vache par ménage, pour peu qu’ils soient nombreux; ils en salent les viandes, les endurcissent à la fumée dans la cheminée , ou dans la cuisine, «t les conservent ainsi pour l’usage domestique de l’année.
Plus au couchant du Chef-lieu d 'Ayent, il y a encore un autre village, presque dans la même ligne, avec ce dernier, que les habitans nomment Arba, qui est aussi fort peuplé, grand et riche. Il est entouré dexcellens prés «Jl
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champs, et qui anciennement ne faisait qu’une Commune avec le Chef-lieu , mais qui dans la suite en fut séparé , et obtint son Châtelain et son Président particulier.
Il y a enfin quelques petits hameaux dans cette montagne, mais ils ne consistent qu’en quelques maisons dispersées ça et là; comme tels , ils ne méritent pas qu’on s’y arrête , aussi je les passerai sous silence.
Plus bas est le village de Moulignon , dont je n’ai que deux mots à dire, savoir : qu’il est placé au-dessus «lu Rhône, et au-dessus de la grande route qui conduit à St. Léonard, d’où l’on voit la Chapelle de ce village. Cette Chapelle est dédiée à Sainte- Anne , où toutes les années, le 2 6 du mois de juillet, ou le lendemain de la St. Jaques, on dit plusieurs messes , ainsi qu’un office chanté, et où depuis la ville de Sion grand monde se transporte. Ce village est entouré de prairies chargées de noyers , de pommiers et poiriers , et entre des vignes fort étendues. Il n’a que quelques maisons de bois, et celles-ci encore rien moins que jolies, ayant au contraire plusieurs granges et écuries , ce qui le rend souvent -mal-propre, jouissant d’ailleurs d’une belle vue au loin, et surtout au midi, «t au levant ; mais à peine trois maisons y sont-elles habitées toute l’année.
Venant de finir la description des localités et villages de la contrée d’Ayenl , il est tems de nous transporter ailleurs , c’est pourquoi, nous allons parler de Savièse. Ce village est situé sur l’autre rive du torrent de la Sionne, au couchant de cette même rive, et au septentrion de la ville de Sion, sur la montagne. Il est distant d’une lieue de la ville de Sion , où l'on se rend par un chemin assez pierreux, mais large , et assuré, sortant par la porte de
• Description
Savièse > passant par devant le Couvent des Capucins , ensuite montant toujours à travers les vignes, et obliquement vers le couchant, et de là tendant vers l’orient par des prairies, on arrive enfin au premier village de Savièse , non loin du chef-lieu, appellé. St. Germain , qui est grand, peuplé, et forme une grande Commune, jadis assez riche, et qui jadis aussi était sous la jurisdiction de l’Evéque de Sion, comme celle d’Ayent , mais qui dernièrement, et depuis 1798, celle-là fut délivrée de cette dépendance.
Mais, pour ce qui regarde cette position, ou contrée de . Savièse , et sa montagne, et enfin sa fertilité, je dirai , qu’elle est trè5-agrcahle, et très-fertile; car il y a une grande quantité de prairies, et pour la majeure partie fort bonnes , bien arborisées par toutes sortes d’arbres fruitiers, surtout de noyers , poiriers et pommiers ; mais êes deux derniers d’espèce sauvage , du moins pour la ‘ plupart. Cette paroisse a de plus beaucoup de champs de seigle, de froment, de pois, et de fèves, comme aussi pour y semer de l’orge; il y a dans cette même paroisse une très-grande plaine, et cependant d’une pente légère et ' douce, de purs champs, et à cause de laquelle on l’a appelée Champs-Dolins , en latin Campi Do Uni, comme qui dirait des champs d'une pente douce; car il faut savoir, qire tant les Ay en taux , que les Saviésans , parlent tous une espèce de français corrompu , mais point l’allemand, lequel dernier en bas de Sarquenen n’est plus en usage sur toute la côte septentrionale des montagnes du pays , car dans la plaine, on le parle encore à Sion , mais pas plus loin , et dans laquelle dernière ville, presque tout le monde parle les deux langues , la française et l’allemande. Ce sont aussi ces champs qui ont donné la nom au village celui de Champs-Dolins ,
La paroisse de Savièse compte encore diiFérens autres villages, comme Roma , Drona , Ormona , Granoés , et presque toutes les maisons dans ces villages sont de bois, quoiqu’il y en ait plusieurs dont le rez-de-chaussée est de pierres maçonnées, et le dessus en bois. La maison de la Cure est assez belle, et bien distribuée dans son intérieur , comme celle de la communauté proche d« l’église, qui est un beau, et grand bâtiment de pierres, quoique l'intérieur soit sombre et pesant, parce que les chambres sont fort basses , à raison de leur grandeur. Mais la seule belle maison, grande, et toute en pierres , est celle de M.r le Juge de paix du Canton de Sion, Jean- Baptiste Jaquier , à Champs-Dolins, personnage fort respectable , et extrêmement poli.
Les Saviésans ont de même quantité de très-bonnes vignes , mais cependant moins que les Ayentaux , dont nous avons déjà parlé , et les mêmes espèces de vins , tout aussi bons que ceux-là , sinon meilleurs encore , à l’exceplion du muscat, qui , quand on le ramasse pur, et qu’on ne le mélange pas , est vraiment préférable quant à la couleur, et à la douceur, en Ayeni. Les Saviésans ont cela de
particulier, qu’ils ont leurs montagnes à vaches en grande partie sur le territoire de Berne, de l’autre côté du sommet de la montagne septentrionale de Savièse.
Par dessus Savièse , on passe la montagne de Saanetsch , pour se rendre à Saanen9 qui appartenait anciennement aux Comtes de Gruyères . C’est dans cette montagne de Saanetsch, que le torrent de la Morge prend sa source, et que Simblcr appelle fleuve , mais à tort , puisqu’il conduit beaucoup de pierres et de sable, et que tantôt il n’a presque point d’eau.
4o& Description
Il y a de plus à Savièse plusieurs étangs , ou gran cfe amas d’eau dans la terre , pour arroser leurs prairies. Quant aux eaux de boisson, elles sont assez limpides, légères et. froides, et conséquemment saines.
On observe encore sur cette montagne de Savièse, et entre le torrent de la Morge de Conthay , sur des rocher# très-élevés , les débris ou restes de deux anciens grands châteaux, à peine accessibles aujourd’hui , dont l'un s’appelait le Château Se/a , ou Séon , comme le dit Sim b 1er , duquel Antoine de la Tour a jeté par la fenêtre l’Evêque Guischard Tavclli , son oncle, avec son prêtre d’honneur récitans tous deux le Bréviaire; ce Château avait un Bourg enfermé par des murailles tout à l’entour, et qui a été ensuite détruit, et brûlé dans la guerre des Messieurs de la Tour , l’an 141D.
L’autre était nommé le Château de Mont - dJ Orge., Monshordei. Ce château a été bâti par un Comte de Savoye, mais il fut aussi brûlé dans la même guerre de l’ànnée 14.1 j; Derrière ce château et cette montagne ou rocher, du côté du septentrion, il y a au bas , ou au fond un lac qui porte le même nom, et qu’on nomme aussi pour cela le lac de Mont-Orge ; mais ce lac n’est pas profond, ni long, ni large, et contient néanmoins un genre de poissons, qu’on nomme la tanche , d’une couleur noirâtra et verdoyante, et d’un goût amer, à raison de l’eau dormante , et de ta terre limoneuse, dont il se nourrit , et dont la chair est aussi toute visqueuse ; mais pour lui enlever son amertume, on l’ouvre, et le met ensuite dans de l’eau de fontaine fraîche pendant quelques heures, changeant souvent d’eau dans cet intervalle; on le desséche ensuite avec un linge propre, et sec, le fai~ sant ensuite frire au beurre.
du Valais. 4oï
Concernant ce lac de Mont-Orge , différentes personnes font là dessus différentes fables , enlr’autres , que la ville de Sion y avait anciennement existée, et qu’ensuite elle fut engloutie ; mais j'ignore par quelle raison cette tradition puisse être soutenue, du moins je n’en ai trouvé aucun document quelconque qui en fasse mention , ni ne connais aucun genre de preuves en appui de cette assertion. Il faut , que le Télescope de ceux, qui le prétendent, ait été excellent , pour avoir pu distinguer dans le fond de ce lac les ruines de cette ville prétendue ensevelie, avant dix-huit siècles et demi , durée depuis laquelle au moins cette ville subsiste, où elle est encore; ce sont là de ces spéculations alambiquées , qui ne méritent d'attention , qu’autant qu’on veut leur en donner.
Il y a aux environs de ce lac beaucoup de prairies , de champs , et de vignes un peu plus vers le septentrion , sur des collines. sèches et sabloneuses, de manière, que le vin quelles produisent , est, à la vérité, bon, mais les vignes sont de petit rapport , tandis que dans les bas fonds plushumides , on ramasseplus de vin, mais d’unemoindre qualité, plus dur, plus acide, plus austère, et cela est généralement vrai tant pour les vins blancs que pour lesrouges.
Dans le même voisinage , et un peu plus en arrière , où au couchant, et au septentrion , en descendant par le chemin public qui y existe, il y a un petit hameau qu’on appelle Lamura , appartenant ci-devant à la Baronie, ou à la jurisdiction de la ville de Sion.
Enfin, il y a au levant du lac de Mont-Orge , d'autres biens ruraux et champêtre;;, qui sont remis à des fermiers, mais manquent tous de bonne eau pour la boisson, dont la situation présente une très-belle vue sur la ville de Sion,
4o2 Description
tt sur scs environs, et surtout sur la montagne des Mayens en de là du Rhône, et au midi de la ville , qui en été est toute occupée par des habitans, ou des Messieurs de la ville, qui y demeurent dans cette saison, pendant trois à quatre mois, mais de ceci sous peu. Je passerai donc à d’autres objets, ce que faisant, je trouve sur l’autre côté, et en^delà du Rhône, au midi, et jadis dans le même dixain de Sion, mais maintenant en partie encore dans le Dixain de Sion, et en partie dans celui d’Hérémence , d’autres villages et hameaux, et d’abord dans le dixain de Sion encore, le village de Bramois', y près au-dessus de Vex, Agtttes^ Iju’erna , Salins , Veisonna , Verey , Glèbes , Brignon , Nenda , haute Ncnda , Baar , et Arvclard , et dans le Dixain oir Canton d’Hérémence , Vex , Hérémence , Uzcignc,Marze , Evolcna, les Aude res , St. Martin , Suen , Masy , Vernamiese , et JSax. Maintenant nous allons en dire ce qui a rapport à chacun , commençant d’abord à parler du village de Bramois , en latin Bramosia , et en allemand Bremis. Ce village est en delà, et au midi du Rhône , enyiron à une lieue de la ville de Sion, et enfin au-delà du pont de pierre voûté de Bramois, sous lequel passe avec force et rapidité la rivière nommée la Bornia , qui sort de la vallée d’Hérins ; Bramois est entouré de tout côté d’excellens prés, champs, et vergers , fort bien ornés d'arbres fruitiers de toute espèce. St. Laurent est le Patron de l’endroit, dont la fête se tient toutes les années le dix du mois d’août , qui est le jour de la dédicace de son église. L’église elle-même est petite, et aucunement jolie, au contraire, son intérieur, est triste et pesant; elle est cependant assez grande pour le nombre de ses habitans. Quant aux maisons, elles sont construites
bv Valais. 4o5
en bois, à l’exception d’une ou de deux au plus, qui sont de pierres, et placées sans symétrie quelconque. II y a cependant dans le village encore deux belles maisons de bois , savoir celle de la Cure, qui est la plus belle , et celle de M.r le Capitaine Jacquod.
L’endroit lui-même, selon l’usage du pays, est assee agréable , et a depuis quelques années une fontaine, dont l’eau en hiver est assez claire, mais en été elle est toute blanchâtre, et fort épaisse, sortant de la Bornia; elle n’est pas pour cela moins saine, elle est toujours battue, et une eau de rivière descendant delà montagne. Elle est blanchâtre, parce qu’elle est marneuse, ou remplie d’une marne blanche, ou d'un sable blanc très-fin et très-fertilisant, ou avantageux pour l’arrosement des prairies, comme le sont toutes les eaux des rivières, qui viennent de la chaîne méridionale des montagnes du pays du Valais, tandis que celles des montagnes septentrionales mènent avec elles une terre et un sable noir qui amaigrit les biens qu’on arrose par elles; c’est pour cette raison , que tou* les biens situés au septentrion du pays sont d’une nature plus maigre , et par cette même raison aussi de beaucoup moindre valeur , et ont aussi pour cette cause besoin d’être plus engraissées pour compenser ce défaut des eaux, tandis que les prairies situées au midi du pays en delà du Rhône , et qui sont arrosées avec les eaux marneuses de* rivières de la Virge ou Vispa, de Chipis, de Reschi , de la Bornia , et de la Drànse, sont toutes très-bonnes, trèsfertiles, et d’un grand rapport.
11 me reste encore à dire un mot sur la naissance de la rivière susdite , qu’on nomme la Bornia. Cette rivière pr«ud sa naissanae au mont Silvius , qui sépara et divise
4o4 Description
les Sédunois des Salasses ou des Valdotins, et descend quatre lieues en longueur par la vallée d’Hérins; arrivée en plaine, au-dessous de Bramois, elle court en droiture, et avec impétuosité au Rhône, faisant son cours du midi au septentrion , tandis que le Rhône dirige le sien du levant au couchant du pays; cette rivière au gros de l’été vient quelquefois si grande, que, tout gros que soit aussi le Rhône dans cette inertie saison par la crue de ses eaux, ensuite de la fonte des neiges dans le6 montagnes , et des grandes et fréquentes pluies qui ont souvent lieu dans ce pays, cette même rivière de la Bornia ne lui laisse que deux ou trois toises au plus pour passer ses eaux, dans un endroit qu'on appelle en Pa/assy, ou vis-à-vis de la sortie de cette rivière , comme tous les voyageurs , qui y passent en été, peuvent s’en convaincre sur la grand# roii<te , à un quart de lieue de la ville de Sion,en allant vers le Valais supérieur, Lou'éche , ou Brigue.
On parle à Bramois l’allemand et le français , mais beaucoup plus le premier que le dernier, parce que la plupart des liabilans fermiers sont haut Valaisans , et surtout Conchards ; quoique dans les villages plus orientaux de la plaine dans celte contrée, et au midi du Rhône, on ne. parle point d’autre langue que la française, comme à Groaé , Granges, Chalay , Resolii , et Chypis .
Il y a à Brarnois une campagne qui se distingue particulièrement, ét l’emporte de beaucoup sur toutes les autres, c’est celle de feu M.r le grand Bandcret Joseph Emanuel Barberiti , aujourd’hui appartenante à son fils Emanuel, située proche du pont, et en cheminant contre la montagne, ou contre la gorge de la vallée d ’He/ins; mais cependant en plaine encore. Elle est un superbe
Du Valais. 4o5
•nclos, contient une jolie maison, ayec une autre maison jde fermier, la rue seule intermédiaire, un très-beau jardin et un beau verger bien arborisé d’un carré oblong, une basse-cour attigue, ainsi qu’une écurie à cheval, de mèmè attigue, enfin une grande et vaste écurie, attigue au grand chemin au bout du verger, avec quantité de champs et autres biens et prairies dans le territoire de Bramois.
Mais il est tems de quitter Bramois, après avoir voyagé par un chemin agréable, par la grande route qui conduit dans ce dernier lieu, bordée depuis le pont du Rhône Jusqu’à Bramois, à la droite et à la gauche, de chênes majestueux , et sous leur ombre si recherchée durant les chaleurs de l’été; ou si l'on préfère d’aller à pied, car on n’y laisse point aller à cheval, après avoir côtoyé par un sentier assez joli et presque en plaine, les prairies immenses qui y conduisent, et après avoir passé le pont de pierre voûté de Bramois, à côté de la scie , vous y trouverez un» chapelle attigue à ce même pont.
Après avoir dit un Ave Maria devant cette chapelle, et l’avoir dépassé tournant à la droite, poursuivez le chemin qui s’y trouve; passant le petit ruisseau d’eau qui traverse ce chemin, continuez votre route jusqu’à une meunière voisine , et de là jusqu’au haut du jardin de la maison de campagne de M.r Barberin , entrez un petit sentier, comme si vous vouliez vous enfoncer dans cette gorge de rochers, où commence la vallée d’Hérins,à traversât par le haut des champs, et au pied des vignes qui se trouvent sur ce chemin, toujours en entrant de plus en plus dans cette gorge, et au pied des rochers. Arrivés là, vous verrez tout-à-coup un changement total de la nature ; vous n’y verrez plus la nature cultivée, vignes, champs et prai-
4o6 Discjiiptioi*
ries; mais la nature nue et toute sauvage; vous serez saisis d’effroi à l’aspect de cette chaîne frappante des rochers élevés et brisés, pendans presque perpendiculairement sur votre tête ; vous serez frappés de surprise à la vue de leurs débris répandus à vos pieds et dans le torrent de la Bornia qui les baigne. Enfin vous serez étonnés envoyant cette vaste solitude, qui inspire au cœur
du profane ce respect du à celte sainte demeure , de laquelle vous vous approchez, dont l’arrivée depuis là commence à être pénible , le sentier, qui y conduit , à devenir plus étroit , garni? de symboles et des mystères de la passion de notre Seigneur , plantés sur le bord supérieur du sentier, sur des colonnes de pierres, où les dits tableaux de la passion se trouvent renfermés dans des grillages de fer ; à peu près à mi-chemin de Bramois on observe encore quelques arbres de tilleuls en bas du même ehemin, avec un petit fil d’eau sur le bord supérieur. Depuis là montant toujours, et suivant le chemin par des zigszags continuels, assez rapides et fatigans, vous parvenez enfin à une statue de bois sculptée et représentant S/. Antoine l’hermite. Là on fait une pause en lui adressant quelques mots de prières, ou tout au moins on s’y repose en gardant toujours le respect dû à la statue de ce Saint. Enfin continuant depuis là par un ou deux autres zigszags son voyage, on arrive à un plateau à côté d’un arbre de tilleul , devant la porte de cette sainte retraite,
où l’on fait une seconde pause pour prendre haleine , et pour contempler depuis cette station les vastes et belles horreurs de la gorge de la vallée d’Hérins que vous présentent les rochers immenses des deux côtés de la rivière.
Depuis «et endroit vous entendrez le bruit des eaux qui
Digltized
du Valais
se précipitent de cascades en cascades, en longeant dans son fond cette double, rude, et immense chaîne de montagnes. Depuis là enfin vous observerez les jeux admirables de la nature, et feifet de l’hardiesse téméraire et surprenante des hommes, d’avoir osé établir de saintes retraites au milieu des rochers, et sur le bord des précipices les plus affreux , et des dangers sans fin , pour y servir et plaire à leur Dieu, ignorés du monde. Quelle réscw lution, quelle fermeté ne doit pas être celle de ces pieuxL Ermites , qui s’y renferment !
Il est enfin teins de penser à pénétrer dans l’enceintô de cette clôture sacrée, et de se présenter ensuite pieusement au Sanctuaire, et à la sainte chapelle; commençons par le premier. Aussitôt que quitté ce joli plateau au bat de lEnnitage, et de son enclos, si la porte, qui s’y trouve, est fermée, comme elle peut l’étre de jour, et comme elle Pesl toujours de nuit, ou sonne la clochette qui se trouva à la gauche de la porte , cette porte une * fois passée , vous montez un escalier fort long, tout en pierres taillées, très-large, bien travaillé, et placé entre deux murs, l’un à gauche contre l’Ermitage, qui est asez haut, et l’autre à votre droite en montant le même escalier, en entrant à votre gauche sur la terrasse se trouvent placées les ruche* des abeilles, dont il y a grand nombre, où l’on arrive depuis .l'intérieur de l’habitation des Ermites , qui y demeurent, dont ils tirent aussi annuellement une grande quantité de miel, dont ils font en partie présent aux pèlerins qui y arrivent par dévotion, quelquefois même par curiosité. Mais au-dessous du mur à la droite de l’escalier , ' ils ' ont une petite portion de vigne très-bien entretenue, dont-ils font quelgue peu de vin pour kuK»
4ot Dkschiptio»
usage, et essentiellement pour le cas de langueur ou de maladie, et pour leur convalescence, et quelquefois aussi pour rendre service aux étrangers , ils leur en vendent quelque peu pour l’usage du moment.
Ayant gravi et monté lentement ce grand escalier de pierres taillées, vous arrivez enfin sur le dernier plateau ou plate-forme de l’Ermitage , qu’on appelle Longe Borgne ; indubitablement ainsi nommé, parce que pour y arriver, il faut longer la rivière, appelée la Borgne , lesquels mots réunis forment son étymologie : ce plateau a cela de particulier, que de deux côtés il se trouve creusé dans des rochers formidables d’une hauteur prodigieuse et perpendiculaire , et que tout est pavé en pierres taillées, »vec une belle fontaine d’une bonne eau fraîche et limpide, qui d’ordinaire coule t.6ute l’année, mais si par hasard elle cesse de couler, les Ermites sont obliges d’aller chercher l’est» ,: ej de gravir pour cela des rochers, non sans danger.de leur vie, comme en effet il en a péri un pour cette cause. >
~ Au septentrion dé cette plate-forme est l’entrée de la clôture de l’Elmilage; pour y entrer on est obligé de sonner la clochette, tirant à u»è courroie de cuir; dès lors un des Ermites, edr ils sont d’ordinaire à deux, quelquefois même au nombre de trois, vient, vous salue, vous parle , et Vous introduit dans une espèce de salon d’été boisé, lequel salon ayant une paroi de planches dressées avec une petite table et des bancs de bois; si vous lui demandez du miel pour en goûter, il vous en apporte dans l’attente d’une rétribution pécuniaire de la part de celui qui le demande : si votre curiosité passe plus loin , vous demandez l’entrée dans leur demeure plus intérieure, qui
*>e trouve toute creusée dans le rocher , qui n’a pu être établie qu’à très-grands frais et périls , et dans laquelle ils ne peuvent être trop tranquilles , ou sans inquiétudq
sur leur existence, vu, qu’il y a quinze, à vingt ans, qu’une
grandissime portion du même rocher, où l’Ermitage est creusé, s’est écroulée et tombée, et a fallu les tuer, et encore aujourd’hui ils ne sont pas sans danger à ce sujet. Quant à leur demeure, l’entrée en est interdite au sexe, comme aussi elle doit l’être, et ne consiste qu’en une, ou deux petites chambres Loi sées , avec un petit fourneau pour pouvoir y habiter en hiver, avec une petite cuisine,' aussi taillée dans le rocher. Il y a de même une cave à vin, et une espèce de petit réfectoire, comme ils l’appellent; du tems de Josias Simblcr en i574* Les Ermites
ont tous péris par rapport à l’humidité excessive de l’endroit, comme on croyait dans ce tems-là, et l’Ermitage
s’est trouvé sans Ermites, comme il conste par ces mois :
Monaclii , qui incoluerc , brevi omnes ob loci, ut Creditur ,
. * * humidilcitcm ,ad unum usque perière ; iiaque ab habitatoribus
mine desertum est, et vacuum . Il parle de Moines, il y
aurait donc «eu dans Ce tems-là des Moines en place des Ermites, à moins, qu’il n’ait entendu par le mot Monachi parler des Ermites, ce qui est probable, car il n’y a aucune
trace dans les anciens Actes de Moines demeurans dans
cet endroit, mais bien d’Ermites. Au reste, jé suis prêt den convenir, dès qu’on m’édifiera de mon erreur à cet égard. Je ne saurais non plus m’étonner de la mort de tous les dits Ermites de ce^tems, vu, que probablement dans ce tems-là l’édifice aura été tout récemment consV fruit, et pas encore1 boisé, comme il l’est aujourd’hui^ outre qu’alors ils n’auront encore eu, ni miel, ni vignes
4iQ Description
car ces etablissemens paraissent tous deux tout neufs.
Venant de voir, et de détailler la construction intérieure de leur Ermitage , il m’incombe encore de faire la description de la Sainte-Chapelle , dans laquelle on entre en descendant quelques degrés construits en bois, comme Test aussi le plancher de la dite Chapelle sur lequel on marche : on trouve d’abord les deux murs latéraux remplis de tableaux votifs, et d’images de guérisons prétendues miraculeusement faites ensuite de l’invocation de la Sainte Vierge, à laquelle cet Ermitage se trouve dédié; devant Le Choeur de cette Chapelle il y a un grand grillage de fer qui la sépare du Chœur; ce grillage est de même tout, garni de tableaux votifs : la Vierge placée sur l’Autel est habillée, et son visage est noir; on dit la messe à cet Autel, lorsque des personnes pieuses s’y rendent, la font dire, et y assistent.
Il y a aussi à la droite de la même Chapelle une autre pareille, dédiée de même à la Ste. Vierge, ou à Notre- Dame des sept douleurs, et aussi avec un grillage, mais de Lois seulement, devant l’Autel, où l’on dit aussi la messe,
dont on célèbre la fête le vendredi avant le vendredi
Saint, où beaucoup de personnes, et de prêtres se rendent Je dit jour. C’est dans cette dernière Chapelle que sont enterrés les Ermites qui meurent dans cet endroit, et dont il doit y avoir grand nombre, puisqu’il y a déjà deux siècles et demi au moins que cet Ermitage existe ; se recommandant enfin dévotement à la très-sainte Patrone de ce lieu solitaire , on le quitte et retourne par où l’on est arrivé, jusqu’à la sortie des champs 9 au sommet, ou au-dessus de la maison Barberin à Bramois , dont j’ai
parlé plus haut. Là on trouve une route assez large , mais
du Valais.
extrêmement pierreuse on caillouteuse et rapide, qui conduit dans la vallée d’Hérins, à travers des buissons, des broussailles, des collines désertes et incultes, ainsi que par des zigszags perpétuels jusqu’au village de Nax situé sur la hauteur, et au-dessus du mont méridional de Bramois, à une lieue et demie de distance de ce dernier village, mais le chemin y est assez large, et sans danger, pour pouvoir y aller à cheval. Ici commence le Canton? qu’on nomme le
CANTON D’HÉRÉMENCE.
Ce Canton commence dans le village de Nax , et contient toute la vallée d’Hérins, ainsi que les deux rives latérales, et compte dans son enceinte les villages de Na: r, de e mamie se , de Mase , S ch w en , ou Suen , St. Martin , E vol en a , la Creila , U zc igné , Marie , Hérémence , et V ex ^ avec la Verna , Ageiics , et yPras, dont noufc allons parler poursuivant ensuite la description des autres endroits et villages de la montagne des mayens de Sion, et de celle de Nenda , quoi qu’appartenans encore au- Canton de Sion, uniquement pour ne pas interrompre notre course dans la description de ces montagnes , que nous allons entreprendre.
Le village de Nax est donc le premier du Canton dHérémence de ce côté-là; il est situé dans un creux sur cette haute montagne au-dessus de Bramois , où l’on trouve contre toute attente une assez jolie plaine, avec une vue tout-à-fait belle sur le lointain sur la côte opposée, ainsi que sur la plaine du Valais , les environs de Sion, et le
4 Description
cours du Rhône, se roulant majestueusement dans son lit* Au septenlrion du village on trouve avec surprise une carrière très+profonde de plaire, et en meme tems trèsgrande et fort'étenduc, qui mérite réellement d’être vue.
Le village est assez bien bâti, et assez grand, mais les maisons sont construites en bois charpentés, dont ïe dessous est, comme à l'ordinaire du pays, en maçon-* Tierie ; parmi ces maisons la Cure est la plus belle. Audessus du village de Nax, il y a une forêt, de manière, que le village se trouve à l’abri des avalanches , et fort bien place. L'air, qu'on y respire, ne peut qu’être sain et salubre dans une pareille élévation, où il peut jouer de tout côté.
Les hahitans de Nax sont de braves gens, assez hon^netes envers lét ranger. L^eau, qu’on y boit, est assez bonne, sans être cependant froide, au point, qu’on pourrait s’y attendre sur une pareille hauteur dans la montagnel’église de l’etidroil par'contre est fort petite , très-ancienne, ‘et d’uné construction rien moins que belle, dont Saint- Maurice est le patron.
Il y aussi un grand pèlerinage à ce lieu tous les ans Iè jour de St. Gothard, où se rendent les fiévreux, et ceux qui sont attaqués de rhumatisme pour y trouver du soulagement à leurs souffrances, et, comme Ton prétend, avec grand succès, comme l’attestent l'es personnes qui s’y sont rendues pour ce sujet.
Il ÿ â de même tout à l’entour du village de belles prairies, et beaucoup de champs, a la droite et à la gauche du chemin, surtout entre Nax et Vernamièse, village le plus Voisin, et le second qui se présente sur la roule pour aller dans la vallée dHérins, quoiqu’on puisse aussi, et même
«rdinairement , aller en ectte vallée depuis Bramois en suivant le chemin, qui y conduit, sans aller ni à Nax ni à Vcrnamièse , mais dessous ces deux villages , montant successivement, et côtoyant le mont oriental de la dite vallée i, et toujours obliquement. Cependant, comme la description du pays exige celle de tous les villages les plus marquans, j'ai cru de mon devoir de n’omettre ni Nax,n\ Vemamièse, duquel dernier village je dirai seulement deux mots, pour poursuivre ensuite ma course ultérieure dans celte vallée.
Vemamièse , tout en suivant la route obliquement ascendante, ci-dessus indiquée, dont nous venons de parler, montant et cheminant toujours contre le midi de la vallée, jusqu'à ce qu’on trouve un autre .chemin atligu au précédent, qui conduit à la gauche, où il y a une croix de bois dans la forêt de melèse, et ensuite pai’tquanlité de champs à grains, est le village»
Mais avant d'arriver à ce village, on trouve un hameau, ou petit côteau au bas du chemin, qu’on nomme Erbier , qui appartient à deux illustres familles de Sion, Wolff , et de Torrenle , où il y a de jolies possessions en prairies, champs, el forêts de tilleul; le site de ce lieu est si agréable, qu’il mériterait d’être habité en été, s'il y avait les bâtimens nécessaires , car , tels qu’ils y sont actuellement, ils suffisent à peine à un fermier ayant famille; il y a cependant des écuries, des granges, et même des racards pour récolter les foins, et enfermer les grains , et les bestiaux.
Vemamièse est un assez grand village, dont les maisons sont en bois , adossées au mont, et les unes au-dessus Jes autres, comme c’est l’usage général dans les villages
if T 4 Descrittioî»
des montagnes un peu rapides de tout le pays; ce village, comme les autres dans les montagnes, à la moindre pluie est rempli de boue, et le chemin pvesqu’impraticaLle ; il n’y a qu’une chapelle dans ce village, et ses habitans se Tendent à Mase ou à Nax , pour y entendre la messe, et «assister aux offices divins , les fêtes et Dimanches en leur qualité de paroissiens. Au-dessus de ce village il y a une autre belle forêt de melèse, qui est la continuation de la forêt de Nax , et qu’on traverse en partie pour arriver dans ce dernier endroit; on y parle un français corrompu; l’air yest sain, et l'eau bonne; la nourriture ordinaire, ainsi que celle des habitans de la vallée entière , consiste en viande salée, légumes, pommes-de-lerre, laitage, fromage et pain, mais peu de vin , excepté quand ils viennent aux foires et aux marchés de Sion , où ils boivent souvent assez pour savoir à peine , même montés à cheval , retourner chez eux; à cette occasion je ne puis me dispenser d’exposer ici une anecdote amusante, qu’on m a racontée , où deux hommes , l’un de Nenda, et l’autre d’un de ces villages de cette montagne , se sont tellement enivrés à Sion , que l’un ayant pris , et monté le cheval de l'autre , a été porté dans le village de celui , auquel le cheval appartenait , savoir, l’un dans le village de l’autre, chacun des dits chevaux ayant conduit son cavalier , à la maison de son maître, de sorte, que ceux-ci ne pensant pas même à la moindre méprise faite crurent tous deux arriver chez eux , et que voulant entrer dans leurs maisons, trouvant les portes fermées, frappèrent à la porte, et crièrent de leur venir ouvrir, mais les femmes ne voulant reconnaître à la voix leurs prétendus maris, ne leur ouvrirent point; c’était alors, seulement après avoir fait
bu Valais,
trois à quatre lieues de chemin à cheval , s’étant un peu désenivrés par la fraîcheur de la nuit, qu'ils reconnurent leur erreur, retournèrent honteux chez eux à pied, et changèrent ensuite leurs chevaux confus de leur conduite passée, dont les épouses n’en firent que Lien rire; cette anecdote , si elle n’est pas vraie , est du moins assez plaisante , pouè avoir du mériter sa place ici , et pour faire apprendre aux ivrognes les dangers de l’ivresse.
Mase est le premier sillage après celui-ci contre la vallée : il est placé au dos d'une combe, ou d’un creux tourné et retourné, et au bord dece dernier; il est entouré de beaux biens; il a surtout beaucoup de champs à blé; il est aussi bâti en maisons de bois; il y a un Curé, et son église paroissiale est dédié à Sainte-Madelaine. Par dessus le village il y a encore une grande et belle forêt de melèse , et par dessus celle-ci des belles et bonnes montagnes pour les vaches en été , comme tout le long de cette chaîne de montagnes jusqu'aux glaciers de la vallée d’Hérins depuis la montagne de Nax , et ainsi de montagne en montagne jusqu'au fond de la vallée; il en est de même de la côte opposée à celle-ci du côté, d'IIéréinence. Ce village de Mase a de même beaucoup de biens dessous le village, et jusqu’au fond de la Combe, même jusqu’aux moulins du Torrent , qu’on nomme la Manne , apparemment, parce qu’on regarde cette eau comme trèsbonne pour arroser les prés, quoique par fois , comme il est arrivé ces dernières années, lorsqu’elle grandit subitement après des pluies fortes, au long-tems continuées, cil e cause aussi d’horribles dégâts sur tout son passage , traînant avec elle les moulins, et couvrant de terre, dft. pierres, et de bois les biens par où elle passe.
Quittant ce village on continue toujours Iam&me route, qui ferme derechef depuis le village de Mase un grand tour et contour jusqu'au dit torrent, et depuis là jusqu'au revers, ou au tournant de l'autre colline, située à sa sortie, pt au bord du chemin, où, après avoir passé à coté d’une grande crois, de bois, placée au bord du chemin, on trouve le joli village de Suen lequel ayant été rebâti , après avoir été incendié, paraft'tout neuf: de sorte, que depuis l’autre rive de la Borgne , ou depuis Hérémence^ et ses environs, ce village offre un superbe aspect , et jouit à son tour d’un pareil sur toute celle même rive opposée , ou située en face de Suen : le village de Suen est grand, même riche à la manière de ces contrées ; il jouit en général d’une superbe vue tant contre le fond de la dite vallée, que contre son glacier; il jouit de même d'un air pur do montagne, et d'une bonne eau pour la boisson, aussi est-il fort sain, et c’est pour cela, que dans toutes ces régions ou contrées il n’y a que peu , ou point de Crétins, outre que les ‘habitans y sont laborieux, et rien moins qu’adonnés à la paresse, comme par contre en général le sont les habitans de la plaine du pays; cc même village possède aussi beaucoup de biens , consistans en champs, prairies, forêts et montagnes, tout comme les autres villages voisins. Il n’y a non plus de Curé, mais une simple Chapelle; ses habitans vont à la messe à la paroisse de S ai ni- Mar lin , qui n’en est éloignée que d’un quart de lieue, sur l’autre bord de cette colline, et dont l’église est dédiée à ce Saint, dont, elle porle le nom. Cc village est grand, fort peuplé, et les habitans y sont, comme dans le reste de la vallée, assez de braves gens-, doux , honnêtes , laborieux, pacifiques , #t assez écono-
du Valais»*
1m es , et s habillent fort simplement en drap un pays. Cevillage est fort vieux , et son clocher penche tout dun côté, et menace ruine; il y a de meme à Sd Martin de beaux biens en prairies , champs , forets et montagnes;
enfin ce village est sain, jouissant d un air frais de monta-
gne, voisin au glacier de la vallée^ ayant aussi une bonne ‘eau pour boisson ; depuis ce village on se rend, toujours en continuant la inème route, au chef-lieu de la vallée
tiiié rins, où il y a encore différons autres villages dessus
le chemin ,ou sur la roule, comme les Audefres , la Sassa ,
ici Forcla , etc. mais ils sont trop petits pour mériter une de scri pli on pn r lieu 1 i ère .
Venant enfin au village d’ Evolena , je dirai, qu'il est assez grand , bâti sur le bord de la Borgne; ses habitans sont , en général, a leur aise; ils sont de bon coeur, et assez hospitaliers envers l’étranger ; et si on n’y est pas reçu comme on pourrait le désirer, ce ne sera certainement pas par défaut de volonté de leur part, mais plutôt pour défaut de savoir vivre: j’ai, au reste, déjà plus liant indiqué en parlant de la Borgne, qu’elle descendait, et
sortait de cette vallée.
Celte vallée s’étend huit à neuf lieues de longueur dans
la gorge depuis Bramois; toute la vallée est arrosée par l'eau bruyante de cette rivière, qui partage aussi cotte même vallée en deux dans toute sa longueur. Ce torrent se précipite avec un bruit horrible entre les parois , qui le contiennent , et forme sans cesse des cascades en tombant, et écumant il se roule tout furieux par dessus des pierres, qu’il pousse au-devant de lui, paraissant tout-àlcoup entre des prairies fertiles et riantes, qifil fertilise ln les arrosant 5 semblant même vouloir s’y arrêter avec
DeSCJIII'TIÔN
joie , mais se précipitant ensuite dans des masses immenses des pierres de granit, dont il semble vouloir ébranler les fondemens ; enfin dans le coin le plus éloigné de la vallée près d'Evolena il se fraye avec peine une route par des vrais rochers, lesquels paraissent à l'œil contenrplateur comme autant de palais grisâtres de ^antiquité la plus haute.
Seulement dans l’angle extrême de» deux branches de la vallée on trouve des «laines , et sur une de celles-ci repose le joli village d’fflolena , entouré de campagnes et de prairies très-bien cultivées. Les maisons sont en partie établies sur le rivage de la Borgne, et en partie dispersées dans la plaine, formant quelquefois par leur proximité ou voisinage des petits villages. Oh , agréable et champêtre vallée ! combien ne possède-tu pas par la privation de tant de choses, qui sont devenues indispensables à tant de inillers de mortels? Qui ne voudrait pas changer avec vous, braves et simples habitans de la vallée d’Evolena , à qui les vertus de la bienfaisance désintéressée, cl de l'hospitalité ne sont pas encore devennes étrangères*
l es habitans de la vallée d’Hérins , sont ennemis des procès, et en cela ils ont fort raison, parce que les procès minent les fortunes des plaideurs; parmi les habitans de cette même vallée, ceux, qui demeurent plus près de la Capitale, sont déjà moins simples, plus rusés, ayant plus de besoins, et sont aussi pour cela même moins heureux que les premiers qui demeurent au fond de la vallée, à Evolena.
L entrée dans cette vallée très-jolie est très-ctroite , et le chemin souvent tellement mauvais en hiver, que Us
v u Valais. 415
habitans pendant une partie de cette saison n’en peuvent pas sortir. Ceüe vallée est riche en gibier: on y attrape de même en automne sur les hautes montagnes quantité de marmottes ; par contre on y observe aussi en hiver, au printems, et même en été, et en automne des ours, des loups, et des loups-cerviers; quant aux ours, ces an U maux ne roulent pas en hiver dans ce pays, mais dorment dans des profondes cavernes des rochers.
Il y a encore dans cette vallée des sources d'eau salée, à l'endroit dit en la Combiola , dont Ms Isaac de Conseiller de la Préfecture , et Ms Felissery Pharmacien de Sion, firent une analyse chimique, par laquelle ils y découvrirent beaucoup de sel de Glauber, et trouvèrent qu’elle était riche en selenite, ce qui devait au dire du dernier annoncer la présence du vitriol; mais je renvoyé pour cela à l’ancien Journal du pays, qui a été publié là-dessus, et dont notre Gouvernement actuel ne manquera certainement pas de prendre connaissance, pour pouvoir décider ensuite , si le produit , qu’on aura lieu d’en attendre , vaudra les frais de l’entreprise, ou de leur exploitation.
L’église d’Evolena a pour patron St. Jean Baptiste , auquel jour on y célèbre sa dédicace, et on s’y divertit. Mais ce qu’il y a de particulier dans l’habillement de$ femmes et des hommes de cet endroit, et en général de cette vallée; c’est que les hommes y portent presque lou$ ainsi que les garçons un bonnet de laine rouge , et un collet de meme drajp et couleur, et les femmes et filles, mais surtout les femmes mariées un large ruban de même drap et c ouleur tout à l’entour au fond ou au bas de leurs jupes; c’était là aussi la marque distinctive des femmes les plus aisées, ou les plus riches, et souvent aussi de. celles
dont les maris étaient fonctionnaires publics, ou en autorité. P oui* ce qui est des mœurs de cette vallée, quoiqu’en général elles aient été fort bonnes et louables, il faudra cependant aussi convenir, que depuis quelques années, elles y onl aussi dégénéré, comme dans tout le reste du pays, et notamment depuis les guerres des années 1798, et 1799 , où on s’est permis de s'imaginer, que tout était permis, et qu’aujourd’hui les habitons de cette vallée savent très-bien vendre leurs petites pièces de fi *0111 âge maigre pour du gras, et 11e se font pas plus de scrupule de celte petite tricherie qu?un juif qui a su tromper un Chrétien, au contraire ilsxen rient, et voilà les tristes, mais ordinaires effets de la cupidité outrée de s’enrichir; ce sont la corruption des mœurs, les tromperies, et enfin la déchéance honteuse des anciennes bonnes mœurs contre
un vil intérêt du moment, et des mœurs dépravées. Depuis Evolena jusqu’au glacier il y a encore une lieue et plus; ce glacier est fort grand, on y passe par dessus au gros de tété; il arrive aussi, quoique rarement, que le monde y périt, surtout, lorsqu’on y passe quand le tems est mauvais, et que la Tourmente , comme les gens du pays l’appellent, se lève , et a lieu , ce qui n’est autre chose qu’un vent tourbillonnant, extrêmement froid, et mêlé de neige, au de giboulée, qui enlève entièrement la vue devant les yeux au voyageur, au point meme, de ne pouvoir pas voir pu l’on pose le pied en l’avançant. Ce vent est encore flangerepx au voyageur, parce qu'il est si fort, qu’il empêche ;4our ainsi dire le passant de respirer, et le menace -ainsi de l’étouffer. Ce même giacierest d’ailleurs assez long u t Urge, et finit par former une chaîne de glacier de plusieurs lieues de longueur equant à sa hauteur, elle est
j* u Valais.
immense. Au pied de ce glacier contre la vallée il y a Je' belles prairies et de bons pâturages.
Venant de parler du glacier, et d’en donner une description sommaire, car il serait inutile d'en faire une plus détaillée, il ne reste au curieux, qui fa vu , qu’à en revenir jusqu’à Evolena, et de sortir ensuite de la dite vallée par la côte opposée en prenant la roule d’Hérémence ; quittant donc Evolena , on se trouve sur la rive opposée ou occidentale du torrent de la Borgne , qui au dire de Simbler , traverse la vallée d’Hérins par un trajet de seize mille pas en longeur , mais cette Borgne, au dire de ce meuve Auteur, a encore une autre source ou fontaine, eornme il l’appelle dans son ouvrage en disant : lialct et alium fonlern Bo/'nus , car des mêmes hautes montagnes, presque à dix-huit mille pas du Rhône il naît un petit lieu \e ,fluçio/us orifur , dit-il , qui à huit mille pas de sa source se mêle au précédent , savoir, à la Borgne , et la vallée par laquelle il descend , s’appelle la vallée dïlérémence, où il doit y avoir d’excellentes mines d’une rare bonté, Aeris Seciurœ eximiœ boniiaiis hoc loco surit , comme le dit encore le même Auteur, et le chef-lieu de ce Canton porte le même nom que la vallée d’Hérémence, savoir Hèrcmencc ; mais avant d’arriver en Hérémence,en sortant d’EvoIena , on rencontre deux villages à une lieue du village, dont nous parlons, savoir, la Creita qui est lavillage supérieur, et Uzeigne , qui est celui d’en bas, bâti' à neuf, parce qu’il a été brûlé ces années dernières. Il y a; d’excellens prés et champs à blé à fentour de ces deux derniers villages, tant en dessus qu’en dessous du grand chemin; il y a de même de pareilles prairies depuis le village d’Evolanà jusqu’à ce» deux villages le long de la-
Description
route , et de superbes forêts par dessus tous ces biens , et enfin par dessus celles-ci d’excellentes montagnes de pareours pour les vaches en été.
La dite vallée d’Hérémence forme conséquemment une vallée séparée de celle d’Hérins, que l'eau ou le torrent, qui la parcourt dans toute sa longueur, partage derechef en deux rives opposées, dont l’une en y entrant se trouve à la gauche du voyageur, et l'autre à sa droite, comme aussi à la gauche et à la droite du torrent : cette vallée peut avoir environ deux lieues de longueur ou d’enfoncement, et finit par un glacier, qui est la continuation de celui d’Evolena , ce dernier étant cependant seul praticable.
Dans cette même vallée d’Hérémence il y a un grand village , nommé Maxe , et selon d’autres Marze , habité par les gens de cette vallée, qui cependant, comme ceux des villages d'Uzeigncet de la Cretta n’ont point de Curé, mais sont paroissiens de la Cure et paroisse d’Hérémence, Chef-lieu du Canton de ce nom, dont la localité est aussi peu faite pour être un Chef-lieu d’un Canton que le sommet d une montagne , puisque le chemin d’Hérémence pendant tout l’hiver , et en tems de fortes pluies, ou de pluies prolongées, ainsi qu’au dégel du printems, est souvent absolument impraticable en venant de Vex , et que les eaux, qui descendent de la montagne, avant d’arriver à la chapelle de St. Quin/ain , entraînent souvent dans le gouffre tout le chemin , et que , s’il n’est pas entraîné , les chevaux ou mulets avec leurs pieds s’y embourbent au point souvent , à n’en pouvoir presque plus sortir , et qu’en tems de grands froids secs en hiver toute celte route est une pure gUee, et en bien d’endroits bien dangereuse
du Valais.
à passer; mais révérons, d’ou nous sommes partis , aux villages d’Uzeigne, et de la Cretta, depuis lesquels on monte au village d’Hérémence. La route , qui y condu i depuis cgs deux villages, est assez rapide et pierreuse , o comme telle aussi rien moins qu’agréable; cependant com parée aux autres routes de la vallée, elle est encore passable, et surtout comparée à celle contre Vex, ou qui conduit d’Hérémence en Vex.
Arrivé au village A'Hérémence , je m’empresse à en donner la description : ce village est très-vieux, et les maisons sont toutes de bois, très-noires, à force d’ètre vieilles* les unes adossées aux autres, sans aucune symmétrie K ordre, ni goût, à l'exception de quelques grandes maisons toutes neuves. Quant à la maison Commune, c’est un bâti-, ment antique, triste et sombre, dont la façade ou entrée est toute couverte de têtes de loups, d’ours, et de loupscerviers, comme celle de la maison Commune des Bains, de Louëche l’est avec les peaux empaillées des mêmes animaux ou loups, avec cette différence cependant, qu’en Hérémence il n’y a que les tètes de ces animaux clouées contre la paroi boisée, tandis qu’aux Bains de Louëche \l y a sous l’avant-toit de la maison Commune toute la peaix empaillée suspendue en l’air avec les têtes de ces loups tués dont-il y a de blancs même, comme on peut s’en convaincre en passant devant cette maison de Com-. mune; l’église d’Hérémence est grande , mais n a rien de. beau, ni le clocher, sinon son triste et noir cadran de^ bois, où on peut à peine déchiffrer les heures; mais pac contre ce village avait le bonheur d’avoir toujours eu des zélés Pasteurs, qui ont rendu par leur conduite le peuple aussi exemplaire, qu’ils l’étaient eux-mêmes; eçfrPasleursy
Description
amateurs de la paix, et ennemis jurés de la chicane, comme des débauches, de l’ivrognerie, et du libertinage, n’ont cessé de prêcher les avantages de la première , et les suites funestes de ces dernières passions ; aussi était-il preque inoui d’entendre parler d'un procès entr’eux, et un bâtard parmi eux était aussi rare qu’un Phénix. Ces habitans, quoique presque tous les samedi de l’année au marché de Sion pour y vendre leurs denrées , et les fruits de leur indu strie, tirant argent de tout, ne fréquentaient néanmoins point les pintes et les cabarets, mais rapportant l’argent chez eux, en faisaient amas, économisant très-bien, et s’habillant fort modestement d’un drap du pays assez grossier, et de couleur noire, mais les hommes, surtout la jeunesse s'habillaient d’ordinaire de culottes blanches en drap blanc d’une laine grossière , qu’on faisait dans l’endroit, et les portaient surtout les fêtes et dimanches; il en était de mérçe des bas blancs du même drap, qu’ils portaient les mêmes jours.
Quant au sexe , il n’y est pas beau en général , quoique point laid non plus, mais par contre fort vertueux et modeste, et rien moins aussi qu’adonné à la débauche; on y parle un mauvais français, le comprenant néanmoins très-bien; s’il y a de l’inconvénient de ne pas trouver des auberges dans cet endroit, ce n’est pas le défaut de police, c’en est au contraire un excès mal calculé , car ces braves gens sont dans la ferme croyance , qu’avec les auberges s’introduit aussi la débauche, et avec celle-ci les vices, et en ce sens ils n’ont pas tort, mais s’ils considéraient d’un autre côté, que le voyageur a droit de réclamer l’hospitalité dans tous les pays; qu’eux-mêmes, s’ils voyageaient dans étranger, IWÛeJUt bien aises de la trouver: qu’elle est
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même du droit des gens. Toutes ces raisons réunies paraissent aussi avoir donné lieu aux paroissiens de cet endroit de solliciter leur Curé de recevoir les étrangers.
Il résulte donc de tout ce que je viens de dire de ce village, et du caractère de ses habitans, que si le village n’est ni beau, ni agréable, ni les chemins plaisans , qui y conduisent de tout côté, du moins ce village jouit d’une vue vraiment agréable et pittoresque sur la rive opposée, dont nous venons de décrire les villages et la roule, savoir sur Vernamièse, Mase, Suen, et St. Martin', et enfin sur les belles forets plaeées sur ces villages, et sur les montagnes, sans oublier les petits céteaux verdoyans avec leurs fchâlets ou cabanes , granges et écuries , qu’on observe au bas de cette rive opposée dont je parle, et qui descendent jusqu’au torrent de la Borgne, qui découle au fond avec grand bruit et fracas, et en sort toute écumante dans sa course et chute fort rapide; enfin, si d’un côté le village n’est pas beau , le caractère de ses habitans par contre l’fcst d’autant plus, et leurs vertus morales sont d’autant plus brillantes, qii’elles paraissent aussi plus contraster avec le physique du local ; c’est aussi en quoi , je me trouve d’un sentiment opposé à celui de quelques écrivains étrangers, qui me paraissent extrêmement portés à louer les localités du pays, et par contre avoir mis trop bas le caractère du Valaisan, quoiqu’encore en cela, on ne doit point leur en vouloir, parce d’un côté ces écrivains habitués à habiter les belles et immenses plaines de la France, ou d'autres pays plats, et leurs grandes villes, entrant dans un pays tout de montagnes et de vallons, entouré des plus hautes montagnes et des vallons, et enfin de gorge» latérale» fort étroites, couverte» de glaciers et çlft
Description
neiges étemelles, habitées par des grossiers montagnards, il ne peut pas être étonnant , que de tels voyageurs soient frappés désagréablement à l5 aspect de ces hautes montagnes et rochers rapprochés, et souvent escarpés à pic, ainsi que des torrens, qui les traversent au fond des dites vallées, et enfin à l’aspect des anciens châteaux ruinés, dont ce pays fourmille, sans oublier aussi le regard jeté sur la plaine du pays toute ravagée par le Rhône, et que de l’autre côté, à l’aspect de ses habilans goè'treux , crétins, stupides et grossiers, ne parlant même qu’un langage tout particulier, un dégoût général contre une telle nation s'empare du voyageur, comme contre les habitans d’un tel pays, et cela d’autant plus , qu’un tel voyageur aura reçu une éducation plus parfaite, et vécu avec une population plus polie, et plus civilisée; mars revenant aux gens d’Hérémence, je finirai leur éloge en disant, qu'ils sont sincères, braves, laborieux, économes , honnêtes, sobres, et vertueux, çl cela tant les hommes que les femmes.
Il y a à l’entour du village d’Hérémence de bons biens, comme prairies et champs , ainsi que de bons mayens ou basses montagnes , situées au-dessous et même quelquefois parmi les forets, mais dune pente rapide, ce qui y rend la récolte difficile; aussi sont-ils par celte raison en grande partie obligés de mener la récolte, le foin et le refoin ainsi que le grain à dos de chevaux, de mulets, et sur des traîneaux , où ceux-ci peuvent être employés. Hérémence a de même plusieurs arbres fruitiers, commi pommiers, poiriers et cerisiers qui portent fruit, ce qui est assez surprenant dans une élévation pareille. Quant aux cerisiers, il y en a par millers dans les montagnes du .Valais, du fruit desquels on fait l’excellente eau de cerises ,
du Valais.
©u cette célèbre liqueur que les Allemands nomment Kirsch-wasser , dont on envoyé jusqu’à Paris, et par toute la Suisse. Enfin ce village a de bonnes montagnes pendant tout l’été pour les vaches, et où l’on fait beaucoup de fromage, mais ordinairement que demi-gras, tandis que dans les montagnes de Nenda dans le Canton de Sion, et dans celles de Binn en Conches, et enfin dans celles du V aldilier dans le Canton de Monthey, on fait les fromages les plus gras du pays du Valais.
I^e chemin, qui conduit d'Hérémence enVex,est tantôt rempli de boue, tantôt très-pierreux, et, généralement parlant, assez mauvais, à travers des prairies pour la plupart marécageuses et maigres; on compte une bonne lieue depuis Hérémence jusqu’en Vex. Tout le long du chemin on jouit d'une superbe vue sur la rive, opposée, qui dans son ensemble, au mois de juillet sur la fin, ou à l’entrée du mois d’août, est vraiment digne d’être regardée, lorsque le tems est beau, clair, et sans brouillards, tant à raison des montagnes, où l’on voit le bétail assemblé, qu’à raison des belles forêts situées dessous dans toute la longueur de la côte opposée , et des villages placés prejqu’en ligne horisontale, et à une lieue environ de distance les uns des autres, comme aussi à raison des biens, des prairies, et des champs à blé dessous ces mêmes villages, lesquelles prairies se trouvent garnies de cabanes et de cbâlets, ainsi que de granges et d’écuries pour le foin et le bétail.
Mais ce qu’il y a surtout de remarquable dans celte côte opposée vue depuis Hérémence, ce sont ces creux majestueux qui sillonnent toute cette chaîne de montagnes à des distances à peu près égales, et forment ainsi des tours
42$ Description
et contours desquels creux descendent de petits torrens jusqu'à la Borgne.
Dessous le chemin d’Hérémencc , etmi bord de la plaine* environ à mille pas de Vex contre la gorge delà valléed’Hérins, on voit encore la tour carrée et endommagée des anciens Seigneurs Tavclli de Granges , auxquels derniers appartenait aussi anciennement le village de Mase, dont ensuite les successions sont parvenues aux nobles Seigneurs de Chcoronis , comme on le verra dans son tems et lieu : cé château est aujourd'hui entouré de champs; il y a de même dans sa proximité beaucoup de prairies et de cerisiers au couchant de ce château.
Entre Vex et Hérémence, on voit au-dessous de ce dernier village des espèces de, pyramides toutes de sablé grisâtre, en forme de pains de sucre, qui sont très-hautes* très-pointues, et sur la pointe d’une desquelles on observe encore aujourd’hui un phénomène bien curieux, c’est une grosse et immense pierre, qu’on ne sait comprendre, comment elle peut s’y soutenir depuis tant d’années, car il y a bien trente à quarante ans qu’elle s’y tient sur cette si haute, et si pointue pyramide, et elle parait toute pointue depuis le lointain; ces pyramides forment une espèce dé crête depuis le torrent de la Borgne contre le village d’Hérémence, et elles s’observent beaucoup mieux en montant depuis Vex en Hérémence, qu’en descendant dé ce dernier village en Vex.
Enfin, avant d’arriver en Vex depuis*Hérémence* on voit à quelques cents pas de Vex, au-dessous du chemin* et au milieu de beaux et bons prés, et d’arbres de noyers une espèce de hameau ou petit village, qu’on appelle le V illard, comme qui dirait la petite ville, endroit à ha
nu Valais.
Vérité très-fertile, mais qui n’a que quelques maisons, quelques écuries, granges et racards, et qui a assez d’eau tant pour l’usage domestique, que pour arroser les biens d’alentour.
Descendant plus bas, et suivant toujours le grand che-, min, on arrive enfin en Vex ; grand et beau village, dont les maisons sont en bois, et en partie assez- grandes et belles, quelques-unes meme presque toutes neuves ; il y a cependant deux bâtimens en pierres, outre la maison de la Cure, et une au bas de la Chapelle. Ce village a beau* coup de beaux et bons biens, comme prairies et champs, et quantité d’arbres fruitiers , surtout quantité de cerisiers portans toute sorte d’excellentes cerises : ce même village est situé dans une espèce de creux ou de bassin, qui le met à l’abri du vent froid du nord , ainsi que de l’air des
glaciers de la vallée d'Hérins.
Ce village, s’il n’avait pas été iant endetté, à raison des procès , dans lesquels quelques particuliers paraissaient se plaire, à raison des redevances féodales considérables, auxquelles leurs Liens étaient sujets envers le Chapitre de Sion , qui y était haut Seigneur, ce village, dis-je, sans ces procès, et sans ces redevances féodales aurait été un village fort riche, surtout s’il avait régulièrement payé les dites redevances , au payement retardé desquelles cependant il paraissait se plaire, puisqu’il les laissait tant en arrière, car il comptait anciennement quantité de riches particuliers de différentes familles , quoiqu’ils ont été sujets aux mêmes devoirs, et quç leurs biens alors étaient également infeudés comme aujourd’hui au même Chapitre; il y avait de même plusieurs familles nobles dans ce
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village. Il y a dans ce village une Chapelle, où M.r le Curé dit ordinairement la messe ,’et' ne se rend que fort rarement dans l’année à l’église paroissiale , qui se trouve éloignée de quelques cents pas , quoique le cimetière paraisse, y appeler pour le soulagement des âmes des défunts, en y faisant <lë$ prières et des processions usitées, qu’on ne tient point au village; l’église paroissiale est fort triste , comme aussi fort ancienne, car elle est réputée une des plus anciennes du pays,- et il y avait un tems, où ceux de Bramois et ceux d’Hérémence étaient obligés de se rendre à la messe en Vex, ce qui prouve, que celte dernière était une mère Eglise, et les deux autres des filiales; c'est pour cela aussi, que l’église d’Hérémence paye encore aujourd’hui une redevance annuelle d une livre du pays à celle de Vex; enfin St.* Silvie est patron de l’église de
tVex.
* ; Au -dessus du village de Vex, il y a encore un autre petit village , qu’on appelle Ypras , comme qui dirait aux Près , 01V l’on se rend par un chemin fort rapide et pierreux : ce village /ou plutôt hameau ne ëonsiste qu’en quelques maisons isolées , à l’entour desquelles il y a d’excellens vergers, ou prairies bien arborisées; en montant plus haut encore contre la forêt, il y a au-dessous de cette dernière sur toute cette côte et chaîne de montagnes jusqu’à son couchant, et jusqu’au torrent de Nenda, nomm’é la Prinze , qui la sépare de la montagne de Nenda , une infinité de maisons de campagne, qu’on appelle les Moyens de S/on , qui se présentent au midi de cette ville en delà du Rhône, et s’étendent jusqu’au' pied de la foret de Thjourtg, appartenante jadis à la Bourgeoisie de Sion ; celte montagne dc6 Mayens de Sion est superbe , s’élève
du Valais.
insensiblement jusqu’à la hauteur de trois bonnes lieues , a près de deux lieues de largeur du levant au couchant; toute cette partie est occupée par différens petits villages, comme la Verna , A g cite s , Salins , et Veisonna , dont il sera parlé dans un instant. C’est dans cette montagne , dont le sommet est une forêt immense de sapins, et de melèses , surmontée d’une belle montagne de parcour pour les vaches en été , aussi nommée la montagne de Thjoung : mais voici l’éloge que fait M.1 d Ech assériaux , ci-devant Ministre auprès de ce pays dans sa lettre sur le Valais « descendez, dit-il, de la colline de Valère, trans- 33 portez-vous dans un beau jour du mois de mai au pied » de la montagne, qui est au midi de Sion; si vos regards 33 ne sont pas enchantés, si vous ne vous sentez pas élevé » par le magnifique spectacle , qui se déploie devant » vous, retirez-vous, n’admirez plus aucun des ta- 33 bleaux de ce genre ; figurez-vous une montagne de deux lieues de longueur, sur près d’une lieue de hauteur, » une multitude de petites plaines cultivées de près mailv lés de mille fleurs , de bocages, de vergers , de paysa- )) ges, s’élevant à l'envi comme par étages , partout entre- 33 coupés de fontaines et de cascades > de sentiers cou- 33 verts d ombrages ; partout la pompeuse verdure des 33 melèses; la variété des arbres à fruit , la végétation la 33 plus féconde, un nombre infini de petits villages, de 33 cabanes , de chalets, animant ce tableau ; une forêt de 33 pins couronnant cet amphithéâtre; le Rhône roulant au 33 pied de la montagne ses eaux impétueuses , peignez- 33 vous toutes les nuances de la verdure , toutes les gra- >3 dations de la végétation , vous auie.z une idée de la 33 montagne des Maycns. Claude Lorrain , le Poussin , que
» vos peintures sont faibles à côté de cette majestueuse » création ! Décorateurs de théâtre, inventeurs des jardins » artificiels, que deviennent ici vos migniatures ! Venez « ici enflammer votre génie , venez y cherchez des modè- » les, mais prenez garde d’y trouver le désespoir de » votre art».
Dans ce mêmecôteau, un peu au bas, et tout en venant du viilage d 'Yprus , un quart de lieue au-delà, on trouve . en traversant des champs et des prairies par un chemin en partie passable , et en partie assez mauvais et pierreux , un autre village champêtre appellé la Verna, qui est plutôt un hameau composé de quelques maisons, écuries et granges, ainsi que racards , mais entouré tout à l'entour de beaux et bons biens , champs et prairies , bien arhorisées.
Le séjour dans ces Mayens est très-agréable quand le tems est beau , mais il en est tout autrement les années pluvieuses ou froides, car alors il n’y a que pluie , froid et brouillards, et on ne peut sortir sans se mouiller en traversant les sentiers des prés , dont les produits fâcheux sont des catarres et des rhumatismes. Les maisons de campagne des Sédunois y sont toutes disséminées çà et là, ce qui forme un aspect vraiment frappant, et intéressant tout à la fois. Chacun Vit à sa volonté, et à son goût , quelquefois mieux , niais souvent , et ordinairement même, moins bien qu’à la ville, parce qu’il faut y transporter les vivres à dos d'hommes ou de chevaux , à l’exception du dessert, comme fraises, framboises et cerises, ainsi que des œufs, que les villageoises voisines leur y apportent devant la chapelle , où elfes se rendent avec les habitais des dits Mayens les jours de fêtes et de dimanches.
pour y entendre la messe. L’eau y est fort fraîche, inème froide.
Ci-devant on se voyait tous les jours au dit séjour; on allait pour cela un jour chez l’un , et l’autre chez l’autre ; on goûtait ensemble avec, du pain, du fromage, cerat frais tle montagne, du miel, fraises sucrées et framboises, et abondance de vin : on faisait aussi des promenades dans «e même dessein dans les villages voisins, et souvent ces petites caravannes se montaient à vingt, et même plus de personnes , où l'on buvait dé bons coups, et où l’on se divertissait très-bien; on faisait de même jadis de ces réunions dans quelque forêt Voisine , où chacun était taxé pour apporter son plat outre sorç vin, son pain , son service, et son verre ,el l’on dînait ou goûtait ensuite ensemble , se divertissant très-bien jusqu’au soir; on en revenait ensuitetout joyeux , chantant. , ou jasantensemhle; mais il n'en est plus ainsi de nos jours, On ne se voit*, plus; les opinions politiques* et les intérêts personnels ont tout divisé ; chacun a son opinion politique , et le plus heureux est celui qui fait son devoir, qui obéit à la loi, et à ses supérieurs , laissant aux gouvernans le soin du gouvernement, et ne se mêlant que du sien et de son économie domestique; cependant je n’oublierai jamais le teins, toù me trouvant presque journellement avec quelque bon amis dans ccs Mayens sous quelque beaumclèse, à côté de la maison de feue Madame la générale de KalbertnaUen , ma trcs-clière et Irès-honorée commère et cousine , dont j’occupai Je Mayen pendant cinq ans en été; desquels arbres de melèse, ( car il y en a deux devanfla maison au levant). Le doux zéphyr remuant les feuilles, et battant légèrement les branches , nous procurait un sifflement
4*5 4 Description
agréable, et une fraîcheur charmante sous leur ombre délicieuse , rendue encore plus animée, par le chant d’un oiseau forestier , nommé la pivoine rouge, dont le chant a quelque chose de lugubre, et de solitaire, analogue à leur séjour dans ces endroits isolés; là , sous l’ombre de ces arbres on se confiait le tout en ami, et l’on déposait dans le sein de son ami, ses plaisirs comme ses peines , parce que l’on était assuré de n’êlre point trahi , et l’on se partageait les plaisirs comme les peines; mais reprenons, il y a au-dessus du village de la Verna , un peu à travers, tirant contre le levant un autre village plus grand, où l’on se rend depuis ce dernier par un chemin fort pierreux, et en été souvent plein d’eau, qu’on y laisse découler par défaut de police et de surveillance locale , à peu près une demie lieue plus haut , qu’on appelle les Ageles , qui conjointement avec le village de Laverna formait une communauté séparée , qu’on appellait aussi pour cela la communauté des Ageles. Ce village est assez grand, mais très-tristement bâti, sans symmétrie, comme sans goût, à l’exception d’une grande maison de bois presque neuve , au-dessus de laquelle maison il y a la chapelle qù’on nomme la chapelle des Ageles , où L’on dit la messe en été tous les dimanches et les fêtes, tant pour la noblesse de Sion que pour les habitans de l’endroit; on fait la même chose à la chapelle supérieure ou plus haute , appeLlée la chapelle de Notre-Dame du bon conseil , qui est très-jolie , quoique petite; il y a devant celle-ci une jolie petite plaine et allée à travers une petite forêt de melèse, où l’on se trduve à l’ombre; il est certain, que s’il n’y avait pas le terrible inconvénient dans ces Mayens d’ctre obligé de tout y faire arriver à dos d’hommes ou d’ani-
i>u Valais. 4^5
Hiaux, tant vivres que boisson, batteries de cuisine, linges , vaisselles et meubles, le séjour en été y serait vraiment délicieux, et ne le céderait à aucun autre pour l’agrément^ Dans ces quatre villages, dont nous venons de parler , savoir, Vex , Ypras , la Veina , et Agcles , on parle un jargon français assez difficile à comprendre, et le monde y est assez rustique , ainsi qu’en Salins , qui est presquevis-à-vis des Agestes , mais plus au couchant de cette même montagne des Mayens, formant jadis aussi une autre communauté séparée, quoique fort petite ; mais aujourd’hui ce village est réuni au Canton de Sion , et appartient pour le spirituel au vicariat de Sion , qui en est le Curé, et est obligé d’y aller dire la messe, ou de la faire dire les dimanches , et fêtes majeures, tandis que les quatre villages prédits appartiennent tous au Canton d’Hérémence , et à la Cure de Vex pour le spirituel ; on a donné au Vicaire de la ville de Sion le nom de Curé hors des murs , Parochus extra muros cwitaiis , parce qu’à une lieue tout à l’entour de la ville de Sion , il est obligé d’en faire les fonctions, savoirà Lamura , en JJ v rie s , laCrefiay Eramois en deçà le Pont , Salins , Arvelard , Mi sérier , Thurin , Charulolina , et Maragnina , qui sont autant de hameaux de quelques maisons; parmi tous ceux-ci le village de /a Creita9 garde quelques restes de son ancienneté , et quelques vieux bâlimens en pierres; il est placé en deçà du pont de Bramois sur une colline élevée, entourée de quelques bons biens , et au bas d’une forêt de dailles.
11 me reste encore à parler de quelques autres villages qui se trouvent sur le plateau lui-même de la montagne des Mayens, ou à sa côte tournante , ou enfin au bas, et con-
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tre le torrent de. Nenda , et qui tous aussi ont leurs noms particuliers ; mais avant d’en parler , je dois encore dire, que les Mayens de Sion jouissent d’une superbe vue sur la rive septentrionale du Rhône ; revenant maintenant à la description des autres villages de cette même montagne des Mayens, on observe d’abord sur une belle hauteur, et irnmédiqlsment au-dessous d une jolie petite forêt de melèses,et au-dessus de belles prairies , et enfin au bord supérieur et occidental de cette même montagne un grand village, nommé Veison/ia, assez peuplé, où les habitan* pont de braves gens, menant une vie dure et laborieuse, mais dont les hommes, qqi viennent tous les samedis au marché de Sion , pour y vendre des bois de bâtisse et autres, sont très-adonnés au vin, et même â l’ivrognerie', au point même qu’ils retournent ordinairement chez eux assez pris de vin , tandis que leurs épouses sont fort braves , vertueuses et modestes; c’était au reste dans ce même village, ainsi qu’à haute Nenda, qu’on buvait le meilleur vin blanc du pays, nommé Oumagne , ce qui n’est pas étonnant , si on considère que tous nos vins blancs, comme Oumagne , Muscat , et Raisi , surtout la petite ou la jaune, immédiatement après la vendange transportés dans ces hautes montagnes qu vallons, s’ÿ font parfaitement, au point même de former des vins délicieux au bout de quelques années, et y deviennent des vrais vins de liqueur, tel est encore l’Oumagne de Vetroz, conduit en Bagnes , «t laissé quelques années , mais il n’en est pas ainsi de «os vins rouges , qui n’ont point ce leu, ni cet esprit , et ne s’y font non plus si vile, ni si bien, quoiqu’ils s’y améliorent aussi beaucoup au bout de quelques années , tandis que ces même? vins ne se conservent pas long-lenMj
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dans la plaine, mais s’y font trop vite , surtout l’Oumagne et le Muscat, mais le rouge se conserve plus Iongtems, tandis que les vins blancs susdits en ville tournent en acide , ou se gâtent volontiers dans les grandes chaleurs de 1 ôte , surtout , si on n’a pas la précaution de les transvaser dans d’autres tonneaux au printems,et encore en automne au besoin si la cave où on tient ces vins , ou l’été est fort chaud.
Les gens de Veisonna sont au reste assez honnêtes et aflables , et d un caractère doux et paisible; leur habillement est d’un drap grossier du pays, tirant sur le noir, mais leur langage , comme celui de tous les montagnard* de cette rive du Rhône, ou au-delà du Rhône, est ur» jargon français très-difïicile à comprendre, et très-dur à prononcer, en un mot, fort déplaisant. Ce même villa*» jouit d’une des plus belles vues du pays tant sur la plaine, que sur les villages, côteaux et montagnes situées sur la' me septentrionale du Valais , car d’un côté on y voit toute la côte de la montagne de Nenda, et quahtité de villages dans la plaine du pays depuis Sion en bas jusqu’à Martigny , et depuis Sion en haut jusqu’en Lenz, ainsi que le cours tortueux et vraiment majestueux du Rhône dans la plaine, et enfin une infinité de chalets, ou de cabanes de montagnes maçonnées en mortier , et blan chies dans les Mayens de Conthay , sans oublier la bel! vue depuis Veisonna et depuis les Mayens de Sion su «eüe ville, qui est assez pittoresque, d’où l’on voit depuis .certaines places immédiatement sur la grande place de
, V!He de S,on » dorit °« entend aussi tous les coups des cloches, et de la caisse du tambour , et depuis où enfin . avec une lunette d’approche, ou un télescope on
ane sur
438 Description
l’heure sur 1 horloge de la cathédrale de la ville quand le tems est beau clair , ainsi que le inonde qui se promène sur cette grande place, lorsque le soleil donne dessus, ce qui tout réuni forme une recréation agréable pour ceux qui se trouvent dans leurs dites maisons de campagne.
Gravissant ensuite la montagne de Veisonna jusqu’au sommet de ce côlé-Ià, et la tournant on découvre après l’avoir franchie un autre petit village, qu’on nomme Vcrey , ce qui en langue de l’endroit veut dire autant que tourner ou virer, aussi est-il placé au haut de la côte tournée contre la gorge de la vallée de Nenda ; ce village est passablement grand et peuplé; il y a beaucoup de champs dans ses environs, ainsi que d’exceJlentes prairies, de belles forets par dessus, comme aussi tout le long contre la vallée de Nenda , et par dessus toutes celles-ci de belles montagnes pour le parcour ou pâturage des vaches en été.
II y a encore dans le voisinage un autre village , qu’on appelle Clebe , qui jadis était un village seigneurial, appartenant à l’Abbaye Royale de St. Maurice; dont l’Abbé était Seigneur territorial , comme aussi à Vetroz pour le prioré. Les étages des maisons sont fort bas, et les fenêtres très-petites , de la hauteur d’un pied sur huit à dix pouces de largeur , et les portes si basses , qu’un homme de médiocre taille a de la peine d’y entrer sans se faire du mal. Il y a de même aux environs un autre petit village appelé Cerisier, apparemment, parce qu’il y a beaucoup d’arbres de cerisier, qui y croissent en abondance, comme dans les autres montagnes du pays, sans culture quelconque.
Descendant de là jusqu’au torrent de Nenda, qu’on
nomme
» u Valais. 4%
nomme la Prime , on trouve sur la route les moulins de Nenda , qui sont un ouvrage pour le besoin des habitans des environs et des villages voisins. Au-dessous de ces mêmes moulins , et du même cAté du dit torrent on voit au milieu d’une infinité d’arbres fruitiers , d’excellens vergers, et belles prairies un village passablement grand, qu’on appelle Brignon ; les habitans de ce. village en général sont tellement vilains , qu’ils font presqu’horreur à celui qui les voit; outre qu’il y a beaucoup de Crétins et d’horribles goetres, ce qui ne m’a pas surpris, considérant l’air sans jeu dans ce village absolument sombre, même en plein midi , par les arbres trop rapprochés , dont les branches s’entrelacent les unes dans les autres de tout côté, jointe à l’excessive mal-propreté , qui y règne dans tous les ménages; .et enfin, si on, fait attention au défaut
de mouvement corporel tant nécessaire de ces enfans
r ••[',] orr . j
malheureux , qu’on y laisse croupir dans l’ordure.
Tous ces quatre derniers villages, savoir, Veisonna , Verey , Clebe et Brignon appartiennent pour le spirituel à la paroisse de Nenda, et y vont à la messe en hiver , sauf ceux de Veisonna en été, qui viennent à la Chapelle d’eqhaut des Mayens de Sion, comme il a déjà été dit.
11 y a encore au fond, et au bord de la côte occidentalede la montagne des Mayens de Sion, au-dessus de la rive du torrent de la Pi in/e une charmante plaine avec des champs superbes, ainsi que des prairies riantes bien arborisées de toutes sortes d’arbres fruitiers, comme poiriers, pommiers , noyers et cerisiers ; celle plaine s’appelle Baar.
Venant de parcourir toute la montagne des Mayena bout à l'autre, et de f»»« «tpnnaitre tout <.« qu’il y ^
44o DnscnirTioii
de remarquable, comme aussi les différens villages qui se trouvent sur toute cotte montagne, et le caractère de ces 'habitans, il' ne me reste, que de parler encore de la montagne de Nenda, et de ses villages principaux , quoiqu’ap- ■‘parlènans au Canton de Sion , uniquement pour n’ètre "pas obligé d’interrompre le cours de ma description de 'la montagne de Nenda ; parmi les villages principaux de la montagne de Nenda, je trouve dabord le beau et grand "village de Nenda , car outre ses propres paroissiens il y a 'encore une grande quantité dhabitans des autres villages qui s’y fendent aux offices divins , et dont le Curé de :Nendâ en a l’administration spirituelle, savoir, ceux de Veisonna , Verrey , Clebe , Brignon , haute Nenda, et Fée.
Nenda se présente superbement à la vue depuis Sion, ou aux hauteurs de cette dernière ville; il offre encore à 'cette même ville une belle montagne verdoyante et d’une pente douce, dont le fond ou le bas jusqu’au torrent, est garni de beaux biens, de superbes prairies, ainsi que de champs , et à l’entour du village lui-même des arbres fruitiers, surtout quantité de beaux arbres de noyers, qui masquent au loin le village ,'et le dérobent en entier au regard des curieux, si l'on, excepte l’église et la maison de ‘la Cu re, qu’on distingue Irès-bien depuis les hauteurs de S'ôri ; il y a de même , à la gauche du village de Nenda , et au-dessus, beaucoup de prairies,. mais en grande par-
tifc marécageuses, ayant a sa droite , vu depuis oion, de superbes prairies , et tout au bord un lambeau fort long, 'et assez large de champs à froment et a blé, postés comme en amphithéâtre les uns sur les autres, et cela jusqu’à la Chapelle de Sainl-Selaslien , qui était aussi jadis
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le lieu, où à côté d'elle anciennement on tranchait la tête aux criminels , condamnés à ce genre de supplice. Enfin au milieu , et droit au-dessus du village de Nenda , tou* jours vu depuis Sion, il y a un lambeau très-long et trèslarge jusqu'au village de haute Nenda de prairies excellentes en partie, et en parties aussi marécageuses, et maigres.
Au-dessus de ce grand village de Nenda, et un peu à la droite , on observe l'ancienne maison Seigneuriale du Gouvernement du Valais , qui , à la guerre Véragrienne* ou des Savoyards en 1470, a été détruite, et depuis rebâtie; le grand Major de Nenda y demeurait ci-devant* Cette grande Majorie de Nenda comme aussi Hérémence devait des dixmes à l’Etat, que le dit grand Major recouvrait} ce même village de Nenda devait encore des censes féodales annuelles à la ville de Sion , ou plutôt à sa Bourgeoisie , mais qui ensuite ont. été rachetées par eux; Nenda à raison de la grande quantité de froment, tou| comme le village d'Ardon, qu'il fournit au marché de Sion, ainsi que ce dernier endroit, peut à juste titre être appelé le grenier de Sion , quoique les villages de Nax , Mase , Vernamièse, Vex, et B ram ois y amènent aussi le leur, mais cependant pas de beaucoup près autant que Nenda , et Ardon. La paroisse de Nenda est fort peuplée; les habitans sont en général , braves, honnêtes i doux et paisibles. Leur habillement est de même fort simple d'un drap brun du pays, tirant un peu sur le jaune; le luxe y est inconnu, aussi y trouve-t-on encore beaucoup de gens moyennés ; le libertinage y est de même ignoré encore, aussi les illégitimes sont-ils fort rares dans cette paroisse toute grande qu'elle est; celui qui en aurait eu.
un , serait déshonoré chez eux, et ne trouverait plus à faire un bon mariage ; mais il n'en est pas de même pour quelques autres monlagnes, et surtout dans la plaine du pays, où l'on ne rougit plus d’en avoir eu. Tout le peuple de Nenda porte une dévotion et vénération toute parlieulière envers le bienheureux Will , enterré en Valère, dont j’ai déjà parlé en parlant de Valère, cette dévotion de leur part est telle , que tous les vendredis de l’année, et même souvent les fêtes et dimanches on en voit venir par bandes , se rendant à son tombeau ; mais passons au village situé au-dessus de celui de Nenda, et qu’on appelle aussi pour cela haute Nenda ; ce dernier est à uné bonne demi lieue au-dessus de l’autre, mais il n’est pas de beaucoup près aussi grand que celui d’en bas , qu’on appelle aussi quelquefois basse Nenda pour celte même raison , parce qu’il est situé dessous l’autre : c’est dans ce même village de haute Nenda qu’on boit cct excellent vin blanc vieux, qu’on nomme Oumagne.
L’air de la montagne de Nenda en général est tempéré e-t assez sain , moins cependant en bas qu’en haut, parce qu’en haute Nenda l’air est beaucoup plus agité et renouvelé, et pour cela aussi plus pur et plus salubre ; aussi semble-t-il que le monde y est plus vif et plus robuste , outre qu’en bas les noyers nombreux à l’entour du village renfermant trop l’air , ne peuvent par cette raison mêmç que le rendre aussi moins pur, et moins sain.
Toute la montagne de Nenda se trouve au reste entour rée par des grandes et belles forêts, et au-dessus desquelles on observe encore de superbes montagnes garnie* d’excellentes herbes pour l’entretien des vaches pendant ■tout l’été , comme sur toutes les autres montagnes du
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pays ; il y à de même dans la montagne de Nenda quelques vastes et beaux Mayens pour y mettre le bétail en automne à la descente du bétail des hautes montagnes, <51 au piintoms , avant de le mettre dans ces dernières.
L eau dans la montagne de Nenda est en général assez tonne, sans elre cependant de beaucoup prés aussi rude et fioide qu’aux Mayens deSion, ni l’air lui-même aussi froid et vif que celui des mêmes Mayens , parce que ÎSenda et haute Nenda se trouvent adossés à la montagne, ,ct sont pour cette raison abrités contre la bise et le vent du nord , qui en general est le vent dominant, et assez froid dans tout ce pays, et qui souffle du couchant et
diiige sa course au levant} aussi les Valaisans l’appellent* ils r air du pays *
Quand on a une fois dépassée la Chapelle de Saint- Sebastien , qui se trouve au bord, et à la droite du plateau ^C^enC^a ’ °n ^laveise quantité de champs et de broussa^es qui les suivent,, comme autant de petites forêts, et enfin de beaux biens , ou prairies en descendant , et longeant toujours , on arrive enfin au milieu de ces même$ prairies à un village qu’on appelle dans cet endroit Fey y ou Fée , et, en effet, cet endroit paraît tenir en quelque façon à la féerie , ou à l’art d'enchanter , que de voir établir un petit village dans un endroit aussi écarté que l’est celui-là, mais aussi, c’est pluldt un hameau qu’un village n ayant que quelques maisons et écuries et granges, et. enfin quelques racards pour déposer les grains des champs voisins; il y a aussi dans cette contrée beaucoup d’arbres» de c erisiers ; la chasse aux pigeons y doit être fort bonne y loisque les cerises sont en maturité, il en est de même de-, la ciias^g des grives à la même époque, sans oublier oelle-
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des lièvres , qui se plaisent particulièrement dans les champs semés de fèves et d’haricots , et de petits pois, dont il y en a beaucoup; mais sortant de ces biens et prairies , et poursuivant sa route le long du chemin contre le couchant , on arrive tout-à-coup au bord d’un horrible précipice à l’entrée de la forêt, et d’une profondeur extrême, qu’on n’a pas pu prévoir, ni s’y attendre d’avance, qui donne immédiatement sur les champs de Riddes, situés à une lieue de profondeur depuis là; aussi était-ce là , qu'arrivant il y a deux ans, pour la première fois de ma vie, pour me rendre de Nenda en Isérabloz, avec mon camarade de voyage, je fus tellement frappé 5 l’aspect subit* et tout-à-fait inattendu de ce précipice affreux , que je pâlissais tout-à-coup comme un sac de farine, n’étant au reste rien moins que naturellement peureux, et que je doutais en moi-même, si je pouvais, ou devais m’engager ultérieurement à poursuivre cette route, dont je ne voyais pas même une sortie, si non au bout d’une forêt assez éloignée de là, qui me laissait plutôt entrevoir de loin un chemin taillé dans le rocher , sans avoir pu trouver celui qui devait m’y conduire , enfin engagé et encouragé par mon camarade je me déterminai à la poursuite de mon voyage, mais ma frayeur ne se calma totalement qu’au bout d’une forte demi heure, car elle fut si forte, qu’en arrivant au village d’Isérabloz, qui était encore une forte demi lieue éloigné de là , je n’avais pas le courage de me déterminer encore à manger quelque chose, quoique j’en eusse bien besoin, mais que j’attendis encore une bonne demi heure après mon arrivée avant d’avoir pris la moindre chose.
Mais parlons maintenant du village à* Isérabloz , qui se
Valais. 445
trouve à la gauche après avoir passée et tournée cette forêt, dont je viens de parler, et au-dessus de Riddes, air la hauteur dans la gorge de ce dernier endroit, ,et depuis lequel endroit il se présente à l’aspect du voyageur passant par Riddes comme cloué, ou collé contre la montagne à une hauteur prodigieuse , au bas d’une immense forêt noire, et enfin au bord d’un précipice épouvantable; il y a dans ce village un assez grand nombre d’habilans , •omme aussi beaucoup de maisons, et beaucoup de greriers , et tout à l'entour du village quantité de champs à fnment, aussi Pappelle-t-on le grenier de Martigny , parce qu’il conduit beaucoup de froment et de grain au marché de ce lieu, savoir au bourg de Martigny, outre, qu’il est encore du Canton de ce nom ; il y a de même en Iséjrabloz quelques petites prairies. Le monde y vit extrêmenent frugalement, et pour ainsi dire que de laitage ; son habillement est d’un drap grossier du pays tirant sur le noir, ses bas sont d’un drap de laine blanche grossière , enfin les souliers ont une semelle environ d’un pouce d’épaisseur, et souvent aussi bien ferrés que le sont les chevaux et les mulets de la plaine, avec un grand chapeau noir, rond, et abattu; ce même peuple est extrêmement économe, et évite pour cela tout sujet de procès et de chicane, mais tout cela ne l’empêche pas d’être mauvais
payeur, tellement tient-il à la matière; ils étaient ci-devant jurisdictionnaires des Evêques de Sion, qui y établissaient un juge, qu’ils appelaient Châtelain; les mêmes Evêques y héritaient les bâtards décédans sans héritiers légitimes descendans de leur corps, s’ils ont négligé de s’affranchir de ce droit de succession par le moyen d’une certaine somme convenue pour cela ; dans cette paroisse jadis la bonne foi
et la simplicité des habitans était telle, qu’aucun ne sachant écrire , ils marquaient les dettes sur une petite bûche, ou bâton plat de bois, de. la largeur d’un pouce, et
marquant d’un côté la marque domestique du débiteur, et de l’autre côté la somme due, qu’ils marquaient dessu* en chiffres ; enfin leurs champs et biens fonds y sont telle-
ment en pente, qu’ils ne peuvent se servir ordinairement de chevaux ou de mulets pour les travailler; ce sont les maris et les femmes indistinctement qui les travaillent, et en rapportent la récolte à la maison , et les enfans à l’âge de six ans y «portent déjà la hotte, ce qui empêchi l'accroissement du corps, aussi y voit-on rarement dîs hommes ou femmes d’une belle taille, mais ils sont tn
général petits.
Au-dessus du village, comme je l’ai déjà insinué , il y a une immense forêt qui longe la vallée d’Isérabloz des deux côtés, et quelques beaux mayens ou basses monta* gnes, et par dessus cellçs-ci de superbes montagnes pour les vaches en été. .
L’air dans cet endroit est sain, et l’eau fort bonne , ausd le monde y vient-il vieux, et il n’est pas rare d'y trouver plusieurs octuagénaires; il n’y a au reste que le vent de la vallée disérabW, et celui du nord qui puissent y jouer leur rôle, vu (que le village est exposé au soleil couchait et accolié à la montagne du levant; le peuple de ce village était anciennement obligé de se rendre à la messe à Chamoson de Vautre côlé du Rhône , mais il s’en est ensuite racheté de ce devoir, et s’est rendu à Riddcs, jusqu’à ce que dernièrement il a bâti une maison de Cure, et a érigé une Cure au village, de manière, qu’il a aujourd’hui son propre Pasteur; aussi s’il y a une paroisse dans le pays,
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qui ait besoin d’avoir un Curé, c’est bien celle-ci, ainsi que celle de Binn en Conches , où les chemins précipiteux, et fort étroits sont absolument impraticables une bonne partie de 1: hiver, pour ne pas dire de l’année, et où dans celle saison une fois enfermé, on risque de hêtre pour plusieurs mois, et à moins de les vouloir forcer de ne pouvoir pas s'acquitter <le leurs devoirs religieux , il était absolument nécessaire de leur accorder un Pasteur dans l’endroit.
De ce village, on descend par un chemin fort rapide, étroit, et au bord d’un précipice dans le village de Riddes, distant d’une lieue du précédent; ce chemin en teins de jieige et de forte glace, est souvent impraticable.