‹ A.-P. de CandolleChapitre 39 sur 45 · CANTON DE M A R T I G N Y · texte numérisé non relu

CANTON DE M A R T I G N Y

(Quoique ce Canton commence déjà au pontde laLizcrne au levant d’Ardon, et que conséquemment Ardon déjà,, ainsi que Cliamoson , et St. Pierre , avec Leilron, Saillon , et Fully y appartiennent aussi , néanmoins j'ai cru pouvoir commencer à parler de Riddes> Sasson , Chara , et Jsérabloz , afin de finir, et de suivre la description de la côte méridionale des montagnes du pays, ou la rive gauche du Rhcne, après avoir parlé de Conlliay, et de la Morge, et être arrivé dans ma description à Ardon, premier village de ce Canton sur celle rive droite da Rhône, toujours prise en descendant le pays, d’après mon plan, reprenant donc, ma roule, je dirai, que Riddcs est situé au bord occidental , et à la sortie, ou plutôt entrée de la gorge de la vallée dise raid or , au pied de la mon*-.

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tagne opposée à celle de ce dernier village. Le village de Riddes, qui est une commune et paroisse particulière , est assez grand, dont les maisons en général sont dispersées, et bâties sans symmétrie, comme sans goût, et sans architecture régulière , si on en excepte deux maisons nouvellement bâties, savoir celle de M.r-le Châtelain Gabriel Rlbordi, et celle de M.r le Maire de Riddes, Jean Bernard Maizo, qui sont deux grands, et beaux bâtimens d’un goût moderne. La propreté en général n’est non plus pas ce dont les habitans de ce village se piquent le plus, ni le soin dû à l’enfance, ou à l’éducation conforme à leur âge, et à la situation du lieu, puisqu’on la laisse croupir dans les rues sans mouvement, et sans exercice corporel* quelconque , puisqu’on y trouve les enfans devant les poiles des maisons au bord de la route , comme des statues, presque immobiles, pâles, blêmes, fort bouffis, et avec des ventres énormes, en un mot, remplis d’obstructions; j’en excepte cependant toujours les deux maisons susdites Maizo, et Ribordi, et surtout la descendance du dernier; de même observe-t-on beaucoup de Crétins et de Goëtreux dans ce village , ce qui n’est pas surprenant pour celui, qui jette un regard sur l’ensemble du site, du local, et des causes concurrentes et productrices de ces infirmités, et surtout sur les marais immenses de toute la plaine de Riddes , situés au couchant du village , qui s’étendent à une lieue en longueur sur une bonne demi lieue de largeur; et enfin quand on jette un regard sur les vents du nord, qui donnent précisément sur le village, et y conduisent les miasmes méphitiques , produits par les eaux croupissantes et pourries, de ces marais au printems à leur dégel, et en automne lors de leur dessèchement ou

eu Valais.

diminution, dont le célèbre Lancizius a si bien parlé dans son excellent traité : de Noxiis Paludum effluviis , car il est ordinaire de voir des fièvres intermittentes épidémiques, endémiques même, de toute espèce, plus ou moins opiniâtres et meurtrières dans des contrées de ce genre, dans des pays bas et marécageux, surtout si l’on y joint le manque de bonne eau pour la boisson, et l’usage domestique, qui manque aussi à Riddes; quel est, au reste, le Médecin, qui ignore les obstructions comme suite ordinaire de ces fièvres négligées ou mal traitées, comme c’est l’ordinaire chez la populace? De là ces obstructions des viscères, ces gateaux de fièvres, ces figures pâles et bouffies, ces ventres monstrueux, et leurs issues ordinaires, le marasme ou l’hidropisie, et leur fin, la mort.

Quant aux Crétins et Goëtreux de cet endroit, il n’y a rien d’étonnant non plus pour un Médecin, puisqu’il est hors de doute, qu’un air marécageux et humide relâche les solides, et épaissit les liquides du corps humain, surtout joint à une nourriture pesante, sans mouvement, ou exercice corporel quelconque, ce qui ne peut qu'entretenir, augmenter même cette disposition , et cette tendance au crétinisme et au goëtre , vices, qui tous deux laissent apercevoir les mêmes défauts dans la constitution particulière de l’individu, savoir l’atonie, ou le défaut des forces toniques requises , et la stagnation des liquides épaissis, et particulière à chacun de ces deux vices, joignant seulement dans le crétinisme la grande diminution } et souvent lapresqu’extinction même de l'usage des facultés intellectuelles dans ceux qui en sont atteints à un haut degré. Il serait donc possible, de remédier, de prévenir même ces maladies endémiques, ces fièvres intermittentes,

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ces obstructions, ces goëtres, et ce crétinisme en desséchant les marais, en y faisant entrer le Rhône en différens endroits dans leur longueur, lequel y entrant au gros de l’été, y laisse déposer la marne qu’il amène, avec lui , et hausserait par ce moyen leur fond , ou en les saignant en dautres endroits, pour en sortir les eaux croupissantes. Quant aux goè’tres, et au crelinisme on y remédierait, ou les préviendrait même, par un genre de vie et de nourriture tout opposé à celui qu’on observe, en électrisant pour ainsi dire leurs corps, et ces machines presque inanimées , ou tout au moins preque immobiles , les frictionant, les frottant, les exerçant, les baignant même deux fois par jour dans de l’eau froide, et enfin essayant la machine électrique elle-même sur eux ; les nourrissant avec des alimens plus faciles à digérer, et qui n’épaissiraient point les humeurs, les promenant enfin de grand malin, mais pas du côté des marais, ou du couchant de l’endroit , mais au levant du village, les tenant dans une propreté particulière , les occupant à quelque exercice corporel, proportionné à leur âge, à leurs forces , et à leur constitution individuelle, alors on verrait se changer, comme par une espèce d’enchantement , cette engeance creline en une espèce humaine, tout-à-fait différente de celle qu’on y voit en passant, et qui excite la compassion du voyegeur.

Mais, me diront peut-être quelques-uns plus vigilans sur leurs intérêts du moment, que sur l’avantage et bienêtre permanent de leur génération actuelle et future , si nous desséchons nos matais, nous perdons les parcours pour nos bestiaux, et nous ne pourrons plus les entretenu j triste objeelion, et pauvre caleul ! car, tout en suppo-

D U V A L A I ». • fît

sant, que vous pendiez momentanément, et pour quelques, années même ces parcours , ne gagnerez-vous pas par la' iuite autant d’excellens biens que vous en aviez de mauvais , en voyant vos marais disparaître , leur terrain se hausser, et par ce moyen doubler, tripler même vos fortunes, et pardessus tout cela vos santés s'établir, s'affermir, se perpétuer même , et enfin ces germes languissans de l'espèce humaine dégradée disparaître; tous ces avantages.' réunis et indubitables ne vaudraient-ils pas le sacrifice, ou la perte du parcour de ces biens communs pour quelques années ? Pensez-y donc sérieusement , et occupez vous-en, si vous ne voulez pas enfin voir s’éteindre entièrement votre génération actuelle par l’insalubrité locale.

Le village de Riddes lui-même est situé en partie sur une espèce de hauteur, et en partie dans une profondeur, non aérée, mais au contraire entourée de gros arbres de noyer, ayant quelques beaux vergers au-dessous du village, comme aussi quelques-uns au-dessusj il y a de même à Riddes quelques treilles de vignes fort hautes , et à la mode italienne d’une espèce de vin blanc, qu’on pourrait appeler la grosse anina, mais dont le vin est fort dur , brusque, crud et piquant, quoique d’un assez grand rapport; j’attribue ses dites qualités principalement à deux causes, d’abord , parce que le vin dans ces hautes treilles reste toujours brusque, comme le vin d’Italie qui y croît, et vient sous les treilles, et ensuite au local lui-même, en ce que ce village étant au pied d’une montagne fort haute, le soleil ne commence à y donner que vers les dix heures du matin , et que dans l’après dîner il ne peut donner sur ces mêmes vignes qu’à travers, et ne peut ainsi toucher qu’à peu de raisins, de façon, que ce vin ne peut

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mûrir que très- imparfaitement , et doit rester fort dur et crud, aussi n’en faut-il boire qu’à défaut de tout autre, si on ne veut pas gagner une colique, ou une ardeur d’urine, quoiqu’on y boive aussi de fort bons vins de Fully, de Chamoson, ou d’Ardon, chez M.rs Ribordi, et Maizo*

Il y a encore au-dessus du village de Riddes beaucoup de champs à blé, parmi les broussailles , et de bons et beaux mayens, et pardessus ceux-ci de belles forêts, et des belles montagnes qui les dominent.

Entre ce village et celui de Sasson, environ à mi-chemin on observe au-dessus du grand chemin sur une hauteur une belle grange presque neuve avec son écurie dessous la grange, et une grande maison à quelques pas plus haut, avec des beaux vergers au-dessous du même grand chemin, ainsi que des vastes champs au levant, et au-dessus du dit chemin; on appelle ce local Econna ; cette possession, ou propriété rurale appartient à l'illustre Maison ou Monastère du St. Bernard. Cette montée, ainsi que la descente de l’autre côté est la plus forte et la plus mauvaise depuis Sion à Martigny, car il faut beaucoup monter d’un côté, et descendre de l’autre; mais il y a apparence, que le Gouvernement prendra ses mesures en conséquence dans la construction de la nouvelle route pour éviter ce double inconvénient, en prenant la direction plus bas, ou beau-* coup au-dessous de la route actuelle, même au pied de cette hauteur, si besoin.

A une demi lieue plus bas qu’Econna sur la hauteur^ dans une espèce de creux sur cette côte, et au-dessus du grand chemin , à peu près à un bon quart de lieue de distance de ce dernier, on trouve un autre village, qu’on nomme Sasson , ou Saxon , ayec une grande tour seigneu-

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riale , ainsi que l’église paroissiale situées plus haut que .le village lui-même, que quelques-uns veulent prétendre .avoir appartenue, car je parle de la dite tour, à l’illustré .et ancienne maison de Saxe, mais je laisse à d^aulres à voir, avec combien de raison, et de solidité, n’étant pas de mon plan actuel de m’occuper ici de cette assertion et recherche. Ce village a des prairies situées au-dessous, et en est en même tems entouré, ainsi que de vergers, possédant aussi au levant plusieurs treilles de vignes, de la même .espèce de vin, que celui de Riddes; au couchant du village, et auTdessus de lui, il y a quantité de champs sur les hauteurs, et pardessus ceux-ci de belles forêts, dominées par de belles montagnes pour les vaches; il a aussi dans la montagne comme dans la plaine beaucoup de beaux biens .communs , comme forêts et isles; mais ce qu’il y a de particulier à Sasson , c’est la quantité d’ânes , que les Communiers y eQtretiennent, ainsi qu’ânesses , dont ils se servent pour conduire le fumier dans leurs champs strr les collines dispersées ,où ces champs se trouvent placés, et souvent assez éloignés du village; il est au reste certain , qu’il y a plus d’ânes et d ànesses dans ce village que dans, tout le reste du pays; c’est aussi dans cet endroit qu! on va les acheter ,, quand on veut en avoir, .soit pour boire le lait d’ànesse pour les maladies, soit pour la monture, ou l’usage domestique,. outre que la nourriture de cet animal ne coûte presque rien, et que sa ferrure n’est pas coûteuse; cet animal est d’ailleurs d’une patience sans égale, à moins qu’elle ne soit poussée à bout.

Ce village n’est pas exposé à la bise , ou au vent du nord, ni à recevoir les vapeurs méphitiques des marais de la plaine, situé* au-dessous du grand chemin , étant placé

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sur !a haut< uni» n’est pas mal sain, comme Riddes; néanmoins cet endroit ne manque pas de Crétins ni de Goëtreux, ce que j'attribue aux causes suivantes : à l’air sans mouvement et peu vil', le village quoiqu’élevé , se trouvant néanmoins dans une espèce de creux, où l’air de bise ou du nord ne peut pas jouer, surtout si on fait attention au grand nombre d’arbres fruitiers , comme noyers et autres , dont il est entouré, et aux résultats nécessaires d’un tel air, à l’atonie des solides, et à l’épaississement des fluides, et enfin au défaut d’une éducation, et d’une nourriture convenable , et à la mal-propreté générale , qui y règne dans leurs habitations fort basses.

Le monde y est à peu près comme à Riddes , à l’exception cependant de la santé, qui y est meilleuie en général que dans ce dernier endroit , mais avec tout cela les habitans n’y sont ni beaux ni grands, ni enfin éveillés; il en est de même du sexe, à l’exception de la famille de feu M.r le Châtelain Thomas ; dont la génération entière était vraiment grande , belle et forte , sans doute , que la nourriture, l’éducation, et une bonne et heureuse descendance , origine ou naissance y contribuent . beaucoup , lorsque père et mère sont vigoureux , et de belle taille, c*r comme le dit très-bien le Poëte '■

Fortes crcantur fortibus cl bonis h s ■ . . ...

Est in juveneis , est in equis pat/ u/a. >. î:

V irtus : nec imbellem féroces, .

P/ogenerant aquilce columbam. ‘Lib, Z.Carm. Ode i*

Et néanmoins c’est précisément à quoi , on fait le moinp datlentieu aujourd’hui da.ns les mariages pqj+c le uialheup

dos

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des familles , et de leur descendance , car il est certain, que pour avoir une belle génération, il importe surtout d’avoir une mère bien faite, forte , et d’une belle taille , car enfin d’une petite coque il ne saurait sortir un grand œuf; et les enfans, en général, participent plus des qualités corporelles, et même morales de leur mère, que de celles du père , outre que sans comparer l’homme à la bête, on choisit toujours les mâles et les femelles les plu9 beaux et les plus forts, quand on veut avoir une belle race dans les diverses espèces d’animaux , comme chevaux et vaches, mais c’en est assez là-dessus.

Dep uis Sasson il y a une lieue jusqu’à Charns : on fait ce trajet tout dans la plaine en longeant l’isle, et côtoyant toujours au pied de la montagne méridionale. Le village est partagé en deux, dont une partie se trouve à quelque distance de l’autre, et a une chapelle, mais point de Cure; ses habitons vont à la messe à Martigny, au chef-lieu, dont ils sont paroissiens : ce village, quoique partagé en deux, n’est pas grand, ni beaucoup peuplé; dessous le village il y a beaucoup de vergers assez bien arborisés , garnis d’arbres fruitiers , et de marais dessous ces vergers , lesquels marais occupent une grande partie de la plaine de Martigny, et en effet, comme dit M.1 d* Escliassériaux :

« C’est une chose pénible pour le voyageur de reporter sa » vue sur l’immense et putride marais qui précède l’ave- » nue de cette petite ville : combien le Gouvernement.

» et les propriétaires tireraient d’avantages du desséche- » ment de tout ce marais, dont l'opération serait si facile » à des connaisseurs, et à ceux qui sauraient s’y prendra » comme il faut ». Ces marais sont tellement grands, que quand le Rhône en été vient grand au point de verser t

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toute cette plaine parait être un lac, et pour malheur, ces marais s’augmentent aussi à proportion qu’on approche de la ville île Martigny; par contre au-dessus fLu village de Charas il y a beaucoup de champs à blé , et des vignobles assez étendus, au poiut même , qu’un district astez notable se trouve tout garni de vignes, et pour ainsi dire, ce qu’il est bien rare de voir, jusqu’au pied de la forêt, qui se trouve dessus, de manière qu’on voit la culture à côté du sauvage , ce qui forme vraiment un contraste tout surprenant , comme curieux à voir , savoir , une grande forêt d’arbres de haute futaie , et la vigne cultivée à ses pieds.

Depuis Charas on suit toujours la grande route à travers des biens cultivés , tantôt des champs au-dessus du chemin, tantôt au pied d’une belle forêt de melèse, et des vergers bien arborisés au-dessous du chemin , et on continue ainsi son voyage jusqu’au petit village , ou hameau nommé te Gerset , avant d’arriver à Martigny , environ à une demi lieue de distance de ce dernier ; ce petit hameau ne manque pas de beaux et bons biens, et surtout de bonnes prairies, bien fournies en arbres fruitiers , pommiers et noyers. Il ne compte que quelques maisons , grangès et racards ; c’est jusqu'ici que l’armée haut Valaisane est parvenue dans la guerre de 1798 , derrière lequel hameau elle campa , et d’où ensuite elle s’est retirée jusqu’au pont de la Morge. Enfin depuis le dit Ge rset, toujours au milieu de beaucoup de belles prairies , d’excellens champs, et bons jardins, on arrive par deux routes différentes au Bourg , et à la ville de Marligny , et d’abord au Bourg en continuant la grande route contre le mont situé à la gauche en descendant de Sion, et à la ville on arrive en tournant à la droite dans l’en-

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d*oit où les deux routes se séparent, et où un bras de bois sur un poteau, pareillement de bois, donne la direction au voyageur venant de Sion , ou y allant; commençons à parler du Bourg de Martigny. Ce Bourg est beaucoup plus joliment bâti que la ville qui porte son nom, et dont nous parlerons ensuite; il ne forme à la vérité qu’une seule rue au milieu de deux rangs de maisons, mais cette rfle est pavée, bien large, et conséquemment aussi longue que le Bourg lui-même, qui cependant est assez long, et qui va du levant au couchant contre le pied de la gorge de l’Entremont, et presque jusqu’au pont de la Drance, qui en sort toute blanchâtre et bien bruyante en été, parce qu’elle contient beaucoup de marne , ce qui la rend excellente pour l’arrosement des prés, qu’elle engraisse particulièrement comme toutes les eaux marneuses; mais si cette Drance fertilise d’un côté beaucoup les prés qu’elle arrose , elle est d’un autre côté aussi destructive lorsqu’elle déborde, et sort de son lit, ce que tant le Bourg que la ville de Martigny ont éprouvé à leur plus grand malheur .à diverses époques , où ils furent entièrement inondés, et presque détruits, comme on le verra en son tems.

Les maisons de ce Bourg sont jolies, bien bâties, et à peu près de même hauteur des deux côtés, dont cependant les maisons bâties contre la ville méritent la préfércnce, en ce qu’il y a beaucoup de neuves, et en partie assez grandes, et en général bâties avec goût, tandis que celles qui sont bâties contre le mont ou la forêt, sont en général plus humides, et par cette raison aussi moins •aines, outre qu’elles sont construites à l’antique : ce même Bourg a toujours la rue assez propre et sèche, sauf

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les tems de pluie, où elles sont humides, comme partout ailleurs: l’air y joue aussi toujours, et surtout celui de l’Ertfremont, ou du grand St. Bernard; mais le soleil n’y donne que tard, à cause de la hauteur immense de la montagne, au pied de laquelle il se trouve; la bise de St. Maurice poussée jusqu'à cette gorge d’Entremont , à son pied au Bourg de Martigny , y rend souvent l’air fort froid, surtout en hiver, en automne, et au printems; ce Bourg est rempli de boutiques de marchands à la droite, et à la gauche de la rue , on y tient aussi le marché tous les lundis de l’année, marchés souvent assez grands pour ressembler à des Foires, à raison de l’affluence du monde depuis tous les villages voisins de la plaine et de l’Entremont; on y tient aussi plusieurs Foires dans l'année, notamment celle du grand lundi à Carnaval, avant le jeudi gras, celle du mois de juin, ainsi que celle du troisième lundi du mois d’octobre , et enfin une quatrième nouvellement introduite, où alors devant les boutiques de tout côté, on établit des bancs de marchands , et où aussi il y a des places particulières pour la vente du bétail.

Le Bourg de Martigny étant bien aéré, est assez sain, et le monde y est bien éveillé , spirituel , et dégagé , mais en général, les hommes y sont encore assez adonnés au vin, et pour surcroît de malheur leur vin est mauvais, froid, et mal sain,7 ainsi que fort brusque, et comme tel fort préjudiciable à la santé, surtout si l’on n’y est pas fait depuis la naissance, et si Ton en boit un peu plus copieusement; aussi les haut Valaisans, surtout ceux des environs de Sion, où les vins sont en général excellens , se trouvent-ils toujours mal de la boisson de ces vins de Martigny, surlput , s’ils spnt gbligés d’y rester quelque

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tems; c’est aussi pour cela, qu’il est assez rare de voir de nos jours au Bourg, ou à la ville deMartigny des vieillards, ou des personnes fort avancées en âge, du moins dans la classe du commun , qui est obligée de boire de ces mauvais vins, tant blancs que rouges , à raison de leur acidité et austérité dominante, si ennemies aux nerfs de l’estomac comme aux autres de tout le corps, qu’ils crispent violemment , et affectent d’une manière souvent très-préjudiciable, en excitant des coliques violentes, et très-opiniâtres.

Mais s’il y a beaucoup de ces, mauvais vins tant au Bourg qu’à la ville de Martigny , on y a aussi d’un autre côté les meilleurs pour ainsi dire du pays, le Coquempey 9 et celui de la Marque , parce qu’il est le nectar de ce Canton; il sent la pierre à fusil*, et ce sont les côteaux de Martigny, qui les produisent; il est donc aussi à juste titre appelé de la marque, parce qu’il marque parmi les meilleurs vins du pays; c’étaient aussi ces mêmes vins, qui étaient jadis si recherchés par les voyageurs étrangers , et surtout les Anglais, qui y venaient annuellement pour se rendre de là au Chamoni ; mais ces deux vins bien faits, et vieu\ y sont aussi rares que le terrain, qui les porte, est petit, peu étendu, et que les personnes, qui savent Les bien faire et les garder, sont peu nombreuses.

Le Bourg de Martigny est fort peuplé, et le sexe y est en général assez beau et bien fait , mais ce même Bourg tant beau et grand qu’il est, n’a cependant point de Pasteur particulier, mais fait partie de la paroisse de la ville de Martigny, ainsi que plusieurs autres villages du même Canton, comme sont: Chemin , Viaze , Lévron , la Batia , U taras, et autres, dont nous parlerons encore. Mais il est tems de parler de la ville de Martigny: e 11 a- même, qui est

à un quart de lieue de distance du Bourg, dont nous venons déparier, et est située proche et au bas du Château ou du Fort de Martigny, placé sur le roc, et contre la gorge de St. Maurice.

Martigny , Chef-lieu du Canton de ce nom, et qui lui l’a donné, est ÏOc/odurum des Celtes. Ce lieu a conservé dans tous les dialectes son étymologie .gauloise. Im ville de Martigny est célèbre à plus d’un titre tant pour son antiquité, qu’à raison des événemens nombreux, qui y ont eu lieu dans les divers siècles, et d’abord elle était le lieu, où l’Empereur Maximien voulut faire? sacrifier son armée aux faux Dieux, ou la forcer à leur brûler l’encens, ce qui donna lieu au martyre, er à la mort glorieuse de St. Maurice et de toute la légion Thébéenne; ce fut encore à Martigny, plus de trois siècles auparavant que les Sédunois assiégèrent Sergius Galba , Lieutenant de César , comme le dit Jules-César lui-même dans ses commentaires de Bello Gallice. Ce fut de même à la ville de Martigny, que les Evêques de l’Evêché de Sion demeurèrent pendant plusieurs siècles, et cela pour bien de raisons, et d'abord, parce que Martigny était le centre , où aboutissaient toutes les roules qui conduisaient dans ce pays, et se trouvait dans le site le plus riant; il a été regardé par les Romains comme le lieu principal de celle vallée, aussi y posèrent-ils le premier milliaire, dont tous les autres conséquemment dépendaient. Une position si agréable ne pouvait sans doute qu’engager les premiers Evêques du Valais à y faire leur demeure, et lorsqu’ils la changeaient, ils conservaient néanmoins encore pendant quelque tems la dénomination d’Evêques d’Oclodurum ; une autre raison encore de la demeure des Evêques du Valais à Martigny,

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fut le massacre <le la Légion Thébéenne proche de St. Maurice, qui attira quantité d’étrangers de tout rang, depuis la Couronne Papale jusqu’à l’Impériale, et Royale, qui se rendirent sur ces lieux pour y vénérer les ossemens et les reliques de ces Saints, comme on le verra encore en sa place et tems, et pour cela il convenait sans doute , que les Evêques les reçussent à leur passage par là, et dans la proximité, d’où aussi ils purent plus facilement surveiller le service du Monastère d’Agaune pour cela établi, à quelle occasion il ne sera pas inutile d’observer au lecteur, que Petronius , Préfet du Prétoire, chargé de diviser les Gaules en dix-sept provinces, sépara le Valais de l’Italie , du tems de Maurice , Evêque de Martigny, en 419; et qu’il fixa cette ville pour Capitale des Alpes Pœnines, pour faire avec la Tarentaise la septième province Viennoise, et que lorsque Gondebaud III , se fut emparé du Valais , de la Maurienne , et de la vallée d’Aoste, le Valais était sous la Métropole de Vienne, et qu'enfincinquante-huitans après, lesLombards pénétrèrent à Martigny par l’Osliolum Moniis jot’is , et portèrent la désolation en deçà de la dite montagne, alors les Evêques de Martigny et d’üctodure, ainsi nommés, pour y avoir demeuré, contraints d’abandonner cette Capitale exposée à tant de brigandages, cherchèrent leur salut dans des lieux plus éloignés de ce passage, se fixèrent à Sion , y demeurèrent jusqu’à nos jours, et encore aujourd'hui , et furent pour cela aussi appelés Evêques de Sion, quoiqu’ils fussent Evêques du Valais; un Prieur, un Vicaire composent aujourd’hui le Chœur à Martigny de cet ancien Chapitre épiscopal de l’église de Ste. Marie : eti fut encore au Château épiscopal que Pierre Schincr,

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tin des frères de son Eminence le Cardinal Mathieu S chiner, fut ‘assiégé par cinq cents Valaisans parles intrigues du Chevalier George Supersaxo , Pcnrienii jure de ce dernier, H que néanmoins ils n’ont pu le prendre que par trahison, comme on le verra dans son teins, le dit Pierre Schiner se refusant de leur livrer le dit château , mais s'ofFrant néanmoins d’y recevoir un homme de probité de chacun des sept dixains du haut Valais, le susdit George Super - *$aro s’y cantonna ensuite pendant six mois, au dire de '7J/.r Desloges , Docteur en Médecine, et n’en sortit qu’après y avoir mis le feu; ce fut de même à Martigny la ville qu on trouva en creusant les fondemens de certains kâtimens, qu’on voulait faire, des antiquités, et des monuinens Romains; ce fut enfin dans un des champs proche de la ville de Martigny, appartenant à feu M.r le grand Châtelain Gay , où, en voulant le tourner avec la charrue, Ja pointe de cette dernière se trouva tout-à-coup arrêtée, *iu point même, que les chevaux ne purent vaincre la résistance, ni avancer, et qu’en cherchant ensuite avec la pioche et la pelle la cause de cet obstacle, on y a découvert une voûte à la romaine, et qu’on a voulu ouvrir, mais qui fut si dure et si forte , qu’on a renoncé au projet, comme Î1 me l’a raconté lui-même, cet homme si respectable par scs rares vertus, par sa moralité , et son amour invincible pour la justice; et pour comble d’événemens, ce fut la même ville de Martigny, qui fut tant de fois incendiée, et tant de fois inondée, qu’il est vraiment surprenant , qu’elle a «toujours pu se refaire de toutes ses pertes, mais nonobstant tous ces revers, la ville de Martigny est encore aujourd’hui un des Chefs- lieux <les plus beaux* et des meilleurs du pays, tant à raison

du Valais.

de sa situation avantageuse , qu’à celle de la grandeur de sa paroisse, laquelle , si elle n’est pas la seconde en population, est au moins la troisième du pays, comptant Bagnes, et Sion pour les premières. Cette ville est entourée des Liens les plus riants du pays , comme vergers y champs et jardins; elle est sans contredit la première quant au passage et au commerce, car tout ce qui va et vient de la Suisse, de la France, et de la ci-devant Savoye, y est obligé de passer, ainsi que ceux qui vont et viennent par le grand St. Bernard, venant du Piémont, de même que ceux, qui viennent d'Italie par le Simplon, traversant le Valais, de manière, qu’on pourrait vraiment dire, qu* Martigny se servant d’économie et de commerce , pouilait se faire de l’or par poignées.

Laville de Martigny a plusieurs jolis et beaux bâtimens^ ainsi qu’une très-belle église ; le son de ses cloches est si bien concordant, que le camllon de Martigny est aussi sans contredit de beaucoup le plus agréable, et le plus concordant de tous ceux du pays.

Le monde de 1û ville de Martigny est fort honnête, et affable, parlant assez bien le français; cette ville depuis tout tems a compté beaucoup de personnes de mérite et. de naissance; le sexe y est de même assez beau, spirituel, et en général aimable. Celte ville peut de même se féliciter d’être le séjour ordinaire des Révérends Prévôts de l’illustre maison de St. Bernard, qui y a une très grande cl belle maison Prévôtale , où M.r le Prévôt passe une grande partie de l’année, avec quelques-uns de ses Révérends confrères Chanoines : le Prévôt actuel M.r Ptraze se rcn d p! us illustre encore par son humilité, par son zèle ? et sa rare piété.

Mais il est dommage , que la ville de Martigny soit si peu régulièrement Làtie , et les maisons si fort dispersées les unes des autres , car il y en a de fort Lelles, et de toutes neuves, tandis que la grande auberge, dite la grande Maison , est effectivement un grand bâtiment, et présente un grand pavillon, mais lien moins que régulier, cl commode, n’ayant pour ainsi dire qu’une grande cour, et une grande galerie dans son intérieur, et seulement quelques chambres un peu régulières , si on en excepte la grande salle : il est dommage encore , que les rues dans la ville de Martigny en teins de pluies soient si mal-propres, et tellement pleines d’eau qu’on a de la peine à y passer lorsqu'il pleut un peu.

La Ville de Martigny jouit , comme le Bourg du même nom , d’un bon air, et souvent même assez froid, à cause de la bise qui y souffle depuis la gorge, qui conduit à St. Mau rice; ce vent y est habituel presque toute l’année , au moins à certaines heures du jour, comme tout voyageur pourra facilement s’en convaincre en passant par là.

Martigny formait jadis la cinquième Bannière, et s’appelait anciennement Ociodui um \ il est situé à la droite du cours de la Drance, où il y a un Château avec une forteresse sur un rocher très-haut , et bien escarpé sur la gauche de la même Drance; cette ville était aussi , comme nous l’avons déjà dit, la première demeure des Evêques du V alais; ce château , ainsi que la ville de Martigny après leur démolition conservèrent néanmoins le nom de la ville et du château d’Octodurum. Ce Château , avec ceux du Mont-d’Orge et de Seja ou de Seta contre Cliaridolins ont été bâtis par les Ducs de Savoye lors des guerres de ces derniers contre le Valais, mais celui de Mar-

» u Valais.

tigny ayant été en différons te ms ravagé, fat aussi rebâti ensuite par les Evêques de Sion Jadocus de Sillinon , et Mathieu Schiner , successeur immédiat de Nicolas Schiner, devancier de Mathieu ; l'ancienne ville, dite Octodurum^ doit avoir été plus bas, comme la tradition l’enseigne, ayant été submergée par les déborderaens de la Drance et du Rhône , tour-à-tour, et comme de violentes présomptions viennent en appui. L’ancienneté de cette ville est plus que prouvée par les diverses inscriptions qu’on y a trouvées , et qui en partie se trouvent inscrites d'une écriture romaine très -ancienne à la paroi d’une des murailles de l’église de Martigny , et en partie sur une colonne de pierre dure et rude au bas du portail de cette même église.

J’observerai enfin, que si la ville de Martigny est belle et environnée tout à l’entour d excellens biens, de beaux jardins , dé superbes vergers bien arborisés, et garnis de toute sorte d’arbres fruitiers, ainsi que d’immenses champs d’une fertilité prodigieuse , par contre le village nommé la Batia , qui est situé de l’autre côté de la Drance, en bas de la Chapelle, dans une espèce d’enfoncement, entouré de quantité d’arbres de noyer, ne l’est plus , quoiqu’il ait encore beaucoup de beaux biens à l’entour, et surtout des vergers bien arborisés au-dessous du chemin, car au-dessus il n’y a que de rochers et de forêts de châtaignier tout le long de cette côte. Ce village , par où l’on entre depuis St. Maurice à Martigny, servait autrelois de rempart pour fermer l’entrée du château , qui commande avec tant de majesté sur toute la campagne de Martigny , et depuis où on peut découvrir une grande partie des anciens châteaux du Valais ; aussi les curieux ,

466 Description

qui veulent jouir «l’une charmante perspective, ne doivent point appréhender la peine pour gagner cette hauteur, car il n’y a rien de plus ravissant que ce coup-d’œil ; on voit encore sur cette côte occidentale deux autres châteaux , dont il ne restent plus que les ruines , savoir : celui de St. Jean , situé à l’entrée de la vallée de ta Comba et de l'Entremont , et était un Fort , dont s’emparaient aussitôt et sans peine les Comtes de Savoÿe au premier mouvement de guerre ; sa situation si pittoresque et les mouvemcm des ravages, dont le Valais a été le théâtre, inspirent une certaine frayeur, et laissent entrevoir la grandeur de la domination ou de la puissance de ses maîtres. Ces vestiges de l’autre château sont à demi lieue d’Octodurum sur la route d’Entremont , au-dessus d’une élévation en forme de pain de sucre, qui commande au Bourg-Cari , nommé Celtique , qui doit signifier Bourg de la Forteteresse. Les Seigneurs de la Cour de Châlilton ont possédé long-tems ce poste important, il était regardé comme la barrière de la vallée Poenine.

Ce fut Pierre de Savoye surnommé le Grand , qui fit élever la tour de ce château Bastida , qui se trouve audessus du village de la Batia , par vengeance contre les Yalaisans , qu’il persécuta dix ans consécutifs. Ensuite jMndric, Evêque de Sion avait acquis toute la jurisdiction temporelle de Martigny avec ce château , qui était son accessoire, du Seigneur Corbeize des Alinges , pour le prix de 6000 sols, présens Berthold , Evêque de Lausanne, et noble Jacynthe deMonthey en i3i3. Edouard de Savoye chassé par les Valaisans n’eût pas de peine à donner les mains à un traité que le Chapitre de Sion, ef l’Etat du Valais furent «bligés de conclure sur un foc avec le

du Valais. 467

Comte Vert , par ce traité on lui relâcha le château fort de la Batia, la ville, le mandement , le territoire de Martigny , Ardon , Chamoson, et tout ce que l’église de Sion possédait depuis la Morge jusqu’au lac de Genève; mais comme ce qui est trop violent, comme le dit M.r Délogés, n’a pas de durée, les Valaisans, après avoir tués quatre mille hommes au Comte-Vert, reprirent en 1084* dans la guerre, et par la force ce qu’ils avaient perdu par faiblesse.

Le village de la Batia compte beaucoup de crétins et de goèlreux, ce qui ne m’étonne pas , si fidèle à mes principes, je considère d’un côté le site de l’endroit, qui est profond , et l’air ne pouvant jouer à cause des arbres de noyer si nombreux , et à cause du haut rocher qui le met â l’abri de l’air et de son courant, et d’un autre côté la mal-propreté excessive des rues ou du grand chemin , qui le traverse, et y forme un vrai bourbier, jointe à la mal-propreté de l’intérieur des maisons , et enfin le manque d une nourriture et d’une éducation convenable à ce genre de localités, et vices en résultans. Pour ce qui est du nommé Canton d’Entremont , je n’en dirai rien ici, ayant été décrit en parlant du passage du grand St. Bernard, et de Bagnes.

Api ès avoir parcouru toute la plaine méridionale du Rhône depuis Riddes jusqu’à la Batia, il me reste à icvenir au Pont de la Morge , pour prendre l’autre rive du meme Rhône ; ce pont de Morge est à une petite lieue au-dessous de Sion; mais avant d’y venir, je dois observer, que j’ai dit plus haut, que le Valais anciennement avait été divisé en trois parties, ou différentes peuplades, savoir, les Vibé tiens depuis le mont de la Furca eu Con-

468 Description

fches jusqu'à la grande muraille du pays, ou jusqu’au mur du pays, qui existe encore aujouid'hui pour la plus grande partie au côté oriental du torrent de la capricieuse , et très-souvent furieuse et ravageuse Gamsa, en bas du village de ce nom , et qui dans les vieux tems fermait tout le pays dans la plaine en cet endroit , allant depuis le pied du mont méridional , où il commençait , jusqu'au Rhône ; mais depuis ce mur en bas , et jusqu’à ce pont de la Morge de Conthay, dont nous allons parler, demeuraient les Sédunois , ainsi nommés, apparemment par rapport à la ville de Sion , Capitale du pays, et par conséquent aussi de cette peuplade ; cette ville en latin s’appelant Sedunum , et pour cela le peuple, Seduni , en français Sédunois-, enfin depuis ce pont de Morge jusqu’au pont de St. Gingoulph , ou selon d’autres jusqu'au pont de St. Maurice, et au sommet du St. Bernard, demeuraient les Véragriens, ou Véragres, ou les ci-devant bas Valaisans, et depuis le pont de la Morge de Conthay en dessus jusqu’au sommet de Conehes habitaient les ainsi nommés haut Valaisans , qui étaient Souverains des autres , et en ont formé deux Mandetnens ou Gouvernemens , du moins depuis 1473, jusqu’en 1798, et les commandaient conséquemment l’espace de plus de trois siècles sans interruption quelconque.

Ces Véragriens ou Véragres sous les ordres, et sujets des Comtes , ou Duc? de Savoye avaient anciennement des fréquentes el fortes guerres contre les Sédunois et les Vibériens , au point, qu’ils étaient presque toujours aux prises les uns contre les autres par l’instigation des Durs de Savoye leurs maîtres, jusqu’à ce qu’enfin en 1473 ils furent assujettis par les Sédunois et les Vibériens , qui

» u Valais.

leur apprirent dès lors à les laisser tranquilles, et à leur obéir comme à leurs maitres ; de manière, qu’ils ne firent que changer de maîtres.

On appelait donc ensuite cette région du pays, qui se trouve au bas du pont de la Morge de Conthay jusqu’au pont de St. Gingoulph , le bas Valais , comme il Pétait en effet par sa position, puisque le Rhône descend depuis le haut Valais dans le bas, et que pour se rendre dans le haut , il faut presque continuellement monter, et souvent beaucoup même.

Déjà César, Pline , Strabon , et Tite-Live parlaient des Vcragricns , et parmi ceux-ci Tife-Live en fait des peu- • pies demi-germains , car il dit ^ que les routes ou les chemins qui doivent conduire au Pennin , ( le Grand St. Bernard) dont les sommets sont habités par les Véragriens , comme il l’écrit , ont été occupés par des peuples demi-germains du tems d’ Annibal , comme il conste par le texte latin de Pline , que voici : Meminere horum

( Veragrorum ) Cœsar , Plinius , Strabo , Lwius , (jui ipso S semi-genjianos facit , itinera enirn , quœ ad Pcnninum ferunt y cujus juga veragros incolere seribit , gentibus semigermanis iemporc Annibalis obsessa fuisse iradit ». Mais Simbler dit , que de son tems , en 1574, les Véragriens parlaient déjà français ou savoyard, et qu’ils appelaient leur langage Romain ou Roman, ce qui se peut fort bien faire, car lorsque les Romains étaient devenus leurs maitres, comme de tout le Valais, ils auront oublié leur ancicn langage celtique , qui probablement n’aura été que 1 allemand , ou du moins une espèee de langage allemand.' et nJen aura eu de différent que le dialecte et la prononrnalion , et cest pour cela aussi , que tant à raison des

$7© Descjiiftion

mœurs , qu'à raison du langage ils auront été nommas demi-germains par TUt-Uve , ou plutôt qu’en mélangeant la langue latine, qui dans quelques provinces était d’usage , avec celle-là, ils ont corrompu les deux , qü’il en est résulté la langue qu’ils parlent à présent , et qui en général est un français corrompu, quoique dans les plaines du bas Valais la plupart des personnes parlent assez bien le français, et beaucoup mieux même que les habitansdes plaines du haut Valais. Mais dans les plus hautes montagnes du pays, qui sont les plus proches aux cimes des Alpes, les habitans ont conservé l’usage de la langue allemande ou germaine , non-seulement chez les Valaisans, mais mémo dans les vallées des Salasses et des Lépontiens, comme dans les vallées d’Ayaz, de Cremera, ou des marchands, d'Oscela, d’Anligoria et de Madia, dans toutes lesquelles vallées, quoiqu’on y parle l’italien , il y a néanmoins quelques villages ou hameaux , où on parle l’allemand , surtout dans ceux qui sont les plus proches avix cimes des Alpes ; il faut donc croire , et il y a grande apparence ,que ce sont des restes de ces anciens habitans demi-germains, et que dans les différentes émigrai ions des nations ces hauteurs auront resté les demeuras de celles-ci , puisque personne autre non plus aura voulu, ou pu habiter ces endroits sauvages et presqu’incultes dans ces hauteurs, surtout parmi ou d’entre ceux, qui en émigrant auraient pu se fixer dans des endroits plus doux, plus cultivés, ou cultivables, et moins sauvages que le sont ces sommets des montagnes; aussi prétendon, que c’est pour cela, que ces anciens habitans de ces hautes montagnes y ont été laissés pour faciliter ou indiquer le passage des Alpes, et pour assurer par eux le

chemin

chemin aux voyageurs par ces hauteurs prodigieuses; et je ne trouve pas invraisemblable , que des nouvelles colonies ou d’Allobroges, ou d’autres pays sont venus se fixen dans les montagnes du bas Valais , surtout si je considère que les bas Valaisans ont été iong-tems sujets du Royaume de Bourgogne, et ensuite des Princes, Ducs, ou Com-. tes de Savoye, lesquels deux Souverains ont commandé chez les Allobroges, dont la ville de Vie nu* en Dauphiné était la Capitale, et que par ces raisons plusieurs sont venus de ces contrées s’établir dans le dit bas Valais, et que par là aussi l’usage de la langue savoyarde ou celle, des Allobroges, qui est un français corrompu, y a été introduit.

Mais qu i liant la recherche de l’origine delà langue des montagnards du bas Valais cl des haut Valaisans , et revenant à la description du pays, je dis, que le pont de la Morge de Conthay avait séparé anciennement , et même jusqu’en 1798 le haut d'avec le bas Y alais , mais que depuis cette dernière époque celte distinction n’existe plus; mais on diviserait aujourd’hui le Y alais plus convenablement en oriental, et en occidental , si toutefois il devait l ètrc, mais par la réunion de ce pays au grand Empire Français, toute division devient inutile, puisqu’il se trouve partagé en trois Arrondissemens, et ceux-ci ensemble en treize Cantons, qui tous aussi réunis forment le Département du Simplon.

Enfin , avant de passer 5 la description des villes et villages des Véragriens, ou ci-devant bas Valaisans, j’observerai encore, que l’ancien bas Valais, ou pays des Véragriens a été partagé par le liant Valais en sixdistricts diÆerens j qu’on nommait Bannières , dont la premier*

ai

était celle de Conthay, qu’on nommait aussi pour cela la Bannière de Conthay , située à la droite du Rhône en descendant de Sion,cl commençant au dit pont de U Morge de ce nom.

Conthay , en latin Conlcgium , et en allemand Gundis . était anciennement un Bourg, sinon une ville mémo, I ayant son château entouré de ses murailles , mais après que ces murs ont été une fois détruits , ce Bourg a été réduit **n village , qui en a néanmoins gardé !«► noin,et le porte encore aujourd’hui; à ce Bourg , ou ville de Conthay était aussi anciennement réuni le village de Nenda, lequel dernier, ainsi que le Bourg ‘de Conthay obéissait ' jadis aux nobles Seigneurs de la Tour, qui ont eu une Forteresse à Conthay, ainsi que le vice-dominat de Conthay et de Nenda, mais après que les biens de ces Seigneurs ont été saisis, à cause de l’assassinat commis par Antoine de la Tour sur la personne de son oncle , Evêque de Sion, leur jurisdiction est parvenue à l’Evêché, et à la ci-devant République du Valais, et leur château a été démoli dans la guerre de 1075. Mais ce même château rebâti et rétabli par Amédée , Comte de Savoye, qui s'était arrogé l’empire sur les Véragriens, a été de nouveau détruit par les haut Valaisans cent ans après , en 1473. Conthay ensuite de cette dernière guerre a été remis par le haut Valais aux Bernois lors de cette guerre Véragrienne , parce que les Bernois ont donné du secours aux Valaisans dans cette guerre; c’était aussi en récompense de. ce service que les Valaisans ont donné Conthay aux dits Bernois en gage et hypothèque pour leurs prétentions, mais ensuite , et lors de la guerre des Allobroges, qui a eu lieu en 1 536, les Valaisans ont cédé aux Bernois

du Valais.* 47?

le Gouvernement ou Mandement d’ Aigle , qu’on appelait alors en allemand Aelen, proche du lac Léman, et les Valaisans reprirent Conlhay , quoique par un échange bien inégal, puisque Conlhay valait infiniment moins qif Aigle, au su et vu de tout le monde , mais la cause de cette permutation, quoique préjudiciable aux Valaisans, avait été, afin qu’à l’avenir aucun Etat étranger n’eut plus rien à commander chez eux , et rière leur territoire; Il y avait anciennement à Gonthay la noble famille des Servent y que d’autres écrivent Cernent , mais mal à propos, qui était en grande réputation, mais qui aujourd’hui se trouve éteinte, et même depuis long-tems. Conthay en 1074? n’avait encore que deux villages, savoir, le Bourg de Conthay, avec son Château , ou le Bourg proprement * dit, sur la hauteur; et Plan-Conthay dans la plaine au pied de la montagne, où il y a une Chapelle dédiée à Sainte- Madelaine; mais aujourd’hui Conthay est composé de beaucoup d'autres villages assez grands, et fort dispersés sur la montagne de cette grande paroisse , comme sont Premploz , Sensina , Bavent , Daillon , Erde, St. S é vérin , enfin Plan-Conthay , et Veiroz dans la plaine. Tous ces autres villages, que nqus venons de nommer, ont donc été ou inconnus à Simbler * puisqu’il n’en parle pas, ou ont été bâtis depuis > qu’il a écrit son ouvrage ; au reste tous ces villages ensemble ne forment néanmoins qu’une seule et même paroisse , qui par cette raison aussi, est trèsgrande, très-peuplée, et est obligée de se rendre à la messe et aux offices divins , les fêtes et dimanches à l’église paroissiale dédiée à St. Séverin ; ce village de SL S é vérin , où est cette église paroissiale , n'est composé que de trois grands bâtimens, savoir , de l’église elle-même $ U

474 Description

maison de la Cure, située tout proche de celle-là, et enfin la belle, et grande maison neuve de M.r le grand Châtelain Duc Père, qui est un vaste est beau bâtiment, construit avec connaissance et goût , se présentant majestueux semenL aux regards curieux du voyageur sur la grande route. Quanta l’église paroissiale, elle est un édifice assez grand , mais qui ne figure que par sa situation sur la hauteur.

On voit encore aujourd’hui , un peu plus bas que cette, église, les restes antiques du Bourg et du Château de Conthay; on y voit surtout un grand portail voûté, qui anciennement se fermait , et où on passe encore aujourd'hui par dessous, quand on veut monter à la paroisse, où aux autres villages supérieurs.

Ce Bourg doit avoir été du vieux tems bien peuplé puisqu’on y comptait à la fois vingt et quelques notaires publics, preuve certaine de sa grande population, pour .avoir pu fournir du travail et de l’occupation à la plume de tant de notaires , et les avoir fait vivre de leur état.

Quant aux difFérens villages de cette paroisse , que nous avons dénommés ci-dessus, pour ne pas devenir trop longs dans notre description , nous dirons seulement, et nous nous bornerons à observer, qu’ils sont en général agréablement situés et disséminés, et à peu près là, , où les plus beaux et les meilleurs biens se trouvent rassemblés, et que la montagne de Conthay envisagée depuis la grande route présente au voyageur un aspect tout à la fois agréable, pittoresque, et fort frappant; qu’elle laisse voir dans la plaine des prairies arborisées sur plus d’une demi lieue de longueur, le long et à la droite et à la gauche de la grande route en descendant de Sion jusqu’au

villge Je V etroz , et presque d’autant de largeur, et dessus ces prés un immense côteau de vignobles ou vignes , superbement accolléesau mont jusqu’à une grande et étonnante hauteur sur celte montagne; et enfin, au-dessus de ces vignes divers côteaux de prairies pareillement bien arboriséesei garnies d’arbres fruitiers, parsemées aussi de champs à blé fort nombreux , mais qui depuis la grand* roule ne peuvent pas tous être vus, et pour comble de surprise , au milieu de ces prairies, par ci et par là un village assez grand, et fort peuplé, et par dessus tout cela des forêts, dominées par des belles montagnes printannières ou Mayens pour y mettre les vaches au printems , et en automne, et au-dessus de ces Mayens encore des belle* montagnes pour les vaches en été. Tel est en peu de mots l’état heureux, et la situation favorable de cette paroisse.

Dans cette paroisse croît aussi le meilleur vin rouge du pays d’une qualité vraiment exquise , et quoiqu’on général les vins rouges de Sion, et ceux de Salqucnen , soient plus noirs que les vins de Conthay; ils ont néanmoins moins de réputation, comme le prétendent les Valaisans des dixains supérieurs, que le vin rouge de Conthay, qu’ils disent préférer aux deux précédens, mais en cola ils se trompent, à moins qu’ils pensent parler du vin Ballio , qui est le vin rouge le plus réputé du pays, et qui croit aussi à Conthay, et à Vetroz dans de certains districts; ce vin se fait en égrappant le raisin, et dont le district est petit. Si les haut Valaisans prétendent donner la préférence au vin rouge de Conthay sur le rouge de Sion, de Sierre , et de Salgcsch, cela peut être pour deux raisons , d’abord parce qu'ils l’achetaient à meilleur marché à Conthay , et le louaient aussi pour cela davantage.

476 Description

ensuite, pnree que le vin rouge de Conthay, comme plus brusque, plus dur , du moins en partie, pouvait aussi mieux supporter le voyage, et s’améliorer davantage par le transport, de façon, que d’après ces deux motifs réunis il n’en peut pour eux que mériter la préférence sur les autres , quoique je sache aussi , qu’il y a d’aussi bons vins rouges à Conthay , et encore eu. assez grande quantité que dans aucun endroit du pays, surtout le petit rouge, dans certaines situations fort favorables à le rendre exquis, notamment aux champs marets de cette même paroisse, où le vin devient excellent.

Ces deux paroisses , Conthay et Vetroz, jusqu’en 1790, étaient sous la jurisdiction du Gouvernement de St. Maurice, qui y avait un Juge subalterne, qu’on nommait Châtelain.

Ma is avant de quitter Conthay, je ne dois pas oublier de parler de la terrible chute des rochers de la montagne du Diableret , qui est si subitement arrivée dans une après dinée d’un jour du mois de septembre l’an 1714. Pour s’orienter ici, il faut savoir, que derrière YArdeva pyramidal , et le Bovenche est une petite vallée, qui jadis fournissait abondamment la nourriture à son peuple de bergers , mais dont aujourd’hui une partie considérable par la chute du mont Diableret se trouve comblée, comme le$ vers suivans le dépeindront:

Dans les flots argentés de la douce rivière ,

Nage le beau portrait du Dieu de la lumière ,

Tandis que sur le haut de la voûte des deux ,

Roule en orbe de feu P hé bus tout radieux.

Autour des monts Alpins parsemés de verdure 9 Des squelettes roiçlis de rochçrs en fracturé ,

du Valais. 477

L'air tremble en bourdonnant comme un essaim nombreux D'atomes dé jetés dans une mer de feux.

Le silence plus haut domine la nature ;

Dans les rameaux touffus des forêts en verdure ,

Repose sans accens le chœur joyeux des bois ;

La fumée en flocons monte au-dessus des toits.

A F ombre des rochers , près des limpides sources >

Les chevreaux tachetés se couchent sur les mousses 9 Et marchant pair à pair , la troupe des agneaux , S'approche en bondissant , des tranquilles ruisseaux .

Sur les bords du rocher en tapis de verdure ,

D'où découle en fuyant un torrent qui murmure ,

Et qui d3 une onde claire arrose les gazons ;

Bercés dans F ombre fraîche et des bois et des monts ; Gaiement ensevelis dans d3 agréables songes ,

Qui remplissent le cœur de folâtres mensonges ; Nonchalamment couchés sous le ciel d'un beau jour ,

Et couverts d'un rameau de myrte de l'amouiy Dorment paisiblement , sur les vertes fougères Les bergers amoureux à côté des bergères.

Tout jouit y dans ces lieux , du tranquille repos ;

LJ innocence y respire à F ombre des pavots ;

La nature en silence offre à la lassitude Un lit sur le gazon y plein de béatitude.

Les heureux sans soucis ! par de sombres chemins ,

Ils ne vont point chercher des rigoureux destins y Ni de l'horrible mort la demeure profonde.

Mais hélas ! toul-ci-coup il craque 9 il tonne 9 il gronde Lx tonnerre avec force , éclate dans les airs ,

Menace à tout instant la fin de l'univers ;

47^’ Deschittion

Avec fracas aussi y jusqu’au fond des vallées 9 ’ Roulant d’ un mont furieux les masses culbutées 4 Et le vallon fleuri tombe d’un coup affreux ,

Dans l’ abîme éternel du cahos ténébreux.

Des rochers culbutons , eide leur grand ravage ' Sort la cruelle mort , comme le feu sauvage D un volcan irrité , sort des antr es profonds Oui percent sombrement dans le noirs sein des monts Il fume f il évapore , il remplit ï atmosphère ;

Il ébranle par fois les bases de la ferre !

El les traits naturels du vallon des amours ,

Ceux de la vie enfin s’effacent pour toujours .

Dans les airs obscurcis * d’un ton plein de tristesse Les oiscuux en fuyant expriment leur détresse ; Arrachés de leurs nids où couvaient les amours ,

D 'un vol vertigineux désertent les Vautours.

El le terrible appel du jugement du monde S’entend dans les échos de la grviiç profonde .

De son axe déjà , la terre a fait le tour Et le trépas encore règne dans ce séjour ;

Les masses des rochers tombent avec tumulte ,

Une vieille forêt avec fracas culbute ;

Et telle que sortant de chez le noir Plu/on.

)Une orageuse nuit sort du sein du vallon.

A ces malheurs enfin succède un triste calme .

Et la vallée Alpine apparaît en alarme ;

Lentement se retire un brouillard paresseux ,

Phébus lance à regret un regard lumineux.

Chaque prospect hélas . ramène l’épouvante >

Où naissait et brillait la fleur douce ci charmante ,

DU VvA L A I S.

Reposent triStemeni des débris entassés ,

JA œil ne mesure plus que des monts fracassés .

O jeunes malheureux , dignes d'un meilleur monde!

Qu* êtes-vous devenus ? dans sa grotte profonde Le vallon enir ouvert, vous aurait-ils reçus t Ou la cruelle mort vous a- Icelle aperçus?

Hélas! par ses soupirs , la flûte harmonieuse Ne vient plus animer votre danse amoureuse ,

Ni les joyeux accens de voire douce voix Ne font plus retentir le tendre écho des bois .

On ne voit plus londir sur la ieppe fleurie ,

Les agneaux animés d'une douce furie ;

Kl la chèvre gourmande au sommet des vallons ,

Ne va plus se nourrir autour des verts buissons .

IA , ne découlent plus ces ondes vacillantes ,

Qui portaient leur hommage à mille fleurs charmantes ; Là, du milieu des prés , par un coup orageux Soudain a disparu le toit des amoureux .

De la destruction la fatigante image S' offre seule aux regards dans ces lieux de ravage ,

Et les traits confondus du cahos obscurci Reviennent effrayer V aspect le plus hardi ;

Le pale voyageur, sans le vouloir , s'arrête ,

Contemple ces malheurs, s'en effraye, et déserte;

Il se hâte de fuir le camp froid de la mort Et rentre dans la vie y où gît un meilleur sort .

Il résulte de celte lugubre peinture, que la vallée dite dw J}Iont Chevillç a été exposée à des cruels boule verscmciis

48© Description

le siècle passé; puisque la montagne du Diable rci , qui U domine, s’écroula , couvrit de ses débris la surface d’une lieue carrée, avait englouti plusieurs personnes, et un grand nombre de troupeaux, et ce qui plus est , deux sommités menacent encore ces malheureuses contrées; aussi sont-elles inhabitées : le théâtre de l’éboulement offre encore aujourd’hui le plus triste spectacle ; des rochers énormes sont entassés confusément : quelques melèscs croissent parmi les troncs brisés et les débris des cabanes; les ruisseaux qui arrosaient jadis les prairies garnies d habitations, arrêtés dans leur cours, ont formé des lacs au milieu de ces ruines; un berger qui conduisait des chèvres dans ces lieux, a montré la place à l’auteur des Lettres sur la route de Genève à Milan par le Simplon, où un paysan avait été sauvé par un énorme rocher qui, à demi soutenu par la montagne couvrit sa demeure sans l’écraser, et résista an poids des pierres et de la terre; le malheureux enseveli tout vivant se nourrissait de fromage, et se. désaltérait à un petit ruisseau, que le bouleversement de ces lieux avait conduit vers lui; il travaillait sans relâche à se frayer un passage ; au bout de trois mois, il revoit enfin avec délices là lumière du jour, pâle, décharné, trop faible pour soutenir l’éclat du soleil, il gagne lentement le village voisin, où on le prend pour un spectre; la frayeur se répand partout, on se retranche dans les maisons, et ce ne doit avoir été qu’avec bien de la peine que l’infortuné a obtenu la faveur d’être compté parmi les vivans; mais passons à exposer les mœurs des habitans de cette paroisse de Conthay.

En général les Conthaysans , surtout ceux de la montagne, sont laborieux, industrieux, économes et probes,

i) u Va i, a i s. 4^i

faisant de l’argent de tout par la vente de leurs denrées, bois, et vins; ils ne sont au reste point ivrognes, du moins ceux de la montagne, se nourrissant de laitage, fruilage, et de quelque peu de viande salée, sans se refuser cependant de tems en tems un verre de leur vin, quoiqu’ils en vendent annuellement une grande quantité aux Valaisans orientaux contre argent comptant, et même aussi quelquefois à crédit à ceux qu’ils connaissent parmi les aubergistes du haut Valais; ils sont de même honnêtement et modestement habillés et chaussés, méconnaissant le luxe, qui perd pour ainsi dire, la plaine du Valais. Les montagnards de Conthay tiennent presque tous des mulets pour leurs travaux champêtres, comme plus faciles à nourrir, plus durs aux travaux, et beaucoup moins coûteux pour être ferrés, comine je l’ai déjà indiqué quelque part, en parlant des ânes de Sasson; aussi il n’y a pas d’endroits au pays où on voit plus de mulets de l'espèce ordinaire ou petite, que dans les villages supérieurs de Conlhay, d’où ensuite ils les envoyent au parcours aux isles marécageuses de la plaine de Conthay par grands troupeaux dans les tems où ils n’ont que peu ou point de travaux dans la campagne, et desquels parcours les bergers les leur ramènent le soir à la maison ; ils évitent a» reste les procès et la chicane; mais il me reste encore à dire un mot des habitans de Plan-Conthay : ceux-ci ne sont d’abord, ni si robustes, ni si bien portans, n’ayant point de bonne eau pour leur boisson, ni un si bon air, se trouvant comme enfoncés avec leurs habitations dans une espèce de profondeur, et n’ont pas les bâtimens propres , quoiqu’aussi les montagnards n’aient pas trop à se louer à cet égard; aussi voit-on dans Plan-Conthay beaa-

coup de figures pâles et livides, et des personnes malades attaquées de fièvres intermittentes, et opiniâtres , suivies d’obstructions à la rate ou au foie, cadeaux ordinaires de ces fièvres, qui sont endémiques aux endroits bas, enfoncés et marécageux, manquant conséquemment de bon air et de bonne eau.

Descendant ensuite par la grande route , on trouve sur son passage, environ à une bonne demi lieue au-dessous du pont de la Morgc de Conthay, un village nommé Vctroz, qui a un Prieur pour desservir cette petite paroisse, c'était ordinairement un Chanoine de l’Abbaye de St. Maurice; car cette dernière en avait le Patronat; ell« y avait aussi une belle maison de campagne et beaucoup de biens ruraux, et parmi ces derniers beaucoup de vignes et de champs; ce village n’est pas grand, et les maisons y sont dispersées, et en grande partie assez mal bâties, quoiqu’il y en ait d’autres aussi : elles forment par leur situation un village alongé, montant depuis la grande route jusqu’au Prioré, et ne formant qu’une seule rue, et celleci encore sale, et assez mal-propre.

Ce village manque comme le précédent da bonne eau, aussi la demeure n’y est-elle pas saine; outre que ce villaga du côté du levant, et du midi, est trop entouré d’arbres de noyer d’une grosseur , ampleur et hauteur prodigieuse, ainsi que d’ormeaux d’une grandeur immense , ce qui joint au défaut du courant d’air, qui en est le résultat, et enfin à raison des vapeurs mal saines des marais du Bioudron , et des P ras, ou Prés pourris , comme on les nomme, dont les vapeurs au prinlems, et en automne sont entrainées par les vents jusqu’à ce village avec les brouillards épais et puants, ne peuvent non plus qu’atta-

quer la santé tics habilans, aussi y a-l-il peu de personnes, qui n’aient été tôt ou tard attaquées de fièvres intermittentes, et de leurs suites fâcheuses, qui les tuent enfin, si on ne les prévient pas, ou ne les traite pas convenablement; c’est pour cela, que tous les Curés, qui viennent s’y établir, font une grande maladie de ce. genre, nonobstant leur excellente, et abondante Malvoisie, dont ils ont des vignes d’un assez grand district de terrain , à l’entour de la maison du Prioré , et qu'ils savent aussi bien vendre aux amateurs, même jusqu'à 24 francs le setier du pays, et plus encore; ce village de Vetroz a de même la réputation de fournir ou d’avoir le meilleur vin Oumagna du pays, aussi s’en servait-on anciennement pour certaines préparations pharmaceutiques , et le transportaiton ailleurs; enfin ce même village appartient aussi à U Bannière de Conthay jusqu’à la ravageuse Lizerne , ou torrent situé en deçà d'Ardon contre Sion ; ce torrent fait souvent des terribles dégâts par les excursions de son lit, comme il en a fait une l’année 1764? outre les j#écédcntes; c’était pour cela, que l'Etat du Valais y avait fait faire un mur maçonné, très-fort, et très-épais contre le village d’Ardon, pour le préserver par ce moyen de ses dégâts; mais au midi la Bannière de Conthay s’étend depuis le torrent de Nenda nommé la Prinze , jusqu’au village d’Isérabloz, et a par conséquent quatre paroisses, savoir : St. Séverin ou Conthay, Vetroz, Nenda, et Isérabloz, lesquelles quatre paroisses constituent cette première Bannière, que nous appelons la Bannière de Conthay, et appartenait anciennement à la grande Bannière générale d’Entremont, rière Martigny ; car ici il faut •encore observer, quo l’ancien bas Valais était jadis divisé

Description

non seulement en six, mais même en sept Bannières gu Dixains, dont -on avait ensuite formé frais Bannir res générales ou principales, savoir la double grande vallée d'Entremont, St. Maurice et Monthay, bien entendu . que ceci doit s’entendre pour les tems de guerre, et de campagne, car les quatre autres Bannières et Dixains, Conthay , Ardon, Saillon et Martigny, étaient incorporées et jointes aux susdites trois Bannières générales de la manière suivante, savoir la Bannière de Conthay était incorporée à la Bannière générale de fEntremont pour le service de la ci-devant République en tems de guerre, et de campagne militaire contre, l'ennemi: par contre celles de Martigny et de Saillon étaient jointes à la Bannière générale de St. Maurice, et enfin la Bannière d’ Ardon était incorporée à la Bannière générale de Monthay.

Dans ces trois Bannières générales , et les quatre secondaires ou particulières y incorporées une partie était de la jurisdiction.et judicature du Révérendissime Evêque de Sion, Comte et Préfet, et administrée par son grand Châtelain , grand Major ; une autre partie par contre était gouvernée au nom de la République par 1 Messieurs les deux Gouverneurs, ainsi que par Messieurs le grand Major de Nenda, et d’Hérémence , et le Châtelain du Bouveret.

Mais voici les confins du ci-devant bas Valais : il prenait son commencement du côté du levant, comme il a |

déjà été dit plus haut, au torrent de la Môrge de Conthay, j ou tout au moins aux limites qui se trouvent dans ses 1 environs , et qui séparent la ci-devant Châtelanie de ] Conthay d’avec la ville et dixnin de Sion; du midi il commençait au torrent de la Prinze de Nenda 9 un peu

b v Valais. 485

«entre le levant , qui sort de la vallée de Nenda, et depuis là, à côté de la montagne du Durand, et les confins de la Val-d’Aoste, en suivant les plus hautes sommités et crêtes au-dessus du Couvent du grand St. Bernard, et depuis là derechef, en suivant toujours les plus hautes crêtes et, sommités jusqu’au-dessus de l’eau, ou de la rivière de St. Gingoulph, aussi appelée la Morgc , ou jusqu’aux limites y existantes, et jusqu’à mi-pont de cet endroit, et de tous les côtés contre les montagnes de la ci-devant Savoye et de ses domaines; et enfin du côté de la minuit en suivant toujours toutes les pointes, crêtes et élévations les plus hautes en descendant contre le nord ou couchant jusqu’au Rhône en deçà de St. Maurice, proche de Lavay,e t de là par la moitié largeur du Rhône jusqu’au lac de Genève, et cela aussi loin que le pays du ci-devant Valais, ou son territoire s’alongeait le long du même lac de Genève. Ce même ci-devant bas Valais avait en longueur seize bonnes lieues, les vallées latérales non comprises.

Enfin il avait, outre les maisons Abbatiale de St. Maurice, et celle de la Prévôté du grand St. Bernard, en tout trente et deux grandes paroisses, sans compter une quantité de Vicariats et Bénéfices dispersés ça et là dans les villages.

Mais revenant , d’où nous sommes partis , nous disons . qu’avant d’arriver au pont de la Lizerne , on trouve à un bon quart de lieue de Vetroz., et plus bas, sur la grande route, à la droite du chemin en descendant de Sion, un hameau de quelques maisons, et bâ'imens campagnards, qu’on nomme Magnion , où il y a d’assez beaux et bons tiens, bien arborisés, des deux côtés du grand chemin,

486 Description

et jusqu’au gravier, que la dite Liserno y a déposé entre le pont de cette rivière et ce hameau, lequel gravier couvre d’excellentes possessions , précédemment y existantes; ces Liens fonds de Magnion appartiennent aussi pour la plupart aux habitons du village de Vetroz, ainsi que 1© district des champs , qui se trouvent au couchant de ce dernier village que la grande roule traverse , quoique mal à propos, puisqu'elle devrait aller en droiture.

La Lizerne au levant du village d’Ardon , dont nous allons parler, sortant des hautes montagnes, qui séparent les Véragriens, ou bas Valaisans des Bernois et des Suisses , à travers des creux d’une hauteur immense , se jette au Rhône et se mêle avec lui après une course de demi lieue dans la plaine.

Le village et A r don forme une paroisse assez grande, et la seconde Bannière, ou Dixain des Véragriens, qu’on appelle aussi pour cela la Bannière d’Àrdon; à cette même Bannière appartenait encore le village de Chamoson , qui a St. André pour Patron d église, ainsi que le village de St. Pierre de Clages qui porte aussi pour cela le nom de son Patron. Le village (t Ardon est assez grand et beau, dont les maisons sont un peu dispersées; son terrain est des plus fertiles, et les champs à Lié et à froment en Las du village, et au couchant, et enfin en Las de la route, à peu près à un quart de lieue plus Las, ainsi qu’à la sortie des prairies Lien arborisées , présentent à la vue une immense campagne jusqu’au Rhône, et pour ainsi dire à perte de vue, frappant admirablement la Vue du voyageur au printems : ces champs sont si vastes et si étendus , qu’on peut à juste raison dire , que c’est la plus belle et la plus grande campagne à grains , non seulement de tout le

pays

MU V A t A 1 S. 487

pays du Valais, mais encore à Lien des l#ues au-delà , car loutde même que les champs d’Ardon, situés au Las du grand chemin, sont immenses, de même aussi y a-t-il une autre campagne toute en champs à grains au-dessus du même chemin public, appartenans à ceux de Chamoson et à quelques-uns de St. Pierre, et même d'Ardon, de. façon qu’on peut dire avec vérité , que depuis Chamoson jusqu’au Rhône, toute la plaine deçà côté ne forme qu’un# seule et même campagne à grains; mais malheureusement, pour les propriétaires ces champs étaient jadis aussi extré-* moment chargés de redevances féodales , cependant ils les ont rachetés et libérés de cette servitude réelle, qu'ils doivent à l’Evêché, au vénérable Chapitre de Sion , et k d’autres. Il y a de même à Ardon beaucoup d’excellens vergers, trop remplis de toutes sortes d’arbres fruitiers, comme cerisiers, poiriers, pommiers et noyers, mais en général extrêmement mal soignés, comme par tout le pays , où on ne donne aucune culture au-x arbres fruitiers, mais une fois plantés on les abandonne entièrement à eux-mêmes sans les tailler; et sans les soigner en la moindre chose, aussi ressemblent-ils plutôt à des arbres sauvages, et forment-ils des vrais buissons , puisqu’aueune bi anche d'aucun arbre fruitier n’est jamais coupée. Ce village possède de même d’excellens vins blancs, et sur-* tout une excellente Oumagne, ainsi que de fort bons vins rouges, qui croissent sur un terrain calcaire, qui leur donne un goût tout particulier et relevé.

Ce village jouit d’ailleurs d’un air sain, seulement ce village est-il situé un peudans un creux, et pour cela pas assez aéré, mais il n'est cependant pas mal sain, parce que l’eau, dont ils se servent peur leur usage domestique, efrfc

wa

'488 Description

celle de la Lizerne, assez battue, limpide et froide, et aussi saine que toute autre puisse l’être, c’est pourquoi on n’y voit que peu ou point de Crétins, eldeGoêtreux,à quoi certainement la propreté des habitans,et de l’intérieur de leurs maisons ne êontribue pas peu pour les en préserver, et surtout l’exercice corporel de la jeunesse , ou de l’enfance de l’endroit , qui est vraiment belle, bien vive , et bien dégagée : aussi les habitans y sont-ils aimables , sociables , et très-honnêtes avec ceux qui ont à faire avec eux.

Quant au village de Chamoson , qui est situé dans la Combe ou gorge au-dessus de St. Pierre au sommet de la campagne de Chamoson , enfin au pied du mont septentrional du dit lieu, il est de même assez grand, mais n’a point de Curé, quoiqu’il ait une grande et belle église; ses maisons sont de même beaucoup dispersées les unes des autres, mais les habitations y sont extrêmement basses, ayant de plus de très-petites fenêtres, et sont généralement parlant assez mal-propres; n’ayant que de la mauvaise eau du torrent , quoique depuis quelques années ils aient établis diverses fontaines , et que Peau pour cette raison en soit devenue meilleure , cependant nonobstant tout cela, il y a dans cet endroit des plus gros Crétins et ' Goëtreux du pays; si on en excepte quelques-uns du village de la Balia, desquels nous avons déjà parlé, ce qui n’est pas étonnant , si l’on fait attention d’un côté à la situation de l’endroit, où le village se trouve , savoir dans un creux abrité du côté du couchant, et du septentrion par des montagnes d’une hauteur prodigieuse , et au midi et au levant par des noyers très-gros et très-hauts, qui empêchent absolument la libre circulation de l’air, et de*

du Valais. 489

vents qui le purifient , et de l’autre côté à l'insalubrité da l’eau, et enfin au manque de toute éducation quelconque parmi le commun, jointe à une mal-propreté inouie dans les habitations , habillemens, et vivres; delà il me parait hors de doute, que les noyers plantés trop proche des habitations , ou des maisons, sont dJune insalubrité extrême j en ce que la grosseur de leurs feuilles, qui sont aussi plus grandes à proportion de la fertilité du terrain, sur lequel ils se trouvent, empêche l’abord ou l’arrivée du soleil aux maisons, ainsi que la circulation libre de l’air, outre que ces arbres de noyer forment toujours une espèce d’humidité par leur ombre sur les maisons, qu’ils privent ainsi des rayons salutaires du soleil, de cet astre vivificateur de la nature, et sans lequel la vie elle-même n’est rien. Chamoson est d’ailleurs d’un terrain extrêmement fertile , et presqu’autant que celui d’Ardon , sinon plus encore, et même plus que celui de S t. Pierre de Clages , dont nous’ allons dire deux mots : ce village est de médiocre graudeur,et n’avait point de fontaine jusqu’à ces dernières années, manquant conséquemment de bonne eau , aussi était-il mal sain, et les habitans y étaient-ils presque toujours malades, ou attaqués par des fièvres intermittentes printanières, mais plus souvent automnales opiniâtres , suivies, pour l’ordinaire, d’obstructions ou d’hydropisies.et souvent de la mort elle-même, parce que les habitans de l’endroit étant en grande partie des pauvres, manquaient de moyens nécessaires pour se précaut ionner et se préserver ou pour s’en guérir, quand ils en étaient attaqués; mais depuis que feu M.r le Président et Châtelain Pont , et dernièrement Maire delà dite Commune a occupé ces places avec éloge, il a aussi pensé au bien-être public, et

D«6CRIPTION

a fait descendre l’eau de Chamoson par le moyen des tuyaux de bois, et est venu à bout d’y (aire établir plusieurs fontaines publiques, ce qui a de même amélioré Veau, en la faisant couler sous terre dans ces canaux de bois, et en la tenant par. ce moyen plus fraîche et plus propre; aussi ce village n’est-il plus si mal sain comme jadis; cependant il y subsiste encore une autre cause d’insalubrité dans ce village, c’est la situation basse de son église, dédiée à St. Pierre , et dont elle porte pour cela le nom , car on est pbli gé pour s’y rendre, de descendre plusieurs degrés, de l’escalier de pierres , placé au couchant de la dite église, de façon que cette église paraît bâtie enterre, au point même, que le terrain extérieur paraît beaucoup plus élevé que le pavé de l’église, ce qui probablement proviendra de là, que l’eau du torrent de Chamoson, lorsqu’elle aura sorti de son lit, sera descendue à St. Pierre, y aura tout comblé de son gravier, et levé ainsi le terrain par ses débordeinens successifs , jusqu’à la hauteur qu’on le voit aujourd’hui , se trouvant arrêté par les murs de l’église,* contre lesquels il aura donné; ce qui parait démontré par la citerne, qu’on pensait creuser au bas du chemin, *et du côté du levant de la dite église dans le verger y attigu, où en creusant à une profondeur prodigieuse , on n’en a sorti que du gravier et des cailloux, sans avoir pu découvrir la moindre source ou veine d’eau , et qu’on a été obligé ensuite de recombler le creux par les mêmes graviers et cailloux sortis , travail, dont on aurait conséquemment pu se dispenser dans ce tems-là, si on avait pensé de descend re l’eau depuis Chamoson par des canaux de bois ; cette église d’après cet état tant intérieur qu’extérieur ne peut donc qu’être fort humide et mal saine, et

bu Valais. 49r

surtout lorsqu’il s’y trouve beaucoup de monde renferme, «avoir celui de l’endroit , et celui de Chamoson, mais cefe afflux du monde n’y est pas si fréquent , car les jour» ouvriers, quand le Prieur dit la messe, il est presque seul; de manière, que tout compté , cette église, quoique mal saine, n’est néanmoins pas la cause ordinaire, qui rend 1* séjour de cet endroit mal sain , outre que la dévotion du inonde aujourd’hui n’est pas ce qui le rend malade, mais plutôt les autres causes, dont nous avons parlé; celle même église d’après le goût singulier de sa construction , et surtout d’après celle de son clocher à six angles , et pirarnidal , dont je n’ai nulle part vu un pareil , ne peut non plus manquer d’ètre extrêmement ancienne; d’ailleurs son ancienneté conste , en ce que «5*/. Florentin > y a été martyrisé déjà en 407, de l’ère Chrétienne. II y avait aussi dans ce meme endroit, au dire de Simbler, dans un tems un Couvent de St. Pierre , et Cœnobium Hivi Pétri unà curti conjunclo pa&o, ce sont ces propres paroles; je dois enfin observer, que cet endroit est une ancienne Prévôté, et que tous ces trois villages , Ardon , Chamoson, et SL Pierre de Gages, étaient pendant dix mois de l’année sous la juridiction de l’Evêque de Sion , qui y avait nommé pour cela un grand Major Episcopal, mais que les deux autres mois de l’année, savoir aux mois de mai et d’octc^ ire , c’était la noble et ancienne famille de Monihey , ou de Monthcolo , qui y avait* le vice-Dominat , et que ce vice-Dominus était vassal de L’Etat, auquel il était obligé, comme tous les autres Juges et Seigneurs des fiefs nobles de tout le pays, lors de l’état souverain assemblé de prêter le serment de fidélité , lorsqu’il voulait s’attirer pa* succession une telle Seigneurie féodale*

tj

4g® Description

La troisième Bannière des mêmes Véragriens contenait quatre paroisses, savoir , le Bourg , où la ci-devant ville de S a il ton , Leytron , Fully , et Ii’ddt s. Toutes ces quatre paroisses étaient sous la juridiction du gouvernement de St. Maurice, à l'exception, que la même noble famille de Monthey avait le vice-Dominat à Leytron dans les mois de mai et d'octobre. Dans cette même paroisse de Leytron so^trouve aussi le grand village de Produit , qui aura probablement aussi pris sa dénomination pour être d’un grand produit annuel, parce qu’il est entouré de beaux et d’excellens biens, comme prairies et champs ; il est situé sur une belle colline, ou hauteur de la paroisse de Leytron, à mihauteur de la montagne, et offre à la vue un charmant aspect dans la belle saison; quant au village de Leyfron lui-même, il est situé au pied de la montagne de ce nom; il est une paroisse médiocrement grande, placée entre St. Pierre et Saillon , à la droite du Hhône en descendant de Sion; l’endroit lui-même n’est pas sain, tant à raison du manque de bonne eau, n’ayant point de fontaine, qu’à raison , qu’il se trouve dans une espèce d’enfoncement , et enfin, parce qu’il est entouré de toute part d’une grande quantité d’arbres de noyers , et autres, ce qui empêchant l’air de circuler librement, ainsi que les vents d’y souiller, ne peut que rendre l’air mal sain, à tout quoi si l’on ajoute les vapeurs et brouillards du printems, et de l’automne, provenans des marais de la plaine de Saillon , qui s’arrêtent sur le village de Leytron; vu d’un côté le manque de bonne eau, et de l’autre la stagnation de l’air infecté par les vapeurs et brouillards mal sains sur le dit village , et enfin le manque de la susdite libre circulation de l’air; aussi le monde y est-il pour la plupart ou pâle , ou

jaune , «t très-souvent atteint de fièvres intermittentes,

bv Valais.* 4g5

eu de leurs fâcheux reliquats , d’obstructions, et meurt enfin d’hydropisie ou de marasme c’est pourquoi aussi , qu’on y voit peu de vieillards, et presque tous les Curés payent-ils le tribut au climat de l’endroit , tout comme ceux de Riddes, et de Vetroz, au commencement de leur entrée dans ces paroisses. L’église de Leytron n’est au reste ni belle, ni grande, mais au contraire fort triste, et elle est dédiée à St* Martin.

Quant aux habitans de Leytron, il ne m’est guères possible d’en dire beaucoup, ne les ayant pas beaucoup fréquenté, cependant à en juger par ce qui peut m’être connu , ils sont de ces doucerets , qu’il ne faut point toucher, si on ne veut pas les offenser , sunt enim flores noli me (angere dicii , et tout honnêtes et polis qu’ils paraissent, il ne faut néanmoins pas trop s’y fier, ne trouvant en général cette sincérité et franchise chez les Véragriens comme chez les Sédunois et les Vibériens, ou peuples Orientaux du Valais , mais je m’écarte de mon plan, ainsi j’y reviens, et dis, qu’il y avait aussi à Leytron une maison de Vidamie appartenante àlanoble famille de Montheis , avec desbeaux biens adjacents, mais qu’ensuite le ci-devant Souverain Etat avait achetés de cette illustre famille. Le village de Leytron a de même un très-mauvais voisin, qui de tems en tems lui cause de très-grands dommages, c’est le torrent de Chamoson,qui mène souvent d’horribles cailloux et un sable noir sur les terres de ceux de Leytron, et les remplit de gravier, tandis que d’autres fois il se creuse un, lit, et le change :aussi ceux de Leytron sont-ils souvent en crainte, quand ce torrent grossit subitement , lors des grandes ou longues pluies survenantes, où alors , pour assurer leur village, ils sont obligés de former des fortes barrières avec des arbres de daille, coupés et couchés contre le

4f)4 Dï*«*ïrrioN

torrent, et enfin charges de grosses pierres tout au-dessns de ce village, et contre Chamoson, qui est à une petite demi lieuç de Leytron ; aussi ceux de Leytron ayant une übrêt de dailles au levant de leur village, et qui s’étend presque jusqu’au Rhône, conservent-ils soigneusement ces arbres pour la réparation ou construction de ces même» barrières; c’est enfin ce même torrent de Chamoson' quand il grossit beaucoup, qui empêche d’aller à Leytron depuis Chamoson et St. Pierre, ce qui arrive encore assez souvent.

La seconde paroisse de cette troisième bannière est le Bourg ou la ville de Saillon, située sur une belle hauteur ou rocher, jadis très-bien fortifié par des tours et des muraillfts : elle a été ci-devant le siège et la demeure de l'ancienne et noble famille de Saillion Nobilium de Salionex qui y avait aussi un Château bien fortifié , mais qui , comme beaucoup d’autres Châteaux dans le bas Valais, a clé démoli après la grande bataille livrée à la Planta devant la ville de Sion, ci à son couchant, l’année 1475, pour qu’aucun ennemi de la patrie, à l’avenir, ne puisse s’y jeter, et l’offenser depuis là. De cette noble famille de Sallione d'après la Gallia Christiana , à laquelle soit pour cela rapport , Wuillaume second a été Évêque de Sion en I2o3, d’après les Archives du Chapitre, et Verinus avait très-bien soutenu les droits de la Préfecture, et n’a pas régné iong-tems, mais au dire de Simbler, Verinus Sallionius aurait été Evêque de Sion en 1210, et a vécu jusqu’en 121b, où Landricus ci-devant Evêque de Lausanne, a obtenu l’Evêché de Sion, comme on le verra en son tems , mais cette noble famille de Sallione s’est enfin éteinte peu de teins après, de façon qu’il ne nous en reste que le souvenir et les débris de son château démoli ensuite de la susdite guerre de 1470.

Valais. ^1)5

Saiïïon en lui-même, et par sa posilion élevée sur un haut rocher, ne peut pas être mal sain, et cela d'autant plus que du côté du couchant les vents ne peuvent y conduire les vapeurs nuisibles des marais existans en bas de Saillon, par la raison que Saillon se trouve adossé contre le mont au couchant de l’endroit, outre que ces vapeurs

sont chassées par les vents du nord droit en avant dans la

plaine entre le Rhônç et cette ville, et ne peuvent conséquemment lui nuire; aussi trouve-t-on dans cet eqdroit à ses habitans un assez beau coloris, et surtout chez les jeunes personnes; en général cet endroit est bien beau et jouit d’une superbe vue; il est situé comme Leytron et Fully à la droite du Rhône en descendant de Sion.

Il existe près de Saillon une source d’eau tiède minérale. On la croit ferrugineuse; son dépôt est le même que celui des eaux de Louëche. Quelles que soyent ses qualités , les diverses guérisons, que cette eau a opérées sur nombre de personnes encore vivantes, prouvent son efficacité; la source entre dans l’eau dont les habitans de Saillon font usage, et c’est à ce mélango que l’on y attribue l’absence des goëires et du actinisme. Il est de fait, qu’il ne s’y trouve ni goëtreux ni crétin , tandis queLeytronet Fully, qui avoisinent Saillon, en fourmillent. Je suis même instruis de bonne part, que, des filles de ce premier endroit arrivées à Saillon y ont perdu le goëtre, qu’elles y ont apporté; que des playes regardées comme incurables, et diverses maladies cutanées, ont été guéries par l’effet de cette eau. Cette source, dont l’analyse n’a pas été faite jusqu’ici, semble donc mériter l’aLtention du Gouvernement ou des amis de l’humanité.

La troisième paroisse de cette même troisième* Bannière

est Fully, à laquelle dernière paroisse appartiennent les villages de Branzon , Mazembros > et Chatagnier , et occupent un terrain très-fertile; Fu/ly est donc, comme nous venons de l’indiquer, une seule paroisse, mais composée de plusieurs villages au septentrion du Rhône. L’église paroissiale de cet endroit est dédiée non à St. Sulpice, comme le dit Simbler , mais à St. Symphorien, qui est le Patron de cet endroit , quoique d’autres aussi prétendent, que c’est le premier, qui y est patron, ainsi qu’ils s’arrangent là-dessus. C’est du reste un grand village, mais pas trop sain, parce qu’il se trouve aussi trop entouré d’arbres, et pour cette cause pas beaucoup aéré; mais en général la salubrité de ces divers villages de la paroisse de Fully varie beaucoup d’après leur site, leur élévation plus ou moins considérable, et enfin d’après l'air et sa circulation plus moins libre. Les vignes de Fully sont excellentes, et ses vins fort bons, surtout les rouges , qui y sont d’une qualité marquante ; ces mêmes vignes appartiennent en grande partie aux personnes les plus aisées de l’Entremont et de Martigny, et aux Messieurs de cette contrée, quoique bien d’autres personnes de différentes parties du bas Valais y aient aussi des vignes; mais ce qu’il y a de vraiment pittoresque, c’est qu’il y a presqu’autant de petits mazots ou petites maisons de campagne dans les vignes elles-mêmes souvent, qu’il y a de propriétaires un peu aisés; et que par là en automne au tems des vendanges la dite paroisse fourmille de monde, et d’ouvriers, et il en est de même aux travaux des vignes au printeins. Les vins y viennent nécessairement bons, parce que^ leur position les met à l’abri des vents froids du nord , et qu’en outre , les vignes sont

i) v Valais. 4<)j

posées dans une espèce d’amphithéâtre enfoncé et accolié au côtcau , que les rayons ardens du soleil ne peuvent manquer d'échauffer, et dont enfin la réverbération du terrain échauffé ne peut manquer à son tour de cuire les raisins, outre que son fond, ou terrain est particulièrement bon pour la vigne, aussi y est-il très-cher, au point même, qu’il n’est pas rare de voir vendre la toise de vign* jusqu’à un louis d’or, et même plus haut, surtout aux environs de ces mazots : on ne saurait d’ailleurs se former une idée de la fertilité des dites vignes, et combien il en sort de vin annuellement; quant au village de Châtaignier , il aura probablement reçu son nom de ce que près du village il y aura beaucoup de châtaigniers. Enfin la quatrième paroisse de cette troisième Bannière est Riddes , mais comme nous en avons déjà parlé, nous y renvoyons le lecteur, seulement observerons nous encore une fois, que Riddes se trouve en deçà du Rhône, ou à la gauche en descendant de Sion, et le premier village après avoir dépassé le pont de Riddes , tandis que les villages de Leytron, de Saillon et de Fully , se trouvent au septentrion, ou en delà du Rhône, soit à sa droite, toujours en ^descendant le pays.

Cette troisième Bannière , marche, et s’incorpore en teins de guerre avec la Bannière générale de St. Maurice : dans ces trois susdites paroisses les habitans se sont tellement adonnés à la culture de la vigne, qu’ils ont converti leurs prés et leurs champs en vignes, au point même, que l’ancien Etat du Valais, voyant, qu’on négligeait la culture des champs et des prairies , s’est trouvé contraint d’ordonner par un Édit de ne convertir ces derniers genres 4e biens en vignes que pour le besoin du particulier; sans

4q8 Prescription

doute, que cet Edit pouvait paraître despotique, tyrannique même, en ce qu’il interdisait au particulier propriétaire d'user de sa propriété à son gré et volonté, niais considéré par le Souverain, et relativement à son devoir, qui Foblige à veiller plus au bien être général , qu’à l’intérêt personnel du particulier, on ne saurait blâmer sans injustice les vues bienfaisantes du gouvernement, qui prévoyait, qu’il était plus utile à ces mêmes paroisses d’avoir du pain, et de pouvoir nourrir leur bétail pour l’entretien nécessaire des familles, que d'avoir abondance en vignobles, et en vins, et que de laisser enfin les femmes et les enfans privés de l’entretien nécessaire; l’homme pouvant au besoin boire avec les oyes, mais non pas se nourrir d’herbes avec elles; ce qui fait'voir, qu'il importe beaucoup de quelle manière on envisage les choses, et que ce qui peut paraître tyrannie à l’un, peut aussi paraître, et être même justice aux yeux des autres, et qu’enfm il faut toujours j respecter les vues bienfaisantes, ainsi que les ordres d'un gouvernement paternel auquel on appartient, quoique souvent au premier abord ses ordres n’en aient pas l’apparence, et qu’enfin encore Ici, comme en droit, la présomption milite pour le souverain ou le supérieur; mai* revenons, et parlons du

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