CHAPITRE III
De f Habillement des Valaisans et Valaisanes.
T^’habix-lement du peuple Valaisan est en général simple, d’un drap de laine grossièrement filée. Ces draps varient selon les cantons, ou les vallons que ce peuple habite ; dans les uns ils sont noirs, dans d’autres bruns , plus loin d’un jaune plus ou moins foncé; enfin ailleurs,
on en voit de différentes couleurs. La noblesse et les
personnes de condition s’habillaient en velour et en beaux draps fips; les gros-de-tour, les écarlates y étaient fort
au Valais. 35
ën usage. Les galons en or , les boutons en argent et quelquefois même en or massif, étaient la marque distinctive des gens de qualité. Mais aujourd’hui tout est changé ; le luxe , la parure , rajustement se trouvent chez les domestiques; les soyeries,les mousselines, indiennes et persiennes sont les étoffes dont les servantes se couvrent, tandis que les personnes de qualité , et les dames s'habillent très-simplement; elles sont cependant toujours modestement mises; mais si nos ancêtres font emporté sur cegenre de personnes par la richesse de leur parure , cellesci l'emportent par l’élégance et l’éclat. Les dames portaient anciennement selon leur mode , de grands bonnets en forme de bàt , faits de soie noire épaissement tressée , dont l’un des bouts couvrait l’oreille droite , et l’autre l’oreille gauche. On ne saurait se faire une idée parfaite de ce genre de bonnets , il n’y a que le portrait d’une dame ainsi coeffée qui puisse vous la donner. Cette coë.ffure devenait chère par la quantité de soie qu’on y prodiguait; elle était excellente pour tenir au chaud la tête de nos vieilles dames ; en allemand on l’appelait Schij - Kappen , c’est-à-dire , bonnets en forme de barque.
Mais aujourd’hui dans la plaine et dans les villes , les dames , les demoiselles, les femmes, et sutrout les filles , portent de petits chapeaux de paille, qu’elles ornent de rubans, et de pièces de brocard, de dentelles, de farbalas. Ces rubans sont souvent fort riches ; puisqu’ils sont d’un drap d’or, ou d’argent , parsemé de fleurs à couleurs, de manière , qu’il n’est pas rare d’en voir qui coûtent plus d’un louis. Cete coëifure est jolie lorsqu’elle est encore dans sa fraîcheur, j’entends lorsque ces rubans sont encore neufs , et suraut , lorsque ce sont de jaunes et jolies
personnes qui les portent. C'est assez l’usage aujourd’hui de garnir ces chapeaux de rubans roses, ou d’autres couleurs vives de goût , de les doubler de taffetas de même couleur ou bien noir. On portait encore sous ces chapeaux des dentelles de tout prix, même des Valanciennes du prix de plusieurs louis d’or, mais cet usage cesse , et la jeunesse n’en porte déjà plus. J’aurais voulu donner un délail plus étendu sur le costume de nos Valaisanes, mais il m’est difficile d’entrer dans tant de niaiseries, et de dire combien il faut d’épingles pour ajuster une belle ; au reste, en dépit de mes effors, la lecture deviendrait encore ennuyeuse , et de. les voir un jour de fête de dimanche suffit pour en obtenir une connaissance parfaite.
Les dames avaient aussi l’usage déporter de grandschapeaux de poils noirs, ces chapeaux étaient fins, ornés d’un large galon en or, qu’on apelait des bords dJ Espagne. Ces chapeaux ainsi galonnés faisaient une parade particulière sur la tête de nos Valaisanes et leur donnaient un certain air de grandeur. Les anciennes coutumes, surtout dans la manière de s'habiller chez nos anciennes dames me reviennent tellement que je sais parfaitement me les représenter; à cette occasion je mentionnerai leurs robes traînantes, dont les manches étaient très-amples, très-courtes et souvent galonnées. Ce qu’il y avait de plus frappant dans ce costume , était ces larges garnitures de mousseline brodée qui débordaient à grands plis au moins sept à huit pouces les manches de la robe. Une autre particularité encore qu’on observait dans ces sortes de robes , étaient lesagraffes ou gros crochets d’argent comme aussi quelquefois dorés , tous placés à une petite distance les uns des autres , et dont chacun pesait au moins demi
Digilized by GoogI
du Valais. Zy
once. Ils liaient cousus sur deux rangs , à l’ouverture , des robes faites sur l’estomac, dans laquelle se plaçait une bisquière d’une figure triangulaire; un cordon rond de soie passait alternativement dans ces crochets, et croisait en forme d’échelle sur cette bisquière quelquefois richement décorée d’or ou d’argent.
Voilà les anciens costumes du Valais ; tout y était simple chez eux, tout était modeste et décent. Leur parure consis-* tait dans la valeur de la chose , et non dans son éclat ni dans sa beauté. L’inconstance n’inventait point à chaque moment de nouvelles modes , la même durait plusieurs siècles , et l’on distinguait moins les personnes par leur habillement, que par leurs talens, leur mérite, leurs qualités , et vertus.