‹ A.-P. de CandolleChapitre 6 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Nourriture des Valaisnns.

La nourriture des Valaisans en général, est aussi simple que la manière de s’habiller, notamment dans les montagnes. Elle est telle qu’il convient à des gens destinés aux pénibles ^ travaux de la campagne. Le laitage , le beurre , le fromage , les pommes de terre et quelquefois de la viande salée , sont les mets qui couvrent leur table. Dans la plaine , le paysan a une autre manière de vivre un peu plus délicate; il a du jardinage , souvent de la viande fraîche, du vin, de la polenta, et tous les autres objets qui composent la nourriture des habitans de la campagne.

Il y a quelques années que l’habitant des villes était

sobre et tempérant , et vivait avec une économie louable. Mais aujourd’hui il garnit sa table à plus grands frais; trois boucheries fournissent à peine de la viande à cette petite ville, et le marché couvert de gibiers et d’autres denrées, voit chaque samedi le débit le plus prompt et le plus complet. Il est vrai, qu’aujonrd’hui il se trouve dans la ville beaucoup d’étrangers aisés qui sont accoutumés de mieux vivre que les Valaisans, et de qui les denrées reçoivent un grand dél it. Nonobstant cela, les bourgeois et les nobles du Valais fjnt actuellement presque meilleure chère qu’ils ne faisaient avant l’époque des guerres françaises et valaisanes.

Mais si la classe distinguée des Valaisans a gagné quelque chose sur le nombre des plats, il faut avouer, qu’elle a bien perdu du côté du café , dont l’usage était si grand dans tout le Valais, qu’il n’y avait servante qui ne j>rit son café; mais maintenant que l’état des choses a presqMe - anéanti son commerce , il n’est plus que le riche qui puisseen faire usage, et le bourgeois s’en passe, et le remplace par la soupe.

' Toutes les denrées sont généralement assez abondantes dans le Valais; les troupeaux de toute espèce y sont hombreux; les vaches qui passent l’été sur les fertiles montagnes du pays , y fournissent un lait excellent , et en abondance, le fromage, le beurre y sont délicieux. Le pain à la vérité, n’est pas des meilleurs, on le fait ordinairement de froment et de seigle mêlés , quelquefois même on y ajoute de l’orge , des pommes de terre. On y fait aussi du pain de pur froment dont on sert le moqde dans les auberges , mais l’usage dans les maisons particulières n’est pas grand. A cela il faut ajouter les bons

vins»

du Valais. - 09

vins, rouges et blancs qui sont délicieux et abondans; ils croissent dans toute la longueur septentrionale du pays. La consommation de tous ces objets mentionnés est vraiment étonnante, à peine peut-on concevoir la suffis sance alimentaire.

J’observerai encore ici à l’égard des pommes de terre, que les rouges sont les plus saines, les moins fiévreuses et les meilleures; elles se plaisent dans une terre sabloneuse et légère; elles sont sans doute d’un moindre rapport que les blanches qui sont mal saines et fiévreuses. Quant au soj, celles-ci ne sont pas aussi délicates; elles mûris** sent très -bien dans un terrain plus humide et plus fort. Je parlerai ailleurs des sols qui leur conviennent et de leur usage domestique, maintenant je passe aux coutumes des habitans.

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