CHAPITRE VI
Des Productions , de la Fer tilité , et du Commerce du Valais .
Le Valais est un pays qui contient des plaines et des montagnes qui fournissent toutes sortes de productions , à raison de leurs différentes localités. On y ramasse beaucoup de blé , surtout à Nenda , Vex y Nax , Mase , et Vernanièse , ainsi qu'à Conthay , Savièscy Aycnt , Lentzy
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Bagnes , Entremont , Trois- Torrerts , et Valdilier , comme encore dans les contrées et vallées latérales du Valais, Il y a aussi quelques endroits dans la plaine qui en donnent une production passable ; tels sont les environs de Colombay et de Martigny , Leytron , St. Pierre % Chamoson, Ardon > Sion et Sierre. Mais la consommation de tous ces blés ne se fait pas toute dans lopay s, l’étranger l’achète et le transporte ailleurs. -Si nos chefs d’administration publique avaient eu la précaution d4en former des magasins dans les années d’abondance , on aurait été exempt quel-, quefois de le payer bien cher dans les années de stérilité.
La plupart des montagnes du Valais sont couvertes d’excellens pâturages , où l’on fait de très-bon beurre et de très -bon fromage; le bétail fait souvent la richesse de plusieurs cantons. L’opulence principale du Valais consiste dans les troupeaux, comme vaches, veaux, génisses , moutons , chèvres et mulets , dans le fromage , le beurre , le blé , et les vins , comme aussi dans les forêts , dont le montagnard tire un grand revenu en vendant ses bois à ceux de la plaine, soit pour bâtir, soit pour brûler. Il y a dans le pays un assez grand commerce de laine, mais elle n’y est point belle. L’introduction des Métis et des Mérinos y sans doute avantageuse pour le pays, en donnera dans peu , une autre espèce bien supérieure à celle que nous avons eu jusqu’à présent.. ...
Les habitans du Valais devenus industrieux par nécessité. , commencent à cultiver tous les lieux susceptibles de culture , ils défrichent les broussailles et les forêts pour en former des prés et des champs , mais leurs plus grands travaux sont pour la construction et l’entretien des aqueducs % apelés en allemand die berg wasserleiten ; car non seule-
ment ils arrosent les prés et les jardins , mais encore presque toutes les vignes , ce qui ne se pratique guères ailleurs. Ils conduisent ces eaux destinées aux arrosemens, d’une distance quelquefois de cinq lieues, à travers les montagnes et les rochers qui offrent de toute part des précipices sans fond. Les Valaisans sont, sous ce rapport, d’une industrie presqu’incroyable ; ils font de grandes dépenses , et souvent exposent leur vie pour humecter leurs possesssions trop situées aux rayons ardens du soleil. Ils se suspendent à des hauteurs épouvantables par des frêles cordes, et taillent ainsi suspendus des longs canaux dans le roc et y pratiquent des trous destinés à recevoir des bras de fer sur lesquels reposent des canaux propres à conduire l’onde jusques dans les sols altérés. Voilà la raison pourquoi ce pays, quoique étroitement situé entre deux chaines de montagnes immenses , ne le cède point aux autres pays voisins sous le rapport de la fertilité. Le vin y est abondant et bon , aussi Ton en faisaR autrefois un grand commerce dans l’étranger , et du tems de Simbler , vers l’année 1574 l’on en passait à dos de mulets à travers nos montagnes dans les différens cantons de la Suisse , et même jusqu’au pays des TJponiiens, Quant au blé, le Valais, comme nous l’avons déjà dit , en retire de son sol assez pour son usage. La moisson y dure depuis le mois de mai jusqu’à celui d’octobre , et cela à cause de la diverse position phis ou moins élevée des terrains. Aussi souvent le voyageur qui traverse le pays, rencontre les quatre saisons à la fois; il y voit le printems dans les hautes collines ,, l’été dans les basses , ïautomne dans la plaine , et l’hiver qui séjourne continuellement aux sommets des montagnes.
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Le Valais contient aussi beaucoup de mines renfermées dans le sein de ses immenses montagnes. Il y en a de fer, de cuivre, de plomb , d’argent et meme d’or , mais dont l’exploitation ne réussit pas aux Valaisans , probablement, parce qu’ils ne s’y connaissent pas. Ils étaient obligés d’en confier le succès aux étrangers qui ne cherchaient que leurs propres intérêts , et non ceux de la société. Un autre défaut dans ces entreprises était celui de commencer d’abord à bâtir à grands frais les édifices propres à ces sortes d’oüvrages, au lieu de marcher dans leurs dépenses d’un pas à peu près égal à celui du produit de leurs découvertes et de leurs opérations. Enfin la fouille des métaux et minéraux est une entreprise de prince ou de monarque , exige une fortune faite et non à faire.
On trouve encore en Valais de superbes cristaui d’une grosseur et d’une beauté particulière , telles que ces fameuses masses qu'on a transportées jusqu’à Paris , qui pesaient plusieurs quintaux, poids de marc.Elles venaient de la vallée de Viège.
Il y a dans ce pays toutes sortes de fruits : on y trouve des pommes , poires , des noix , des figues , des amandes douces, des grenades. Le safran , tel qu’on désirerait le trouver ailleurs , y mûrit parfaitement et assez abondamment. Les fleurs les plus rares, les plus précieuses comme les plus salutaires sont l’ornement commun de nos montagnes et de nos côtaux. Il y a encore une infinité de plantes médicinales et propres à la peinture ; mais de ces plantes nous parlerons ailleurs.
Le Valais faisait autrefois commerce de la térébenthine qu’on tirait du sein des melèses qu’on perçait jusqu’à la moëlle , mais comme ce commerce était préjudiciable et
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nuisait beaucoup à la conservation des forêts , on l’a abandonné. La térébenthine est d’autant plus légère et belle, que l’arbre dont on l’a tire, est plus jeune; pour qu’elle soit bonne, il faut qu’elle soit pure, propre , d’une consistance égale à celle du miel , d’une couleur jaunâtre , claire, transparente et d’une odeur agréable ; elle doit être encore gluante et ne rompre que par un fil qu’elle forme lorsqu’on cherche à la séparer. Le melèse est fort commun dans notre pays , c’est le seul arbre qi.i dans nos forêts quitte son feuillage à l’entrée de l’hiver ; mais le printems lui rend toujours une parure plus belle et plus verdoyante que celle dont il s’était dépouillé. Elle fournit des fleurs purpurines auxquelles succèdent lespommes appelées en latin Commet de l’agaric dit en latin agaricus Lariccus.
Dans les années fertiles en pommes , on fait en Valais une espèce de vin économique, qu’on appelle cidre , que le montagnard boit dans le tems des travaux de la campagne.
Une autre branche de commerce, et peut-être la plus intéressante de toutes , était le trafic des cuirs de toute espèce , qu’on faisait avec les nations voisines. On y vend beaucoup de peaux d’ours , de loup , de chamois , de chevreuils, de lièvres, et de renards. Quoiqu'il y ait eu en V alais plusieurs tanneries , on vendait tous ces cuirs aux marchands étrangers qui venaient les revendre aux Valaisans, après les avoir travaillés. En ceci l’habitant du Valais n’a pas su calculer ses intérêts. 11 aurait dû voir qu’en vendant ses cuirs à bon marché et les rachetant à grand prix , il ne pouvait point s’enrichir par tel commerce. Ceci fait encore voir qu’il n’est point né pour le commerce , et moins encoi'e pour les arts mécaniques ,
puisque la commodité des lieux lui offrait partout les positions les plus heureuses pour remplacement de ses tanneries , et où une eau abondante semblait lui venir présenter son service et ses forces pour faire mouvoir ses bâtimens , et l’aider à travailler ainsi ses cuirs. On me dira peut-être, que l’écorce du tan y manque ? Je leur répondrai, que si cette espèce d’écorce y manque, celle du chêne et celle du pin y sont assez abondantes et peuvent conséquemment suffire.
• Il y a aussi dans ce pays des vallées particulières , comme celle de Saas , dans le canton de Viège qui achètent et élèvent par troupeaux des moutons qui vont passer l’été sur les montagnes. A leur descente, en automne, on les tond, et les habitans des vallées préparent la laine , la filent eux-mêmes, et en font un commerce assez considérable pendant tout l’automne et une grande partie de l’hiver , qui est l’époque où se trouvent les plus grandes foires du pays. Ils rapportent aussi le tribut pécunaire , de leur industrie au soulagement de leur famille, en outre qu’ils savent se réserver un> quantité suffisante de cette laine dont ils forment un drap fort, tel qu’il leur convient, et dont aussi ils tricotent des bas et des habillemens pour l’usage des deux sexes. Les habitans de la vallée de Ijoetschen , dans le canton de Rarogne , ont une autre branche de commerce. Ceux-ci riches en fromages excellons, viennent dans les foires d’automne à Sion échanger leur denrée contre du chanvre déjà travaillé , dont les marais des alentours de Sion abondent. On pourrait bien à propos dépeindre le sol valaisan par ce proverbe qui dit : non omnis fert omnia tel/us. Mais cela nonobstant , par un petit trafic réciproque , et par l’échange de leurs diversea -
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productions, les Habita ns fournissent à leurs divers besoins^
On observe encore dans le pays, des mines immenses de charbon de terre, qu’on appelle en allemand Steinkolen. Elles s’observent surtout, dans les cantons de Sion et dans celui de Sierre , comme le dit Josias Simbler. Je connais fort bien la carrière qui se trouve dans le canton de Sion , j’en désirerais même l’exploitation. Elle fournit des pierres noires, luisantes et en quelque façon grasses; on l’exploite des montagnes à la manière des métaux ou minéraux. L’usage de ces sortes de pierres est double , celui d'en former de la chaux, et celui de s’en servir comme charbon de pierre : son feu est même plus ardent que celui de bois. 11 est de différentes valeurs, selon l’endroit d’où on le tire comme le meilleur en France est celui qu’on exploite à Saini-Elienne en Forêt.
Maisce qu’il y ade pluscurîeux encore, cesont les fameuses carrières en plâtre qu’on nomm tP/âtrières; la plus belle comme aussi la plus riche est sans contredit celle qu’on observe â moitié chemin entre Sion et Sierre, au bord du grand chemin qui yconduit. Chaque canton a sesplàtrières souvent très -commodes et très -riches. On employé le plâtre après l’avoir fait cuire au four construit pour cet effet , après l’avoir réduit en poudre et délayé avec un peu de chaux , où seul lorsqu’on le désire. 11 sert à lier les pierres, enduire les murs, les cheminées et les platouds. La coction en est bien faite quand il conserve une certaine graisse qui le colle au doigt. Le meilleur moment de l’employer est au sortir du four; on ne doit pas le retirer dans des lieux humides , ni trop aérés, car il y perdrait toute sa force. Le plâtre une fois trempé dans l’eau , ne peut plus se conserver, et l’habileté de l’ouvrief doit l’employer
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tout de suite. Ce pays n’est pas moins riche en pierres ca/caires , plus ces pierres sont dures et approchantes de la nature des marbres gris et noirs , plus elles sont propres à donner de la bonne chaux : mais pour les cuire , elles demandent un assez grand feu. Le plâtre comme la chaux sont à fort bon marché dans le Valais, le quintal se vend ordinairement quatre , ou cinq batz au plus. Quand on fait cuire ces sortes de pierres , il faut commencer par un feu modéré, de crainte que la trop grande humidité ne détruise les sels volatils ; mais lorsque cette humeur est évaporée, faites un grand feu, afin de rendre les particules des sels plus déliées et plus subtiles. Lorsque la chaux est cuite il ne faut pas la laisser exposée à l’air; il faut l’éteindre dans l’instant qu’on la retire du four , la remuer continuellement. L’on doit aussi observer une certaine proportion entre la quantité d’eau et celle de la chaux qu’on veut éteindre ; car le trop d’eau l’empêche souvent de se dissoudre , et fait ce qu’on appelle de la chaux noyée. Si au contraire on ne Phumecte pas assez par une quantité d’eau proportionnée , ses sels au lieu de se concentrer s’évaporent, et forment ce qu’on nomme de la chaux brûlée. Mais lorsque vous l’avez prudemment traitée, il faut l’employer de suite,. ou la conserver sous une couverture épaisse de terre jusqu’au moment de son emploi. Lorsqu’on veut peindre les murailles de sa blancheur, elle doit être détrempée fort clairement, c’est-à-dire, qu’une livre de chaux doit être délayée dans sept à huit livres d’eau un peu plus que tiède, on laisse tremper le tout pendant huit à neuf heures, qu’on passe ensuite par un tamis.
Je ne parlerai point ici des diverses espèces de marbres,
bres , et de ses différentes couleurs, tels que ceux de Mœrel dont on a encore aujourd’hui des fourneaux, de chambre , et qui étaient d’un vert rayé et croisé de rayes grisâtres. Mais cette carrière est malheureusement éteinte. Il en est une autre de marbre noir qui me paraîtrait, mériter l’attention du Gouvernement, c’est. celle qu’on vient de découvrir à Chandolin , village de la paroisse de Savièse , dans le canton de Sion» •
> Il y a aussi des carrières de pierres à fourneaux daps le canton dJ Hérémence : mais les meilleures sans contredit
sont celles qui se trouvent dans la vallée de Viège. Je laisse la recherche des différentes carrières de pierres diverses à ceux qui s’en font un plaisir, et qui en ont les; connaissances suffisantes, mon plan n’est point d’entrer dans toutes ces sortes de détails ; je me suis seulement proposé d’indiquer ici les productions du pays les. plus remarquables et les plus en usage dans l’économie dômes*; tique et rurale.
•• On fait aussi en Valais un petit commerce sur les pruneaux qu’on fait sécher au four, ou au soleil, après leur avoir enlevé le noyau. Il y en a d’excellens , tels que les Reines-Claude, et d’autres qu’on appelle Masquines , qui, à la vérité, sont fort petits, mais aussi fort doux et fort sucrés.
'• Nos montagnes, comme nous l’avons déjà observé, fournissent toutes sortes de gibiers ; dans la plaine , on observe la Loutre, animal amphibie à quatre pieds , de la taille d’un petit renard. Les barrières du Rhône lui servent ordinairement de retraite. Cet animal est couvert
d’un poil de couleur châtaigne. Sa tête ressemble à peu f rès à celle d’un chien, il se tient ordinairement près des
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lacs et des étangs; il fait un gnyid dégât de pois$6rts, qu’il va chercher dans le fond de l’eau , et qu'il dévore. On fait des manchons de sa peau , et de son poil on fabrique des chapeau*. On les prend sur les bords des étangs et des rivières , et en Valais on le prend le long desbords du Rhône, avec des traquenards ou avec le fusil.
On élevait aussi en quelques endroits du pays des vers à soie, mais comme ils ne réussissaient pas toujours 1 ien ét qu’il fallait pour les soigner un soin tout particulier, on en à négligé l’entretien.
Le Rhône qui mesure le pays dans toute sa longueur, abonde en poissons et en belles truites qui souvent pèsent jusqu’à quarante livres. Lorsqu’elles entrent dans la saison où elles commencent à frayer et que du lac Léman elles remontent le Rhône , on les pèche avec le trident.
* Le Valais est aussi bien réputé par ses eaux minérales éjtii cordent de toute part , notamment celles des Bains de Loëclic , dans le canton du même nom , au pied de la inontagne de la Gemmi. Il y en a encore de pareilles à Bad , vis-à-vis de Gambsen. village du cartton de Brigue, Comme aussi dans la vallée de Saas , dont parle Simbler , et dont je parlerai aussi ailleurs. Il y a aussi des eaux sulphureuses froides dans le canton de Conclus , proche d ’Ulrichen et de Geschinen , entre le Rhône et ces villages. Malgré ces dons précieux de la divinité, il semble que les Labitans de ce pays ne savent pas les apprécier, ou qu’ils ne s’en soucient pas , ils les négligent comme ils ont négligé les mines , et ne savent point élever à propos des bâtimens convenables pour y recevoir les malades , qui "voudraient y faire la baignée.
1 "Proche du Rhône, et dans la plaine se trouvent d*