CHAPITRE TROISIÈME
DE CÂNDOLLE A MONTPELLIER (dE 1808 A 1816).
Après les dit années qu'il venait de passer à Paris, de Gandolle trouva à Montpellier un genre de vie plus calme et plus propre à des études suivies. Il ne faut pas croire cependant qu'il y vécut isolé et en dehors de tout mouvement de société. Loin de là ; il sut bien vite se créer, dans cette ville, des relations agréables dont plusieurs ont duré jusqu'à la fin de ses jours. Sa femme et lui dévinrent le centré d'une réunion d'amis intimes, dont ils faisaient le charme autant par la bienveillance du cœur, qui était chez eux une seconde nature, que par l'agrément d'un esprit Cultivé et plein de naturel. Les souvenirs que leur séjour a laissés à WontpelUer sont encore vivants;
et quand en 1836, vingt ans après avoir quitté cette ville, de Candolle y retourna, la réception que ses amis lui firent lui montra d'une manière touchante combien était réel «t proX(md l'attachement qu'il avait inspiré.
Des événements de divers genres venaient cependant apporter, de temps à autre, quelque diversion à cette vie dont la douce uniformité aurait fini peutêtre par fatiguer de Candolle. Indépendamment des voyages agronomiques et botaniques qu'il fit à cette époque, il se permettait quelques excursions tantôt à Paris, tantôt à Genève; il recevait aussi, à Montpellier, des visites agréables et intéressantes. Enfin les secousses politiques de 1814 et 1815 troublèrent la fin de cette période, si paisible d'abord, de l'histoire de sa vie, et furent la cause déterminante de son retour à Genève.
La première visite que de Candolle reçut à Montpellier, dès qu'il y fut définitivement fixé, fut celle de son père qui, malgré son grand âge, voulut aller voir par lui-même l'établissement de son fils. Plus tard il eut le plaisir de recevoir le docteur Hooker, botaniste distingué, dont il apprécia bientôt lé ta-
lent et le caractère, et avec lequel il commença alors une liaison qui n'a jamais été troublée par le plus léger nuage.
En 1 81 3 , de GandoUe reçut la visite de Davy . L'empereur, malgré la guerre acharnée que se faisaient la.France et l'Angleterre, avait consenti, par égard pour la science, à accorder au célèbre chimiste anglais la permission de venir à Paris ; Davy profila de cette autorisation pour parcourir le continent, et fit un séjour de quelque durée à Montpellier. De Candolle Taccueillit de son mieux ; mais la relation qui s -établit entre Davy et lui fut moins intime qu'on n'aurait pu s'y attendre. Homme d'impression plus quede raisonnement, plus habile peut-être à deviner la nature que disposé à l'étudier, Davy ne devait guère s'entendre avec de Candolle, qui, essentiellement logicien et observateur, n'admettait pas facilement les conceptions souvent admirables, mais quelquefois aventureuses, de son hôte illustre, et avait peine à s'habituer aux boutades de cette imagination dont rien quelquefois ne pouvait réprimer les élans toutefois, sans avoir pour Davy ce penchant que détermine moins l'analogie des positions
qu'une certaine conformité (Lans la manière de sentir et de juger, de Candolle professait une grande admiration pour le savant dont les magnifiques découvertes avaient changé la face de la diimie. Aussi, quand en 1829 il fit rendre de la manière la plus solennelle les derniers deVoirs à Davy qui tenait de mourir à Genève, il montra d'une ma«nière éclatante la baute considération qu'il avait pour l'un des représentants les plus brillants de la sci^ce.
Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps sur ces détails ; arrivons à la partie dominante de l'histoire de de Candolle dans cette période, je veut dire à sa vie scientifique. Elle se manifeste souS deux formes distinctes, l'enseignement et les ou-^ vrages.
Jusqu'alors, sauf dans une seule occasion oA il avait remplacé GuVier, de Candolle n'avait point abordé Fenseignement. On peut donc dire que sâ carrière de professeur commence à Montpellier, que c'est dans cette période de sa vie qu'il joint la qualité de maître à celle d'auteur, et que du rang de simple savant il passe à celui de chef d'école. Cette nouvelle
forme ^ sous laquelle se manifesta sou activité, révéla chez lui nn talent d'exposition dont il n'aydt eu Toccasion de donner que quelques pt^ures ; elle fit voir également son aptitude à eteroer une influence heureuse sur les travaux de la jeunesse, et laissa dans ses ouvrages des traces remarquables du genre de travail auquel elle Tastreignit.
Cette liaison entre renseignement et la culture des sciences, qui caractérise éminemment l'école sdentifique française, est, je n'en doute pas, l'une dès causes qui ont le plus contribué à lui assigner la haute position qu'elle occupe. Engroupantautour du savant un certain nombre d'élèves, le professorat augmentepuissammentsesressourcesscientifiques, et lui permet souvent d'aborder des travaux que, réduit à ses seules forces, il n'aurait pas le temps d'achever dans le court intervalle d'une vie humaine, et prar lesquels il faut cependant sinon unité d'action, du moins unité de direction et de pensée. L'enseignement, en appelant le maître à exposer la sdence à ceux qui en commencent Tétude, l'habitue k un besoin de clarté et de rigueur qu'il porte éga-
lement ensuite dans ses recherches originales, et qui tend à les rendre plus parfaites et plus populaires. L'obligation de revenir sur tout rensemble d'une science fournit souvent l'occasion à celui qui l'enseigne d'apercevoir des points encore mal édaircis, des lacunes qui ne sont pas comblées, et fait naître chez lui le désir d'éclaîrcir ces point?, de combler ces lacunes ; plus d'une grande découverte a dû son origine à cette circonstance. Enfin, rien n'est plus doux pour celui qui aime une science, rien ne contribue davantage à la lui faire aimer, que d'y initier de jeunes esprits avides de s'instruire, et dont l'ardeur réagit sur celui qui l'a provoquée. Il nous serait facile, par de nombreux exemples, de montrer tous ces heureux effets de l'enseignement; à côté de celui que nous offre de Candolle qu'il nous soit permis de citer les cours de M. Ârago à l'Observatoire, dont l'influence s'est fait sentir d'une manière si frappante sur les jeunes astronomes et physiciens de notre époque. L'installation de de Candolle comme professeur, à Montpellier, fut brillante. Accueilli avecdistinctioli par ses collègues, avec enthousiasme par les élèves,
il prit bientôt la position que lui assignaient naturellement son talent et son caractère. A la chaire de botanique qu'il occupait dans TÉcole de Médecine, il joignit, en 1810, une seconde chaire également de botanique, qui fut instituée dans la Faculté des Sciences nouvellement organisée. Il dut à Tin*fluence de CuTier cette seconde nomination, qui contribua à le fixer définitivement à Montpellier, et qui rengagea à donner dans cette ville à renseignement de la botanique un développement jusqu'alors inusité. Ses cours, suivis par trois ou quatre cents auditeurs , excitèrent bien vite un grand intérêt, soit par la manière neuve et piquante dont le sujet y était traité, soit par la diction agréable du professeur. Jusqu'alors les cours de botanique avaient consisté seulement dans la démonstration d'un certain nombre de plantes ; mais renseignement de Torganographie et de la physiologie végétales et celui d'une description méthodique des plantes d'après les principes de la classification naturelle, étaient tout nouveaux. De Candolle se mit immédiatement à improviser ses leçons, ce qui n'était point l'usage à l'école de MontpeUier ; et le
succès de cette improvisation fut tel, que tous les
autres professeurs furent obligés de suivre cette méthode sous peine de perdre leurs auditeurs. Une fois par semaine, pour compléter son enseignement, il allait herboriser à la campagne, pendant toute la journée, avec 2 à 300 de ses élèves. Tout en herborisant lui-même, il répondait aux mille questions qui lui étaient adressées ; puis, après une matinée employée à l'herborisation, il réunissait autour de lui tout l'essaim des jeunes botanistes, et leur expliquait collectivement les caractères des plantes qu'ils avaient recueillies. Après un frugal
repas qui terminait la journée, il revenait avec eux à la ville, en glanant encore sur la route quelques
espèces oubliées. Il lui était facile de distinguer au milieu du grand nombre ceux de ces jeunes gens qui montraient le plus d'intelligence et d'intérêt pour la science; une fois qu'il les avait reconnus, il en faisait un petit corps d'élite dont il s'entourait plus particulièrement, et d'où sont sortis plusieurs hommes distingués. Nous citerons entre autres M. Félix Dnnal, dont les travaux botaniques sont dignes du maître qui l'a formé, et H. Flourens
qui, de la physiologie végétale, a passé à l'étude de la phyaiologie animale, et a mérité, par ses brillantes découvertes, d'être appelé à recueillir la suooesaion de Guvier à l'Académie des Sciences. Dans ces excursions botaniques, comme dans tout son enseignement, de GandoUe montrait aux élèves un intérêt sérieux et réel, dont Us savaient apprécier la \aleur, et dont, en plus d'une occasion, ils lui témoignèrent leur reconnaisance par leur déférence à ses avis, et par leur respect pour ses recomman<* dations.,
De semblables moyens mis en œuvre par de GandoUe, avec l'activité de la jeunesse et la volonté de réussir, ne devaient pas rester stériles. Aussi l'impulsion qu'il imprima non-seulement à l'étude de la botanique, mais encore à celle de toutes les sciences naturelles, dont l'importance pour l'étude de la médecine fut dès lors mieux comprise, porta-tdle d'haireux fruits dans l'école de Montpellier.
n faudrait, pour bien faire saisir tous les effets de rinfluence de de Gandolle, exposer en détail les améliorations qu'il introduisit dans l'ensemble dans les différentes parties de renseigne-
ment, rappeler la création qu'il provoqua d'une Société de lecture, dont les membres, recevant en commun les recudls périodiques et les ouvrages les plus intéressants, avaient ainsi les moyens de suivre le mouvement scientifique et littéraire. Nous nous bornerons à signaler ce qu'il fit pour une institution, auxiliaire indispensable de Fétude de la botanique, et sur laquelle se portèrent ses premiers soins, dès qu'il eut été installé dans sa place de professeur, je veux parler du Jardin botanique. Le jardin de Montpellier, le plus ancien de France, avait été fondé sous Henri lY , par Richer de Belleval. Construit dès l'origine sur un plan très imparfait, et dirigé jusqu'à l'époque de l'empire par les chanceliers de l'université, il n'avait pris aucun développement et n'avait occupé qu'un rang très secondaire. M. Ghaptal, quand il arriva au ministère de l'intérieur, fit faire de très belles serres, et en confia la direction à Broussonnet, homme capable et instruit. De Candolle continua les améliorations heureusement commencées par son prédécesseur, et fut puissamment secondé dans ses efforts par H. Chaptal qui, quoiqu'il ne fût plus ministre, avait
conservé une grande influence. Outre l'intérêt tout particulier qu'il portait à l'école de Montpellier, où il avait été lui-même professeur, M. Ghaptal était mû, par un autre motif, dans son désir de lui être utile : c'était la haute estime et le profond attachement qi^'il avait voués au nouveau directeur du Jardin. De bonne heure il avait reconnu chez lui un mérite solide et des qualités attachantes, et il était Tun des savants de Paris qui avaient toujours le plus cherché à encourager le jeune botaniste dès son début dans la carrière scientifique. De CandoUe profita donc, en faveur du Jardin de Montpellier, des dispositions bienveillantes de Ghaptal à son égard ; et ce n'est pas la seule fois qu'il ait fait servir en faveur d'une institution publique, au lieu de l'employer dans son propre intérêt, l'influence dont il jouissait auprès des hommes haut placés. La ville de Montpellier contribua aussi pour de fortes sommes à l'agrandissement et aux améliorations du Jardin. Considérablement augmenté, doté de 13,000 francs de rente, cet établissement prit bientôt un rang honorable ; et tant sous le rapport du nombre des
espèces et de leur détermination, que quant à la
disposition générale du local, le jardin que de CandoUe laissa à Montpellier en quittant cette ville, n^avait aucune ressemblance avec celui qu'il y avait trouvé à son arrivée.
L'idée que je viens de donner de ce que fit de CandoUe à Montpellier sous le rapport de renseignement suffira, tout imparfaite qu'elle est, pour le faire connaître sous ce nouveau point de vue. Si je ne m'y arrête pas plus longtemps, c'est que je dois maintenant aborder la seconde forme sous laquelle se manifesta, pendant cette période, sa vie scientifique, et faire voir que l'activité du profe»seur fut loin de diminuer celle de l'auteur.
J'ai déjà montré de Candolle travaillant à Paris à des recbercbes dignes d'un véritable intérêt, et j'ai essayé de faire ressortir la valeur de ses travaux, marqués au coin d'une grande persévérance, unie à une sagacité remarquable. Ceux de ses ouvrages qui virent le jour à Montpellier présentent bien aussi le même genre de mérite, mais ils ont, en outre, un caractère propre qui tient aux circonstances nouvelles dans lesquelles il se trouvait quand il les composa, circonstances dont je dois
avant tout essayer de faire sentir Tinfluence. La yie de Paris, tout en offrant de grandes ressources et de nombreux encouragements, n'est pas sans quelques inconvénients pour Thomme de science qui veut se livrer à des travaux de longue haleine. Indépendamment des distractions de différents genres dont il est entouré, un jeune savant, quand il est plein d'ardeur, se préoccupe de tout ce qu'il entend ; il se trouve attiré vers plusieurs genres de recherches à la fois ; trop de sujets l'intéressent, il voudrait pouvoir les embrasser tous, et souvent, à la vue de ces routes diverses, il a peine à se décider à en suivre une d'une manière complète. Ce n'est pas tout : une fois qu'il a fait son choix, il est poursuivi par l'idée de n'être pas devancé ; il se hâte d'achever ses travaux pour les communiquer à des sociétés savantes, ou pour les livrer à la publicité, s'exposant ainsi à ne pas y apporter toute la maturité nécessaire. Les succès dont il est témoin excitent son ambition ; les lauri^s de Miltiade troublent sou sommeil, et, dans sa fièvre pour réussir, il perd souvent le calme qui est la condition nécessaire de son propre succès.
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Sans doute, ces impressions et ces sentiments ne se développent pas chez tous âu même degré; sans doute, ils produisent souvent d'excellents effets et amènent quelquefois de brillants résultats; mais' ils risquent aussi, quand ils dominent trop exdusivement, de devenir des pièges dangereux sur la route des jeunes adeptes de la science. Ils sont nécessaires dans une certaine proportion, j'en suis convaincu ; mais il faut qu'ils soient suivis d^une vie plus calme, plus isolée, qui permette à Tesprit de se replier sur lui-même, de retrouver son originalité et son indépendance, quelquefois compromises par la crainte de heurter les opinions dominantes, et qui fasse mûrir, par la méditation, des fruits souvent étiolés sous la chaleur factice de la serre chaude.
De CandoUe éprouva toutes les impressions que je viens de décrire ; ses ouvrages en sont la preuve, et ceux qu'il publia à Montpellier, la Théorie élémentaire surtout, témoignent de l'influence qu'exerça sur les idées qu'il avait conçues ou acquises pendant son séjour à Paris ce retour sur lui-même, oe besoin de méditation qui lui devin-
rent plus habituels. Les voyages botanico-agronomiques qu'il fit pendant la même période contribuèrentaussi à ce résultat ; ces longues excursions, où il 86 trouvait le plus souvent seul et où, par conséquent, il s'habituait à se replier sur luimême, obligeaient l'activité de son esprit à se porter plus exclusivement sur des idées tirées de son propre fonds , et à donner ainsi à ses propres conceptions une originalité plus marquée.
Nous avons déjà parlé de ces voyages auxquels je viens de faire allusion ; commencés en 1806, continués dans les années subséquentes, ils embrassèrent tout l'empire français, qui comprenait alors, outre la France proprement dite, la Belgique, une partie de l'Allemagne, la Savoie, le Piémont et la Toscane. De Gandolle divisa en six parties le vaste champ ouvert à ses explorations : il visita successivement les départements de l'ouest, la Bretagne en particulier ; ceux du sud-ouest, le Languedoc, le Roussillon, les Pyrénées ; ceux du sud-est, y compris le Piémont, Parme et la Toscane ; ceux de l'est, dont Genève se trouvait être le centre ; ceux
du nord-est, l'Alsace, les bords du Rhin, la Bel-
^que ; enlin les départements du centre, objet de son dernier voyage qui eut lieu eil 1811. Les six voyages donnèrent lieu à six rapports qui furent adressés au ministère de Tintérieur, et publiés ensuite dansles Mémoires de la Société d'Agriculture du département de la Seine.
Différents points de vue attiraient Tatteiition de de Candolledans ces voyages. C'était d'abord la botanique proprement dite; il dierchait à découvrir les plantes qui n'avaient pas encore été décrites, ainsi que celles qui, bien qu'elles fussent déjà connues, ne figuraient pas dans les ouvrages de botanique comme croissant en France, n réussit ainsi, d'une part, à enrichir la science de plusieurs espèces nouvelles inconnues jusqu'à lui ; d'autre part, à compléter la Flore française^ dont il avait à cœur de faire un ouvrage aussi parfait que possible dans son genre. Ce complément de \dL Flore française ^ qui forme un sixième volume dans lequel il réunit toutes les additions et modifications dont ses voyages lui avaient fait reconnaître la nécessité, ne parut qu'en 1815, quoiqu'il fût achevé depuis 1811.
Un second point de vue intimement lié au pre-
mier, et qui en est cependant assez distinct, préoccupait aussi beaucoup de Candolle dans ses voyages : c'était la géographie botanique, n avait déjà établi dans la Flore que la France se divisait, sous le rapport de la végétation, en cinq grandes régions, détarminées par la majorité des plantes propres à chacune : la région maariiimey qui s'étend le long des bords de TOcéan et dans les salines de Test ; la région des nùmtagneê , qui comprend les Alpes, les Pyrénées, les Monts^d'Or et les Vosges ; la région des plaines , qui occupe toutes les plaines de Test et du nord ; la région méditerranéenne ^ qui s'étend le long de la mer Méditerranée, et qui est bornée par les montagnes environnantes ; la région de Vouesty qui va des pieds des Pyrénées jusqu'en Bretagne. U vérifia l'exactitude de cette division et en flia plus nettement les limites. II chercha à en qpprofondir les causes déterminantes, telles que la nature du sol, l'exposition, la température, l'hn* midité, etc. Dans celui de ses voyages qui eut pour objet les départements de l'est, il étudia essentiellement l'influence de la hauteur sur la végétation, et eut l'occasion de faire qudques observations
curieuses à cet égard. Ainsi il remarque qu^entre plusieurs vallées, qui toutes sont ouvertes à l'ouest, celle de la Durance, qui seule s'ouvre dans la région méditerranéenne, présente ce que n'offrent nullement les autres, la culture des oliviers et celle des plantes méditerranéennes jusqu'à la hauteur de 400 à 500 mètres, quoique dans des expositions d'ailleurs peu favorables. Ainsi eijicore il retrouve constamment, en sortant de la région des oliviers, une zone qui ne renferme essentiellement qu'une seule espèce d'arbuste, celle qui est connue des botanistes sous lenomde^&nzs/a cinerea ; et tandis que cet arbuste occupe toujours les pentes qui regardent la Méditerranée et jamais le revers opposé, il remarque que le mélèze, au contraire, ne couvre dans chaque vallée que le côté exposé au nord. Cette circonstance semble tenir essentiellement à ce que le mélèze, perdant ses feuilles l'hiver et les poussant au printemps délicates et tendres, redoute excessivement les retours de froid qui ont quelquefois lieu lorsque la végétation a commencé, d'où résulte qu'il court beaucoup moins de chance si, par suite de son exposition au nord, sa pousse
est telardée. C'est ce qui fait que les noyers, comme les mélèzes, en général les arbres à jeune pousse délicate et à végétation tardive, viennent mieux dans les expositions froides que dans les chaudes. De Candolle reprit plus tard, dans un mémoire spécial qui parut dans la collection des Mémoires de la Société d'Ârcueil, le sujet de la géographie des plantes considérée dans ses rapports avec la hauteur absolue, sujet qu'il n'avait pu qu'effleurer dans les comptes rendus de ses voyages. Il avait déjà autrefois présenté des vues générales sur la géographie botanique, soit dans la Flore française^ soit dans un article du Dictionnaire d' agnculture ; mais les six années qu'il avait consacrées à parcourir tous les départements de l'empire avaient singu* liërement éclairci et étendu ses idées sur ce point intéressant de la physique du globe. Aussi le mémoire que nous venons de rappeler fut-il accueilli avec un vif intérêt, et a-t-il continué à occuper une place importante dans cette partie de la science. M; de Humboldt avait déjà traité la même question d'une manière très remarquable et avec ce degré de supériorité propre à tous ses travaux ; mais ses
recherches avaient eu principalement pour objet des faits recueillis sous les tropiques, tandis que ceUes de de Candolle avaient porté sur la France ; les résultats, quoique présentant en apparence une grande diversité, se trouvèrent rentrer dans des lois semblables, et la différence même des foits de détail devint ainsi une vérification de ces lois générales. Dans son mémoire, de Candolle considère rinfluence de la hauteur sur les plantes comme agissant indirectement par l'effet qu'elle exerce sur la température, sur l'intensité de la lumière, sur i*humîdité et sur ^a rareté jie Tair. Il examine successivement ces quatre genres d'influence. Il trouve que la dernière des causes que nous venons d'indiquer, le degré de rareté de l'air atmosphérique, considérée indépendamment de toute autre circonstance, ne parait pas avoir d'action directe sur la géographie des plantes, du moins entre le niveau de la mer et la limite des neiges perpétuelles, mais que c'est essentiellement la température qui détermine l'habitation de certaines plantes à telle ou telle hauteur. Il attribue cependant aussi un effet considérable à l'état de sécheresse de l'air dans
5 hautes régions, combiné avec rbumidité du sol iii résulte du rapfMTOchement des neiges étemelles, i une influence encore plus grande à l'action de t lumière solaire, qu'il estime être plua forte à luse de la rareté ou de la pureté de l'air dans les eux élevés. Ces deux actions tendent, suivant lui, fiiToriser Taccroissement des plantes et à auglenter chez elles le principe ligneux , ce qui les md {dus capables de résister au froid. Le Mémoire ont nous venons de rappeler les principaux résulits eat terminé par cinq tableaux qui r^iferment ,500 espèces de plantes, classées suivant les lilît^ en hauteur en deçà et au delà desquelles on
6 les trouve plus. D'après le premier tableau, il [*j a que 60 espèces, toutes vivaces, qu'on ne rerouve jamais au-dessous de 2,000 mètres ; d'après i second, il y en a 206 qui sont comprises entre ,000 et 3,000 mètres de hauteur, et ainsi de suite.
Ce travail de géographie botanique, par lequel le Gandolle compléta plus tard la partie de ses Uqpports qui a trait à ce sujet, nous a fait perdre le vue ces Rapports mêmes. J'y reviens maintenant.
Une proportion considérable de chacun d'eux
est consacrée à ragricultiire. Sous cette dénomi* nation se trouTe compris tout ce qui est relatif à Tusage économique des plantes sauvages , aussi bien qu'à celui des plantes cultivées; tout ce qui concerne les différents modes de culture , et les espèces que rexpérience indique comme les plus avantageuses à cultiver dans chaque localité; enfin tout ce qui a pour objet la fabrication et remploi des instruments aratoires , et les divers modes d'exploitation rurale. Cette exposition, aussi complète que peut le permettre le cadre nécessairement restreint d'un rapport, renferme un grand nombre de faits dont plusieurs ont trait à des usages anciens, qui étaient encore répandus, à l'époque dont il s'agit, dans certaines contrées reculées de la France, et dont quelques-uns sont loin d'être aussi défectueux qu'on pourrait le croire. De Candolle recueille avec soin des détails sur remploi qu'on fait des plantes sauvages pour des usages médicaux ou autres ; il cherche à indiquer le vrai nom de chacune de ces plantes, et l'usage particulier auquel elle est affectée. De temps à autre il en résulte la connaissance de certains faits propres à
une contrée , et des renseignements intéressants sur les habitudes et les mœurs de ses habitants, quelquefois même sur leur genre d'esprit. Dans les montagnes de la Haute-Loire , par exemple, on se sert des feuilles sèches du hêtre pour les pçtil ^ lasses des lits ; ces feuilles conservent longtemps leur élasticité, et font, quand on les remue, un bruit considérable; aussi les paysans de ces montagnes ont-ils l'habitude de dire qu'on y couche &ï parlement.
Les cultures spéciales occupent une place importante dans ces rapports : celle du tabac dans les départements du nord-est, celle des oliviers dans le midi, des mûriers et des vignes dans une grande partie de la France, du riz dans les départements de Test, sont Tobjet de renseignements intéressants recueillis sur les lieux , et de remarques sur l'extension et les améliorations dont ces cultures sont susceptibles. A l'occasion des rizières, de Candolle se livre à un travail statistiquç détaillé sur le degré d'insalubrité du pays où il s'en trouve; travail basé sur un tableau comparatif des mortalités, et sur le nombre des exemptions de cons-
seription pour cause d'inârmitéd;. il en tire la coUdiision qae les rizières, quoique tdalsàiiied, le soiit ][>ourtant beaticotip moins qu'on ne le prétend. A Toccasion de la culture de la vigne, il ebserte que les vignes du Ydiay, dans le département du Puyde-Dôme, situées à 400 toises ( 779 mètres) au^ dessus de la mer, sont les plus élevées de touteë celles qui existent en grande culture ; et qu'en te^ nant compte de l'abaissement de la température qui résulte de cette élévation , on trouve lin rap^ port naturel entre la limite des rigaes en hauteur et cette même limité en latitude, car la liinite S(^ tentrionale des vignes sur le même méridien Se trouve à Ëpernay, localité dont la latitude est telle que la température y est la même dans la plaine qu'au Velay, aune hauteur de 400 toises. A l'occasion des dunes qui bordent les côtes de la Belgique et de la Hollande , il montre ^ dans un mémoire spécial qui fait suite à ses rapports les moyens de les fertiliser, puis rappelle les travaux de Brémontier dans les dunes de Bordeaux , et la possibilité de faire croître dans ce genre de terrain des arbres, et en particulier le pin maritime. 11 indique com-
meut m poqiTiiit. au moyen de différentes précautions, parvenir à acclimater tout h fait dans les duqes câHaines espèces d'arbres qui y croissentdéjà natur^eo^ent, mais disséfpinés et non en groupes, ce ^i ne lein^ permet que dif(iciiement de résister 1^ efforts d|i vent ; et il insiste sur la convenwae de ffâre c^ç plantations en grand, soit pour ntiliser des terrains jusqu'ici sans valeur, gQi^ pour retenir le sable mobile dont ces dunes sont formées.
Les. doçnnients nombreux que de CandoUe avait réunis .dan$ ses voyages furent loin de pouvoir trpuver tous place dans les six rapports qu'il adressa au ministre de l'intérieur. Auss| avait-il, Iprmé le projet d'utiliser les matériaux qu'il était parvenu h se procurer, pour publier une Statistique végétale de la France^ ouvrage dans lequel le point de vne économique et statistiqqe, associé à la connaissance parfaite du règne végétal en France, aurait fait briller la variété et en niême temps Tbar- Itinnîe de ses connaissances. Mais la dislocation de l'empire français et les travaux d'un autre ordre dans lesquels il s'était engagé, l'empêchèrent de
réaliser ce plan , quoique Texécution en fût déjà passablement avancée.
L'utilité de ses voyages ne se borna pas chez de Càndolle à la publication de ses rapports ; elle fut grande aussi pour les contréeis mêmes qu'il par-^ courut. Partout où il passait, il réveillait le goût de la botanique, il encourageait les améliorations de l'agriculture, il semait, en un mot, autant qu'Q récoltait, faisant ainsi servir au profit de tous ce qu'il trouvait de boi^ chez chacun. Voici, au reste, comment s'exprime à cet égard M. Morren en parlant, dans sa notice, des deux rapports de de Càndolle qui sont relatifs aux départements du nordest et du centre :
« Ces rapports contiennent tant de vues justes et neuves sur notre agriculture, sur le sol de nos provinces , tant de comparaisons entre nos procédés et ceux de la France et de l'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'exprimer le désir de voir reproduire ces pièces, très peu longues d'ailleurs, sous les auspices de l'Académie royale de Bruxelles qui, si elle eût existé sous l'empire français, aurait
bien certainement reçu de son auteur les prémices d'un travail tout national. y>
€ C'est dans ce mémoire de de CandoUe, dit plus loin M. Horren à Toccasion de celui des rapports qui est relatif à la Belgique, que se trouve le mot dont la ville de Gand s'est prévalue en tant de droonstances, et qui a servi puissamment à faire de la capitale des Flandres le centre de cet immense commerce de fleurs, qui rapporte des mil* lions à la Belgique. Gand est la ville privilégiée de la botanique^ disait l'illustre botaniste genevois, et la Société royale d'agriculture et de botanique de cette ville a inscrit cet éloge mérité en lettres d'or dans ses annales ; il est peu de solennités publiques où le mot ne revienne et ne rappelle son sa* vant auteur. »
c M. de Candolle voyageait vite, ajoute M. Mor*
ren , et cette vitesse même prouve la promptitude
avec laquelle son esprit exercé savait constater et
choisir les faits. Un samedi il arrive à Yerviers,
parcourt avec M. Lejeune les bords de la Yesdre,
entre Verviers et Limbourg. Le dimanche il est à
Spa> herborisant dans les fagnes des Ârdennes, et
Ifi ^p|r U rpn4 visite k Vfi^^momUf^ UJmi k Mart" medy. Le lundi et \e n^ardi il fait ^veq eUa» Wl^. ^o^ frère et M. Lejeupe , d'immeqs^f^ li^l?|K)risations, QÙ il leur ipoi^tre uq qpinbre ÎDâni d*«[r^, depwiciniç^, d'œcidium^ négligea jusqif'^orii e^ il engage , par qes promptes trpviyaiUes et sq^ é|cH quence persuasive, l^ jeune botaniste h éto^ifiP dé§ormaii^ la çryptog?upie. I(a4en|piselle Ul>^t §§ ren4it si complètement à pp§ raisQus , qu'elle f^ Dpnça au3^ douceurs du mariage, commp pour être plus dignement la représeptaute de cette clause 4e végétaux, m
A la Qu <lp ^Sti, 4^ C^udoUe ^yait ac^eyé se^ voyages botanico-agronpmiques ; il av^t 4^]^ donué plusieurs cours, et l'babitude qu'il avait prise 4e renseignement le dispensait d'y coqsacrer autant 4e temps que dans les deux premières aunée^ de son professorat. Il put donc, à dater de cet^e épQr que, reprendre plus çopiplétement se§ travaux de bûtfinique prpprement dite, qu'il u'fiyait, 4u reste» jiimais perdus 4e vue au luilieu de ses voyages comme au ffîilieu de ses leçpns. Il rédigea alors le Supplément ^ la Flore française ^ dout j'ai déjà
rrr ils —
^; il Gpmpqga pliipieurs monogrsiphies, et fit signes niémoir63 spéciaux, au nombre desquels it un trav^ sur les caryophyllées , consacré ncipalament h exposer la découverte qu'il avait ;i» de ^)ets qui vont de la base du style joindre travers di^ Tovaire le sommet du placenta. Il '9li ce fQéQioire assez intéressant pour le pqrier ^9 P\ le lire h ^ Académie des sciences. Arrivé ^fly il ne prend pas la parole à la première Qpe |( laquette il assiste ; il la demande à la suiite, mais qe l'obtient qu'après M. Auguste de Qt-Hilaire. Par une coïncidence singulière, qui st pourtant pas rare dans l'histoire des sciences, de Saint- miaire lit un méiqoire sur le même i4, et contenant les n^épies observations que le !• Aussi, après avoir déclaré que ce qu'il voulire était identique avec ce qu'il venait d^endre, et qu'il serait par conséquent superflu d'en m&P communication h l'Académie, de CandoUe asmet gracieusement à M. de Saint-Hilare, qui vfut point encore fait de planche pour son tra- I, celle qu'il avait dessinée pour le sien; reconssaiit ainsi, sans la moindre mauvaise humeur.
la priorité de ce botaniste distingué, pour lequel il a toujours professé dès lors une haute estime.
Je n'insiste pas silr quelques autres recherches de moindre importance ; il me tarde d'arriver à la Théorie élémentaire de la Botanique ^ celle de toutes les productions de de CandoUe, qui, ainsi que j'en ai déjà fait la remarque, est le plus empreinte de ^originalité qu'avaient contribué à développer diez lui les circonstances nouvelles au milieu desquelles il se trouvait placé. Cet ouvrage résumait des idées qu'il avait conçues depuis longtemps, mais qu'il ne voulait livrer à l'impression qu'après les avoir bien mûries et les avoir appuyées sur des observations nombreuses. Peut-être aussi lui fallait-il, autant pour les mettre au jour que pour les adq[>ter définitivement, Tilidépendance dont il jouissait à Montpellier, et qu'il ne possédait pas au même degré à Paris, où il se trouvait entouré d'amis dont les opinions sur certaines questions générales d'histoire naturelle étaient en complète opposition avec les siennes. Cependant, effrayé lui-même de la hardiesse de conception qui perce de toute part dans son œuvre, il tiési(e au moment où, après
^ avoir mis la dernière main, il est sur le point de la livrer à l'imprimeur, n se décide à aller à Paris jM)ur consulter un de ses amis. Auquel s'adresserat-il? A un naturaliste? Mais, s'il a des idées différentes des siennes, comment sera-t-il impartial? A un savant occupé de sciences autres que l'histoire naturelle? Mais, fût-il même indépendant, ce ne serait pas un juge éclairé. Heureusement qu'il avait à Paris un ami, homme d'esprit et de tact, aussi remarquable par la finesse de ses aperçus que par la solidité de ses connaissances, M. Correa de Serra; cet aini, savant Portugais, que les événements avaient conduit d'abord en Angleterre, ensuite en France, où il demeura longtemps, est peu connu de la génération actuelle, malgré le mérite de quelques mémoires sur la botanique, parce que, ne recherchant point la gloire, ni les succès qui flattent la vanité, il bornait son ambition à être apprécié comme il méritait de l'être par quelques hommes dont l'opinion était pour lui d'un grand poids. Aussi parmi eux, les savants, même le plus haut placés, tels que Cuvier et Humboldt, attachaient une grande importance au ju-
gemûiit que portait sur leurs traTuux oet ans» tarqife, dont ils redoutaient la eritiqua tout en ej^ reconnaissant d'avance la justesse» Die CmioSk avait constamment reçii de Correa les témaignagei d^une amUié vraie et désintéreifsée. C'était donc, ^ tous égards, Thomme qu'il çbercliait :mm o'ett 1^ lui qu'il va lire $on manuscrit. Puis, après fin avqir achevé la lecture, il interroge son juge da i^gard^ attendant ayeja anxiété son arrêt; inaia, quand pour toute réponse Correa se borne à loi dire : Ixaprimez^ imprimez^ il n'hésite plus; <|t convaincu alors qu*i{ ne s*^^t pas tràmpé sur U valeur de son travail, il se décide à le publier.
L'ouvrage parut au commancement de 1813, et, malgré les événements politiques de l'époque, quî étaient bien faits pour distraire l'attention des tra* vaui^ de la science, il fit une très grande sensation. L^a première édition ayant été rapiden^ent épuisée, de CandoUe en fit paraître une seconde en 1819. U en préparait une troisième, qui était demandée depuis longtemps ; il ayait déjà rédigé dans ce but quelques morceaux nouveaux, et fait quelques corrections au texte, quand la mort yint
l'empêcher d'acbever sort travail. Soli fils s'est chargé de ce soin. Il a réuni avec une fidélité scrupuleuse tout cé qu'il a trouvé de relatif à cet objet dans les manuscrits de son père ; il n'y a fait d'aUtrfefe changtements que ceux que de Candolle avait lui-même projeté de taire, se contentant de jeter dtos quelques notes les obsetràtions qui lui paraissaient propres à éclaircir le texte sur certains points pàrticUliièrs. Cette dernière édition a paru
Les événements politiques de 1814 et de 1815, qui diangèrent la face de l'Europe, eurent à Montplsllier un grand retentissement. Us trouvèrent en de Candolle un homme étranger à tous les partis, toujours prêt à s'interposer entre les vaincus et les vainqueurs, rendant des services à ceux qui, victimes des réactions politiques, étaient exposés, dans ces moments de trouble, à de véritables dangers. N'être d'aucun parti, excepté de celui des per-
^ Le dernier chapitre de ceUe notice est consacré h une appréciation scientifique détaillée de ia Théorie élémentaire y de la Flore française et du Prodromus^ les trois ouvragée fondamentaux
sécutés, n'est pas le mo^en d'être en faveur auprès du pouToir, ni auprès de la multitude ; c'est ce que de Candolle éprouva bientôt. Aussi, ayant été obligé de quitter la place de recteur qu'il avait remplie pendant les cent jours, et affecté péniUiement de quelques tracasseries qu'on lui avait suscitées et de quelques injustices dont il avait été l'objet, il écouta favorablement les propositions bien modestes qu'on lui faisait pour l'attirer à Genève. Les mêmes considérations qui l'éloignairat de Montpellier étaient en partie de nature à l'empêcher de songer à Paris. U avait d'ailleurs édioué une troisième fois dans une candidature à l'Institut, par la nomination de M. de Mirbel à une place qui semblait lui appartenir de droit. U est vrai que la détermination qu'il avait prise de se fixer à Montpellier et l'incertitude où Ton était sll consentirait à revenir à Paris, avaient contribué à amener ce résultat ; mais il n'en avait pas moins été désappointé, et cette circonstance, jointe aux autres motifs que nous avons indiqués, l'avait fait pencher pour Genève.
Déjà il avait tourné ses regards du côté de son
pays natal lorsque le 31 décembre 1813, dans un repas fait à Montpellier avec ses compatriotes, il portait un toast à la restauration de Genève, qui, par une singulière coïncidence, s'accomplissait ce jour-là même. Déjà en 1814 et en 1815 il était venu à Genève juger par lui-môme de Tétat du pays, y voir ses amis et y ^porter des paroles de conciliation bien nécessaires alors pour empêcher des divisions qui semblaient conmiencar à naître. Il avait. pu, dans ces deux voyages, apercevoir combien sa présence était désirée à Genève, et entrevoir tout le bien qu'il* pourrait y faire ; il avait retrouvé ses parents, dont son retour lui permettrait de soigner les vieux jours ; sa femme le pressait de revenir dans le pays où elle avait aussi des parents et des amis. Tous ces motifs, et avec eux le sentiment d'attachement qu'il portait au fond de son cœur à sa véritable patrie, finirent par l'emporter.
Ajoutons qu'il était peu sensible aux avantages matériels et que ce genre de considération n'exerça jamais aucune influence sur ses déterminations.
La place qu'il abandonnait à Montpellier à une
époqae où il né possédait à peu pi^é riëri^ valait, pour les éhioluments, qtiatrefdiâ cellt de Genètè. n avïit tDiijoiirs ^n s'arranger dé t&çfôû h vivre avec i3es âiôdiques betenns satis se plèibdiré et sans qiiie sa digtiité en souffrit ; (fêtait là tihe des eaused de son indépendance vis-à-Vîs de tous lès gotivertiements. Les habitudes simples di^ sa jetthesi^e eauiséës pÉit h^ désastres dé la {révolution avaient puissamiuent cbUtribué à M douâér Cette heureuse dîspositioU. Et en effet, il est à rëitiaf^er que tous les hommes qui étai^t âgés de diji-fiiât à vingt ans quand commença la révolution, oUt toujours conservé un cachet de simplicité qUe U'avàieut pas leurs devanciers et que n'ont pas eu leUirs Bixocësseurs.
Quand, après son second voyage à Genève 6t une excursion qu'il fit en 1816 en Angleterre, dé Caudolle revint à Montpellier pour y donner son cour^, sa décision était prise ; à peine le cours est-il fer^ miné qu'il envoie sa démission ; et, à la SU d'août 1816, il part pour se fij^er définitivement à Genève.