DE FRANCE A PÉKIN
29 mai 1900.
Le d'Entrecasteaux et le Descaries sont mouillés à Tché-Fou.
Au reçu d'une dépêche du Ministre de France à Pékin, l'amiral Gourrejolles, commandant en chef la division d'Extrême-Orient, donne l'ordre au Descartes d'appareiller de suite pour Ta-Kou où il débarquera un détachement de 100 marins (yO du (VEnlrecasleaux et 50 du Descartes).
L'amiral, en me remettant ses instructions écrites, me recommande de me mettre en rapport avec les chefs des détachements étrangers que je rencontrerai à Ta-Kou, et de faire route avec
eux jusqu'à Tien-Sin, où j'aurai à me mettre à la disposition de notre consul général, M. du Cliaylard.
Trois officiers me sont adjoints : M. l'enseigne de vaisseau Henry, du d'Entrecasteaiix, M. l'enseigne de vaisseau Douguet, et M. l'aspirant Herber, du Descartes.
Les hommes emportent leurs sats, leur hamac, et chacun 316 cartouches. Nous avons, en outre, des vivres pour trois jours.
30 mai.
A 2 heures de l'après-midi, 100 Russes, 100 Français et 40 Italiens réunis sous le commandement supérieur du colonel russe de Vogack, embarquent avec armes et bagages sur un chaland ponté mouillé à 7 milles de l'embouchure du Peï-Ho. Trente Cosaques et autant de chevaux occupent depuis le matin le pont avant de ce chaland. Les vivres, les armes, les munitions et les hamacs sont déposés dans la cale.
A3^30, remorqués parun vapeur, nousmettons le cap sur l'entrée de la rivière. Le Koreetz, ca-
nonnière russe, nous escorte. Le colonel de Vog-ack, un enseig-ne de vaisseau russe, des mécaniciens et des chauffeurs russes, prêts à remplacer en cas de besoin l'équipage chinois ont pris passage sur le remorqueur.
A trois ou quatre milles de l'entrée de la rivière, le vapeur vire de bord et nous ramène au mouillage. Cette manœuvre reste pour nous incompréhensible jusqu'au moment où le colonel nous réunit pour nous dire que, les forts chinois ayant tiré, il ne sait dans quel but, 7 coups de canon à blanc, il préfère attendre la nuit pour franchir la passe. — Nous recevons en conséquence l'ordre d'être prêts à deux heures du matin et de ne laisser personne sur le pont.
Ces coups de canon que nous avions pris pour des saints échangés sur rade devaient être le seul essai d'intimidation des Chinois, et le seul incident de notre voyage jusqu'à Pékin.
Celte soirée au mouillage, qui eût pu nous paraître si longue, passa rapidement, grâce à l'amabilité de nos compagnons de route, les lieutenants de vaisseau Rahden, de la marine russe, et Paolini, de la marine italienne, grâce
surtout à l'accueil qui nous fut fait à bord de la canonnière russe.
A l'heure du dîner les hommes éventrèrent les boîtes d'endaubajçe, tandis qu'une embarcation venait prendre les officiers pour les conduire à bord du Koreelz.
31 mai.
A 2 heures du matin, nous appareillons. Le ciel est couvert et la nuit très obscure. Une grande jonque chinoise, toutes voiles dehors, sans feux, passe à contre-bord et tellement près, que les chevaux effrayés à la vue de ces immenses ailes plus noires encore que la nuit, qui semblent vouloir fondre sur eux, hennissent, se cabrent, et menacent de rompre leurs liens. — Les Cosaques ont grand'peine à les rassurer et à les calmer. Les Chinois non moins effrayés que les chevaux, poussent d'ailleurs, de leur côté, des cris assourdissants.
Un peu plus tard, nous apercevons sur notre droite, et assez loin, un sampan mouillé dans lequel un Chinois Rglle un fanal. Il ne peut plus
craindre d'être abordé; échang-erait-il alors des sig-uaux avec la terre? Cependant, aucun éclat lumineux ne vient briser la régularité de la ligne noire que nous avons devant nous.
Bientôt le jour paraît et nous permet de distinguer une côte basse, uniforme, ébréchée par le Peï-Ho ; c'est la ligne des forts de Takou.
Un silence complet règne à bord. Les hommes sont dans la cale et se tiennent prêts à aveugler une voie d'eau avec des couvertures ou des hamacs. Les officiers sont sur le pont arrière, à côté de l'homme de barre, un vieux Chinois qui ne paraît pas se rendre compte du rôle qu'on lui fait jouer. Lui seul pourrait dire, en passant entre les forts, ce que contient l'embarcation qu'il gouverne ; mais Rahden se penche vers lui, lui fait signe de se taire, et lui montre en même temps la crosse d'un revolver qui sort de sa poche. Ces deux éloquents gestes sont compris.
Nous approchons. Soudain, une sonnerie de clairon retentit, puis une seconde et une troisième. Les instruments s'appellent, se répondent ; leurs notes assourdies, ouatées de brume, sautent d'un fort à l'autre. Mais le remorqueur vole et
notre émotion dure peu ; nous voici à l'embouchure même de la rivière, entre les deux forts qui la défendent et qu'une petite encablure sépare l'un de l'autre. Nous passons; les canons sont derrière nous; encore quelques secondes et nous serons à l'abri de leurs coups. C'est fait! Et maintenant, en haut tout le monde, et en route pour Tien-Sin !
Le Koreetz est resté mouillé près de la barre ; ses pièces n'ont pas eu à répondre à celles des Chinois, et sa mission est terminée.
A 1 heure de l'après-midi nous accostons les quais de Tien-Sin, après avoir, en réalité, trouvé bien long- ce défilé de rizières, de champs de sorgho, de plaines nues et de villages miséreux, agglomérations de huttes faites de paille et de boue. Heureusement il a fait beau et les hommes ont pu rester sur le pont où ils se sont installés les uns pour dormir, les autres pour fumer, rêver ou deviser. Un Russe s'est mis à jouer d'un accordéon auquel sont fixées de petites clochettes que l'artiste agite avec un sentiment fort juste du rythme, ce qui produit un très gracieux effet. Nos matelots si amateurs de cet
instrument écoutent avec admiration. Bientôt aussi, devant le joueur, deux Cosaques commencent des danses dont tout l'art me paraît consister à essuyer sur leurs cuisses les tiges de leurs bottes, et à frapper le pont alternativement de la pointe du pied et du talon. Tout cela nous amuse quelques instants, à défaut d'autres distractions. A signaler aussi, comme assez drôle, la mimique d'un de nos marins expliquant à un Cosaque le fonctionnement du Lebel.
Sur les quais nous trouvons notre consul général, M. du Chaylard, dont la première pensée est de nous emmener déjeuner. Nous laissons donc le matériel dans le chaland, et la colonne gagne le quartier des consulats dans l'ordre suivant :
Le colonel de Vogack et son escorte de cosaques ;
Une musique chinoise; Les Français ; Les Russes ; Les Italiens.
Les enfants qui se jettent dans nos jambes pour mieux nous voir, et dans celles des musi-
ciens pour mieux les entendre, les jeunes filles qui nous escortent à bicyclette, les toilettes fraîches, claires, gaies, que nous croisons ou qui nous suivent, tout a un tel air de fcle, que nous commençons à nous demander ce qu'il y a de vrai dans cette histoire de « Boxeurs ». Nous pouvons croire que nous allons à une revue ; mais il est difficile de nous faire admettre que nous courons au secours de personnes menacées d'être égorgées.
Au consulat général, tout est prêt pour nous recevoir, et les matelots en particulier ne manquent de rien. Je ne saurais trop, à ce sujet, insister sur le zèle, l'inépuisable bonté, le dévouement et l'amabilité de M. du Chaylard.
Cependant, une dépêche de M. le ministre de France à Pékin arrive au moment môme où nous allions nous mettre à table. Les renforts sont attendus là-bas avec impatience. Après entente entre les consuls d'Angleterre, de France et de Russie, il est décidé que nous partirons le soir même, à 4 heures, par train spécial.
Je fais, pendant ce déjeuner, la connaissance
des docteurs Dépasse et Houillon, qui m'apprennent en quelques mots ce que sont et ce que veulent les Boxeurs.
J'accepte avec empressement la proposition du docteur Houillon qui désire nous accompagner jusqu'à Pékin. Il me fait remarquer que l'on ne sait pas du tout ce qui va se passer, et que le détachement français n'a pas de médecin. Enfin, ajoute-t-il, «je ne serai content que lorsque j'aurai remis nos matelots entre les mains du docleur Matignon, médecin de la Légation de France ».
Je laisse à Tien-Sin, pour garder le consulat général, 2o hommes du Descaries sous les ordres de M. l'enseigne de vaisseau Douguet, et à .3 heures et demie je conduis le reste du détachement à la gare.
Le train qui nous emmène contient :
75 Français,
7y Russes,
75 Anglais,
60 Américains,
40 Italiens,
30 Japonais.
Je fais prendre aux matelots tout ce qu'ils peuvent porter de cartouches sans être gênés, et il est convenu que M. du Chaylard nous enverra demain le matériel laissé dans le chaland : vivres, hamacs, sacs et munitions. — Il est d'ailleurs impossible de faire autrement si nous voulons partir de suite.
Pendant les trois heures que dure le voyage nous n'avons à lutter que contre la chaleur et la poussière ; heureusement, Herberque sa jeunesse appelle de droit aux fonctions de chef de gamelle a eu soin de glisser sous les banquettes quelques bouteilles de bière. Heureusement aussi, les officiers russes, non moins prévoyants, sont venus nous rejoindre avec des paniers de Champagne et d'eau gazeuse.
La conversation assez animée a pour sujet: les boxeurs et leurs exploits.
Une question se pose : les portes de Pékin sont généralement fermées à sept heures du soir ; le gouvernement chinois donnera-t-il l'ordre de les laisser ouvertes pour nous ? Si l'entrée nous est refusée, que ferons-nous sous ces murailles hautes de 17 mètres et épaisses d'autant, sans artillerie,
sans échelle ? Et puis, la seule idée de vouloir entrer de force dans Pékin avec notre poig-née d'hommes n'est-elle pas une folie ? Beaucoup pensent que si ; mais le colonel de Vogack paraît tellement peu douter du succès qu'il finit par nous persuader que cette idée est toute simple et toute naturelle. Avec un tel chef on peut en effet, j'en suis convaincu^ aller très loin, et faire de grandes choses.
A quelques kilomètres de la capitale, nous apercevons enfin des preuves de l'existence des Boxeurs : la gare de Feng-taï brûlée ou démolie. Heureusement la voie n'est pas détruite ; nous franchissons ces ruines et atteignons sans encombre la dernière station, Ma-Kia-Pou, située à une heure de marche de Pékin.
M. Chamot, propriétaire de 1' « Hôtel de Pékin», vient de suite se mettre à la disposition du colonel de Vogack et offrir ses services de guide et d'interprète. M"^" Chamot est là également ; c'est la première Européenne que nous voyons ; tous deux sont à cheval et armés chacun d'une carabine.
Nous apprenons que les portes resteront ou-
vertes pour nous ; mais que l'on nous attendait avec impatience, le danger devenant de plus en plus certain et inquiétant.
Une quinzaine de membres des Légations, tous à cheval, arrivent pendant que les hommes descendent et se rangentsur les quais de la gare-
Bientôt la colonne se met en marche à travers une quadruple ou quintuple haie de faces jaunes. Mais sur tout le parcours, en dehors des murs comme en ville, pas un seul cri, pas la moindre manifestation ; et cependant, la foule accourue pour nous voir passer est énorme. On a dit que les Chinois étaient 50 ou 60.000; ce chiffre ne me paraît pas exagéré. Nous aurions pu être étouffés entre ces deux haies, avant d'avoir eu le temps de charger nos fusils.
Enfin, à 8 heures et demie, les matelots trouvaient à la Légation de France un repos mérité. Le matériel, je l'ai dit, était resté à Tien-Sin, et ils durent se contenter pour dormir de quelques bottes de paille, ce qui ne parut nullement les gêner.
Quant à moi, dès que le ministre de France et jyjme pichon, qui dînaient ce soir-là hors de la Lé-
gation, furent de retour, j'allai leur présenter jnes respects, et leur demandai ensuite l'autorisation de prendre cong-é d'eux pour aller, àmon tour, m'étendre sur un matelas.
1" juin.
Le 1", après avoir pris, conformément aux instructions que j'ai reçues de l'amiral CourrejoUes, les ordres du ministre de France, je §"arde 30 hommes à la Lég^ation, et je partage le reste du détachement en deux groupes : un de 30 commandé par M. Henry et destiné au Pé-t'ang^, l'autre de 15, sous les ordres de M. Herber destiné au Nan-t'ang.
Je crois devoir faire remarquer à M. Pichon les inconvénients que présenterait cette division de nos faibles forces en cas d'attaque sérieuse, et il est à peu près convenu entre nous que cette répartition ne sera que provisoire.
La journée est employée à conduire les deux détachements à leur poste. M. du Chaylard, fidèle à sa promesse, nous envoie par le premier
train nos bag-ag-es, nos vivres de réserve et nos caisses de munitions.
Comme nous recevons le matin même les nouvelles les plus graves : villages incendiés, voies ferrées détruites, chrétiens massacrés, etc., etc., je charge M. Henry d'organiser de suite la défense du Pé-t'ang en s'inspirant des conseils de M""^ Favier. L'église nous paraît à tous deux occuper une position assez forte, et pouvoir tenir longtemps, même contre des adversaires bien armés, ce qui n'est pas le cas, puisque nous n'avons à craindre, nous dit-on, que quelques centaines de pillards et d'incendiaires.
En plus de ses trente matelots, M. Henry dispose de 400 ou 300 catholiques chinois dont les familles ont été plus ou moins maltraitées parles Boxeurs, et auxquels M»"" Favier a fait donner des lances ou des piques. — Enfin, je laisse Henry très heureux de la mission qui lui est confiée, et qu'il avait désirée ; je suis sûr qu'il apportera dans l'exécution de cette mission tout le zèle et tout le dévouement qu'il est possible d'y apporter.
Au Nan-t'ang, au contraire, la position des 15
~ lu —
hommes me semble, comme à Herber, infiniment plus dang-ereuse, et je reviens à la Légation, bien décidé à demander au ministre de France le rappel de ce détachement. Il me paraît plus logique de réunir les religieux dépendant de cette église à ceux du Pé-t'ang, et de concentrer nos forces sur deux points seulement, en faisant, c'est le cas de le dire, la part du feu.
Cette proposition est agréée par M. Pichon, qui me promet de la soumettre à M^'' Favier.
2, 3 et 4 juin.
Si au Pé-t'ang les matelots sont très confortablement installés, il n'en est pas de même à la Légation de France où, au contraire, rien n'est disposé pour recevoir un détachement. — Aucune disposition ne permet de crocher les hamacs, et les hommes dorment provisoirement sur de la paille, dans les appartements réservés autrefois à l'aumônier de la Légation et attenant à la chapelle.
La cuisine est faite dehors, en plein air, ce qui
peut aller jusqu'au jour où, la pluie aidant, la sauce s'allong-era plus qu'il ne convient. Le fourneau, d'ailleurs trop petit, venait d'être achevé* quand nous sommes arrivés.
Le quartier-maître charpentier Butor bâtit à la hâte les tables indispensables ; d'autres sont commandées à un menuisier chinois des environs.
Sur les conseils du docteur Malig-non nous transformons une vieille barrique en filtre en la remplissant à demi de charbon de terre et de brique pilée. — Nous faisons bouillir l'eau. — Une planche reposant sur deux vieilles bailles prend le titre de banc. — Le Gloanec colle sur les murs des morceaux de papier pour indiquer aux hommes leur « poste de couchage » ; il rédige un projet de tableau de « l'emploi du temps » où, sur mes recommandations, la plus large part est laissée à l'instruction du tireur et à la gymnastique. — Le docteur vaccine les hommes.
Mais pendant que nous prenons toutes ces dispositions, que deviennent nos ennemis? Impossible de le savoir. Impossible de tirer un renseignement précis des nouvelles généralement pes-
simistes et alarmantes qui nous parviennent sans interruption et de tous les côtés. — Les Boxeurs sont partout et on ne les voit nulle part. Hier ils étaient 300, aujourd'hui ils sont 3.000. On les dit tous réunis au nord de Pékin et ils détruisent des voies ferrées dans le sud. — Le gouvernement chinois arme des troupes pour protéger les Européens ; ces troupes font cause commune avec les Boxeurs. — Ce dernier bruit est démenti, puis confirmé ; démenti une seconde fois, et ainsi de suite.
Cependant il n'est pas douteux que les troupes de Tong-Fou-Siant(, campées aux portes de la ville, fraternisent avec les rebelles. Le nombre des chrétiens massacrés, des villages brûlés augmente. Les trains de Tien-Sin n'arrivent plus réguUèrement à Pékin ; on s'attend même à voir couper la ligne télégraphique.
Une nouvelle plus grave encore nous parvient : le personnel du chemin de fer, d'abord réfugié à Pao-ting-Fou, a été attaqué par les Boxeurs pendant qu'il opérait sa retraite sur Tien-Sin. Six Européens sur 30 ont disparu. Le courage de cette petite troupe a été remarquable, et ce n'est
que par des prodig-es de bravoure et d'endurance que les survivants ont pu échapper à la mort.
En présence de ces faits, je décide de n'accorder, jusqu'à nouvel ordre, aucunepermission ; pour les corvées extérieures, je recommande de ne jamais laisser sortir un matelot seul.
5 juin.
M. Pichon me donne l'ordre de faire revenir à la Lég"ation de France les 13 hommes du Nant'ang-. — Il est convenu que le personnel de cet établissement religieux se retirera surlePé-t'ang dès qu'il se croira sérieusement menacé.
L'arrivée du détachement de M. Herber porte à 43 le nombre des fusils chargés de défendre la Légation. Pour tirer de ces armes le meilleur parti possible, je ne crois pas prudent d'attendre l'ennemi à l'intérieur de la Légation ; je préfère former deux sections qui, au premier signal, devront occuper extérieurement les angles nord-
est et sud-est du pentagone que nous avons à protéger. La rue des Légations au sud, la rue de la Douane à l'est, et une petite ruelle au nord pourront être balayées ainsi dans d'excellentes conditions par des feux de salve. Les deux autres côtés sont g-ardés par la Légation du Japon et par le personnel de 1' « Hôtel de Pékin ».
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Si nous sommes forcés de battre en retraite, le poste sud-est se repliera par la porte principale P, et le poste nord-est par une ouverture que je fais percer dans la muraille nord en 0.
Le terrain sera disputé pied à pied, en reculant de maison en maison ; la dernière résistance aura lieu autour de la chapelle où, dès le début de l'attaque, se réfugieront femmes et enfants.
Telles sont les dispositions que je crois devoir prendre de suite, en attendant qu'une entente ait eu lieu entre tous les chefs de détachement.
La veille se fait, suivant les circonstances, par section, par demi-section, ou par escouade. Dans tous les cas, les hommes de service se tiennent à l'intérieur de la Légation et en face des ouvertures par lesquelles ils devront sortir à la première alerte. J'évite ainsi les rassemblements et surtout les provocations.
Quelques factionnaires sont placés sur des toits d'où ils peuvent observer sans être vus; particulièremement sur celui de la serre et sur celui de la cave de M. Pichon (voir le plan).
Dans l'après-midi, les Italiens envoient au Pé-t'ang- dix de leurs matelots commandés par M. l'enseig-ne Olivieri.
Les nouvelles de la journée sont d'ailleurs un peu moins alarmantes ; les Boxeurs se seraient dispersés dans le nord, sur le refus de la cour
de les laisser pénétrer en ville. — D'autre part, on nous assure que les communications entre Pékin et Tien-Sin seront bientôt rétablies.
J'ai fait aujourd'hui mes visites officielles aux représentants des différentes puissances. M. Mûrisse, premier interprète de la Lég"ation de France, a bien voulu m'accompag-ner et me servir de pilote. — J'ai appris par M. de Giers, ministre de Russie, que le colonel de Yogack était reparti pour Tien-Sin. Je le reg-retle d'autant plus que je comptais prier le colonel de vouloir bien réunir les chefs de détachement afin de leur permettre de s'entendre sur les mesures générales à prendre, — En rentrant, j'ai prié notre ministre de provoquer celte réunion en en parlant à ses collègues.
A sept heures tout est tellement calme autour de nous que je laisse la direction du personnel à M. Herber pour aller dîner, à cinquante pas de la Légation, chez M. de Gieter, professeur de français à l'Université Impériale. — Je retrouve là deux autres compatriotes non moins charmants et agréables que mon hôte, MM. Feit et Pelliot; tous les quatre nous passons gaîment la
soirée à rire des Boxeurs et à faire des projets pour l'avenir.
6 juin
Au Pé-t'ang-, M. Henry a pris des mesures très saçes et très prudentes, en diminuant par de solides barricades le nombre des passages à surveiller ; sa défense se trouve ainsi concentrée en deux points. Il entraîne admirablement son personnel, et va jusqu'à faire faire l'exercice aux lanciers chinois. — Aujourd'hui il m'écrit :
« J'ai reçu hier le détachement italien et me suis mis aussitôt en rapport avec son commandant. Je crois qu'avec trente hommes, j'ai très suffisamment de monde, surtout n'ayant plus à m'occuper des sœurs (1).
« Cette nuit j'ai attendu en vain l'attaque.
(1) Les Italiens étaient spécialement chargés de défendre la partie occupée par les sœurs.
Les Chinois, armés d'instruments divers, ont fait le service par bordée, mais tous restant à leur poste de combat. Vous ne pouvez pas vous imaginer le spectacle digne de Salammbô, qu'offrait au clair de lune cette horde de Chinois enturbannés de blanc et armés d'immenses pieux souvent, hélas ! veufs de fer. »
Les officiers se sont réunis aujourd'hui à la Légation d'Angleterre, sur la convocation du chef du détachement anglais. M, de Below, premier secrétaire de la Légation d'Allemagne et l'attaché militaire allemand, assistaient à cette conférence. Le choix fut de suite proposé entre les deux seules solutions possibles : ou bien laisser chaque légation abandonnée à elle-même, ou bien réunir tous nos efforts pour protéger le quadrilatère qui les renferme toutes à l'exception de celle de Belgique. — C'est cette dernière solution qui fut adoptée. — Il est convenu que le ministre de Belgique se retirera avec son personnel dans la Légation qu'il lui plaira de choisir; les officiers ont décidé en outre de se réunir demain à trois heures pour discuter les plans de défense proposés.
Nous logeons, Herber et moi, dans le pavillon dit « des Etrangers », qui comprend deux chambres à coucher avec cabinet de toilette, et un salon qui nous sert aussi de salle à manger. Ce serait bien si c'était propre ; mais d'innombrables générations de Chinois ont empuanti les meubles et les tentures de ce pavillon bien avant qu'il n'abritât des étrangers. Le salon est d'ailleurs à tout le monde, sauf à nous ; c'est le rendez-vous de tous les Français de Pékin, membres de la Légation et pensionnaires de l'hôtel Chamot ; c'est là que sont apportés tous les bruits, tous les cancans, toutes les nouvelles officieuses ; c'est là que sont disculées, même par les femmes, les nouvelles officielles.
7 juin
La situation ne s'améliore pas, au contraire. Les boxeurs pénètrent en ville par groupes de
cent environ, et se réunissent dans des pag"odes. A l'extérieur ils continuent leurs tristes exploits, et le nombre des chrétiens qui viennent chercher aide et protection au Pé-t'ang ou dans les lésî'ations. ausrmente d'heure en heure.
Le directeur des chemins de fer a déclaré, diton, à M. du Chaylard que, par ordre du Tsonç- Li-Yamen, aucun train ne serait mis à la disposition des troupes étrangères qui tenteraient de se rendre à Pékin.
La conférence des chefs de détachement a eu lieu aujourd'hui à 3 heures. Tous les officiers étaient à peu près d'accord sur deux points :
1° Réunir toutes les femmes et tous les enfants à la lég:ation d'Ang-leterre dès que les hostilités seront commencées.
2" Etablir un poste très solide à chacun des sommets du quadrilatère qui renferme toutes les légations.
Malheureusement, les détails ne furent pas arrêtés. Les conditions dans lesquelles ces postes seront établis, — les emplacements exacts qu'ils devront occuper, — les itinéraires des patrouilles,
— les emplacements des soutiens et des réserves,
— les lignes de retraite à garder, — etc.. rien de tout cela ne fut décidé, en dépit des efforts du capitaine anglais Strouts dont la courtoisie est parfaite, et de ceux de M. de Below qui, parlant admirablement quatre langues, essaya de ramener tout le monde à un sujet unique de discussion.
En somme, les officiers se sont séparés, étant, comme avant la réunion, à peu près décidés à ne faire que ce qu'ils croiraient devoir faire pour la défense de leur propre légation.
L'absence d'un chef, d'un supérieur dont l'autorité eût été reconnue et acceptée de tous, s'est lait trop sentir. Espérons qu'il n'en résultera [)as de conséquences trop graves.
En ce qui me concerne, je compte participer à la défense des deux postes qui me paraissent tout naturellement relever de nous : celui qui protégera l'Autriche, et celui qui protégera l'Italie.
8 juin.
La situation est très tendue. Le bruit circule que les boxeurs ont l'intention de nous attaquer la nuit.
Au Pé-t'ang-, tout paraît calme ; M. Henry m'écrit ces deux mots :
« Rien de particulier à vous signaler ; les hommes sont pleins d'entrain, connaissent bien leurs divers postes de combat, et ne désirent qu'une chose : c'est de voir arriver les boxeurs qui nous font « poser » depuis trois nuits.
9 juin.
L'Impératrice est rentrée, dit-on, à Pékin, et a licencié 10.000 (?) soldats chinois armés. Cette nouvelle est peu faite pour nous rassurer; si ces troupes, livrées à elles-mêmes, se réunissent aux boxeurs, ou leur cèdent simplement leurs armes, le danger peut devenir très grand pour les Européens.
Les rebelles ont allumé cette nuit plusieurs incendies ; le stand du champ de courses est brûlé.
Les boxeurs pénètrent de plus en plus dans la capitale ; ils se réunissent pour délibérer, dans des pag-odes que les chrétiens chinois nous désignent. Aucun d'eux cependant ne s'aventure dans le quartier des lég-ations, et nos matelots s'impatientent, mais conservent leur zèle et leur entrain.
L'habitation de Sir Robert Hart, située dans la rue de la Douane, entre la lég-ation de France et celle d'Autriche, est mise en état de défense; le personnel des douanes déploie, à cet effet, une très grande activité.
Je reçois dans l'après-midi une lettre de M, Henry. « Nous avons eu cette nuit, me dit-il, plusieurs alertes. A minuit et demi on est venu me prévenir qu'un grand incendie venait d'être allumé dans l'ouest, à quelques centaines de mètres de nous, et un autre dans le sud-ouest, mais plus loin. Ces incendies ont duré toute la nuit. A deux heures et à trois heures j'ai été réveillé par plusieurs coups de fusil tirés tout
près de nous, dans le nord-est ; mais rien ne s'en est suivi. Il n'y avait d'ailleurs pas, autour de nous, de rassemblements inquiétants. »
Comme on s'attend toujours à cette attaque annoncée, M. Piry, inspecteur des douanes, envoie, sur ma prière, M™^ Piry et ses quatre enfants passer la nuit à la Légation de France.
L'installation provisoire des marins est à peu près terminée ; le confortable viendra plus tard si le détachement est maintenu à Pékin, et si les circonstances le permettent. Ce qui existe suffit en cette saison.
10 juin.
Le ministre de France reçoit de Tien-Sin un télég'ramme lui annonçant le départ pour Pékin des détachements suivants :
Allemands 100
Russes 100
Français 400
Anglais 500
Américains 100
Italiens 40
Autrichiens 25
Japonais 30
A ces troupes attendues il faut ajouter 50 Allemands et 30 Autrichiens qui sont arrivés ici 24 heures après nous. — 1.430 militaires (officiers non compris) seront donc réunis ce soir dans le quartier des Légations.
La nouvelle est accueillie avec une joie d'autant plus grande que le prince Tuan, père de l'héritier présomptif et chef avéré des boxeurs, vient d'être nommé vice-président du Tsong-Li- Yamen.
Quelques heures après l'arrivée de la dépêche de Tien-Sin, le fil est coupé.
Le gouvernement chinois prévient les représentants des puissances qu'il dégage sa responsabilité pour l'avenir en présence de ce fait, que de nouveaux détachements ont été appelés sans son autorisation.
Le train qui doit amener les renforts est attendu à trois heures ; des voitures vont à la gare pour le transport des bagages et des munitions;
elles attendent en vain jusqu'à la nuit et plusieurs d'entre elles sont bousculées par les boxeurs. Mais ce retard ne nous étonne point ; nous savons que le train ne peut avancer qu'en réparant la voie devant lui. Si les dég^âts ne sont pas trop considérables, il arrivera demain matin, où, au plus tard, demain soir.
Une grande animation règ-ne dans la ville chinoise. Il est de plus en plus dang'ereux de circuler seul et sans arme. Les postes, doublés partout, reçoivent l'ordre d'exercer la plus grande surveillance.
11 juin.
La nuit se passe sans incident. Comme la veille, nous envoyons des charrettes à la gare. M. Chamot qui parle admirablement le chinois m'offre de les escorter avec 4 marins armés. Je crois devoir prendre l'avis de M. Pichon en lui faisant remarquer que si les 23 ou 30 voitures doivent être attaquées comme hier, ces quatre hommes seront forcés d'user de leurs armes, ce
qui peut les amener à se trouver dans une très mauvaise situation, en présence d'une foule haineuse. Le premier coup de fusil tiré aura, ce n'est pas douteux, de très graves conséquences. Si les troupes arrivent, elles seront assez nombreuses pour assurer elles-mêmes la garde de leurs bagages; si elles n'arrivent pas, pourquoi exposer sans raison la vie de M. Chamot, et celle de nos marins ? Enfin, dans tous les cas, la vue de ces quatre hommes en armes n'aura-t-elle pas pour effet de provoquer nos ennemis et de les exciter ?
Le Ministre de France décide que les voitures iront seules à la gare, à leurs risques et périls.
M. Sugiyama, chancelier de la Légation du •lapon, va, en charrette fermée, au devant des troupes. Il est reconnu, attaqué et assassiné par les soldats de Tong-Fou-Siang, campés à Ma- Kia-Pou. — Dès que les Japonais connaissent l'affreuse nouvelle ils envoient rechercher son corps ; mais il ne peut être retrouvé. On nous rapporte que les assassins ont arraché le cœur de leur victime, et l'ont porté à leur général.
Le câble russe de Pékin à Saint-Pétersbourg, via Kiackta, est coupé.
La nuit est venue ; les charretiers, qui n'ont pas été inquiétés sont de retour; les portes delà ville sont maintenant closes, et nous sommes sans nouvelle des troupes.
Que va-t-il se passer? Un silence impressionnant enveloppe le quartier des Légations ; les rues, naguère pleines de vie, sont désertes ; à peine renconlre-t-on encore, çà et là, quelques mendiants, quelques loqueteux, quelques espions, peut-être. Chacun sent qu'un danger le menace, mais nul ne veut y croire.
12 juin.
Rien!
Nous espérons que lord Seymour abandonnera la réparation de la voie s'il rencontre de trop grandes difficultés, et que les troupes viendront à pied. Cependant, si nos ennemis sont bien décidés à nous attaquer, ils le feront, sans aucun doute, avant l'arrivée de ces renforts ;
aussi nous tenons-nous prêts à toute heure du jour et de la nuit.
Les Japonafs n'ont pas encore obtenu le corps de leur chancelier.
13 juin.
Ce matin, deux Boxeurs revêtus de leurs insignes (ceinture et jarretières rouges) et armés de grands couteaux ont eu l'audace de traverser le quartier des Légations ; ils ont été arrêtés et conduits près de M. Ketteler, ministre d'Allemagne.
A propos des secours que nous attendons, la même question est sur toutes les lèvres : Que deviennent-ils ? L'impatience augmente.
Les trois chefs de détachement, français, allemand et italien, chacun avec une quinzaine d'hommes, sont allés, vers 3 heures, fouiller une pagode située à environ 500 mètres dans l'est de l'Autriche. Les Boxeurs, sans doute prévenus, ont eu le temps de partir. Nous n'avons trouvé que quelques armes abandonnées : arcs,
flèches, lances, sabres et couteaux. Le baron Ketteler assistait à cette chasse.
Je crois que l'insuccès de l'expédition a été dû au défaut d'entente préalable entre les officiers ; il est à craindre qu'il en soit toujours de même quand des troupes de nationalités différentes voudront combiner leurs eff"orts : le plus ancien n'ose pas parler en chef, et les plus jeunes ne sont pas sûrs d'avoir à obéir. En sautant par-dessus le mur de la cour pour ouvrir la porte à nos marins, j'ai vu s'enfuir une dizaine de Chinois qu'il nous a été impossible de retrouver dans la suite ; or, ils n'ont pu sortir qu'en usant du moyen que j'avais employé pour entrer. Si l'enceinte avait été cernée, comme il était convenu, nous les eussions pris.
A y heures du soir, des boys nous préviennent qu'une bande de rebelles se dirige sur le quartier des Lég-ations, venant de l'est. J'envoie une demi-section avec Herber à la Légation d'Autriche, et je me porte avec une autre demi-section à la légation d'Italie. La deuxième section reste mi-partie à l'angle nord-est, mi-partie à l'angle sud-est de la Léo^alion de France.
En outre, de nombreux volontaires armés de carabines ou de fusils de chasse, et ayant à leur tète M. et M""® Chamot, franchissent les lignes italiennes et françaises dans la rue des Légations, et vont à la rencontre des Boxeurs. A 5 heures et demie ces derniers entrent par la porte Hata- Men, et suivent la rue du même nom, après avoir mis le feu à la mission protestante. Une dizaine de coups de fusil, tirés par les volontaires, met en fuite ceux qui s'aventurent dans la rue des Légations ; cinq sont tués, parmi lesquels un gamin de quinze ou seize ans, qui présentait sa poitrine aux balles.
Nos ennemis s'éloignent et se dispersent sans insister davantage. Pendant que M"'® Chamot tient en respect sept ou huit Chinois avec sa carabine, son mari ferme la porte de Hata-Men et prend la clef.
Ce premier succès, dans lequel nos troupes ne sont pour rien, a, en somme, une portée assez grande : il a prouvé aux Boxeurs qu'ils ne sont pas invulnérables, comme ils se plaisent à le croire ; et qu'il ne suffit pas, pour le devenir, de prononcer quelques paroles magiques ou de
faire certaines incantations. Il nous a permis de constater, en outre, que nous n'avons à craindre que des torches, des sabres et des couteaux, mais pas une arme à feu.
Tout en admirant le courage des volontaires, je me vois obligé de les blâmer de ce que je considère comme une imprudence de leur part, et de leur faire remarquer que nos marins sont là pour les protéger, et non pour être protégés par eux. M. Salvaggo-Raggi, ministre d'Italie, et M. Paolini, me prient de leur dire également de ne plus se mettre, à l'avenir, entre les matelots italiens et l'ennemi.
A 6 heures, j'envoie quatre hommes prendre Mme piry et ses enfants, ainsi que M""" et M"« Bredon. M. Bredon, député inspecteur des douanes, et M. Pirj, restent à la douane.
A 8 heures, l'église du Toung-t'ang, au nord de la Légation d'Autriche, et la chapelle protestante du Toung-Tche-Oueou, sont en feu. Les incendiaires, torche en main, descendent sur le quartier des Légations par la rue qui prolonge la rue de la Douane.
La mitrailleuse autrichienne balaie cette foule
en moins de trois minutes. Nous envoyons une patrouille pour constater l'effet produit, mais, à son grand étonnement, elle ne trouve, dans cette rue naguère envahie, que le cadavre à demi carbonisé et fumant encore, d'une vieille femme, une chrétienne sans doute. Les Boxeurs ont-ils déjà enlevé morts et blessés ou ont-ils tous échappé aux balles autrichiennes? Les torches, en assez grand nombre, paraissent avoir été plantées en terre ; il suffit alors de deux ou trois personnes descendant la rue et les allumant toutes, successivement, pour nous donner de loin, et dans la nuit, l'illusion d'une foule s'avançant sur nous. Si telle est la clef de l'énigme, la ruse est bonne et a merveilleusement réussi.
Quoi qu'il en soit, nos ennemis sont véritablement peu dangereux, et, depuis qu'ils ont constaté, à leurs dépens, leur parfaite vulnérabilité, ils ont un profond respect pour les fusils européens auxquels ils tournent les talons à la première injonction. Espérons qu'il en sera toujours ainsi, du moins jusqu'à l'arrivée de nos troupes.
M. Henry m'informe que « hier soir, une
centaine de Boxeurs se sont arrêtés tout près du Pé-t'ang-, et ont continué leur marche, après quelques minutes de halte, sans attaquer ».
La soirée s'achève sans incident. Montés sur sur le toit plat des écuries et de la cave, à l'angle nord-est de la Lég^ation, nous reg'ardons brûler autour de nous les temples, les églises, toutes les maisons dont le seul crime est d'avoir abrité des Européens. La nuit est belle, la température paraît agréable après la grosse chaleur du jour, et nous sommes forcés de reconnaître que le spectacle ne manque pas d'attraits. Au ciel paré comme pour un jour de fête, les rieuses étoiles elles-mêmes semblent s'en amuser. Cependant notre pensée s'élance jusqu'au Toungt'ang pour y chercher, au milieu des flammes, les restes du Père Doré : il n'a pas voulu quitter son église ! Quel aura été son sort ? Nous pensons aussi que ces pyramides de feu diront aux renforts que le nombre des victimes est assez grand et qu'ils doivent se hâter.
Nous restons toute la nuit sur notre toit. Le Toung-t'ang brûle jusqu'au matin.
14 juin.
Si le bruit qui circule est exact, les troupes de Tong-Fou-Siang- nous attaqueront dans la journée. Nous barricadons les rues principales. Il est décidé que nous ne laisserons entrer et sortir du quartier des Légations que les Chinois munis de laisser-passer. Mais qui a pris celte mesure ? Oui rédigera les laisser-passer ? Oui les signera ou les visera? Autant de points d'interrog-ation, et, par suite, pas de contrôle possible. Des boys chinois présentent aux barricades des cartes de leur maître, cartes sans doute volées, et s'en vont pour ne plus revenir. Ces mêmes cartes sont remises à d'autres Chinois, espions au besoin, qui viennent, regardent et sortent par une autre issue, en présentant toujours le même papier de plus en plus sale et crasseux.
Les élèves interprètes de la Légation de France apprennent que leur maison qu'ils avaient abandonnée pour venir se réfugier près de nous, a été pillée et incendiée la nuit dernière.
Trois volontaires se mettent à notre disposi-
tion et nous proposent de joindre leurs efforts aux nôtres pour sortir du mauvais pas dans lequel nous paraissons engagés ; ce sont MM. Labrousse, capitaine d'infanterie de marine qui rejoignait l'Europe par le transsibérien, et qui se trouve prisonnier dans Pékin ; Pelliot, chargé par le gouvernement de l'Indo-Chine d'une mission archéologique, et de Giéter.
Le ministre de France reçoit dans la journée une lettre de I\L le capitaine de vaisseau de Marolles, qui annonce l'arrivée de la colonne de secours à Lang-Fang, à 60 kilomètres de Pékin, 60 kilomètres ! Trois jours de marche ! Peut-être quatre! Peut-être, qui sait? davantage encore ! Militaires et diplomates s'étonnent un peu de voir l'amiral Seymour s'entêter à réparer la voie, quand les troupes qu'il commande seraient si utiles ici. Quelques optimistes trouvent très naturel que l'amiral tienne à rester en communication avec Tien-Sin ; mais les pessimistes, beaucoup plus nombreux, estiment que cette précaution est superflue, étant donné que quarante bâtiments de guerre mouillés à Takou peuvent lancer derrière la colonne les détachements
nécessaires pour assurer cette communication. En somme, on s'impatiente ; les mécontents sont nombreux et chez la plupart des assiégés le courage est momentanément abattu.
A 7 heures du soir, les Allemands, du haut de la muraille, tirent sur des Boxeurs rassemblés dans la ville chinoise et en tuent quelquesuns ; l'animation est très grande, peu de temps après, de l'autre côté du rempart qui nous protège.
Un peu plus tard, les porteurs de torches recommencent, au nord de la rue de la Douane, la manœuvre d'hier ; une demi-section se porte à la barricade de la Légation d'Autriche ; elle y est d'autant plus nécessaire que le ministre de Belgique a tenu à rester dans sa légation et que M. de Rosthorn, premier secrétaire de la légation d'Autriche et ministre par intérim, lui a fait envoyer une garde de huit Autrichiens.
Dans la ville chinoise, les clameurs, les vociférations augmentent et deviennent véritablementimpressionnantes. Une foule énorme, massée au pied de la muraille, c'est-à-dire à moins de 100 mètres de nous, hurle des cris de ven-
g-eance : Chà-châ ! (tue ! tue !) Chô-chù ! (brûle ! brûle !) Par moments, il semble que cette horde de forcenés escalade les cinquante pieds de granit qui nous abritent. Si la muraille s'ouvrait pour livrer passag^e à ce flot furieux, nous serions perdus ! Ce vacarme épouvantable ne cesse que vers 2 heures du matin.
A peu près à la même heure, la légation de Belgique, menacée, demande des renforts ; six Autrichiens et six Français, dontle second maître Le Gloanec, partent sous la conduite d'un officier autrichien. Les incendiaires sont mis en fuite; deux sont tués et quinze faits prisonniers. Le Gloanec revient avec une lég"ère contusion à l'arcade sourcilière gauche ; cette blessure qui provient d'un éclat de pierre ou de bois est sans gravité.
Je vais jusqu'à la légation d'Autriche pour défendre aux Français de quitter la barricade sans mon autorisation. Je considère en effet que ces patrouilles sont très dangereuses, surtout la nuit, non pas tant à cause des Boxeurs qu'à cause des soldats chinois prêts à nous attaquer et avec lesquels nous devons chercher à éviter
un conflit. Je m'étonne d'ailleurs que la légation de Belgique ne soit pas abandonnée, comme cela était convenu; cette légation, située à plus d'un kilomètre de nous et complètement isolée, peut devenir une grosse source d'ennuis si on s'entête à vouloir la sauver. — Bref, j'estime que notre rôle doit se borner à nous défendre che:^ nous et non à aller attaquer, dans des rues étroites et tortueuses, des ennemis dont nous ne connaissons ni le nombre, ni les intentions, ni les moyens de défense. Des sorties dans ces conditions, surtout lorsqu'on ne dispose que d'une poignée d'hommes, peuvent facilement tourner en désastres. Gardons-nous surtout de provoquer nos adversaires et de rechercher des combats d'où, même victorieux, nous ne pouvons sortir qu'affaiblis.
Pendant la nuit, les Chinois incendient l'église protestante de l'Evêque dans l'ouest, et le Nant'ang. — Heureusement M. Chamot, prévenu par des boys, a pu, aidé de quelques volontaires (pensionnaires de l'hôtel), aller chercher le père d'Adozzio et les frères de notre étabhssement religieux, et les ramener à l'hôtel.
15 juin.
Des chrétiens chinois, des femmes et des enfants surtout, viennent en très grand nombre chercher un abri dans le quartier des Légations. Le palais du prince Sou (Sou-Wang-Fou), vaste résidence comprenant un immense parc et plusieurs grandes cours, est misa la disposition de ces malheureux, presque tous couverts de brûlures ou de blessures horribles. L'un d'eux m'est amené au Pavillon des Etrangers par son père, un vieillard infirme ; c'est un enfant de seize à dix-huit ans qui a reçu quatre coups de sabre : trois sur la tête et un qui lui a tranché le quart du cou. Nous nous demandons comment le pauvre garçon peut vivre encore ! Il est dans cet état depuis cinq jours, et les versgrouillent dans ses plaies. Le docteur Matignon panse de suite ces affreuses blessures (1).
(1) Un mois plus lard, je retrouvais ce Chinois dans le Sou-Wan^-Fou ; il était complètement guéri.
Les bruits les plus contradictoires continuent à circuler sur l'arrivée des troupes : tout le monde en parle, nul ne sait rien. L'énervemenl aug-mente. Enfin, à 7 heures du soir, le ministre de France me communique une lettre du baron Ketteler : « Sir Claude Macdonald, ministre « d'Angleterre, a reçu une lettre de l'amiral « Seymour, datée du 14, 5 heures matin. L'ami- « rai annonce que sa petite colonne est à 10 « milles au delà de Lang-Fang-, et qu'il espère « arriver à An-Ting dans la journée même. » Aucun incident pendant la nuit ; mais plusieurs incendies autour de nous.
16 juin.
Dans la matinée, quelques rares détonations aux barricades. Un incendie considérable se déclare dans l'est de la légation d'Italie. Un missionnaire américain calcule que, pendant les journées du 13, du 14 et du ISjuin, 13 églises, 7 écoles, 7 hôpitaux et 33 maisons ont été pillés et brûlés.
Je reçois de M. Henry la lettre suivante :
« Hier soir, à 7 heures et demie, nous avons « été attaqués par les Boxeurs. Deux feux de « salve et un feu à volonté les ont mis en fuite. « Ils ont laissé sur le terrain au moins 16 morts, « et doivent avoir un assez grand nombre de « blessés, dont le bo7ize qui dirig-eait l'attaque. « Nous avons pris les armes des hommes tombés <( auprès de la porte : c'étaient des lances et « surtout des flèches ; pas de fusil. Nous avons « attendu une nouvelle attaque toute la nuit, « mais rien n'est venu. Les hommes couchant « aux postes de combat depuis trois iours, et « dormant à peine deux ou trois heures par nuit, « j'ai cessé tout exercice. »
Vers 1 heure de l'après-midi, un formidable incendie éclate dans la ville chinoise, au sud de Tsien-Men ; tout un quartier est en feu. Les Boxeurs ont voulu détruire toutes les boutiques renfermant des objets européens. Les flammes, poussées par un bon vent du sud-est, viennent lécher les murailles de la ville tartare. Nous espérons une fois encore que les troupes de l'amiral Seymour, tant attendues, apercevront cette épaisse colonne de fumée.
Le ministre de Belgique se retire avec son personnel à la légation d'Autriche.
Le corps du chancelier, massacré par les soldats de Tong-Fou-Siang, a été retrouvé et rapporté à la Légation du Japon. Deux Boxeurs ont été arrêtés dans l'après-midi et fusillés.
Un soldat chinois met le feu à une boutique située près de la légation de Russie ; l'incendiaire est tué d'un coup de fusil par M. Rahden. Les Russes arrêtent les flammes et dégagent les abords de leur légation en abattant des maisons.
Dans la ville chinoise, l'incendie s'est encore étendu. Les flammes ont gagné l'immense porte de Tsien-Men ; ce monument, haut de plus de 40 mètres, n'est bientôt qu'une gerbe de feu. Du haut de la muraille nous assistons à ce spectacle terrifiant, mais le plus beau que l'on puisse imaginer.
17 juin.
Cette nuit, les Boxeurs ont tenté de surprendre le quartier des Légations, et l'ont attaqué presque
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en même temps au nord-est, au sud-est et au sud-ouest. Quelques coups de fusil ont suffi à les disperser.
Vers trois heures de l'après-midi, une patrouille, composée d'Allemands, d'Ançlais et d'Autrichiens, part pour fouiller le quartier situé au nord du Sou-Wang-Fou, quartier qui renferme l'usine à gaz appartenant à des Allemands. Cette patrouille se heurte à des soldats de Tonç- Fou-Siang, dont la présence dans ces parages n'était pas même soupçonnée, et se replie vivement en arrière. Mais des coups de fusil sont échangés, sans que l'on puisse savoir, naturellement, de quel côté sont partis les premiers. Cinq Chinois, dit-on, sont hors de combat; du cAté des Européens, aucun blessé.
C'est la première fois que nous nous trouvons en présence de soldats réguliers. Quelles seront les conséquences de cette rencontre ? Nous sommes toujours sans nouvelles des troupes.
18 juin.
La situation est la même : Chinois et assiégés
s'observent avec défiance. En réalité, nous sommes surpris de ne pas être attaqués plus violemment si les renforts amenés par lord Seymour sont, comme tout le fait supposer, à quelques pas de nous.
Je reçois le matin un mot de M. Henry : « Les « pertes des Boxeurs dans l'attaque du 15 ont « été plus considérables que je ne le pensais ; (( le mandarin qui a fait ramasser les morts dit (( en avoir compté 47 ; 27 Boxeurs en titre dont (( un chef, et 20 curieux venus sans doute pour « aider au piilai^e. Nous avons tiré 58 balles. « Depuis les Boxeurs n'osent plus nous atta- « quer ; néanmoins, toutes les nuits nous avons « plusieurs alertes et nous continuons à court cher aux postes de combat. Hier soir, on avait « annoncé que des Chinois viendraient avec « du canon ; bien que n'y croyant pas beaucoup, « j'ai fait installer un fort remblai de terre et de « g-abions devant l'entrée, et creuser une tran- « chée un peu plus loin en avant, pour les « hommes. Nos matelots ne sont nullement fa- « tigués et gardent tout leur entrain. »
P.-S. — M'autorisez-vous, si l'occasion s'en
« présentait, à prendre l'offensive pour aller « surprendre les Boxeurs avant qu'ils n'atta- « quent ? »
Je réponds à Henry pour le féliciter d'abord, et ensuite pour lui dire que les faibles détachements dont nous disposons ne nous permettent pas de faire des sorties, c'est-à-dire d'attaquer un ennemi infiniment supérieur en nombre et soig-neusement abrité dans des maisons entassées les unes sur les autres.
Le personnel de la Douane élève une barricade entre la légation d'Autriche et celle de France.
19 juin.
Vers midi, cinq incendies considérables sont allumés dans l'ouest de la ville tartare ; dans la ville chinoise, l'ancien bureau télégraphique est en flammes.
Le gouvernement chinois nous informe que, M. du Chaylard ayant, au nom du corps consulaire, menacé de faire occuper les forts de Takou, il considère cet acte comme une décla-
ration de guerre et donne, en conséquence, 24 heures aux étrangers pour se retirer de Pékin sous la protection des troupes chinoises.
Les ministres, d'abord décidés à partir, demandent au Tsong-Li-Yamen une audience pour demain, à 9 heures du matin, en lui faisant remarquer que le délai qui nous est fixé n'est pas suffisant.
A 5 heures, l'opinion générale est que nous partirons le lendemain ; cependant les sceptiques, et ils sont nombreux surtout parmi ceux qui connaissent bien le caractère chinois, ne se fient qu'à moitié à cette « protection » qui nous est promise.
Dans tous les cas, chacun se prépare. Comme les femmes et les enfants ne peuvent pas faire à pied les 120 kilomètres qui nous séparent de Tien-Sin, les gens mariés se mettent en quête de charrettes. Toutes celles que les Chinois ont abandonnées dans le quartier des Légations, avec l'espoir de les reprendre après l'orage, trouvent de suite un nouveau propriétaire. On recherche de la même façon les mules et les chevaux. M. Chamot, armé d'un fusil à l'extrémité duquel
il a fixé, en guise de baïonnette, un large et court couteau de cuisine, va, accompagné d'un jeune ingénieur, M. Mathieu, et de quelques coolies, passer une visite minutieuse des écuries de Hsu- Toug, directeur des études du prince impérial et grand ami des Boxeurs. Nos chasseurs reviennent, poussant devant eux une dizaine de bêtes superbes qni ne demanderont certes pas mieux que de nous conduire à Tien-Sin.
La cour de la Légation de France se trouve encombrée, comme par enchantement, de voitures venues on ne sait d'où. Il est convenu qu'on n'emportera que le strict nécessaire; cependant, sur la prière des femmes, de volumineuses malles sont tirées des greniers et des hangars. La coquetterie ne perd jamais ses droits, même dans les circonstances les plus graves : est-il possible d'aller à Tien-Sin sans avoir plusieurs toilettes? Et les boys, pourra-t-on s'en passer ? Il est difficile de se faire une idée de l'activité que chacun déploie en ce moment dans le quartier des Légations. Les Chinois, de leur côté, veulent bien ne point nous troubler pendant que s'agitent ces importantes questions.
Pour Herber et moi, pas tant de points d'inlerrogalion ! Nos armes, nos cartouches, et en route !
M. Pichon me dit qu'il va écrire un mot à M»"" Favier. Il est bien évident que nous ne partirons que quand le détachement du Pé-t'angsera revenu près de nous.
20 juin.
Les ministres se réunissent à 8 heures à la lé- ;,'-alion de France. Le Tsong-Li-Yamen n'ayant rien répondu à la lettre de la veille, le corps dij)lomatique décide (autant du moins que nous pouvons le savoir par des indiscrétions) : 1° de demander au gouvernement chinois de permettre aux renforts attendus de venir jusqu'au pied (les murailles ; quand ils seront là, nous sortirons pour aller les rejoindre ;
2" De lui faire remarquer qu'il nous est impossible de partir le soir même, aucune disposition n'avant encore été arrêtée.
Le ministre d'Allemagne offre à ses collègues d'aller seul s'entendre, à ce sujet, avec les membres du Tsong-Li-Yamen. En vain lui fait-on remarquer qu'il s'expose à un grand danger ; il persiste dans sa décision et part avec M. Cordés, interprète de la légation d'Allemagne. On veut leur donner une escorte ; ils la renvoient, et ne conservent que deux Mà-Fouiboys achevai) qui accompagnent les deux chaises à porteurs. — Quelques instants après, ces Mâ-Fou reviennent, rapportant la nouvelle que M. Ketteler a été assassiné par des soldats de Tong-Fou Siang, et que M. Cordés est grièvement blessé.
M. de Soden, chef du détachement allemand, part de suite avec 20 hommes à la recherche des deux victimes ; il revient une demi-heure après, n'ayant rien trouvé.
AU heures, des missionnaires américains rapportent M. Cordés à la légation ; son état est très grave. Il peut néanmoins raconter que le ministre d'Allemagne a reçu une balle derrière la tête, et que lui-même, s'étant levé pour arrêter les porteurs et le protéger, a été atteint d'une balle au bas-ventre. Malgré sa blessure, M. Cor-
dès put échapper aux Chinois qui entouraient les chaises, et s'enfuir, poursuivi par deux soldats. A bout de forces, et décidé à en finir, il s'arrêta et fit face à ses lâches adversaires, quand, à son grand étonnement, ceux-ci firent demitour et se sauvèrent à toutes jambes. Le blessé perdit ensuite connaissance et fut heureusement recueilli par des missionnaires.
Les chefs de détachement réunis décident d'envoyer de suite à la légation d'Angleterre les femmes et les enfants. Cette légation est plus grande et moins exposée que toutes les autres. Ordre est donné d'y entasser immédiatement les vivres, les munitions, et tout ce que les magasins européens renferment de conserves, de vins, de bière, d'eaux minérales et de liqueurs. Les caves de l'hôtel de Pékin sont également vidées dans celles de la légation d'Angleterre, qui prend l'aspect d'un vaste entrepôt (1).
(1) En même temps, et en moins de 2i heures, M. Chamot trouvait le moyen de réunir sous sa main des mules, des chevaux et du blé en quantité suffisante pour nourrir pendant deux mois 1.200 Européens et 3.000 chrétiens chinois. Il découvrait des meules et
A 2 heures de l'après-midi, les Autrichiens quittent leur légation et se replient sur la nôtre. Convaincus que le départ pour Tien-Sin ne saurait tarder, ils n'emportent que leurs armes et leurs munitions. Le personnel civil de cette légation ne comprend que M. de Rosthorn, premier secrétaire, ministre par intérim, et M"* de Rosthorn. Les officiers sont, au contraire, très nombreux ; deux d'entre eux, le capitaine de frégate Edouard Thomann von Montalmar, commandant la Zenta, et le lieutenant de vaisseau, Théodore de Winterhalder, du même bâtiment,
transformait quatre des chambres de l'hôtel en moulin. Comment a-t-il fait ? Cela est encore un problème pour beaucoup, et pour moi en particulier. Mais il est indéniable, que sans lui, les chrétiens chinois seraient morts de faim avant l'arrivée des troupes. Son activité prodigieuse, sa rare intelligence, son courage, son sangfroid et son énergie, lui ont fait surmonter toutes les difficultés. — Meunier, boulanger, cuisinier, constructeur de barricades, terrassier, chef des coolies, etc., etc., Chamot a tout été, tout fait pendant ce siège, et tout, de sa propre initiative, sans prendre l'avis ni les conseils de personne. — Ceux qui reconnaissent le moins volontiers ses immenses qualités n'hésitaient pas à s'adresser à lui quand ils se trouvaient embarrassés.
se trouvent prisonniers dans Pékin, qu'ils étaient venus visiter. Les autres, le lieutenant de vaisseau Kollar et les aspirants Mayeret Boynebûrg^-
.^ Douane
Autriche
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'arpicade , ï/sJ/enne «
Lengsfeld, font partie du détachement envoyé au secours de la légation.