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La retraite de l'Autriche entraîne celle du personnel de la Douane qui ne peut logiquement et matériellement pas supporter le premier choc d'une attaque. Ce personnel se réfugie à la légation d'Angleterre.
Nous nous empressons dès lors de faire démolir la barricade construite en 2, pour en élever, avec les mêmes matériaux, une autre en 3, à quelques mètres du poste nord-est de la légation de France. Le second maître Le Gloanecest chargé de ce travail.
A 4 heures, les Autrichiens veulent réoccuper leur légation ; leur marche en avant est arrêtée par les coups de fusil des soldats chinois postés dans des maisons. Ils se replient définitivement près de nous, derrière la barricade 3. Dans ce mouvement de retraite le matelot autrichien Petrovac est blessé à la cuisse.
La fusillade continue entre les Chinois d'une part, les Autrichiens et les Français de l'autre. Ce sont des soldats réguHers qui sont en face de nous ; nous tirons sur ceux qui traversent la rue de la Douane ou qui s'approchent de la légation abandonnée. C'est la première fois que nous en-
— Gl —
tendons siffler les balles ; je recommande aux hommes de bien s'abriter, et de se découvrir le moins possible pour tirer. Je leur donne moimême l'exemple; les Autrichiens en font autant. Seul le capitaine Labrousse se promène debout derrière la barricade, offrant comme cible tout le haut de son corps jusqu'à la ceinture. Les deux autres volontaires, Pelliot et de Giéter, sont également près de nous.
A 5 heures, le matelot Julard du d'Entrecasteaux reçoit en plein front une balle qui lui traverse la tête ; le docteur Matignon ne peut que constater sa mort et faire emporter son cadavre.
La mitrailleuse autrichienne est placée au milieu de la barricade ; sur son masque blanc plusieurs projectiles s'aplatissent.
A 8 heures, les Chinois essaient d'incendier la légation d'Autriche ; ils sont chassés par les feux croisés des Français et des Autrichiens, des Anglais et des Japonais. La fusillade dure toute la nuit ; plusieurs balles venant du nord-ouest et du sud-ouest passent très haut au-dessus de nos têtes. Le quart à la barricade est fait aller-
nativement par les Français et les Autrichiens, à partir de 9 heures.
21 juin.
Même service à la barricade 3, sur laquelle nos ennemis, devenus d'ailleurs invisibles, ne cessent de tirer. Cependant, vers 9 heures, des soldats et des Boxeurs s'avancent sur la légation d'Autriche ; ils sont nombreux, à en juger par la grande quantité de drapeaux et d'étendards qu'ils déploient. Un feu bien nourri les balaie. Seuls, deux Chinois restent debout au milieu de la rue, comme pour nous défier. Ils sont à environ 3o0 mètres ; plusieurs coups de fusil sont tirés sur eux, malgré la distance, mais sans résultat. Je brûle moi-même deux cartouches avec le même succès, quand je crois comprendre que c'est une ruse nouvelle de nos adversaires qui ont placé là deux mannequins pour nous faire user nos munitions. Je fais cesser le feu, enchanté de trouver une excuse à ma propre maladresse ; mais voici que les deux mannequins,
à notre grand étonnement, se mettent en marche, à pas d'ailleurs lents et comptés, et regag-nent une des maisons de la rue. Ces deux Boxeurs auront du moins le droit de se dire invulnérables.
Je reçois une lettre du Pé-t'ang : tout va bien ; ils ne savent rien de ce qui se passe ; et ne connaissent pas l'invitation gracieuse que nous a faite avant-hier le gouvernement chinois. J'écris à M. Henry pour le mettre brièvement au courant, et lui recommande, ce qui est en vérité bien inutile, de ne pas quitter la cathédrale jusqu'à nouvel ordre.
Plusieurs incendies sont allumés autour de nous. A 3 heures, nous enterrons la première victime, Julard, dans le parc de la légation. M. le ministre de France et un interprète, M. Berthaux, viennent de la légation d'Angleterre pour assister à cette cérémonie.
Un peu plus tard, et brusquement, une très vive fusillade éclate à la barricade d'Italie. Je m'y porte avec un renfort, laissant Herber au poste nord-est, M. Paolini, surpris de me voir arriver, et me demandant presque ce que je viens
faire, me dit que les Italiens n'ont pas encore tiré un coup de fusil. Les enragés batailleurs que nous entendons sont très près de nous, à 50 mètres à peine, derrière les maisons ; mais il nous est impossible de savoir qui tire et sur qui l'on tire. Nous supposons enfin que ce sont les troupes du prince King-qui chassent les Boxeurs. Mais alors nous ne sommes plus seuls ! Où seront désormais nos amis, et où nos ennemis ? Pour qui devons-nous réserver nos cartouches ?
Le vacarme cesse bientôt sans que le mystère ait pu être éclairci.
La nuit, les Boxeurs parviennent à incendier la lég-ation d'Autriche. A la lueur que cet incendie projette dans la rue de la Douane, nous tirons quelques ombres chinoises qui errent aux environs.
Nous ne savons pas quel est le commandant supérieur de la défense, et cependant, ordres et contre-ordres nous arrivent un peu de tous les côtés. En présence de ce fâcheux état de choses, quelques officiers et moi, nous prions le capitaine de frégate Thomann von Montalmar de vouloir bien prendre ce commandement qui nous paraît
— Go —
devoir lui revenir. Il accepte après avoir consulté les chefs de détachement, et s'adjoint MM. Winterhalder et Labrousse.
22 juin.
A 5 heures, les Français quittent le quart et le remettent aux Autrichiens. Notre repos ne devait pas être de longue durée : à 6 heures, une attaque violente est dirigée à la fois sur la barricade 3 et sur celle de l'Italie; cette dernière surtout est fortement menacée. Les Chinois se sont brusquement jetés en avant et ont pris position dans les maisons de la rue de la Douane et de la rue des Légations. Les Autrichiens craignent avec raison de laisser leur mitrailleuse entre les mains de l'ennemi si l'Italie, en cédant, leur coupe la retraite; en conséquence, ils abandonnent la barricade 3 et se replient dans la rue des Légations. Ce mouvement est mis à profit par les Chinois qui envahissent toute la rue et mettent le feu aux bâtiments de la Douane.
L'attaque paraît être générale, car dans tou-
tes les directions on entend une assez forte fusillade.
Un incendie se déclare tellement près de la barricade italienne, que nous croyons que c'est elle qui brûle (elle est faite avec de très grosses poutres).
Au même instant, un Américain vient nous prévenir que les Américains ne peuvent plus tenir et qu'ils vont abandonner leur position. Abandonner leur position, c'est laisser les Chinois envahir la muraille, c'est leur permettre de pénétrer dans la rue des Légations par l'autre extrémité, et, par suite, de prendre entre deux feux le Japon, l'Allemagne, la France, l'Autriche et l'Italie; c'est empêcher la jonction de toutes ces légations avec la légation d'Angleterre.
Il se produit un moment de panique facile à comprendre, surtout si l'on songe que tous ces événements se déroulaient en moins de temps qu'il n'en faut pour les relater.
Le matelot autrichien Joseph Bernardis est blessé.
Il est bon d'ajouter, pour achever d'esquisser cette scène, les hurlements des sauvages qui
nous poursuivent, et, tout autour de nous, les colonnes de flammes et de fumée qui accomplissent elles aussi, mais avec moins de bruit, leur œuvre sinistre.
Le chef du détachement allemand confirme la nouvelle apportée par l'Américain. Dès lors, le temps presse et il faut prendre une décision d'autant plus rapide que tous les Européens se trouvent momentanément massés dans la rue des Légations, c'est-à-dire dans une situation très dangereuse.
Enfin le commandant Thomann donne aux troupes autrichiennes, françaises, italiennes, allemandes et japonaises l'ordre de se replier sur la légation d'Angleterre.
A peine y sont-elles arrivées, que Sir Claude Macdonald leur donne Vordre de repartir pour occuper et défendre le palais du prince Sou. Les hommes n'ont pas même le temps de se décharger de leur musette pleine de munitions.
Les détachements se reforment, tandis que le ministre d'Angleterre fait appeler le colonel Shiba et le commandant Thomann pour leur donner ses instructions. Nous franchissons au
pas de course le lit de la rivière de Jade, échappant heureusement aux balles qui passent trop haut, et nous prenons position dans le Sou-Wang- Fou, où sont réfugiés près de 3.000 chrétiens chinois. Le colonel Shiba indique à chaque chef de détachement la partie qu'il aura à occuper et à défendre ; nous commençons, à cet effet, à prendre les dispositions nécessaires, quand chacun de nous reçoit, de son ministre, l'ordre de réoccuper sa légation, i^es troupes se reforment aussitôt et partent pour exécuter ce nouvel ordre qui, sans doute, doit être le seul bon.
Ail heures et demie, les légations sont reprises, sauf celle d'Italie qui est en feu ; son personnel retourne au Sou- Wang-Fou et se met à la disposition du colonel Shiba. Quels merveilleux incendiaires que ces Chinois !
Je reçois un mot de M. Pichon m'informant que tous les ministres agissant d'accord ont décidé que Sir Claude Macdonald aurait la direction générale de la défense. Nous avons laissé à la légation d' Angleterre lamitrailleuse autrichienne, son chef de pièce et un servant.
On emploie des coolies à réunir des caisses et
à les remplir de terre pour élever pendant la nuit deux barricades ; l'une en A et l'autre en B.
Dans la journée, le docteur Matignon a reçu sur la cuisse une balle morte qui n'amène qu'une légère contusion.
23 juin.
A 5 heures du matin, très vive fusillade ; les coups partent de l'ancienne barricade de l'Italie, maintenant occupée par les Chinois. Ces derniers percent des meurtrières dans les murs des maisons voisines de cette barricade. Les Français occupent la barricade de la rue des Légations, et les Autrichiens celle de la rue de la Douane. Nous surveillons en restant abrités ; heureusement l'ennemi tire en général très haut.
M. Kollar est atteint à la jambe par une balle à bout de course ; sa blessure est assez légère pour lui permettre de ne pas interrompre son service. — Les projectiles les plus dangereux ne sont pas, en effet, ceux que lancent sur nous les-
Chinois, placés à 50 ou 60 mètres ; mais bien ceux dont nous ne nous défions pas, et qui, destinés aux Américains ou aux Russes et tirés de l'ouest, franchissent tout le quartier des Légations pour venir mourir autour de nous.
Vers 10 heures, on entend pour la première fois le bruit du canon ; ce qui nous surprend tous de façons diverses, mais plutôt désagréablement. Les optimistes pensent que les Chinois, pressés par les troupes internationales, brûlent leurs dernières cartouches, font une dernière tentative pour nous anéantir. Les coups partent du haut de la muraille, de Hata-Men ; ils sont mal pointés et les obus, passant par-dessus les Légations, vont tomber au delà des murs de la Ville Impériale.
Nonobstant cette nouvelle distraction, nos ennemis, afin de ne pas trop déranger nos habitudes, allument çà et là quelques incendies.
C'est d'abord la Banque japonaise, dans la rue des Légations, au delà de l'Italie et du même côté. Nous voyons d'ailleurs avec plaisir brûler cette grande maison d'où les Chinois auraient pu nous faire beaucoup de mal. Ensuite plusieurs
petites maisonnettes entassées entre la Douane et les murs de notre légation. Tout cela est sec, et flambe comme un paquet d'allumettes. Cet incendie est assez inquiétant; les flammes, poussées par un vent frais de nord-est, viennent caresser les branches des arbres du parc; je donne l'ordre d'abattre ceux de ces arbres qui pourraient communiquer le feu aux écuries. Enfin c'est la maison de Hsu-t'ong-, à 30 ou 40 mètres de nos barricades.
Ce rideau de flammes a l'avantage d'éloig-ner momentanément de nous nos adversaires. Mais des engagements ont lieu un peu partout, et en particulier au Fou. Les Russes demandent la mitrailleuse autrichienne laissée à l'Angleterre.
Dans l'angle nord-est du quartier des Légations, un incendie détruit le collège de Han-Lin et sa riche bibliothèque.
La nuit, on aperçoit plusieurs fusées lancées dans la direction du sud et à une assez grande distance ; c'est pour nous la voile qu'aperçoit à l'horizon un navire en détresse. Cette fois, nous les aurons nos troupes, ces fameuses « droupes », comme dit M. Kollar ! Du moins, nul n'en doute ;
aussi, avec quel ravissement nous regardons monter dans le ciel ces serpents de feu !
Dans le parc, les arbres sont tombés sous la scie édentée du quartier-maître charpentier Butor ; maintenant que la délivrance est proche, je regrette de les avoir fait abattre.
24 juin.
A 8 heures, les Américains qui occupaient la muraille du côté de Tsien-Men, l'évacuenl et demandent des renforts ; 15 Allemands, 10 Français et 10 Autrichiens vont avec eux repousser les Chinois jusqu'à Tsien-Men ; ils en tuent un grand nombre et ramassent plusieurs fusils. — Il importe de conserver à tout prix la partie de la muraille comprise entre les deux limites est et ouest du quartier des Légations.
Un peu plus tard, les Italiens et les Japonais sont très vivement attaqués au Fou, et je reçois l'ordre de leur envoyer 20 hommes. 10 Français et 10 Autrichiens, conduits par M. Mayer vont se mettre à la disposition du colonel Shiba.
Il ne reste plus alors que 27 hommes à la lég-ation de France : 24 Français et 3 Autrichiens ; si ces demandes de secours se renouvelaient souvent, nous pourrions peut-être, à un moment donné, nous trouver fort embarrassés.
AU heures, les deux détachements envoyés aux Américains et aux Japonais sont de retour. Le matelot français Ouéméneur a eu, au Fou, la cuisse traversée par une balle.
Les Américains ont repris position sur la muraille, par le travers de leur légation. Ils occupent une barricade, en face de Tsien-Men. Nous décidons d'envoyer o Allemands, 5 Français et 5 Autrichiens occuper la même muraille, à la hauteur de la rue de la Douane, et y construire une barricade en face de Hata-Men.
Je reçois dans la matinée une lettre de M. le ministre de France qui me recommande de porter secours aux Allemands, aux Japonais et aux Itahensencas de nécessité. Il me fait remarquer que la tâche de la garnison franco-autrichienne ne doit pas se borner à la défense de notre légation ; mais qu'elle doit aussi concourir à la défense de tous les points menacés. Enfin, il me
signale comme devant être particulièrement protégés: la muraille entre Tsien-Men et Hata-Men, et le parc du Prince Sou, d'où l'ennemi menacerait fortement l'Angleterre.
De notre côté, nous pensons ici qu'il est non moins nécessaire de conserver le plus longtemps possible la légation de France, attendu que sa perte entraînera très probablement celle de l'Allemagne et du Japon, ainsi que la perte de l'hôtel Chamot (inutile de citer la légation d'Espagne qui n'est même plus habitée) ; attendu encore que les projectiles lancés sur ces légations sont autant de projectiles détournés de l'Angleterre qui se trouve ainsi abritée par une ceinture de postes avancés.
De nombreux soldats chinois passent derrière la barricade d'Italie et traversent la rue des Légations du nord au sud. Bientôt les Allemands qui patrouillent le pied de la muraille demandent du secours ; nous envoyons six hommes. Ils surprennent des Boxeurs dans une maison située à quelque cent mètres de la rue de la Douane, et en tuent une vingtaine. Nos matelots rapportent dix ou douze fusils et plusieurs cartouches.
Les canons de Hata-Men tirent toujours, mais ne nous font aucun mal.
A 1 heure et demie, les Chinois de Tsien-Men s'avancent sur les Américains qui battent en retraite et descendent de la muraille ; les Européens qui occupent la barricade de Hata-Men, ne voulant pas s'exposer à être pris entre deux feux, descendent à leur tour.
Sur tous les points à la fois, l'attaque devient plus violente. Nos adversaires qui ont pris position dans les ruines qui nous entourent mitraillent nos barricades en demeurant invisibles. A peine voit-on çà et là quelques casaques bleues et rouges ; je charge les meilleurs tireurs d'arrêter les plus audacieux ; je prends moi-même un fusil, et m'efforce de restreindre le plus possible le nombre des tireurs. Les Français sont spécialement chargés de défendre la barricade de la rue des Légations, et les Autrichiens celle de la rue de la Douane. Naturellement le nombre des défenseurs est augmenté ou diminué suivant les circonstances ; mais la barricade est toujours commandée soit par M. Labrousse,soit par M. Herber, soit parmoi. D'ailleurs la tactique
de nos ennemis consiste à tirer le plus possible de coups de fusil sur la barricade même, sans doute dans le but de nous effrayer ; le seul résultat qu'ils obtiennent est de transformer nos caisses de terre en passoires. De notre côté, nous ne pouvons tirer que le moins possible, étant donné que nous n'avons pas, comme eux, des cartouches en nombre illimité.
Le colonel Shiba nous fait demander un renfort ; nous envoyons 3 Français et 2 Autrichiens.
M. Pichon m'écrit (l'',30) : de tenir aussi long-temps que possible à la lég-ation de France, et, s'il le faut absolument, de nous replier sur le Fou, en défendant les positions intermédiaires.
La mitrailleuse autrichienne est mise à la disposition des Allemands.
Les ministres ayant décidé de faire réoccuper les barricades de la muraille et de les fortifier, les Américains retournent à celle de Tsien-Men, et les Allemands à celle de Hata-Men. Heureusement, nos lâches et défiants adversaires n'ont pas osé s'approcher et s'emparer de ces positions abandonnées qui ne leur disaient rien de plus que le « bloc enfariné » au rat de la fable.
A 5 heures du soir, cinq Français et cinq Autrichiens vont avec M. Boyneburg- renforcer les Allemands sur la muraille, et continuer les travaux de défense. M. Chamot se charge de procurer les coolies nécessaires. Labrousse monte ég-alement sur la muraille pour se rendre compte de l'état des travaux et pour les faire activer.
A la barricade de la rue des Lég^ations notre situation devient très difficile : les balles pleuvent des ruines de l'Italie et de celles de la maison de Hsu-t'ong- ; les coups dirig-és sur les Autrichiens de la rue de la Douane et tirés du nord de cette rue, menacent notre flanc ; enfin les projectiles destinés aux Russes ou au-\ Américains viennent tomber autour de nous ; nous devons donc chercher à nous protéger de trois côtés. Aussi, d'accord avec le commandant Thomann, nous décidons de construire un blockhaus devant la grande porte d'entrée. M. Chamot dispose fort heureusement d'un nombre considérable de briques qui étaient destinées à l'agrandissementdeson hôtel. 11 offre de nous les faire apporter de suite par des coolies.
A 6 heures 30 les Américains abandonnent le
poste de Tsien-Men sur la muraille ; de l'autre côté, le poste de Hata-Men est immédiatement abandonné. Cependant je laisse au pied de la rampe, à l'extrémité de la rue de la Douane, un poste de cinq hommes chargé de protéger le flanc droit de notre barricade. M. Labrousse me demande de faire construire par ces hommes, aidés de boys, une barricade au pied de la muraille. L'idée est excellente et les travaux sont commencés.
On nous apprend que les Anglais ont fait une sortie et tenté de prendre un canon ; ils ont échoué ; le capitaine Halliday a été blessé.
A 7 heures, les Japonais menacés me demandent quelques hommes. J'envoie cinq Français dont le nommé Corselin, qui est ramené une demi-heure après le crâne fracassé. Sa blessure est horrible ; il meurt sans avoir repris connaissance, mais après avoir vécu près d'une heure encore. Ce pauvre garçon, qui était marié et père d'un petit enfant de quelques mois, était mon ordonnance à bord du d'E7itrecasteaux et il avait tenu à m'accompagner à Pékin. Fusilier breveté et excellent tireur, il était toujours dé-
signé quand il y avait lieu de brûler quelques cartouches. Brave sans fanfaronnade ni forfanterie, toujours calme, on pouvait le citer comme modèle. Il quittait les barricades aux heures des repas pour venir nous servir dans ce pavillon des Etrangers, si bien nommé maintenant qu'il est à tout le monde ; il venait parfois nous annoncer les plus graves nouvelles du même ton qu'il eût pris pour nous dire : « Le capitaine est servi. »
A 9 heures, la muraille est réoccupée des deux côtés. 6 Autrichiens et 4 Français partent à 10 heures pour renforcer les Allemands.
Les Chinois tirent toute la nuit, évidemment au hasard, puisque nous restons derrière nos barricades. Pour achever de nous intimider, ils joig-nent aux bruits des détonations celui des tam-tam et des gongs.
25 juin.
Le matin, le ministre de France me demande d'envoyer quelques-uns des fusils pris aux Chi-
noisau colonel Shiba pour armer des volontaires japonais bons tireurs. Je fais porter huit fusils et des cartouches.
Pendant la nuit, les chefs de détachement ont reçu de Sir Claude Macdonald l'ordre de se réunir à 9 heures ce matin, sur la muraille, à la barricade américaine. Le ministre d'Angleterre souffrant se fait excuser; c'est donc le commandant Thomann qui préside. Nous constatons que la position des Américains est très forte et qu'elle peut être renforcée encore et devenir presque imprenable. Rien de plus facile; les matériaux sont sous la main, puisque la barricade est faite avec les énormes blocs de pierre dont la muraille est pavée ; il suffit de déchausser ces pierres et de les entasser les unes sur les autres. Il est décidé qu'une barricade semblable sera élevée du côté de Hata-Men par les Allemands, les Français et les Autrichiens, et que ces deux véritables fortins seront gardés le plus longtemps possible, dans l'intérêt de la défense générale.
Pendant que nous discutons, un canon de Tsien-Men nous envoie plusieurs obus qui passent
au-dessus de nos têtes et vont éclater à plus de 100 mètres derrière nous. Un soldat américain, placé en vigie, surveille ce canon; au cri qu'il pousse quand il aperçoit la fumée, chacun se baisse et s'abrite derrière lamontag-ne de pierres. Néanmoins, quand le tir sera rectifié, ce voisin pourra devenir gênant ; aussi convient-on de faire monter sur la muraille le 37 millimètres des Italiens pour le faire taire.
La rampe par laquelle on gagne le sommet de la muraille est battue parles balles chinoises ; il faudra se protéger par un mur en zigzag.
A 11 heures, 10 Italiens vont conduire leur canon à la barricade américaine ; ils sont remplacés au Fou par 10 Autrichiens, dont l'un, Joseph Dettan, est tué peu après son arrivée.
De toutes les maisons qui se trouvaient à l'est de la rue de la Douane et au nord de l'Italie, il ne reste plus maintenant que des ruines où sont cachés des soldats et des Boxeurs en très grand nombre. Vers 2 heures, ils commencent sur nous un feu très vif. — Nous essayons à plusieurs reprises, mais sans jamais y parvenir, de compter le nombre de coups qu'ils tirent en une
minute. — Heureusement, c'est toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire sans viser un point nettement déterminé ; ils inondent de balles nos murs et nos retranchements, et c'est tout. Il faut qu'ils aient une quantité prodigieuse de cartouches. Aucun d'eux ne se montre.
Nous espérons pouvoir atteindre nos ennemis du haut d'un toit; et, dans ce but, M. de Gieter. Le Gloanec et moi, nous montons sur celui de la maison où habitaient M. et M""^ Morisse, en nous servant, à défaut d'échelle, d'un platane qui a eu l'heureuse idée de pousser près du mur. La place est excellente, et, pendant plus d'une heure, nous pouvons à notre aise trouer les casaques des soldats de Tong'-Fou-Siang-, qui, ne soupçonnant pas la présence d'un fusil à pareille altitude, se découvrent jusqu'aux seins. A 50 ou 60 mètres, c'est plus qu'il n'en faut. C'est surtout au moment où ils sortent des ruines de la lég-ation d'Italie, pour traverser une petite ruelle, que nous les saluons. Je suis convaincu que de M. de Gieter se souviendra longtemps, comme moi, de cet original tiré. — Mais voici que des balles sifflent au-dessus de nos tètes
et écrètent même l'arête du toit derrière lequel nous nous abritons pour recharger notre arme; Le Gloanec a sa casquette traversée ; nous sommes vus et il faut nous défier, surtout des Chinois placés plus loin, sur notre droite, de l'autre côté delà rue des Légations. D'ailleurs l'ennemi, sans doute prévenu, se fait de plus en plus rare, et bientôt nous descendons de notre toit.
L'attaque diminue de violence, et nous profitons de cette petite accalmie pour enterrer à la hâte, et dans la même fosse, Corselin et Dettan, le matelot autrichien tué le matin.
Profitant d'un vent favorable, nous mettons nous-mêmes le feu aux maisons qui forment l'angle nord-est de la rue des Légations et de la rue de la Douane. Il est bon de raser de suite tout ce qui arrête notre vue, nous empêche de nous servir de nos armes, et peut abriter nos adversaires.
A 4 heures, je reçois l'ordre écrit d'envoyer vingt hommes de la garnison franco-autrichienne à la légation d'Angleterre o/i ils resteront en permanence. D'accord avec M. deRosthorn et avec le commandant Thomann, je réponds que nous
sommes attaqués avec une telle violence, qu'il m'est absolument impossible de détacher vingt hommes. J'ajoute que la légation de France est la clef delà défense générale, et que, dans ces conditions, nous serions plus disposés à demanderdes renforts qu'à en envoyer aux autres points menacés. Enfin, je fais remarquer que notre détachement, Autrichiens compris, est loin d'être le plus fort, et que nous participons déjà cependant à la défense du Fou, et à celle delà muraille. D'autre part, si, pour exécuter malgré tout l'ordre reçu, j'envoie vi7igt Français, en maintenant quand même à leur poste ceux qui sont sur la muraille et au Fou, il restera pour défendre la légation de France, c'est-à-dire ce lambeau de terrain où dorment ceux qui, déjà, ont été tués en la défendant, une majorité d'Autrirhiens chose qu'il m'est impossible d'admettre.
A la même heure, nous entendons très distinctement le bruit d'une canonnade lointaine. Il n'y a plus à en douter, nos troupes arrivent ! Comment expliquer autrement cette lutte qui a lieu, c'est indéniable, en dehors de la ville, à 5 ou 6 kilomètres dans le sud. — L'espoir est encore
plus grand quand on nous prévient qu'un édit impérial, écrit en gros caractères, vient d'être affiché sur le pont de Jade, et que, par cet édit, l'Impératrice ordonne aux troupes chinoises de ne plus tirer sur les Européens.
Les conclusions de ces deux faits vont grand train : l'édit est provoqué par l'arrivée des troupes ; — l'Impératrice, effrayée des conséquences du lâche attentat dont nous sommes les victimes, cherche à dégager sa responsabilité ;
— demain, au plus tard, nous serons délivrés ;
— nous demanderons d'abord les têtes de Tuan et de Tong-Fou-Siang ; — on se répète les deux bonnes nouvelles, on se félicite, on se serre les mains.
Mais pourquoi ces feux de salve sur la muraille, et que nous veulent encore ces Chinois? — Sans doute ils ne connaissent pas l'ordre de leur souveraine. Ils s'avancent des deux côtés, et marchent sur les barricades de Hata-Men et de Tsien-Men ; quelques coups de fusil les dispersent, et, là-haut comme ici, le silence se fait.
Les 10 Français qui étaient allés remplacer au Fou les 10 Autrichiens nous sont renvoyés
par le colonel Shiba. — Nous profitons du calme et de la nuit pour travailler aux barricades. Nous élevons en particulier, dans la ruedesLég-ations, une deuxième barricade parallèle à la première, afin de nous abriter des balles et fragments d'obus qui viennent de Tsien-Men, et des postes chinois de l'ouest. A minuit et à 1 heure, petites alertes qui nous forcent à interrompre un instant nos travaux. Les Chinois, nous dit-on, construisent égralement une barricade à l'autre extrémité de la rue des Légations, au delà de la Russie. Le matelot Quémeneur, blessé à la cuisse le 24 meurt dans la nuit à la légation d'Angleterre où il avait été transporté.
26 juiu.
Le matin, les chefs de détachements autrichien, français et allemand décident de faire occuper la barricade de Hata-Men alternativement par 10 de leurs hommes ; de façon à obtenir l'unité de commandement impossible à réaliser avec un poste composé de militaires de trois nationalités différentes.
Un nouveau volontaire, un ingénieur du Crédit Lyonnais, M. Bartholin, vient grossir nos rangs et combler le vide fait par la mort de Quémeneur.
La matinée est assez calme. Les troupes chinoises paraissent avoir abandonné leurs positions; on ne voit et on n'entend plus rien. Un grand nombre de soldats remontent dans le nord, chargés de colis provenant des ruines de la Douane et de la légation d'Autriche. Ordre est donné de ne pas tirer; nous sommes, au fond, trop heureux de les voir se retirer. Ouand cet exode paraît terminé, M. de Rosthorn, M. Winterhalder et quelques matelots autrichiens vont jusqu'aux ruines de leur légation ; ils ne rencontrent aucun fusil ennemi, et reviennent après avoir constaté que tout était pillé et brûlé.
Dans la rue de la Douane, près de notre barricade, une maison assez importante n'a pas été entièrement détruite par les flammes; j'y fais mettre le feu.
Pas un coup de fusil ! Pas un cri de cliâ-châ ! Quel contraste avec le vacarme des jours derniers ! Nos ennemis renoncent décidément à nous
occire, et nous nous reprenons plus que jamais à espérer. Néanmoins nous sommes étonnés de ne recevoir aucune communication officielle du Tsong'-Li-Yamen, ni aucune nouvelle de la colonne Seymour. — Pas un des nombreux courriers chinois (chrétiens) qui ont été expédiés n'est revenu, malgré les promesses faites à ceux qui nous rapporteraient le moindre renseignement! Chamot a fait descendre dans la ville chinoise, au moyen d'une corde, un garçon d'écurie auquel il promet 5.000 taëls (1) s'il revient porteur d'une lettre de sa sœur qui habite Tien-Sin.
Les coups de canon dans le Sud, entendus encore la nuit dernière, donnent lieu à mille conjectures, qui toutes n'aboutissent qu'à augmenter notre énervement. Si ce sont les Chinois qui se battent entre eux, il faut espérer que leurs dissensions nous sauveront. Plus généralement on croit à une grande bataille entre les Célestes et les Européens, aux environs de Tong-Tcheou.
En attendant une solution qui ne saurait tar-
(1) 20.000 francs.
der, les matelots autrichiens et français prennent un peu de repos. Ils ont été jusqu'alors admirables de courage et d'entrain ; mais si cette lutte se prolongeait, il serait à craindre qu'une trop grande tension d'esprit n'amenât chez eux une lassitude physique et morale. Il est heureux que la saison leur permette de dormirn'importe où, mais le plus souvent dehors. Ils sont aussi bien nourris que possible, étant donné les circonstances, grâce à M. Chamot qui a pour eux autant de sollicitude qu'il en aurait pour ses enfants. Pour eux, il trouve toujours, comme par hasard, une barrique de vin que l'on a oublié de transporter à l'Angleterre, et un sac de riz laissé dans ses greniers. Cependant il devient bien rare partout, le riz ; on se plaint un peu dans toutes les légations de ne pas en avoir. Plus rares encore les légumes ; et j'en connais qui vendraient bien autre chose que leur droit d'aînesse pour un plat de pommes de terre. Les liquides font moins défaut ; en outre des réserves de Chamot, nous disposons de la cave entière de M. Pichon qui, en partant, nous a laissé, avec mission de ne pas les abandonner aux Chinois,
des centaines de bouteilles d'excellents vins. En dépit de la surveillance faite autour de cette cave, je soupçonne mes chapardeurs de matelots d'avoir déjà mis à l'abri de l'attouchement profane des mains ennemies bon nombre de ces bouteilles. Quant aux officiers et aux volontaires, ils ont eu soin de faire porter au delà de la deuxième ligne de retraite, deux ou trois cents bouteilles de Champagne, comme ils n'en ont pas en Angleterre, c'est le cas de le dire.
]yjraa pichon nous a abandonné ses provisions de conserves avec la même générosité; mais ceci tente moins nos marins; ils n'ont que faire des boîtes de truffes et de champignons. Oh ! ces truffes ! Sous le prétexte de ne pas les laisser aux Chinois, nous en mettons partout : avec du cheval comme entrée, avec de la mule comme rôti, avec du beurre comme dessert!
Nous mangeons tous, officiers et volontaires, dans la salle à manger de M. d'Anthouard, premier secrétaire de la légation, qui, bien avant qu'il fût question d'une attaque des Boxeurs, était allé passer une permission au Japon. Tous ceux qui le connaissent disent combien il doit
regretter de ne pas être près de nous en ce moment, et sont certains qu'il doit faire tout ce qu'il est possible pour regagner Pékin (1). — Nous sommes servis par ses boys, et nos mets sont préparés par son cuisinier. Je dois ajouter que, dans sa cave, qui ne manqua pas d'être fouillée, nous trouvâmes des richesses non moins considérables que dans celle de M. Pichon.
Je profite du calme pour aller jusqu'à la légation d'Angleterre ; le ministre de France me demande s'il n'est pas possible d'y envoyer 10 hommes. Je lui expose qu'il y a déjà 10 Français sur la muraille et 5 au Fou, et qu'il ne resterait alors que 17 marins à la légation de France. Je m'étonne que ces renforts soient demandés à nous, alors que les Russes, par exemple, beaucoup plus nombreux, ne sont certainement pas plus attaqués que les Français. A peine suis-je de retour, que je reçois l'ordre écrit d'envoyer les 10 hommes. — Je réponds que cela m'est absolument impossible.
(1) M. d'Anlhouard suivit la colonne de secours, et fut un des premiers Français à rentrer dans Pékin.
La canonnade recommence l'après-midi ; une vingtaine d'obus passent au-dessus de notre légation, rasant les toits.
A 2 heures, nous enterrons Quémeneur ; M. Pichon et M. Berteaux assistent à la cérémonie. Nous n'avons pas de cercueil et le temps nous manque pour en faire ; les cadavres sont recouverts de chaux. Notre cimetière est dans un coin du parc, près d'une grotte artificielle faite de blocs de pierre jetés les uns sur les autres ; là dorment déjà 4 de nos camarades, dont 2 dans la même fosse. Ceux-ci resteront unis après leur mort comme ils l'ont été pendant ce siège: Autrichiens et Français s'entendent en effet admirablement, et rivalisent de courage et de zèle.
Vers 4 heures, des Chinois, venant du nord, se dirigent vers Hata-Men. Ne seraient-ils partis ce malin que pour aller mettre leur butin en lieu sûr? Leur nombre s'accroît de plus en plus; ils se massent entre la rue de la Douane et celle de Hata-Men. De la barricade, nous hésitons à tirer sur ceux qui traversent la rue des Légations, en raison de leur attitude inoffensive du matin, et
surtout à cause de l'Edit Impérial du 23 ; mais leurs mouvements deviennent de plus en plus suspects, et, à o heures, nous ouvrons le feu sur ceux qui s'approchent un peu trop de nos retranchements. A ce moment, Sir Claude Macdonald fait demander 5 hommes au commandant Thomann qui répond qu'il ne peut pas se démunir de personnel.
Dans la rue des Lég-ations, le feu devient très vif. Tous les hommes sont à leur poste de combat. Les Chinois tirent encore au hasard ; mais ils jettent sur nous une telle quantité de plomb que des accidents sont à redouter.
Soudain, M. de Gieter, qui est à côté de nous, à la barricade, dans la position du tireur à genou, s'affaisse en poussant une plainte sourde. — Nous nous empressons, M. Pelliot et moi, de le relever. Il a reçu dans le dos une balle venant de Tsien-Men; le projectile, heureusement sans vitesse, a glissé sur l'omoplate en remontant le long du cou, sans sortir. On transporte à la Légation d'Angleterre le blessé qui n'a d'ailleurs pas perdu connaissance.
La deuxième barricade, parallèle à la première,
et destinée à nous abriter des coups venant de l'ouest, n'est pas achevée ; c'est très regrettable.
L'attaque est de plus en plus sérieuse, surtout du côté de l'Italie ; ce qui est surtout énervant, c'est de rester perpétuellement en face de ce gigantesque point d'interrogation, l'ennemi vat-il se décider enfin à s'avancer sur nous? — Nos adversaires sont extrêmement nombreux, et à 50 mètres à peine ; s'ils voulaient enlever notre misérable barrière de caisses et de sacs de terre, la lutte serait terminée de suite, à leur avantage. Comment peuvent-ils hésiter?
Comme je crains, à un moment donné, de voir l'ennemi gagner le pied de la muraille et nous tourner parla droite, je prie M. Labrousse d'aller lui-même surveiller le petit poste qui se trouve au bas de la rampe. Il emmène quelques coolies, et fait construire là un petit blockhaus.
A 8 heures, on ramène le corps du matelot autrichien Marcus Badurina qui a été tué sur la muraille.
M'"" de Rosthorn quitte la Légation d'Angleterre et vient nous demander de rester à la Lé-
galion de France, près de nous, c'est-à-dire près de son mari.
Sir Claude Macdonald fait demander si un des nombreux officiers autrichiens ne pourrait pas aller remplacer sur la muraille les officiers russes et américains fatigués. M. Winlerhalder y va ; il a cependant reçu dans la journée même quelques éclats de brique dans l'œil ; sa blessure est peu grave, mais très douloureuse.
A 10 heures, nouvelle demande de renforts de 5 hommes pour l'Angleterre ; il nous est impossible d'y donner satisfaction.
Toutes ces demandes nous sont apportées par un jeune volontaire, M. Fliche, élève interprète de la Légation de France, qui, depuis le commencement des opérations, s'est mis à la disposition de Sir Claude Macdonald, dont il est devenu, en quelque sorte, l'aide de camp. — Que les balles pleuvent ou ne pleuvent pas, que les obus éclatent ou n'éclatent pas, Fliche va toujours, avec le même calme et le même sangfroid, porter les ordres aux différents points de la défense. Quand l'occasion se présente, il prend un fusil dont il se sert merveilleusement.