DEUXIÈME LETTRE
Montréal, 14 avril 1893.
Monsieur l’abbé,
Si vous daignez me prêter encare un moment d’attenticn, nous allons reprendre notre petite conversation de la semaine dernière. Comme les bons comptes font les bons amis, je tiens à régler avec vous jusqu’au dernier centime.
Je voudrais être plus sérieux de temps en temps, monsieur l’abbé — le sujet que nous traitons le mérite mais vous êtes trop amusant. Je ne puis lire deux lignes de vous sans être pris de fou rire — d’un fou rire ordinaire, notez bien ; ne pas travestir ma pensée. ;
À propos d’un professeur dont j'ai. parlé précédemment, et qui raillait ses élèves lorsqu'ils prononçaient bien au lieu de ben, vous dites :
. “ Combien y a-t-il d'années que vous avez entendu cela, M. Fréchette? Vers
âge de 16 ans sans doute, puisque vous êtes né en 1839 et par suite en 1855 (voilà un par suile qu n'indique guère l'esprit de suite chez son inventeur), c’est-à-dire il y a près de 40 ans. Et de quel bois était-il fait, cet illustre professeur ?”
Cet illustre professeur, cher grand homme, était fait du bois dont on
fait certains directeurs d'institutions classiques, car il s'appelait l’abbé
Gonthier, et dirigea le collège de Lévis durant plusieurs années,
Voilà ce qui s'appelle la monnaie d’une pièce, ou je n’y entends rien.
Et pourquoi donc, monsieur l’abbé, me demandez-vous en quelle année C'était ? Auriez-vous la prétention de nous faire accroire que cela n'existe plus de nos jours? Vous n’y réussirez pas.
n de mes jeunes amis, littérateur marquant — qui n’a pas cinquante ans comme moi, et dont je puis vous donner le nom si vous le désirez — m'affirme sur l'honneur qu’au collège de Sorel, la chose se pratiquait libéralement de son temps.
— Quins, quins ! disait-on, en voilà encore un qui parle dans les {armes!
Il paraît que c’est l'expression consacrée.
Vuas prétendez qu'il y a progrès ; je ne le crois pas. Les institutions irresponsables et sans concurrence (au collège et dans l'Etudiant, on dit compétition) ne progressent point. ®
Comment voudrait-on qu’un homme comme vous progresse, monsieur l'abbé, quand il est convaincu d’être la perfection même ?
Il en est ainsi de nos collèges. Tant qu'ils se croiront à l’apogée du savoir, tant qu'ils se prétendront incomparables dans le monde entier, et qu’ils recevront les bons conseils en vouant à la géhenne ceux qui ont;le courage de leur en douner, ils ne progresseront pas,
Non, ils n’ont pas progressé, nos collèges, monsieur l'abbé; et la Freuve, c’est que les jeunes gens qui en sortent aujourd'hui ne savent ni plus l'anglais, mi plus l’histoire, ni plus la géographie, ni plus l’arithmétique, ni plus la tenue des livres, ni plus les sciences. que ceux qui en sortaient de mon temps. Et, ce qui est tout particulièrement désolant, ils parlent et écrivent le français encore plus mal que nous — beaucoup plus mal que nous !
Si on le conteste, je publierai des lettres de bacheliers,
Tenez, monsieu: l'abbé, je ne me demande pas si je suis bien inférieur à vous qui avez fait vos études longtemps après moi, car vous ne manquer viez pas d'attribuer l'irrévérencieuse audace d’une telle comparaison à l'esprit d’orgueil qui anime tous les mécréants de mon espèce ; mais j'ai peine à me persuader que les vieux prêtres de mon temps fussent, comme vous le donnez à entendre à plusieurs reprises, de si pauvres minus habentes, comparés à vous et aux autres astres de votre âge.
“ Croyez-vous que rien n'a marché, dites-vous, depuis 40 ans ? hu + “Il y a des gens comme cela, qui ont le talent de conclure du particulier au général et du passé au présent !”
A-t-on remarqué que le passé est toujours lâché pour le présent ?
— Permettez, dit-on, cela pouvait bien avoir lieu dans le passé, avec les vieux professeurs d’alors, mais à présent, c’est autre chose. Depuis que nous sommes-là, tout est bien changé ; tout est parfait maintenant !
C’est comme pour les mauvais prêtres; on est toujours disposé à admettre qu’il y en a eu dans le passé ; quelques-uns vont même jusqu’à nous laisser entrevoir la consolante perspective qu'il y en aura toujours ; mais quant au présent il est indemne, n’y touchez pas ! :
Attendez que cela soit passé !...
Vous avez le droit d'écrire, comme M. l'abbé Scott, de Lévis, qu’il y a eu des papes infâmes et des cardinaux empoisonneurs ; mais si vous avez. le malheur d’insinuer que votre vicaire pourrait bien n'être pas un phœnix de vertu ou de savoir, gare là-dessous !
Le texte de la censure est tout cliché !
Et puis, monsieur l'abbé, quand vous n’aftirmez pas votre supériorité bien carrément sur vos prédécesseurs, vous avez une petite manière de linsinuer que j'admire :
“ Si l'on fait une allusion à des personnes âgées, sorties du collège il y a 25 ou 30 ans, nous n'avons pas à en juger....
‘S'il s’agit de jeunes prêtres. .... ” etc.
C’est autre chose naturellement.
De sorte qu'aux yeux de votre humilité transcendante, monsieur l’abbé Baillargé, les vieux prêtres autrefois chargés de l’enseignement n'étaient que des mazettes comparés aux lumières qui éclairent aujourd'hui les sorimets de nos incomparables études.
Eh bien, au risque de vous déplaire encore une fois, cher abbé de mon cœur, j'oserai différer légèrement d'opinion avec vous. Je sais qu'en thèse générale, il n’est pas permis à un simple laïque de différer d'opinion avec un oint du Seigneur, mais je plaide circonstances atténuantes en vertu de l'intention,
Il est vrai que ces vieux professeurs — n'étant pas des institutions à eux tout seuls — n'ont jamais rêvé de régénérer la société du haut en bas, à l’aide de l'Etudiant, du Couvent, de la Famille et du Bon Combat ; maïs,
entre nous, si j'en juge d’après mon expérience et mes renseignements, ces professeurs du temps passé n'étaient pas si vieilles croûtes que tout cela, monsieur le supérieur du collège de Joliette !
J'en ai connu qui ne lisaient peut-être pas comme Legouvé, ni même
mc en
cornme M. l'abbé Baillargé ; mais qui n’écrivaient certainement pas comme M. l'abbé Baillargé non plus, prenez-en ma parole !
J’ai connu, au séminaire de Québec, des vieux du nom de Legaré, Hamel, Pâquet, Roussel, Chandonnet, qui avaient étudié quelque chose, monsieur le rédacteur de l'Æfudiant, et qui savaient l’enseigner.
J'ai connu d’autres vieux, au séminaire de Nicolet, qui avaient noms Laflèche, Caron, Desaulniers, Gélinas, Bellemare, Moreau, qui étaient aussi quelque peu au courant de leur besogne.
À Säint Hyacinthe, on m'a signalé un autre M. Desaulniers, un M. Raymond et un M. Quellet, en particulier, qui n’étaient pas non plus trop ramollis, bien qu’ils fussent de mon temps.
Au collège de Montréal, on a eu l’abbé Billion, l'abbé Collin, l'abbé Troie ; pas trop stupides non plus, ces gens-là !
À Sainte-Thérèse, on dit qu’il a existé un M. Aubry, à Sainte-Mariede-Monnoir*un M. Crevier, et à Terrebonne un M. Pelletier, qui, bien que nécessairement très gâteux, pouvaient encore subir une comparaison pas trop humiliante avec les aigles de Joliette.
Tous ces vieux arriérés n’ont rien publié comme vous, monsieur l'abbé, relativement aux perturbations chroniques de leurs rognons et autres organes intestinaux ; ils ont préféré se faire connaître par la tête.
Trahit sua quer.que voluptas.
Traduction libre : Chacun fait ce qu'il peut.
Or, lorsque je songe à toutes ces têtes-là, monsieur l'abbé, quand même js ne connaîtrais des autres ni l’état de leurs rognons ni le fonctionnement de leurs bayaux, je puis difficilement me ranger de votre avis, et admettre que les professeure de mon‘temps aient été si inférieurs à ceux de l’époque actuelle. .
Mais, en supposant un instant que la chose fût prouvée, je n’en resterais pas moins sous l'empire d’une certaine perplexité ; car, si ces vieux professeurs étaient même de la plus infime infériorité en face de la profondeur de votre savoir et de l'altitude alpestre de vos facultés, je ne puis m'empêcher de me rappeler que, alors comme à présent, il était défendu à tout laïque de trouver la moindre chose à reprendre dans l’enseignement ecclésiastique.
C'était, tout comme aujourd’hui, sans défaut, et. .. infaillible !
Vous allez peut-être m’accuser de vous servir de la vermine, en vous parlant de ces dignes et savants professeurs du bon vieux temps, monsieur l’abbé.
. Ces messieurs, cependant, n'auront pas plus que moi raison de s’en fâcher — du moins ceux d’entre eux qui vivent encore — car s'ils vous ont lu, ils connaissent votre force en histoire naturelle comme en littérature ; et quand un professeur est de taille à ranger les maringouins parmi les animalcules (voir les Coups de crayon), il peut fort bien ranger même les rossignols parmi la vermine.
Pardonnez-moi cette remarque aussi indigne que ridicule.
Je crois avair assez bien montré la valeur de votre premier arvument, monsieur l'abbé ; passons au second. Car il ne faut pas oublier que vous en av2z un autre, argument.
Oui en incomparable logicien que vous êtes, vous avez trouvé le
F2 A PROPOS D'ÉDUCATION moyen d'introduire jusqu’à deux arguments en faveur du présent système: d'éducation, dans huit pages de revue seulement !
Avec cela qu ils ne sont pas manchots, ces deux jolis petits jumeaux éclos tout armés, coinme Minerve, d’un cerveau souverain.
Le premier étrit mirobolant ; le second pourrait trouver place dans. une comérlie de Labiche,
Il se résume a ceci: Si les enfants paies mal dans: nos collèges, c’est qu’ils ont apporté cela de leurs familles !
Tiens, tiens, tiens ! ... De naissance peut-être.
Et moi qui m'imfaginais tout bêtement que les parents envoyaient leurs enfants au collège pour les faire instruire. . .
Ce que c’est que la naïveté !
Monsieur l'abbé Baillargé, vous méritez d’être nommé ministre de l’Instruction publique chez les Patagons pour avoir fait cette découverte.
Quel trait de génie !
Quelle ressource désormais pour un pédagogue embarrassé ! Quelle argument sans réplique ainsi gratuitement fournie aux membres de notre immortel professorat à court de raisonnement !
Ecoutez les dialogues futurs :
— Mais, monsieur le supérieur, dira quelqu'un, ces jeunes gens ont terminé leurs études ?
— Oui.
— Comment se fait-il donc qu’ils parlent un pareil charabia ?
— Ils parlaient de cette façon-là quand ils sont entrés chez nous, Monsieur. Ils ont apporté cela de leurs familles,
— Comment, monsieur le professeur, s ’écriera un autre bon paroissien, ces élèves ont fait leur philosophie ? Mais ils sont d’une ignorañce crasse !..
— Que voulez-vous, Monsieur, ils étaient aussi ignorants que ça quand on nous les a confiés. Nous ne les avons pas plus abrutis qu’ils ne l’étaient !
Là franchement, monsieur l'abbé, encore une trouvaille comme cellelà, et vous passez à la postérité entre l'honorable Jocrisse et le révérend Calino.
Quel problème résolu pour la simplification des études !
Seulement, monsieur l’ahbé — il y a toujours des grincheux, vous savez — on entend parfois dire, je ne vous le cacherai pas, que certains de nes collèges n’ont pas atteint l’idéale perfection qu'on trouve à Joliette, et que nombre de jeunes élèves — quelle que soit la beauté de l’iroquois en usage chez leurs parents — trouvent encore le moyen de l’améliorer dans les séminaires,
Je connais pour ma part deux petits enfants qui, appartenant à des parents misérablement préjugés, parlaient assez correctement avant d’avoir commencé leurs études, et qui maintenant, quand ils visitent leur famille,
peuvent dire: ‘“ Poupa, chut arrivé!” comme n'importe quel grand homme de Joliette ou d’ailleurs.
EMaak A nord sd 4 nes dun CDS es PU DOC MM ROMBETRES | +
U est, au reste, ce que vous aurneuvez implicite nent vquanc vous dites : “ Plusieurs enfants les apportent (ces expressions) de leurs familles, Plusieurs n'implique pas la totalité ; et si tout le monde parle inal, c'est que les autres ont appris à mal parler ailleurs que chez eux. Peutêtre pourriez-vous nous dire où, monsieur l'abbé.
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Dernièrement trois
élèves d’une de nos plus brillantes institutions
ame disaient devant moi: 4 — Quand on asseye de ben parler, les ceusses qui nous écoutent risent HS aux de nus au’. à — Et les maîtres, que font-ils pendant ce temps-là ? 4 lans. — Ÿ risent étout. k Monsieur l’abbé, quand j'ai signalé cette plaie, entre mille autres que est j'aurais pu signaler et qui sont en train de voir le jour, grâce à votre si diplomatique intervention, je concluais à une coupable indifférence chez les , professeurs et non pas à leur incapacité.
ient ” - Je me vois forcé — vos confrères ont dû déjà vous en offrir leurs félicitations, monsieur l’abbé —— de modifier mes conclusions, au moins en ce qui regarde le collège de Joliette.
» de h Laissez venir mes prochaines lettres, monsieur l'abbé ; et les lécteurs rte. sauront s'il est possible — à moins que les professeurs subalternes ne soient de petits Vaugelas auprès de leur supérieur — que le français, parlé ou : 1elle écrit, puisse être convenablement enseigné dans cette institution, qui, par otre ‘ses publications, prétend donner le ton aux autres, et se faire le boulevard attitré de notre présent système d'éducation nationale. A la semaine prochaine, monsieur l'abbé !
ont > LOUS, sien, TROISIEME LETTRE e |...
e ça Montréal, 21 avril 1893, s ne ' Monsieur l’abhé, elle- Vous êtes un chançard numéro un} rend Savez vous que, si remuant que vous ayez été jusqu'ici, jamais la célébrité ne vous à aussi amoureusement caressé de son aile ? On ne parle que de vous à Montréal et dans le pays. Les lettres pleuvent chez moi vous pour me demander des renseignements sur votre multicolore personnalité. encs : Il en est même une qui demande où l’on pourrait se procurer votre ) que portrait.
sage Vous êtes un véritable ingrat, monsieur l'abbé, si vous ne me faites s les pas une petite part dans vos dévotions, car — soit dit sans prétention aucune — c'est à moi que vous devez ce surcroît de popularité. ; \ des Je ne vous le reproche pas, au contraire ; je suis prêt à recommencer, 5 voir tant j'aime les gens désintéressés qui fournissent aux autres, avec un F4 aille, empressement digne de George Dandin, l’occasion et les moyens de faire rand ainsi mousser la petite bière à si peu de frais. Mais cela ne m’empêche pas de compter un peu sur votre recon- dir ites : naissançe ; et si, COimime moi, Vous aimez à payer vos dettes, me voilà pour if longtemps avec un stock de bénédictions à mon crédit dans les coffres-forts fa inal du Bon Combat, du Couvent, etc.
Avec cela que je suis arrivé à un autre résultat. Le public sait maintenant à quoi s’en tenir sur vos charges et dignités.
Jusqu'à tout dernièrement vous faisiez partie des nébuleuses.
On sentait bien là un astre de première grandeur, mais les contours en étaient peu définis. I! y avait du vague. Vous voguiez dans des hauteurs presque inaccessibles à nos télescopes profanes — ce qui nous laissai: quelque peu dans l'incertitude relativement à vos attributions. Maintenant nous voilà renseignés. Vous n'êtes-pas le supérieur du collège de Joliette.
Je suis d'autant mieux disposé à accepter votre dénégation, monsieur l'abbé, que, au fond, je ne vous ai jamais cru si supérieur que tout ça.
Admettons que vous n'êtes pas supérieur du tout, — sans prêter l'oreille aux médisants qui prétendent que vous brillez même par une infériorité notoire.
I] n'y a que les médisants pour dire des choses pareilles.
Enfin, n'importe, voilà un point éclairci ; et, à mes yeux aussi indignes que ridicules, vous n’en êtes pas moins la brillante institution que vous savez ; et cela ne diminue en rien l’incommensurabie intérêt que, tout vulgaire laïque que je suis, je me permets de porter à vos révérends intestins et rognons. ‘
. Je veux même, pour vous faire plaisir, me prêter, avec une platitude tout à fait hiérarchique, à certaines de vos petites exigences.
Ainsi, ne goûtant pas du tout — les goûts nous viennent généralement de naissance — mon humble manière de raisonner avec du gros bon sens pour toute argumentation, vous voudriez me voir cultiver le froid syllogisme et autres plates-bandes, aussi peu fleuries que tirées au cordeau, de Ja logique collégiale.
J’y song”: tout à l'heure.
A vos yeux et aux yeux de l'enfant de chœur qui vient à votre secours dans la Minerve du 12, c’est là ce qui s'appelle du jugement,
En voilà un, par exemple, qui doit raisonner à votre goût, ce gentil nourrisson de nos études classiques !
Si l’on n’enseigne ni à parler, ni à lire, ni à écrire dans nos collèges, c’est parce que je n’ai pas de jugement.
C’est clair, n'est-ce pas ? On sent là tout de suite le jeune dialecticien élevé dans le duvet de l’ergotage scolastique.
De mon temps, au collège, quand un bon fruit sec — pas une huître ordinaire, mais un banc d’huîtres à lui seul — se sentait dépourvu de tout le reste, il se rabattait sur le jugement.
Toutes les nullités, les cancres, les buses brillaient ainsi par le jugement, Le jugement était le refugium peccatorum.
Quant aux élèves qui remportaient tous les prix, aux yeux des désappointés qui n’avaient pas obtenu seulement un accessit, ils avaient bien quelque talent comme ça, mais rien de sérieux ; ils manquaient de jugement.
A ce point de vue-là, je vous le concède, monsieur l’abbé, vous êtes un homme d’un rare jugement ; et je n’ai pas attendu que votre compère de la Minerve vienne me le dire pour le constater avec enthousiasme,
- Voyez-vous, on ne sait pas trop ce qui se passe au fond de ces cerveaux exceptionnels qui, non seulement ont le génie en partage avec les grâces
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d'état, mais qui en outre ont eu l'avantage de puiser l'art de la dialectique aux vraies sources.
Ne méprisons pas ceux qui ne montren@frien,
Cela me fait penser à cette bonne marchande de dindes qui venait de voir vendre un perroquet pour vingt dollars, Fehiii
— À-t-on jamais vu | s’écriait-elle Mvihgt piastres pour un méchant oiseau gros comme le poing, tandis que j'ai peine à trouver sept chelins et demi pour les miens qui sont trois fois gros comme ma tête !
— Mais il ne parlent pas, les vôtres, lui répondit-on.
— Tiens, c’t’histoire ! ça les empêche-t-y de penser, ça ?
C'est la chose, la vraie chose: pas brillants les gros oiseuux, mais pleins de jugement !
N'allez pas croire au moins, monsieur l'abbé, qu’en tout cela, je veuille vous comparer au perroquet !
Mais à propos d'oiseaux, vous me permettrez de vous passer encore un petit grain de sel, n'est-ce pas ? Vous le mettrez où vous voudrez,
Votre copain de la Minerve — en voilà un qui sans posséder tous vos accomplissements, comme on dit au collège, parle du jugement comme si
C'était sa spécialité ! — votre copain de la Minerve croit me faire beaucoup
de peine en me disant que je ne suis pas un aigle.
Je ladmets, monsieur l’abbé, je ne suis pas un aigle ; mais si je\pensais mon assertion aussi facile à croire que la sienne, plus poli que lui, je dirais que le charmant enfant de chœur, malgré sa plume, n’est pas une oïe non plus.
Malheureusement il y a sa plume !
Car elle est forte, la plume. de l’homme au gros jugement, monsienr l'abbé.
Si vous êtes allé la chercher, comme le démon de l'Evangile qui, réduit aux aboïs, va requérir l’aide de sept autres camarades plus habiles que lui, vous n’avez pas fait fausse route.
Sa tactique — pour la plume d’un enfant chœur cela promet — consiste à me prêter des opinions et des théories que je nai jamais ni entretenues ni formulées.
Par exemple : j'exprime l’idée qu'il vaut mieux savoir l'anglais et gagner sa vie, que de mourir à l'hôpital en traduisant Cicéron, L’honnête Jeune homme en conclut que je méprise Cicéron, et que je condamne ceux qui enseignent à le traduire,
J'exprime l’idée qu’on devrait, en même temps que le grec et le latin, enseigner un peu à parler le français dans nos collèges. Le jeune homme en conclut que je fais la guerre aux études classiques.
Monsieur l'abbé, je fais la guerre aux études classiques telles qu’on les comprend dans la plupart de nos collèges, car si des études classiques comme celles-là peuvent faire chez les prêtres, des supérieurs d'institutions, elles ne peuvent faire, chez les laïques, que des inférieurs et des déclassés : mais je sais trop la valeur des vraies études classiques pour ne pas en apprécier les avantages. . És à ve
Et si j'avais à donner une preuve irrécusabie de ce que j’avance ici, je dirais au public : Venez chez moi ; je n'ai qu’un fils, et vous le trouverez penché sur sa grammaire grecque et sur son dictionnaire latin. Cest concluant, ce me semble.
16 e À PROPOS D'ÉDUCATION
— Pourquoi donc ne le mettez-vous pas au collège ? me dira-t-on.
Pourquoi je ne le met pas au coliège? Ce qui va suivre le fera savoir assez, '
Ne serait-ce que pour enfreténir le charme des doux épanchements si heureusement inaugurés entre nous, monsieur l’abbé, je veux bien consentir, pour racheter ma. promesse, à abandonner un instant ma manière
Je vais essayer d'aborder le grand genre, la logique à haute portée,
Je pose pour prémisses que vous avez été éduqué — je m'entends sur le mot éduqué — dans un de nos collèges classiques ; je ne le nomme pas, pour ne point le compromettre,
Ces prémisses, vous les admettez, n'est-ce pas? Bon!
Or, si je prouve — ce n’est encore qu'à l’état de si, vous comprenez, car je ne peux pas tout faire à la fois — si je prouve, dis-je, que — tout éduqué que vous avez été, dans un de nos collèges classiques -— vous êtes resté fieffé ignorant quand même, un dilemme intéressant ne peut manquer de se présenter à l'esprit,
Ce dilemme, je vous le soumets humblement, monsieur l'abbé, et
j'espère que vous y trouverez tout ce qui constitue un dilemme orthodoxe.
Procédons.
Puisque vous avez été éduqué dans un de nos collèges, et que vous
êtes resté un fieffé ignorant tout de même, il s'ensuit de deux choses l’une :
Ou le collège laissait à désirer, ou votre intelligence n’était pas à la hauteur de la situation.
Dans la première alternative, la thèse de ceux qui prétendent que nos collèges sont insuffisants serait prouvée.
Dans la seconde elle ie serait aussi, puisque, fieffé ignorant, on vous voit briller parmi les étoiles de nos collèges, dont, avecs votre Couvent et votre Etudiant, vous avez l'air de vous constituer l’eracle et l'organe.
Là, voyons, êtes-vous satisfait ? N'est-ce pas de la logique, de la vraie logique, ça? Trouvez-moi un raisonnement plus corsé,
Eh bien, cher monsieur l'abbé, je puis vous en servir du raisonnement aussi classique que cela à la ribambelle (au collège on dit à la rubandelle, style de rigueur. surtout pour ceux qui se destinent à l’enseignement classique).
Malheureusement cela ennuierait certains de mes amis — car Pas que vous d’ami dans le monde, monsieur-l’ mieux, pour cette fois, vous tirer une révér
À la semaine prochaine !
je n'ai abbé — et je crois qu’il vaut ence aussi indigne que ridicule.
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