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Mais que vous infectiez de votre ignorance pyramnidale non seulement ie collège de Joliette, mais encore les autres maisons d'éducation du pays à beaux deniers cymptänts, comprénez-vous que C’est chose différente?
Si les prêtres dés autres collèges vous pérmettent de répandre ainsi vos productions malsaines parmi les enfants qu'ils se sont c argés d’instruire, alors il devient du devoir de tout ‘honnête homme de se lever et de parler ! Il faut mettre fin à de pareils abus.
Un prêtre n’est tenu d'être ni un savant ni un écrivain ; mais s’il ignore les éléments de sa langue, qu’il ne se charge pas de l’enseignèr !
Surtout qu'on ne lui permette pas de propager ses inepties, sous
prétexte d'éducation, parmi notre pauvre jeunesse sans défense, déjà trop
prédisposée à croire le prêtre aussi infaillible en syntaxe qu'il l’est en politique. hi mé
Si je nai plus le droit de réclamer pour la politique, j'ai au moins celui de protester au nom de la syntaxe, RTS Panne
Et pour cela, je vais me permettre, monsieur l'abbé, de présenter l'Etudiant à mes lecteurs.
Qu'on se couvre !
L'Etudiant est une petite revue rédigée par un savant professeur qui
signe #! À. Baillargé, Ptre, publiée sous le toit aussi classique que sacré du collège de Joliette, et répandue, dit-on, à grand renfort dé réclame écclé-
siastique dans plusieurs autres, sinon dans tous les autres collèges et séminaires de la Province,
Cette revue à la prétention d'être un foyer de science classique à l'usage de la jeunesse studieuse et chrétienne.
C'est bien cela, n’est-cé pas ?
Eh bien, je n’ai que deux numéros de l’£tudiant sous la main, monsieur l'abbé ; et, en attendant que je fasse admirer les beautés des autres productions que vous mettez si libéralement au service des petits malheureux confiés à vos soins, nous allons, si vous le voulez bien, parcourir une page ou deux de ces intéressants spécimens du journalisme alimenté aux sources mêmes de ces profondes études classiques que les laïques n'ont pas le droit
de critiquer.
Nous ne chercherons pas longtemps, vous allez voir ! ère page, lère ligne :
C’est naturellement vous-même, monsieur l'abbé, qui avez la parole :
Notre course de santé est terminée.”
Moi, je sais ce que c’est qu’une course de chevaux et même qu’une course de cocher ; mais si le lecteur veut apprendre ce qui s'entend par une course de santé, il lui faudra s'adresser chez vous, monsieur l'abbé, qui en êtes l'inventeur, et qui sans doute ne livrez ce secret que sur demande accompagnée de quelques centins, comme vous dites, pour vos bonnes œuvres.
2e ligne :
‘Le 89 octobre, nous avons l&issé Liverpool.”
Comment, monsieur l'abbé, vous n'avez pas emporté Liverpool avec
vous !.,. C’est dommage, vous auriez peut-être pu faire des Canayens
‘de tout ce monde-là.... Monsieur l’abbé, si vous ne savez pas la différence qu’il y a entre quitter et laisser, comment pouvez-vous l'enseigner ? Et eeux qui la connaissent, comment peuvent-ils vous permettre d'induire ainsi en erreur les élèves que l’on confie à leurs soins pour les faire instruire ? Comprenez-vous que c’est là le point ?
Va pour deux lignes ! et continuons, même page :
‘J'ai eu en ce jour l'extrême honneur d’être reçu en audience par S. S. Léon XI11.”
Mais comment diable vouliez-vous donc être reçu ? On dit en audience privée ou en audience publique, suivant le cas, monsieur l'abbé ; on ne dit jamais en audience tout court, à moins qu’on ne signale en même temps je nombre des personnes reçues. C’est parler comme un homme qui ne connaît ni la valeur ni l’étymologie des mots.
Allons plus loin ; même page toujours :
‘‘ Mon père, G.-F. Baillargé, député-ministre des Travaux publics...”
Buies, Lusignan, Legendre, criez fort dans les journaux contre l’anglicisme ; il y aura toujours quelque bon professeur de collège infaillible qui enseignera à ses élèves à traduire deputy minister par député ministre. Et cela pour créer de nouveau en France — ou chez ceux qui ignorent le canayen — les quiproquos qui ont, il y a deux ans, à Paris, failli faire passer Mgr Labelle pour un menteur !
Comment corriger le langage de notre jeunesse, quand se sont les professeurs mêmes qu’il faudrait d’abord instruire !
Et comme ces derniers croient tout savoir, parbleu.... et qu'on ne saurait insinuer qu’ils peuvent ignorer quelque chose, sans recevoir sur le coco le éontenu de quelque sale ustensile, que voulez-vous y faire ?
Suivons la même page toujours :
‘* Les appartements de Léon XIII sont à l'étage le plus élevé du Vatican et donnant vue sur la place Saint-Pierre.”
Vous voudrez bien dire à vos élèves, cher monsieur le professeur, que
donnant vue n’est pas français dans ce sens-là ! C’est ayant vue qu'il faut dire, ce qui est bien différent.
“ Mgr della Volpe m'introduit finalement dans un modeste appartement contigu, je crois, au cabinet de travail du Pape.”
Yat-il un dictionnaire de la langue française dans votre collège, monsieur l’abbé? S'il y en a un, ouvrez-le done, et vous verrez ce que veut
dire le mot appartement, dont on s’évertue depuis quinze ans à donner la définition dans les journaux laïques.
. ‘ Craignant de fatiguer Sa Sainteté, je me contente ensuite de dire, sans déployer les autres cartes, que la 2e est une relative à l'Eglise anglicane..
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“I était chagrin de ne pouvoir se rendre au désir d'un chacun de ses enfants.” Faites assavoir à vos élèves, monsieur l'abbé, qu'un mécréant de
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Montréal, qui ne respecte rien, prétend qu'un chacun ne se dit plus que par plaisanterie. Ce n’est pas ma faute, mais c’est comme ca.
Enfin, monsieur l'abbé, lâchez donc une bonne fois le mot piastre ;.
l’Académie donne le mot dollar comme vocable français pour désigner la pièce de cinq francs américaine. La piastre est une monnaie espagnole ou turque,
Et cœtera. .
Et tout cela dans un seul petit feuillet de revue grande comme la main !... Une revue publiée dans le but d’instruire la jeunesse !
Je ne m'arrêterai pas à relever tous les anglicismes, toutes les incorrections et toutes les absurdités de langage dont regorgent les pages qui viennent à la suite ; il faudrait. presque tout citer.
Je saute d'emblée à la dernière, pour relever une phrase qui n’est pas:
une perle ordinaire, mais tout un écrin à elle seule :
‘ Une plainte amère s'échappe de sa plume en songeant à tout le temps que nous avons perdu, et cela devant la marée montante d’antagonistes qui nous nr et qui convoitent de plus en plus une terre achetée par le sang de nos ancêtres. ”
Quel coup d’œil que cette plainte amère qui s'échappe d'une plume, et:
qui se met tout de suite à songer, en face d’une marée d’antagonistes, .
pendant que le sang de nos ancêtres achète des terres ! Enfoncé ‘ le char de l'Etat qui navigue sur un volcan ! ”
Voyons, cher abbé, on ne vous a donc jamais enseigné ce que c'est.
appris seulement la valeur des mots ! A votre place, moi, je ne me tuerais pas à défendre ceux qui m’auraient enseigné la langue française de cette façon.
classique, et cueillons au hasard (avec un s, monsieur l'abbé, un s aussi indigne que ridicule),
‘““Les Madrilènes sont particuliers sur la toilette ; haut col, cravatte (avec deux tt) de soie avec épinglette, poignets saillants avec boutons. ”
“que la concordance des figures en rhétorique ! Vous n'avez donc jamais:
Mais ce n’est pas tout : ouvrons l’autre numéro de la petite gazette :
Ah! voilà une observation importante, monsieur l’abhé, puisque c’est . la seule que vous ayez faite à Madrid! Ce que c’est que de voyager en.
dilettante !
Comme ces Madrilènes sont particuliers en effet! Dire qu’ils portent
des boutons à leur chemise ! car ce que vous appelez des poignets (saillants, . on ne sait trop pourquoi) doivent être des poignets de chemise ou des: manchettes ; et porter des boutons à ses poignets de chemise ou à ses-
manchettes, c’est en effet assez original pour attirer l'attention des étrangers |
Seulement un Français peu éclairé se demanderait sans doute ce que:
peut bien être cette épinglette que des gens si particuliers portent à leur-
cravaite (avec doux ét, puisque vous y tenez).
Mais les Français n’ont pas l'avantage de comprendre le canayen.
qu’on enseigne au collège de Joliette. | Il n’en faut guère plus long, monsieur l'abbé, pour nous faire entre-
“voir, ce me semble, la raison pour laquelle nos évêques s'opposent en bioc à ce que les professeurs ecclésiastiques subissent des examens avant d'entrer dans le professorat.
Par exemple, je me demande pourquoi on en ferait subir aux autres
-Mmaîtres d'école.
Quant à être confits dans l'ignorance, j'aimerais qu’on me montrât ce que nous avons à gagner à ce que le chaudron soit plus ou moins bénit !
Mais vous n'êtes pas le seul, monsieur l'abbé, à fournir ces charmants exemples de style destiné à ankyloser l'imagination des nobles espoirs ‘du peuple qui doit un jour régénérer l'Amérique du Nord.
Vous avez des collaborateurs en prose et en vers qui ne sont pas de votre force, mais dont quelques-uns ne manquent pas non plus de titres à la gloire.
J’en veux citer un — pour le fun.
C’est un poète, celui-là, un‘vrai modèle à mettre sous les yeux des
jeunes générations canadiennes, pour remplacer Victor Hugo et Lamartine, qui, comme on le sait, ne peuvent que fausser l'intelligence et faire perdre le goût de la saine littérature.
Je reproduis tout au long, persuadé que les lecteurs qui ont lu ce que
j'ai cité de vous peuvent subir cette épreuve sans trop grave danger ‘d’aliénation mentale : |
Salut ! noble Reine, otre Souveraine :
Mère de pitié, dont le cœur S'émeut tant des maux du pécheur ;
Douce vie où l'âme : Peut espérer son but.
Et suave flamme Du saint amour : salut !
Notre voix s'élève
Pour réclamer votre secours :
Faibles enfants d'Eve
Nous comptons sur votre concours.
Concours pour aide, voilà une impropriété de terme que le pauvre “diable d'auteur n’a certainement pas apporté de chez lui quand il était tout petit : il a dû apprendre cela au collège.
Vers vous nous soupirons Dans nos vives alarmes ; Nous gémissons et nous pleurons :
Cette vallée, hélas !
Etant celle des larmes Nous en versons jusqu'au trépas.
O cœur si doux.
O puissante avocate !
Exemptez-nous, Malgré notre conduite ingrate, u divin courroux.
et es
on bloc à d'entrer
x autres
ntrât ce vénit !
armants ; espoirs
, pas de titres à
eux des martine, perdre le
u ce que danger
pauvre tait tout
Exempter pour préserver, voilà encore une chose que l’auteur n’a pas | apporté de naissance !
Cœur généreux Que le ciel nous accorde, Tournez les yeux Comme votre miséricorde Vers les malheureux.
Et Jésus, rruit adorable Qui nous fut destiné, Et qui de vous, Vierge ADORABLE (Une rime riche !) ous est né, Faites qu'après cette vie Hors d’exil désormais Il s'offre à notre âme ravie À jamais !
O clémence !
Cœur immense | Tant doté
De bonté !
O pieuse et douce Marie Du Très-Haut la Fille chérie !
Amen.
Et cette élucubration de triple imbécile, publiée par Pautorité et sous les auspices d’un collège qui prétend enseigner la littérature, est immédiatement suivie — ne croyez pas que je badine ! — d’un article sur l'Utilité des vers latins /
Ce serait à se tenir les côtes, s’il n’était si triste de voir ainsi une partie de notre jeunesse enfouie à son insu sous cette couche de crétinisme à quintuple pression !
Si la connaissance de la prosodie latine est avantageuse à qui veut savoir le latin, la connaissance de la prosodie française ne serait-elle pas aussi de quelque utilité à qui veut savoir le français ?
Or la prosodie française est partout répudiée et bannie dans nos collèges. Quand on y tolère quelques récalcitrances, c’est miracle.
N'est-il pas ridicule et même indigne de voir nos enfants la tête bourrée de dactyles, de spondées et d’anapestes, nous parler de la pénultième et de l’antépénultième, sans pouvoir nous dire ce que c’est qu’une césure et qu’un hémistiche français !..
Où trouver, parmi nos prêtres, nos avocats, nos médecins, nos notaires, ceux qui sont en état de distinguer si un alexandrin est correct ou non!
Et n'est-ce pas là une partie importante des belles-lettres ?
Mais il paraît que ce n’est pas dans la ‘ vraie branche.”
Et l’on viendra encore nuus bassiner en disant qu'on donne tout cela ‘à bon marché!
Il ne manquerait plus que de nous le faire payer cher !....
A la semaine prochaine, monsieur l'abbé !