A SIXIÈME LETTRE
Montréal, 12 mai 1893.
Monsieur l'abbé,
J'ai connu plusieurs fins-fins dans ma vie, mais j'en ai rarement:
rencontré comme celui qui m’honore, à votre acquit, de ses attentions dans: le Courrier du Canada.
Ce fin-fin est à croquer.
Pour prouver qu’on enseigne parfaitement le français dans nos collèges, il se morfond à démontrer que je ne l’ai jamais appris moi-même !
Guibollard fait des petits, à ce qu’il paraît.
Et moi qui n’osais pas me citer comme exemple !
Voilà une partie de ma démonstration faite, tant mieux! Vous. voudrez bien offrir mes remerciements au fin-fin, n'est-ce pas ?
Depuis notre dernière entrevue, monsieur l'abbé, j'ai reçu quatre lettres de prêtres. Je ne parle pas des lettres anonymes qui sentent leur encens à quinze pieds à la ronde ; celles-là, walgré leur caractère évidemment sacré, n'ont pas le privilège de troubler le mien, qui à l'endroit de toutes les lâchetés — cléricales ou laïques — est d’une impartialité on ne. peut plus profane,
Or, sur ces quatre lettres, il y en a une qui dit ceci en substance :.
“ Merci, Monsieur ; vous faites une bonne œuvre. Les conservateurs : ne veulent pas parler parce qu’ils ont des sympathies à ménager, les libéraux parce qu'ils ont à se tenir en garde contre les préjugés sans cesse soulevés contre eux, les prêtres — ceux qui comprennent — sont. condamnés à un mutisme encore plus absolu que les autres, parce que... parce qu’ils sont prêtres tout simplement. J ‘’applaudis à votre courage, et j'aime à vous dire que vous avez plus d’adhérents dans le clergé que vous ne pensez. Plusieurs prêtres sont las de toujours porter le fardeau de l'ignorance et des fautes de leurs confrères, sans pouvoir dégager leur responsabilité.”
Très bien ! voilà le langage d’un homme, au moins !
Ce sont ceux-là, monsieur l'abbé, ce sont les prêtres de cette trempe: qui soutiennent l'édifice ébranlé du pouvoir ecclésiastique dans le pays. Lorsqu'il ne restera plus que des Baillargés et certains autres personnages qu’il est inutile de nommer, vous m'en direz des nouvelles !
Quant aux trois autres lettres, elles peuvent se résumer à ceci :
‘ Vous touchez à l'Eglise.
“ Vous n'avez pas le droit de critiquer les prêtres : ils ne relévent. point de l'opinion publique ; les mandements de nos évêques le disent.
‘* Vous êtes catholique pourtant...
Vous devez beaucoup au clergé... .” Etc.
. . à A INQr maAmasmes
» monsieur l'abbé, en vous touchant, je touche à l'Eglise ! Je vous avouerai que cette prétention me rend tant soit peu perplexe. Je sais bien que vous êtes, ou tout au moins que vous vous croyez l’ornement du sacerdoce, le pilier du sanctuaire, le boulevard des vrais principes,
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“et l'organe attitré du clergé dans notre pays ; mais vous n'êtes pas l'Eglise -à vous tout seul. Et d’ailleurs il me semble que l'Eglise ne se recrute pas -dans le clergé exclusivement.
Quand j'étais petit, on m'a enseigné au cathéchisme que l'Eglise, c’est
-# la communion des fidèles unis entre eux par le lien d’une même foi, la
participation aux mêmes sacrements et la soumission au même pasteur légitime.
Or, comme vous n'avez pas changé cela depuis, à ma connaissance, monsieur l'abbé, il me semble que, dans ces conditions-là, j'en suis, moi aussi, de l'Eglise ! En sorte que, quand vous me sautez au collet, vous attaquez autant l'Eglise, que moi quand je vous gifle un peu pour me débarrasser.
J'y mets peut-être un peu moins d’ardeur cléricale, voilà tout.
‘“ Les prêtres ne relèvent point de l'opinion publique : les mandements sont là qui le disent.”
Entendons-nous bien, d’abord. Si vous parlez du prêtre comme prêtre, c'est-à-dire en autant qu’il s’agit de ses actes de prêtre, je suis avec vous.
Mais si vous voulez dire que le prêtre, parce qu’il est prêtre, ne relève en rien de l'opinion publique, c’est une autre affaire, une toute autre. affaire !
Si c’est là ce qu’on prétend, écoutez, monsieur l'abbé, et pesez bien mes paroles comme je les pèse moi-même. Qu'on n’essaie point d'imposer une pareille doctrine à notre époque, même dans notre pays! On ne fera plus de dupes. Cela créera peut-être quelques papelarts de plus par-ci par-là, mais fera surgir à coup sûr des révoltés à toutes les portes.
C’est un catholique, et un catholique sincère qui vous dit cela !
Quand on mettrait — je ne cherche pas à réveiller inutilement des souvenirs humiliants, mais je prends ce qui me tombe sous la maia de plus propice à illustrer ma pensée — quand, dis-je, on mettrait dix soutanes sur le dos de l'abbé Guyhot, on ne me le ferait pas plus respecter pour -cela ; et s’il avait le toupet de venir frapper à ma porte, fût-il en chasuble et en étole, je n’irais pas demander la permission de Monseigneur pour le recevoir sans plus de cérémonie qu’un laïque de son espèce. s’il en existe,
N'en voilà-t-il paf des immunités !...
Monsieur l'abbé, le pape lui-même relève de l'opinion publique, en tout ce qui ne concerne pas les dogmes et la discipline de l'Eglise.
En fait de science, en fait de moralité, en fait d'orthographe, en fait d'éducation, il peut être la plus haute autorité du monde, si l’on veut, mais il relève de l'opinion publique.
En d’autres termes. le prêtre qui se fait corrupteur d’âmes et d’intelligences est responsable de ses actes comme un autre citoyen, et — n’en déplaise à toute la gent à quat’pattes où à genoux — les fautes de français commises par des prêtres sont aussi bien des fautes que si elles étaient Tœuvre du plus insignifiant des laïques. .
Pour ma part — et c’est là une manière de voir qui se propage terriblement, monsieur l'abbé — quand j'entendrai un bachelier dire que Louis
XIV a été fait prisonnier à la bataille de Pavie, ou aue Charles VTIT a
‘été tué au siège de La Rochelle, le susdit bachelier aura beau plaider que
monde pour le classer dans mes papiers parmi les ignorants, en dépit de tous les mandements de la création.
‘“ Vous êtes catholique, pourtant . . , ”
Cette trouvaille ! ,., ÆEh ! mais, parce qu’on est catholi ue, est-ce: P q q
une raison pour être plus globe-mouche que les autres ?
Saint Louis disait à Joinville qu’il ambitionnait le renom de prud’homme, mais n'avait aucune envie d’être pris pour béguin. Je pense comme saint Louis.
Oui, je suis catholique, mais je n'ai pas le gosier mieux construit pour avaler des couleuvres que si j'étais protestant ou libre penseur !
C’est encore là des grâces d'état qui manquent à ma personnalité aussi indigne que ridicule.
Pour moi, le prêtre à l'autel, au confessionnal, c’est-à-dire dans le strict exercice de son ministère, c’est le prêtre. Et je suis prêt à lui accor-
der, comme tel, tous les privilèges qui s’attachent à ses fonctions, en même:
temps que mon profond respect, s’il s’en montre digne, Mais quand il enseigne, il devient maître d’école, et responsable aux. . citoyens comme les autres maîtres d'école.
S'il est incompétent, s’il ne sait rien surtout, au large ! Qu'on en:
mette un autre à sa place ! C’est aussi simple que cela. L'évêque de Peoria, cité par M. l’abbé Rouleau, le distingué principal de l’école Normale de Québec, a dit quelque part :
‘ Une bonne religieuse n’est pas par le fait même une bonne institutrice. Comme les hommes faibles ayant l'autorité font plus de mal que les méchants, de. même rien n’est si pernicieux dans uneinstitutrice que l’incompétence.”
Eh bien, ce que Mgr Spalding dit des religieuses, on peut le dire des. prêtres — même des prêtres instruits. Et cette pensée, le savant prélat la développe comme suit :
‘ L'éducation est devenue une science, et l'enseignement un art qui ne peut être exercé d'une manière intelligente que par ceux qui sont tout à fait versés. dans cette science...
“I nous est permis d'espérer que nous sommes tout près du jour où l’on considérera comme criminel le fait de confier des enfants à ceux qui ignorent la science et l’art de les instruire....
‘* Il y a des hommes avec lesquels il suffit de venir en contact intime pour recevoir une éducation de première classe, et il y a des universités où l'on peut passer des années et n'en rapporter qu'une stupidité ACQUISE, pire et plus irrémédiable que le caractè*e naturel..."
Oui, monsieur, je ne me lasserai pas de le répéter, on a trop hubitué cs à À : à notre population à croire que le prêtre est doué de la science infuse et de la compétence universelle.
Le prêtre — vous devriez savoir au moins cela, monsieur l'abbé — ne connaît que ce qu’il a appris, comme les autres hommes ; et, dans l’ordre temporel, il n’est pas nécessairement mieux doué que le commun des mortels.
En sorte que, moi comme un autre, j'ai le droit, le droit absolu, remarquez-le Wien, de penser et agir à ma guise sur les questions libres,
sans avoir à en rendre compte au clergé, et même de différer largement d'opinion avec vous, ce dont j'abuse en particulier sur le point suivant, monsieur l'abbé :
s0Gi cati. pay!
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d’org répo vous vous douc
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sont droit tion:
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vos | collè hono que.
d’un sente par part
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pit de . Vous prétendez, comme prêtre, jouir de privilèges À part dans la. sogiété, ayant mission de régler exclusivement tout ce qui concerne l’éducation de nos enfants, pouvant vous servir des lois et des tribunaux du
est-ce: pays pour satisfaire Vos rancunes, mais vous réservant de récuser ces. mêmes lois et ces mêmes tribunaux, le jour où l’on voudrait les invoquer m de contre vous ; et enfin réclamant l’irresponsabilité absolue du sacerdoce: pense devant l’Etat, même pour vos confrères sacrilèges et corrupteurs. Eh bien, voilà des principes infiniment trop moyenâgeux pour notre pour temps, monsieur l'abbé. Ces choses-là ne s’avalent plus comme autrefois. À La vraie religion n’enseigne rien de tel ; les prêtres instruits et irré. aussi prochables n’ont jamais songé à s’arroger d’aussi exorbitantes prérogatives ; et ce ne sera pas les mandements, si respectables que je les considère, qui ins le m’empêcheront de différer d'opinion avec vous là-dessus ! aCCOr- Si vous êtes ignorant comme une carpe et grossier comme un pain même d'orge, vous aurez beau me dire : ‘“ Pardon, je suis prêtre,” je vous répondrai : “ Vous n’en êtes que plus coupable ; car si vous êtes prêtre, } AUX. vous devez avoir.eu l’occasion de vous instruire, et quant au savoir-vivre, vous êtes, par devoir d'état, tenu de donner au moins l’exemple de la nn en: douceur et de la mansuétude.” ” : Un de mes correspondants ajoute que “ je dois beaucoup au clergé.” cipal Certes, oui, je dois beaucoup au clergé. Ce n’est pas moi qui le contesterai. < PT Je lui dois toutes sortes de choses, au clergé : bien des choses que la s, de: reconnaissance me fait un devoir de me rappeler ; et aussi, bien des : choses que le précepte chrétien me recommande d'oublier. >:dés. Mais, dans un cas comme dans l’autre, monsieur l’abbé, je fais, moi, rélut la part du clergé et celle du prêtre. Je n’agis pas comme mes révérends
contradicteurs, qui se sentent tous atteints par les petits traits d'amitié que ma gratitude vous décoche.
RU Voyons, parce que j'ai rencontré de saints prêtres bien payés qui se sont voués à mon instruction du mieux qu’ils ont pu, dois-je renoncer au l'on droit ou plutôt manquer au devoir qu’a tout citoyen de s'occuper des quesnt la tions qui intéressent le plus l'avenir de son pays? pour à Parce que ce sont des prêtres qui m'ont enseigné partie de ce que je peut sais, dois-je nécessairement trouver que vous faites œuvre pie en répandant plus vos bordées d’anglicismes et vos paragraphes de charbonnier dans tous les : collèges et les couvents de la Province ? ! 1tué Parce que de vrais prêtres à l'esprit droit et au noble cœur m'ont 1 ; de honoré, encouragé et vivifié de leur généreuse et loyale affection, s’ensuit-il que je doive baiser la férule dont, sans la moindre provocation ni l'ombre | - he d’un prétexte, vous essayez de me cingler les épaules ? rdre Tenez, monsieur l'abbé, on s'étonne quelquefois de ce que le peuple se | des sente porté à tenir tout le clergé plus ou moins solidaire des écarts commis par un de ses membres.
olu, Si le peuple subit cette impression, à qui la faute ? res, La faute en est aux prêtres, qui comme masse font touiours cause à ent part dans leurs relations avec les laïques. Ha ant, La faute en est à ces prêtres qui, à la nouvelle d’un différend entre
‘un laïque et un de leurs confrères, se rangent, immédiatement et à l’aveugle,
du côté de celui-ci, sans s'occuper de savoir s'ils ne prennent point, par là, fait et cause pour la persécution contre le bon droit. .
La faute en est à ces prêtres qui ne veulent jamais admettre la turpitude d’un des leurs, quand même elle leur crèverajt les yeux, et qui, du haut de la chaire, traitent de calomniateurs et de lâches les citoyens qui sont assez jaloux de leur honneur et de la moralité publique pour mettre les familles en garde contre les agissements des loups déguisés,
La faute en est À ces prêtres qui ne manquent jamais de faire la plus détestable des réputations à tout avocat qui aura eu l'audace de poursuivre un des leurs devant les cours de justice, et surtout de le faire punir,
La faute en est à ces prêtres qui, en ce moment même, disent : “ Fréchette en veut au clergé !” parce que je n’approuve pas aveuglement notre système d'éducation collégiale, et que je ne baisse pas la tête — comme j'étais forcé de le faire à l’époque où l’on pouvait tenir un parti politique solidaire le mes actes — devant les insultes d’un jeune matamore qui n'a que sa soutane pour le recommander à la considération publique !
La faute enfin en est à ceux qui se mettent d'eux-mêmes sous les gouttières (sous les dégouttières, comme on dit au collège).
Mais, si vous êtes prêtre, monsieur l'abbé, ce n’est pas ma faute ; et si vous m'avez empoigné brutalement et sans raison, ce n’est pas ma faute non plus.
Je suis plein de respect pour les prêtres en général, mais pas au point de me laisser écorcher par l’un d'eux pour le plaisir de me sentir les omoplates labourées par des griffes bénites.
Quant à notre système d'enseignement, si je l'attaque, ce n’est pas parce que nous le devons aux prêtres ; c’est d’abord parce que vous m'y avez forcé, et ensuite parce qu’il est mauvais, notre système. Ce que je m'engage à démontrer jusqu’à la plus complète évidence.
Mais, que dis-je, n’êtes-vous pas vous-même, monsieur l'abbé, un de ceux qui travaillent le plus à établir dans l'esprit public cette solidarité que le clergé repousse avec tant d'énergie le jour où elle devient lourde à porter ?
Une fois, j'écris une pièce de vers à mon ami M. Mercicr : c’est détestable !
Le lendemain j'en écris une autre à Mgr le chanoine Boucher : c’est un chef-d'œuvre !
L'une s’adressait à un misérable laïque, l’autre à un membre du clergé, voilà tout ; et c'en était assez.
Plus que cela, un ami me passe le numéro d'octobre de votre Etudiant, et qu'est-ce que j'y trouve? Plus de quatre pages sur l'affaire Guyhot. C’est intitulé : Cité du bien, cité du Mal.
Pas besoin de ce demander dans quelle de ces deux cités se trouvent respectivement placés le clergé et les laïques aussi indignes que ridicules.
Citons quelques lignes :
"ss Le clergé canadien vient de subir une tempête, enfant légitime de la cité du
ET Haine, vengeance, têtes sans cervelle !
, ” La libre pensée, mère de la haine contre tout ce qui tient à Dieu (ce qui tient à Dieu c'est Guyhot naturellement !) existe quelque peu dans notre jeune pays.
‘ Quel sera le jugement de l’histoire?
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la plus oursuipunir.
disent :
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“Nos petits libres penseurs (ne faut-il pas être libre penseur en effet ?)ont done parlé avec colère et surtout avec le zèle emphatique de l'Aypocrisie; Ces messieurs ont usé largement de la peinture noire en vente chez Dame Calomnie (style Jjoliettensia !),
+ De Quelques-uns ont eu maille à partir avec certains curés (les misérables !) ; ils ont subi deæ défaites, ils se vengent.'
Oui, et vont même jusqu'à dé
ranger un saint homme dans ses dévotions ! Est-ce tolérable ?
‘’ Une seconde catégorie dans le débat qui nous occu Get ! quel débat ? on n'a jamais pu savoir) ce digéré,.
pe(une catégorie dans un sont les gens qui n'ont pas bien
Quand j'aurai parlé de vos Coups de crayon, monsieur l'abbé, le public saura jusqu'à quel point ces questions de digestion vous remuent profon-
dément, et jusqu’à quel invraisemblable degré elles touchent de près à vos plus nobles facultés,
‘* Les symptômes de dyspepsie sont peut-être moins prononcés au Canadien et au Canada, mañs il y a complication chez eux, bien qu'ils ne paraissent pas avoir conscience de leur état ; ces messieurs, dans tous les cas, préfèrent pour leur œuvre de régénération les caustiques aux pilules... ."
Toujours la même préoccupation. Vous étiez né pour être vétérinaire ou garçon d'hôpital, monsieur l'abbé !
‘“ Le propre du caustique est d'arriver à la destruction du ma! tout d’abord l'effet de la brûlure (je sais ça!) Il y a des caust comme la pierre à cautère ; on la trouve davantage au Canada.”
en produisant iques plus actifs,
Davantage est ici pour en plus grande quantité ; c'est du joliettensia, le français en honneur dans la baillargerie ! Ne pas faire attention,
‘ Les caustiques moins violents, comme la pierre infernale, par exemple, se trouvent en abondance au Canadien.
“ L'Etendard s'est fait à Montréal le défenseur du clergé ; cette bonne action lui portera bonheur."
Sans doute, monsieur l'abbé, sans doute ; aussi la sainte feuille est-elle allée chercher sa récompense là-haut, parmi ceux dont le royaume n’est pas de ce monde...
Mais ne badinons plus, et faisons un petit retour sur vous-même, monsieur l'abbé, Ecoutez-bien ! :
Voici un individu — dépositaire des dignités sacerdotales et institué | ex cathedrà gardien de la foi et de la morale dans la paroisse Saint- Jacques de Montréal — qui donne le spectacle d’un scandale à déconcerter | l’imagination du marquis de Sade. |
D'un autre côté, voilà un prêtre aussi, du même diocèse, revêtu des mêmes dignités, chargé en outre de diriger la jeunesse, et qui, comme journaliste, a l’occasion et même le devoir de se prononcer,
Il prend la plume, que va-t-il faire ?
Il va s'indigner sans doute ; il va dénoncer, foudroyÿer ls misér souillé de crimes qui a perverti les âmes, abusé de toutes les choses sain et déplorablement compromis le clergé et la religion ... Ah bien, oui!... Va-t-en voir s'ils viennent !... Pas un seul.
dE
de blâme ! pas un soupir de regret ! cela humilierait le corps. Pas même un mouvement de, surprise indignée !
Mais les laïques, en revanche, les misérables laïques qui ont eu la bassesse de se sentir blessés dans l'honneur de l’un d'eux, les pères de famille qui ont songé un instant aux incroyables dangers auxquels sont parfois exposés l'honneur et l'âme de leurs enfants, tous ceux qui ont parlé enfin.... le saint prêtre n’a pas d'expressions assez méprisantes pour dire à chacun d'eux :
On vous a fait, seigneur,
En vous croquant beaucoup d'honneur !
Chut ! taisez-vous, libre penseur !
Voilà la morale transcendante qu'on répand dans nos collèges. C’est “« propre, n'est pas ?
Ne croyez-vous pas, monsieur l'abbé, que voilà une plaie sociale bonne à cautériser aussi ?
Mais assez pour aujourd’hui, noble vengeur de la religion outragée.
Je vous salue avec autant de sincérité que de compassion.
A la semaine prochaine,