SEPTIÈME LETTRE
* Montréal, 19 mai 1893.
Monsieur l’abbé,
Savez-vous que vous êtes pour ma conscience un grand sujet de scandale ?
Se battre ainsi les flancs pour induire un pauvre diable comme moi en péché d’orgueil, cela n’est pas bien, monsieur l'abbé.
Pour un oint du Seigneur surtout, c'est même très mal.
Ainsi, dans votre Bon Combat, que je reçois à l'instant, il y aurait.de quoi me faire crever comme la grenouille de Lafontaine, si mon humilité bien connue ne me tenait à l’abri de semblables accidents.
D'abord, deux sujets s'imposaient à votre attention de journaliste dans la circonstance actuelle : les noces d'argent de notre vénérable archevêque, et... ma personne aussi méprisable que laïque.
Or — j'en suis froissé dans mes sentiments de fidèle brebis, mais ce n'est pas ma faute — le compte-rendu des noces d’or de Monseigneur ne
couvre pas une page entière de votre revue, tandis que tout le reste m'est consacré, c'est-à-dire douze belles manes bien commptées !
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Heïn !...et il y en a qui prétendront que je m'exagère mon importance !...
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Mais ce n’est pas tout. Ces douze pages peuvent s2 résumer en ces quelques mots : Je ne suis pas un grand poëte comme Victor Hugo, Lainartine et Alfred de Musset.
Rien que ça de rivaux !...
J'ai remarqué déjà plus d'une fois la manie périodique qu'ont mes démolisseurs — car j'ai mes démolisseurs, comme la colonne Vendôme — de me comparer aux trois plus illustres poètes du siècle,
(a ne rate jamais,
Comment ne pas se sentir la corde vaniteuse agréablement chatouillée ?
Il faut que vous trouviez mes vers rudement beaux, monsieur l'abbé, pour leur aller chercher si haut des points de comparaison,
Avouez-le, la main sur la conscience, là, vous les trouvez beaux !
Bien plus beaux que je ne les trouve moi-même, allez! Vous essayez de les échitfer : si vous me voyiez les échiffer moi-même! Je vous juYe que ce n’est pas inoi qui me mettrai en ligne de rivalité ni avec Victor Hugo, ni avec Lamartine, ni avec Alfred de Musset, monsieur l'abbé. Je laisse ce soin à mes amis les ennemis, qui s’en acquittent en conscience.
A vous entendre, non style vous rappellerait en outre celui de plusieurs grands écrivains de France.
Vous êtes trop aimable, monsieur l'abbé; et je voudrais bien vous rendre politesse pour politesse.
Je voudrais, par exemple, en feuilletant vos ouvrages, pouvoir dire de temps en temps: ‘“ Tiens, voici quelque chose qui ressemble à Chateaubriand, voici une tournure de phrase qui rappelle Théophile Gautier, une alliance d'expressions dans le genre de Mérimée, etc. ”
Malheureusement c’est impossible. Vous êtes d’une originalité invraisemblable, Je défie Argus aux cent yeux de découvrir, dans vos livres ou vos journaux, rien qui fassent seulement penser à Tardivel. (a ne ressemble à aucun style civilisé. Vous êtes un écrivain absolument unique dans son genre !
Voyons, monsieur l'abbé, parlons sérieusement, pourquoi vous donner tant de mal à démontrer que je ne suis pas un écrivain hors pair, lorsque je suis prêt à admettre que j'en suis même un très mauvais !
Quant à mes vers, il est entendu que si l'Académie les à couronnés, c’est qu’elle n’a pas hésité à sacrifier sa réputation pour faire plaisir aux Canayens (une drôle d'idée tout de même que de vouloir récompenser tout un peuple avec un prix d'enfant tellement ridicule qu'on ne l'offrirait pas à un poète de troisième ordre, un prix tellement insignifiant que c'en est une pitié).
Quant à ma prose — qui n’a pas été couronnée, elle — jugez!"
Mais, monsieur l'abbé, puisque cette petite branche de laurier vous empêche de dormir, n’en parlez donc jamais. Il me semble que je nen rabats pas les oreilles de mes compatriotes, moi! Le fait est que st les jaloux et les envieux ne se chargeaient pas de la remettre à chaque instant sur le tapis, la petite branche, il y aurait longtemps qu'on l'aurait oubliée.
Oui, monsieur l'abbé, je l’'admets puisque cela vous fait plaisir, Je suis un très mauvais écrivain, Cet aveu doit vous faire comprendre que, si vous avez l'espoir de me voir m’arrêter en route et gaspiller mon temps à défendre mes vers, c’est vous qui perdez le vôtre d’une manière profonde,
Que mes vers se défendent eux-mêmes! S'ils en sont incapables, tant pis pour eux.
Du reste, je n’enseigne pas, moi ; je ne suis pas professeur dans un cullège classique ! Mes défauts, par conséquent, ne regardent que moi seul ; ils ne peuvent être contagieux.
Ceci bien compris, passons à autre chose.
Je veux aujourd’hui dire un mot du Couvent, — un joli petit journal tout petit, tout petit, tout petit, avec des articles tout petits, tout petits, tout petits, et des fautes... oh ! des fautes, par exemple.... pas petites du tout, les fautes !
Ce bijou de journal est destiné — son nom l'indique — à éclairer l'intelligence des jeunes filles que les bonnes religieuses se chargent d'élever.
Chaque numéro s'ouvre généralement par un article d’une quinzaine de lignes signé %. A. Baillargé Ptre, et où s'étalent, sans la moindre pudeur, des phrases comme celles-ci :
‘* Appliquez-vous aux travaux de la maison et de la cuisine, comme à ceux de la couture.”
Si j'étais un scolastique comme vous, monsieur l’abbé, je vous dirais : Précisez ; qu'est-ce que c’est que les travaux de la maison, les travaux de la cuisine et les travaux de la couture? Ceëte cuisine qui n'appartient pas à la maison, et surtout cette couture qui a des travaux me jettent dans un ahurissement on ne peut plus hétérodoxe.
Puis viennent des reprodâctions,
Et enfin des réclames en faveur de la Famille, de la Littérature au Canada en 1890, du fameux Zraité d'Economie politique, et des Homonymes simples : 30 centins, 60 centins, 60 centins ! car je constate que le centin, si laïque que soit son origine, m’a l’air d’avoir mieux su que moi trouver grâce aux yeux de votre clérical mépris.
Faisons donc une légère incursion, monsieur l'abbé, parmi les réclames
que vous mettez ainsi tous les mois entre les mains des jeunes filles de nos couvents :
‘“ J'ai souffert d’excès de bile et j'ai souffert de constipation pendant (pour durant) quinze ans. Diverses préparations me furent s&u gérées (pour recommandées). Enfin un ami me recommande l'A ugust Flower. J'en prends suivant la direction indiquée (par des écritures écrites sans doute), L'effet fut surprenant :
je me trouvai délivré des douleurs d'estomac dont je souffrais depuis si longtemps, etc.”
‘G. G. GREEN, manufactureur."
Ainsi, chères petites filles de nos couvents, vous entendrez peut-être dire un de ces jours par quelque laïque aussi indigne que ridicule, que le mot français n’est pas manufactureur mais manufacturier ; vous pourrez répondre hardiment : “Je sors d’une de ces institutions que l’Europe nous envie, et là, M. l’abbé Baillargé — une autre institution que l’Europe ne peut manquer de nous envier aussi quelqu'un de ces jours — nous a enseigné, dans son cher petit journal le Couvent, qu'il faut dire manufactureur.
Une autre jolie page : attention !
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À par accident. En faisant un composé chimique une partie de ce composé est tombée sur la main du chimiste qui, après s'être lavé, a
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découvert que Ze poil était complètement disparu. Cette préparation est tout à fait inoffensive et si simple qu'un enfant peut s'en servir. Relevez le poil et app iquez le mélange pendant quelques minutes, et le poil disparaît d'une façon magique Sans causer la moindre douleur et sans causer le moindre tort sur le moment ou après. Des milliers de dames qui étaient ennuyées de poils sur la figure, le cou et les bras, témoignent de ses mérites. Les messieurs (ceci intéresse fort les jeunes filles du couvent) qui n'aiment pas à avoir de la barbe ou du poil au cou devraient se servir de ce remède qui met de côté la nécessité (sic) de se raser, en empêchant pour toujours {a croissance du poil. Prix $1 la bouteille, envoyée franco par la poste en boîte de sûreté, Ces boîtes sont scellées de manière à éviter l'observation du public. Envoyez le montant en argent ou en timbres. "rO US pouvez enregistrer votre lettre à n'importe quel bureau de poste, afin de vous en assurer la livraison. Nous paierons $900 pour chaque cas d'insuccès de cette préparation ou pour la moindre injure qu’elle ait causée à une personne quien «a
acheté. Aux dames qui répandent 25 bouteilles... nous donnerons une robe de soie... etc.
Voyons, là, mes compatriotes canayens, quand vous mettez vos petites filles au couvent, est-ce pour leur faire lire des insanités de cette espèce ? Est-ce pour leur faire apprendre ce français-là ?
Mais ce n’est pas tout, vous leur en servez bien davantage, à nos petites filles, monsieur l'abbé, Passons à une autre réclame ; c'est du corsé :
‘J'avais souffert de dyspepsie pendant cinq mois. Les médecins me dirent qu'elle était chronique. J'éprouvais, apres mes repas, une fatigue à l'intérieur, et il me semblait avoir un grand poids dans le fond de l'estomac. J'avais aussi fréquemment souffert de la pituite remplie de matière. Quelquefois je me croyais l'estomac atteint par une maladie mortelle...”
Se voir l'estomac en danger de mort, voilà qui n'est pas folâtre !
‘ Puis la flatuosité produisait des coliques qui me faisaient souffrir martyre. Je m'efforçais alors de roter, mais inutilement.”
Voilà, monsieur l'abbé, le français et le langage de bonne compagnie, que, grâce au prestige de votre soutane, vous introduisez dans nos couvents de jeunes filles, pour la modique somme de vingt-cinq sous par année! Et vous viendrez nous dire que, si les élèves parlent mal, c'est qu'ils ont apporté cela de leur famille...
On s’imagine cette jeune demoiselle récemment sortie de pension, dans toute la grâce virginale de ses dix-huit printemps, et qui parle de sa santé à des visiteurs :
— J'ai la pituite remplie de matière, monsieur. Ma flatuosité me donne des coliques. J'ai besoin de remède contre la constipation ; il faut que j'écrive au manufactureur, car je ne puis seulement pas roter |
À ces paroles aussi expressives qu'ingénues, on reconnaît tout de suite une élève du grand homme qui a su donner à ses rognons et à ses intestins une célébrité enviée sans doute par toutes les autres parties de son inénarrable personne.
Bénissons le ciel de ce que des êtres exceptionnels comme vous, monsieur l'abbé, des êtres tout débordants de grâces d'état se chargent ainsi, pour une bagatelle par année, d'instruire si bien nos enfants, de leur si bien enseigner surtout à parler, à écrire et à vivre.
Et cela sans que ni les pères ni les mères aient à y voir ni de près ni de loin. Ah bien oui! il leur est même défendu de s’en inquiéter.
Que quelqu'un s'avise de venir vous dire: ‘ Mais, monsieur l'abbé,
c'est là un langage qui n’a pas cours dans la bonne société ; une personne bien élevée n’emploie jamais de semblables expressions ; même en médecine on se sert de mots techniques qui atténuent la crudité des choses ;” vous aurez bientôt fait de répondre : “De quoi vous mêlez-vous ? qui vous a chargé d’instruire la jeunesse et de guider les âmes ? vous parlez de choses que vous ne connaissez pas : allez vous promener avec vos incongruités et vos fudaises ; vous êtes aussi indigne que ridicule ! ”
Vous me direz peut-être que ces réclames ne sont pas signées par vous.
Qu'est-ce que cela fait, puisqu'elles sont publiées sous l'autorité de votre nom inscrit tout au long en tête du journal, qu’elles sont répandues et mises sous les yeux des jeunes filles par vous-même, et que c’est vousmême qui empochez saintement la recette ?
Du reste, ces réclames sont généralement écrites en anglais, et on les traduit au journal qui les publie; or, comme vous n’avez pas de sousrédacteur à votre service, monsieur l'abbé, vous avez dû en faire la traduction vous-même ; c’est dans votre style du reste, tout à fait dans votre style.
Mais cela importe peu. L'essentiel est de savoir que, fort de l’autorité que votre ministère vous donne auprès des bonnes religieuses, vous faites le métier, pour vous lester le cher petit gousset, d'introduire dans les couvents de pareilles saletés et du pareil français, au grand détriment de l'intelligence et de la bonne éducation des pauvres petites que les parents naïfs s’imaginent y faire instruire.
Mais, me dira-t-on, qui prouve que cette ordure soit répandue dans les couvents ?
Qui le prouve ? Le seul fait de son existence.
Puisque le Couvent existe depuis huit ans, c’est qu’il a des abonnés ; et où les recrute-t-il ses abonnés ? Ce n’est certainement pas au Congrès de Washington ni à l’Institut de France.
Est-ce chez notre population ? Qu'est-ce qui pourrait intéresser les familles dans cette ridicule feuille de chou, ou plutôt cette cynique feuille de carotte ?
Non, c'est dans les couvents et non ailleurs que la vermine se propage et fait son œuvre. Je vois d'ici les pauvres petites se priver de bonbons et d'images, tout enchantées de glisser leurs économies de fillettes dans votre benoîte escarcelle, cher confrère, pour le plaisir de voir leur ncm imprimé
sur la bande d’un journal.
Ces sous-là, monsieur l'abbé, brûleraient les doigts de n'importe quel individu, prêtre ou laïque, qui aurait le cœur un peu plus sensible que les rognons. ,
Mais si l’on ne connaît pas le chiffre exact des exploits du fameux Couvent, on peut avoir — ce qui revient au même — une idée des prouesses de l'Etudiant, par le petit entrefilet suivant, que je détache du numéro de mars 1892 :
‘! Le netit sé
É sé re de Knebec à voulu profiter des avantages exceptionnels que nous donnons aux collèges. 54 de ses élèves se sont abonnés à l'£fudiant. S'il y a un moyen à prendre pour mériter l'encouragement des collèges, qu'on le dise, nous le prendrons.”
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Est-ce vrai ? est-ce faux ?
Qui nous dira quelle des deux alternatives est la moins invraisemblable ?
Dans nos collèges, en général, on est d’une extrême prudence relativement aux journaux dont on permet la circulation parmi les élèves. Le Courrier du Canada, la Minerve, la Vérité ont quelquefois leurs entrées ; mails tous les journaux libéraux, c’est-à-dire tout journal dont les rédacteurs pensent que M. Dorion avait bien autant de valeur que M. Cartier, et que M. Laurier est bien aussi honnête homme que M. Langevin, sont presque partout impitoyablement consignés à la porte.
De sorte que cinquante-quatre exemplaires de l'Etudiant ne sauraient s’introduire dans un de nos collèges, sans que les maîtres et professeurs, en aient connaissance.
Or le collège dont il s’agit, c’est le séminaire de Québec.
C’est l’université Laval !
C’est la première institution classique du pays !
Comprend-on cela ?
Il y a pourtant là des hommes zélés, des hommes de haute valeur intellectuelle, des professeurs habiles et instruits, des savants de rare distinction.
Comment peuvent-ils laisser entre les mains de leurs élèves ce dégoûtant olla-podrida de tout ce que l'ignorance crasse peut enfanter d’anglicismes, de fautes de syntaxe, d'expressions impropres et de langage biscornu ?
Il y a mille à parier contre un que, si l’Ztudiant eût été publié par un laique, il ne serait jamais entré au séminaire de Québec, ni dans aucun autre collège du pays. C’est toujours le même principe : des examens pour les laïques tant qu’on voudra ; pour les prêtres, jamais !
N'est ce pas un peu grâce à tout cela que les trois quarts, je dirais même les sept-huitièmes des jeunes gens qui sortent de nos collèges tous les ans ne sauraient écrire une lettre importante en bon français ?
Et, quand ils ne savent seulement pas la syntaxe, quelle autre chose peuvent-ils avoir sérieusement apprise ?
Sans compter qu’il est des collèges où les professeurs eux-mêmes ne savent pas un mot de ce qu’on les charge d'enseigner.
Ce fait à l'appui :
Un élève du collège de Sainte-Anne — un homme fort intelligent et bien connu — se présente à Mgr Langevin, de Rimouski, pour obtenir la soutane. ÿ
— Très-bien, fait l’évêque ; mais nous avons besoin de prefesseurs au collège, vous ferez la classe.
— Volontiers, que devrai-je enseigner !
— Les mathématiques. s
— Je ferai remarquer à Votre Grandeur qu'ayant très peu de dispositions pour cette science, je n’y ai pas réussi du tout. Le fait est que je ne saurais résoudre un probième d'aigebre.
—— (fa ne signifie rien ; il y a des auteurs qui les donnent tout faits. Allez ! la première vertu du séminariste, c’est l’obéissance,.
— Et voilà comment, me disait le héros de cette aventure, j'ai enseigné les mathématiques, sans les avoir Jamais sues,
Et les braves parents, pendant ce temps-là, se disaient en se rengor- &eant dans leur confiance béate : “ Mon fils est en Mathématiques ! ”
Et Lusignan, n’a-t-il Pas raconté, lui aussi, comment il a été professeur de grec sans l'avoir Jamais étudié? Il apprenait la veille ce qu’il devait enseigner le lendemain, Ce n'était pas plus difficile que ça.
Est-il besoin après cela de se demander Pourquoi nos études sont si faibles ? pourquoi nos bacheliers sont si honteusement ignorants comparés aux élèves qui sortent des lycées ou collèges de France ?
Il me semble en entendre protester qui vous diront demain sans y songer : ‘ Ah ! c’est un homme capable, il a étudié en Europe.”
La chose échappe même à mon petit enfant de chœur de la Minerve, qui prétend que les élèves de nos collèges, quand ils vont se perfectionner en France, ne font pas plus mauvaise figure que les autres.
Et vous-même, monsieur l’abbé, n’enregistrez-vous pas le même aveu, quand vous dites que “ depuis dix ans, les collèges font des sacrifices pécuniaires considérables pour envoyer à l'étranger leurs professeurs et relever d’autant l’enseignement ? ”
Il me semble qu’on ne peut guère admettre plus carrément la déplorable infériorité de nos études indigènes,
n0S hautes maisons d'éducation depuis si longtemps proclamées incomparables.
Si nos collèges sont si parfaits, pourquoi donc aller étudier en Europe ?
Je conçois qu’un médecin, par exemple, trouve des avantages à suivre les cours des grands maîtres de la science, dans les centres qui seuls peuvent offrir un aussi vaste champ aux expérimentations Pratiques ; mais quand il s’agit du latin, du français, de l’histoire, de la géographie, de la philosophie, pourquoi cela ne pourrait-il pas s’apprendre tout aussi bien ici qu'ailleurs ?
Il fut un temps où les plus fortes études classiques du monde se faisaient en Islande.
Hélas ! ceux qui ont étudié quelque chose, savent bien tout cela comme moi ; mais ils ne veulent pas l’admettre, Et qu’un père de famille ose insinuer qu’un évêque, sur les questions d'éducation, n’est pas nécessaire ment plus compétent qu’un autre citoyen instruit, on le traitera de marionelte, si on ne lui dit pas : Marche t'assire !
— C’est, me disait un jour une femme d'esprit, en entendant, à bord d’un steamer transatlantique, cette expression tomber de la bouche d’un de nos hommes de profession libérale, que j'ai reconnu avoir affaire À un compatriote. Seulement, comme il ÿ avait des Français à bord, je ne m'en Suis pas vantée !
Je causais un jour, dvec un marin, d'explorations hyperboréennes et
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— Pourquoi n’essaie-t-on pas, dit-il, d'aller au pôle sud ? Y fait-il trop chaud ?
Or l’auteur de cette énormité était un jeune homme bien élevé, d’excellente famille, un garçon de talents remarquables, et qui venait de terminer son cours d'études complet !.. .
À la semaine prochaine, monsieur l'abbé.