‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 12 sur 41 · Lév. XXIV · texte numérisé non relu

Lév. XXIV

scrupule. U est écrit à tout propos et dans les discours même qui sont rapportés. Il faudrait donc supposer que de tout temps le nom a été écrit, quoique de tout temps il n'ait point été prononcé; qii'jl se perpétuait par une tradition occulte, qui était conservée à livre ouvert ; que les écrivains hébreux s'amusaient à écrire lalivé pour lire Adonaï. L'indication : « pour néant », ne peut pas être une glose dans tous les endroits où le précepte du décalogue est répété. Elle concerne le respect dû au nom de lahvé, surtout dans le serment. C'est dans le cas d'irrévérence et surtout de parjure que la vertu du nom opère contre le coupable. Le nom comme tel n'est pas tabou. Le tabou n'est venu qu'assez tard, quand la plupart des livres de l'Ancien Testament avaient acquis leur forme définitive. Alors naquit le scrupule de prononcer le nom propre de Dieu, si bien que le souvenir même de cette prononciation a fini par se perdre. 11 y eut véritablement tabou, interdit reconnu et observé partons, sans qu'on en fît valoir le motif. Ce n'était pas pour cela un tabou sans raison. Il procédait de la crainte dont on se prit à entourer le nom personnel d'un dieu si grand ; peut-être aussi, en quelque manière, de l'embarras inavoué que causait ce nom propre, incompatible,

au fond, avec Tidée du Dieu universel. Mais ce tabou n'est pas dans la Bible ; il est né d'un scrupule du judaïsme tendant au pharisaïme.

Sur ce point, M. Reinach s'est borné à nier les faits et à déplacer la question. Il avait affirmé l'existence de tabous dans la Bible, et il avait allégué trois exemples. On a montré que ces trois cas n'étaient pas des tabous, ou bien qu'ils ne l'étaient pas au sens que dit M. Reinach; que, de plus, le nom de lahvé n'était pas tabou au cours des temps bibliques. Sans répondre à un seul argument, l'auteur à'Orpheus soutient que son critique a présenté le tabou du nom divin comme « une innovation pédante des pharisiens », et qu'il ne trouvera pas « un seul approbateur parmi ceux qui se sont consacrés à l'étude des religions primitives » ; que « le fait du tabou du nom divin n'est pas un fait isolé mais universel », à expliquer par « la crainte d'un contact téméraire », la mention étant un contact, et par celle de « livrer à autrui, qui pourrait en faire un mauvais usage, un nom nécessaire aux rites magiques de la tribu » ; que si le nom de lahvé n'était devenu tabou en Israël qu'à l'époque des pharisiens, « il faudrait admettre que les pharisiens ont recueilli et conservé, pour la faire triompher quelque

jour, une tradition beaucoup plus ancienne que notre Bible actuelle, et qui, dans les livres de l'Ancien Testament paraîtrait déjà modifiée et atténuée * ».

Mais l'interdiction de prononcer le nom de lahvé ne fut pas « une innovation pédante » ; elle fut inspirée, acceptée et gardée par un sentiment religieux où entra quelque chose de la superstition qui, chez les non civilisés et dans plusieurs cultes de l'antiquité, a fait tenir secrets certains noms. Ce ne fut pas une innovation absolue, puisque les Juifs vivaient alors en relation avec des peuples à qui cette coutume était familière, bien que sous des formes différentes de celle qu'elle prit dans le judaïsme, et que le nom divin avait toujours été respecté en Israël, c'est-à-dire entouré de tabous relatifs. Il n'en reste pas moins que le scrupule apparaît seulement à la fin des temps bibliques, et, s'il est une chose évidente, c'est que pendant des siècles et des siècles, le nom a été prononcé librement. Tout le monde le connaissait dans les anciens temps, et les voisins d'Israël ne l'ignoraient pas ; Mésha le cite dans son inscription ; le nom de lahvé n'était pas plus tabou à Jérusalem au temps des rois que celui de Camos

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