Correspondance, 45 novembre 1909, pp
ce principe n'est pas simple, il n'est pas scientifique de le ramener à l'unité ; car on ne peut le faire que par un artifice de logique et en contredisant la réalité. On ne saurait tout rattacher au tabou, tout expliquer par le tabou, et nous venons de voir comment le tabou ne rend compte ni de l'animisme ni de la magie. Le tabou de M. Reinach ne rend même pas compte de lui-même, puisque c'est l'interdit ea; machina, sans cause ni motif. D'un tel interdit rien n'aurait pu sortir.
Si les religions primitives subsistent dans les religions de nos jours, ce qui est vrai en un sens et d'une certaine manière, il ne doit pas être impossible de trouver une définition générale de la religion, et il est superflu d'en chercher une définition mininia. Si celle-ci est exacte, elle se vérifiera dans toute l'histoire des religions. En fait, animisme, tabous, magie, si on les entend bien, ont leurs équivalents progressifs à tous les degrés de l'évolution religieuse; ils se développent en croyances, morales et cultes. Dans les lignes principales de cette évolution sont les éléments d'une définition suffisante de la religion.
La façon dont M. Reinach se représente le rapport mutuel des religions est un peu déconcertante.
— SS- II conçoit l'étude des cultes primitifs comme une sorte d' « embryologie religieuse », et cela peut s'entendre. Ce qui se comprend moins est l'idée qu'il se fait des religions plus élevées, où il ne retrouve toujours que les mêmes « faits et phénomènes caractéristiques », par lui « constatés à l'état naissant » dans les religions inférieures, mais conservés ultérieurement « sous une couche d'altérations et d'alluvions plus ou moins épaisses, dans tout le développement du germe ' ». Suivons la comparaison de l'embryologie, puisqu'on nous Ta suggérée. Est-il vrai que l'embryon subsiste dans l'homme « sous une couche d'alluvions » ? N'est-il pas vrai qu'il s'est perpétuellement transformé en s'assimilant les éléments dont il s'est nourri? Il est toujours le même, ou plutôt il est toujours lui, et pourtant il est autre. L'animisme, le tabou, la magie ne subsistent pas sous la religion, ils ont évolué avec elle et sont devenus autre chose que ce qu'ils étaient d'abord.
Aussi lorsque l'auteur d'Orpheus déclare qu'il « serait contraire à la méthode scientifique de ne pas reconnaître la théophagie primitive sous la