‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 17 sur 41 · Correspondance, 15 novembre 1909, p · texte numérisé non relu

Correspondance, 15 novembre 1909, p

sur quantité de points particuliers, où M. Reinach reproduit les conclusions de ses précédents travaux, des opinions trop personnelles, trop conjecturales, qui sont données comme certaines, et il apporte aussi une théorie de la religion trop singulière, on peut le dire, et trop défectueuse, qui est proposée avec autant de conviction et d'assurance que si c'était une vérité incontestable et universellement reconnue. La tendance toute polémique du livre ne convient pas non plus à un livre d'enseignement. A ^sout prendre, Orpheus ne donne pas des religions en général et du christianisme en particulier une idée sensiblement différente de celle que Voltaire a inculquée à M. Homais. Cette idée n'est plus exacte qu'en un point, d'ailleurs important : les religions ne sont pas un fruit de la fourberie mais de la sottise humaine. M. Homais l'admettra probablement sans difficulté, sur la parole et les renseignements de M. Reinach, et l'on peut craindre qu'il ne reste M. Homais, comme devant. Quant aux croyants ou à ceux qui ont cru, qui vivent ou qui ont vécu dans l'atmosphère d'une grande religion, ils s'apercevront aisément que leur religion, que les religions, que la religion sont autre chose et beaucoup plus que ce qu'ils trouvent dans Orpheus.

L'on n'entend point ici reprocher à l'auteur sa façon d'apprécier telle religion ou tels faits d'histoire religieuse, le Koran, par exemple, ou le Talmud, ou les Védas, ou l'Inquisition, la Saint- Barthélemv, la révocation de l'édit de Nantes. Il aurait pu être parfois plus sévère sans qu'on eût le droit de s'en scandaliser. Ce qui paraît hors de propos dans un livre de ce genre, c'est le souci constant de montrer que la religion et toutes les religions sont fausses. Ce qu'on ne peut s'empêcher de constater avec regret, c'est une espèce d'impuissance à voir dans les religions autre chose que cette chaîne d'erreurs ; c'est l'absence totale du sentiment de la vie qu'ont eue et qu'ont encore ces religions dont M. Reinach ne décrit que les formes extérieures; c'est l'impression de néant que laisse un livre qui se flatte d'expliquer le phénomène humain de la religion; c'est l'ardeur polémique incontestable, vraiment passionnée, qui fait qu'on se demande presque, en finissant, si l'auteur n'a pas considéré le christianisme comme une sorte de colossal antisémitisme.

Loin de nous la pensée de contester au savant historien Timpartialité de son intention ! Mais luimême a pris soin de nous apprendre au moins une

des raisons qui ont pu compromettre la sérénité et la sûreté de ses jugements. Se méprenant entièrement sur le sens de la remarque précédente, et l'assimilant contre toute raison à je ne sais quelle critique d'Orpheus publiée dans une revue catholique, sous ce titre : la Vengeance de Dreyfus, M. Reinacli a écrit ' : « Certes, l'affaire Dreyfus a éclairé bien des hommes qui ne voulaient plus .croire à l'intolérance monacale, à la contagion du fanatisme, réveillant, au profit d'un parti de réaction, de vieilles haines cultivées avec soin dans les âmes crédules. Elle m'a éclairé aussi, et c'est sous l'impression de cette lueur révélatrice que j'ai traduit V Histoire de F Inquisition au Moyen Age, de Charles Lea. Une fois tourné, par ce grand travail d'adaptation, vers les études religieuses, je me suis dit qu'il fallait en porter les éléments à la connaissance du grand public, parce que le savoir, si humble soit-il, oppose une digue aux entreprises du fanatisme. Que ce fanatisme nie l'évidence dans le cas d'un officier juif condamné à tort, ou qu'il excommunie un DôUinger, un Loisy ou un Murri, c'est le même ennemi éternel du genre humain que

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