‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 23 sur 41 · Cf. Marc. i. 12 ; M.^tth. iv, 1 ; Luc, iv · texte numérisé non relu

Cf. Marc. i. 12 ; M.^tth. iv, 1 ; Luc, iv

des Synoptiques est une personne humaine que dirige l'Esprit divin. Le Christ johannique et celui de la tradition chrétienne sont une personne divine qui se manifeste dans un homme vivant. Au point de vue réel, et pour la foi, ces deux idées sont plutôt équivalentes que dissemblables. Elles ne se seraient point amalgamées avec tant de facilité si elles n'avaient été de même nature. C'est employer un •mot bien lourd que de les qualifier d'hétérogènes, à moins qu'on ne veuille signifier seulement qu'elles n'ont pas la même origine, que la seconde ne procède pas de la première et qu'elle s'y est plutôt superposée et insinuée. Mais si la foi a pu aisément passer de l'une à l'autre, l'historien ne doit pas les confondre.

Ajoutons que la raison des évangélistes ne s'est jamais arrêtée à examiner la contradiction que les faits pouvaient opposer à leur foi : c'est la foi même qui a écarté cette contradiction; elle n'a vu dans les faits que ce qu'elle y a voulu voir, laissant tomber ou corrigeant ce qui la gênait, plaçant toutes choses dans la perspective qui lui convenait. Le quatrième Evangile a perdu presque tout contact avec la réalité de l'histoire. Dans les trois premiers, ce contact n'existe que pour les éléments fondamentaux de la

tradition synoptique, et la Jésus lui-même ne se place pas au-dessus de l'humanité : il a mission du Père atîn de préparer le prochain règne de justice. et il doit aussi présider à ce règne quand il aura plu à Dieu d'en amener l'accomplissement sur la terre. Le propre de la foi est de ne pas voir les contradictions. Elle transporteles montagnes parce qu'elle ignore les abîmes. Sa puissance éclate dans le fait initial du christianisme, la résurrection de Jésus. Rationnellement parlant, la mort ignominieuse du prédicateur galiléen aurait dû être l'effondrement com.plct et définitif de l'œuvre qu'il avait entreprise. Jamais depuis, le mouvement de foi qu'il avait inauguré n'a rencontré pareil danger. La soudaineté de l'événement surprit les disciples ; l'épouvante du supplice les terrassa. Mais la confiance qu'ils avaient eue dans leur Maître reprit bientôt ses droits. Ce sentiment les avait si profondément pénétrés qu'il était indéracinable. Ils ne pouvaient se déprendre du royaume attendu. Etait-il possible que Dieu eût oublié son envoyé dans la mort? Etait-ce même concevable , puisque la résurrection était promise à tous les justes, dont ils avaient cru les sépulcres près de s'ouvrir? Etait-il vraiment d-ms la tombe, celui qui devait être le Christ ? On

sait ce que leur foi répondit ; comment ils nrent celui quils ne pouvaient supposer perdu pour eux : comment ils reconnurent que les Écritures avaient tout prédit et que le salut d'Israël était à ce prix. Le miracle que la foi réalisa en cette occasion, elle n'a pas cessé de le renouveler aussi souvent qu'elle s'est heurtée à des difllcultés analogues, et d'abord quand il s'agit de trouver que Jésus, ■ venu en Messie pour les Juifs, était pourtant le Sauveur de tous les hommes. La foi de Paul, en dépit de l'histoire, lui suggéra l'explication nécessaire. Kt c'est la même foi qui, chaque jour, et sous nos yeux, découvre des solutions qui ne satisfont qu'elle, mais qui sullisent, au moins dans une certaine mesure, à la protéger contre des objections sans cesse renaissantes.

Que les apôtres aient vu, comme on nous le dit, la o-loire de Dieu sur la face du Christ Jésus, et que ce fait-là soit aussi certain que la bataille de Zama et l'assassinat de César, on peut le soutenir. Mais les faits que l'on compare ainsi, n'étant pas de même ordre, no sont pas vrais dans le même sens ni garantis de la même façon. Cette « gloire de Dieu sur le visage du Christ » est une formule imagée qui définit très vaguement l'impression opérée sur

les disciples par la personne de Jésus. Quand les disciples conversaient avec leur maître, ils ne pensaient pas traiter avec Dieu même. Pierre n'a pas dit à Jésus : « Tu es Dieu visible ». Il lui a dit : « Tu es le Christ' », c'est-à-dire l'envoyé de Dieu pour la manifestation du royaume céleste; rien de moins, rien de plus. Certes, l'impression des disciples fut profonde ; mais comment prouver qu'elle défie toute comparaison ? N'y a-t-il pas d'autres fondateurs de religion qui ont recruté des sectateurs enthousiastes et dévoués jusqu'à la mort ? D'ailleurs, l'impression de Simon-Pierre n'était pas d'une exacte vérité, et elle comportait au moins une part d'illusion, puisque Jésus n'a pas été réellement le Christ dont parle l'apôtre, le Messie qu'Israël attendait, et que le royaume annoncé par lui n'est point venu.

Beaucoup pensent aujourd'hui que Ton peut garder la foi de Jésus en abandonnant la christo-

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