‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 28 sur 41 · Is. LU, 13 LUI · texte numérisé non relu

Is. LU, 13 LUI

S, ps, xMi, n

dire, de supposer que les Juifs auraient Hr accoutumés à considérer le crucifiement comme une forme de sacrifice humain. Jusqu'à plus ample informé, il est tout aussi gratuit d'admettre que l'idée de la mort violente aurait été liée dans la tradition juive à celle du Messie. En disant que le Jésus préchrétien était mis à mort et ressuscitait, l'on accouple des idées vides et des assertions sans objet.

Pour que la thèse fût soutenable, il faudrait qu'un mythe bien défini eût existé dans quelque secte juive, et que ce mythe se fût peu à peu déterminé en histoire. Or, ce mvthe et cette secte, on ne les découvre pas. On trouve des mylhes en quantité, des sectes nombreuses; mais pas le mythe qu'il faudrait, pas la secte dont on a besoin. Ce qu'on apporte en explication d'un fait d'ailleurs complexe, les origines du christianisme, est un chaos d'opinions dont on n'a môme pas établi les rapports mutuels, mesuré l'extension, sondé la signification particulière. Impossible de voir comment le christianisme a pu surgir de cette forêt de mythes.

Dans l'hypothèse, le point de départ serait uniquement la mythologie, et l'évolution primitive de la religion nouvelle aurait consisté à dépouiller de

plus en plus son caractère mythique, pour aboutir à une sobriété relative de la croyance. Ainsi qu'on vient de le constater, le point de départ est inexistant; il n'est pas discernable dans le fouillis de mythes qui nous ont été signalés, et dont aucun de ceux qui sont véritablement attestés ne peut être considéré comme le germe spécial du christianisme.

Mais la thèse dont nous parlons n'est pas seulement gratuite, les témoignages sur lesquels on voudrait l'appuyer lui faisant défaut; elle est en contradiction avec la réalité que font connaître les témoignages chrétiens, ceux-ci permettant de discerner et de suivre une évolution qui est en sens inverse de la thèse mythique.

Avant d'interpréter le Nouveau Testament et spécialement les Evangiles par la mythologie, il serait sage de considérer en eux-mêmes ces documents, d'en examiner la composition, d'avoir égard aux circonstances et aux conditions dans lesquels ces écrits ont été rédigés.

La littérature évangélique ne constitue pas un

bloc homogène qu'on puisse admettre sans réservé comme historique, ou rejeter tout entier comme mythique à raison de son contenu. Sans doute on ne peut pas regarder nos Evangiles comme la simple histoire d'un être humain qui aurait vu le jour dans les dernières années du règne d'Hérode le Grand, et qui aurait terminé sa carrière au temps de Ponce-Pilate. Si l'on ne possédait que l'Evangile de Jean, où la vie du Christ commence dans l'éternité, consiste en une épiphanie céleste et s'achève en apothéose, il serait bien difficile de reconnaître en Jésus un personnage qui aurait vécu réellement sur la terre. Mais le plus mythique des Evangiles est aussi le plus récent, contrairement à ce qu'on attendrait si le mythe seul était à l'origine de la tradition évangélique. Dans les Synoptiques, on peut discerner des matériaux de caractère très varié, une rédaction dont les étapes sont marquées par un progrès de l'élément mythique, mais qui laisse aux mains de l'historien un élément noh réductible à la mythologie. Le travail critique sur les Evangiles a donné des résultats qui n'ont pas besoin d'être justifiés, et qu'il n'est môme pas nécessaire d'exposer en leur entier pour écarter l'hypothèse mythique»

Prenons, par exemple, l'idée que les évangélistes se sont faite de Jésus. Pour Jean, le Christ n'est que la forme humaine que le Verbe éternel de Dieu a voulu assumer en vue d'opérer le salut du monde. Ce Christ est donc parfaitement Dieu; il procède du Père, mais il est de sa substance, il est un avec le Dieu principe. Incarné en Jésus, il se comporte en être tout-puissant qui vient chercher la persécution et la mort, mais qui la subit uniquement parce que lui-même permet aux Juifs et à Pilate de porter la main sur lui. 11 est tel qu'on a pu se figurer Dieu daignant vivre et mourir sur la terre. Le Christ des Mvangiles synoptiques n'est pas à cette hauteur, bien que, dans l'hypothèse mythique, il dût y être, Jésus ayant été de tout temps un dieu. 11 est aVaut tout le Messie de l'espérance juive, le roi promis à Israël, et ce roi n'est pas un dieu ; c'est Un homme élu de Dieu, investi de son autorité, de son pouvoir; cependant un homme de chair et d'os, dont la mort se produit naturellement, non par le sacrifice volontaire de la vie humaine qu'il aurait jugé à propos de prendre. Sa forme d'homme était la réalité même de son être. Dans le Christ johannique, cette forme humaine n'est pas une sirnple apparence, et nous dirons bientôt pourquoi; mais ce n'est pas non plus

sa vraie nature, laquelle est toute divine ; ici Ihumanité paraît comme adventice à la divinité, tandis que dans le Christ synoptique la participation à la vertu divine est comme adventice à l'humanité.

Ce n'est pas que dans l'atmosphère synoptique ne se laisse percevoir quelque courant tendant à la déification complète de Jésus; maison le soupçonne plutôt qu'on ne l'atteint positivement en certains passages. Les cvangélistes lu'siteraient-ils donc à faire parler Jésus en Dieu? Ils n'hésiteraient aucunement, si eux-mêmes le faisaient parler. Le Christ ressuscité de Matthieu, celui de Luc tiennent les discours qui conviennent à un être céleste, instruit des secrets de l'éternité '. Mais les discours de Jésus vivant ne laissent rien transparaître qui ait ce caractère, et l'on en pourrait même citer qui y contredisent '. C'est qu'une tradition impose aux évangélistes les enseignements qu'ils ont reproduits. Et si ces enseignements forment un ensemble cohérent, une doctrine et une prédication explicables dans le milieu où la tradition, une tradition suffisamment ancienne et autorisée, affirme qu'ils se

i. Mattb. xxviii. 18 20; Luc, xxiv, 44-49; Matto. xi. 2y-30 (Luc, x. 21-22). est à rapprocher de xxviu. 18-20.

Page 1