‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 3 sur 41 · P. xciii de la 13' édition · texte numérisé non relu

P. xciii de la 13' édition

tant ces prédications qui nous rendent d'une manière si vive la physionomie de ses discours, et en se bornant à dire avec Josèphe et Tacite quil fut mis à mort sur l'ordre de Pilate à l'instigation des prêtres ? » Les matériaux ne sont pas suffisants pour écrire une histoire de Jésus comme l'entendait Renan, et Josèphe pourrait bien n'être pas à compter comme témoin historique de Jésus à côté de Tacite : mais la réflexion demeure vraie quant au fond. Les Evangiles nous en apprennent un peu plus sur Jésus que n'en dit Tacite, quoique ce surplus ne soit pas aussi bien garanti en tous ses détails que le fait de notoriété publique dont parle Ihistorien romain.

L'article sur le Mythe 'da Christ, on ne fait pas difficulté de l'avouer, a donc été écrit, comme les remarques sur Orpheus, avec une arrièrepensée. On a voulu indiquer discrètement les inconvénients d'une critique qui se suscite à ellemême des embarras, ne sachant plus se tenir pour certaine des faits bien attestés, et se perdant en hypothèses plus ou moins aventureuses ; on a essayé de faire entendre que l'exégèse indépendante et la science des religions pourraient

être, à leur grand dommage, rendues responsables de ces exagérations par tous ceux qui regardent avec inquiétude leurs progrès réels, et par d'autres qui applaudiraient volontiers à ces progrès, s'il leur était plus facile de les voir.

On n'ignore pas que le rôle de Cassandre est dépourvu d'agrément. La Cassandre qui parle ici a été précipitée naguère par les Troyens du haut de leurs murailles dans le camp des Grecs, pour avoir dénoncé trop ouvertement les dangers qui menacent l'antique Ilion. Elle s'en voudrait maintenant de causer la moindre peine au dernier des Achéens, décidée qu'elle est à contempler en paix, sous la tente oià elle s'abrite, les choses du passé, sans se mêler aux querelles du temps présent. Ceux qui jugeraient qu'elle vient d'être, encore une fois, trop prompte à suivre son inspiration, sont priés de considérer qu'elle a le ferme propos d'y résister désormais. Si dorénavant il lui arrive de penser que l'ingénieux Odysseus ne prendra pas la ville avec un cheval de bois, elle se gardera de le dire.

Remarques sur une définition de la religion '

On a discuté souvent et l'on discute encore sur l'essence du christianisme. 11 n'est pas sûr que ces controverses aient toujours éclairé l'histoire des origines chrétiennes. Peut-être même ont-elles parfois altéré plus ou moins les jugements qu'on a portés sur l'évolution du christianisme en Eglise catholique. Cet inconvénient provenait de ce qu'on avait cherché une définition absolue et abstraite, qui ne procédait pas seulement des réalités historiques, mais de l'idéal religieux dont ceux qui l'avaient formulée se trouvaient satisfaits. Le même écueil est à éviter quand il s'agit de définir la religion. 11 peu arriver que des croyants, voulant produire une telle définition, ne définissent que leur foi personnelle,

i. Article publié dans la Correspondance mensuelle AeV Union pour la Vérité, 1" octobre 1909.

ou bien, au contraire, que, dcHachôs de toutes les croyances religieuses et n'y voyant que d'antiques préjugés, de savants historiens donnent de la religion une définition qui exprime surtout leur propre philosophie des religions, toute négative et sans bienveillance* Tel semble être, jusqu'à un certain point, le cas de M. Salomon Reinach dans la définition qu'il a placée en tête de son Orpheas.ei qui domine le livre tout entier.

En soi la religion serait « un ensemble de scrupules qui font obstacle au libre exercice de nos facultés ^ ». On pourrait donc penser, au premier abord, que cette définition ne vise que la religion dans l'individu et qu'elle en néglige l'aspect social. Mais, dans une conversation que reproduit la Correspond dânèè, M. Reinach dit que, la religion étant chose essentiellement sociale, il était inutile de le faire remarquer : « L'élément social est impliqué dans toute définition de phénomènes humains '. » Bien

Page 1