‹ A propos d'histoire des religionsChapitre 38 sur 41 · Cf. iCoR · texte numérisé non relu

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quelque chose du mépris que ce fait, c'est-à-dire, au fond, Jésus lui-même et ses apôtres lui ont d'abord inspiré; d'autre part, il se dégage de cette perspective déprimante par un effort violent de sa foi ; il s'acharne d'autant plus à rassembler sur la tête de son Christ toutes les gloires imaginables, qu'il est plus frappé de l'insignifiance et, si on l'ose dire, de la disqualification originelle du mouve- .ment religieux auquel il a dû se rallier. Gomment le mythe aurait-il pu lui suggérer un tel sentiment ? La vérité doit-être que le mythe, dans une certaine mesure, lui a fourni seulement le moyen de s'en affranchir.

C'est justement parce que le point le plus inattendu, le plus scabreux, le plus répugnant de la nouvelle foi était l'apothéose d'un crucifié, que Paul s'y attache pour l'expliquer. Le premier groupe de croyants avait dû accepter la mort de Jésus comme une disposition providentielle, et dès l'abord on en cherclia l'annonce dans les Ecritures. En pareil cas, lorsqu'on cherche, on ne manque jamais de trouver. Paul s'engagea résolument dans la voie déjà ouverte, et il conçut ou tout au moins développa en théorie de la rédemption l'idée de la mort, sacrifice d'expiation ou de propitiation.

Comme une invention pure en pareille matière est aussi chose purement irréalisable, impensable, on ne doit pas s'étonner que tous les éléments de la théorie aient préalablement existé, à l'état dispersé, dans le judaïsme et les autres cultes orientaux. L'effort de la pensée chrétienne, stimulée par la foi, les a réunis. Mais ce ne sont pas ces éléments qui ont d'abord produit la foi ; ils ont été entraînés et enveloppés dans le mouvement de la foi.

Paul devait possi'dcr, avant sa conversion, l'idée du Messie préexistant, idée qui paraît avoir été absolument étrangère à la pensée de Jésus, l'artisan de Nazareth n'ayant pas été formé comme Paul dans les écoles savantes. Converti, Paul s'empresse d'appliquer cette idée à son Christ, et il n'est retenu par aucun sentiment que la fréquentation de Jésus, s'il avait été son disciple, aurait pu lui donner en sens contraire. A son idéal messianique il associe le crucifié; afin d'adapter l'un à l'autre, il trouve au crucifiement une importance essentielle pour le salut du monde. Les idées communes sur le sacrifice étaient faciles à exploiter, d'autant que supplice et sacrifice n'étaient pas choses essentiellement différentes, mais plutôt connexes dans l'esprit de l'antiquité. Tout aussi aisée à concevoir est

l'interprétation de la cène en mystère commémoratif et représentatif du sacrifice du Christ.

L'hypothèse de la conversion de Paul au Jésus mythique et préchrétien n'est pas à réfuter, puisque ce Jésus mythique est lui-même une hypothèse dépourvue de tout fondement. H n'y a pas lieu de se demander si elle eût été possible ; si Paul aurait été capable de croire que non seulement l'es- 'pérance d'Israël avait été réalisée dans ce dieu Jésus, mort et ressuscité on ne savait quand, mais que même cet être, aussi divin qu'insaisissable, avait accompli par son sacritice la justification des hommes, irréalisable par la Loi. Ce serait, en tout cas, prêter à un juif avide d'assurances concrètes une grande facilité à se contenter de données impalpables. C'est de plus recevoir du protestantisme libéral, que M. Drews critique si vivement à propos de Jésus, un Paul bien modernisé, conçu à l'instar de Luther, comprenant d'avance le problème de la justification individuelle comme il ne l'a pas compris môme après sa conversion.

Autant qu'on en peut juger, ce n'est pas sur la question spéciale de la justification que portaient les préoccupations de Paul persécuteur des fidèles de Jésus. 11 était horriblement scandalisé de voir

ceux-ci proclamer Christ le malheureux galiléen que Ponce Pilate avait envoyé au gibet. Et pourtant, sachant que Jésus n'avait pas été un agitateur vulgaire, voyant l'enthousiasme pacifique et l'esprit de touchante fraternité qui animaient les croyants, il ne pouvait s'empêcher de se dire : « Peut-être ? » C'est ce peut-être que la secousse éprouvée sur le chemin de Damas tourna en avertissement céleste. Quant au problème de la justification, il paraît avoir eu pour Paul un intérêt polémique bien plus que psychologique. C'est surtout en vue de ses convertis, pour sauvegarder l'autonomie de ses communautés naissantes et assurer leur recrutement, aussi par l'iiabitude, que lui-même fut amené à prendre, de vivre plus ou moins en dehors de la Loi, que Paul parvint à se persuader que l'on n'avait pas besoin, pour être en règle avec Dieu, de se soumettre aux observances légales, instituées pour Israël, mais qu'il suffisait d'entrer par la foi dans l'économie du salut qu'avaient introduite la mort et la résurrection de Jésus.

Etrange est la conjecture d'après laquelle la légende mythique du Christ aurait pris forme historique dans la communauté de Jérusalem, par opposition à Paul et à ses sectateurs. Le fonds primitif de la

tradition synoptique ignore Paul et n'a pas été rédigé contre lui. Mais il est à noter que tout le travail rédactionnel d'où procèdent les trois premiers Evangiles tend bien plutôt à englober Paul luimême et sa doctrine, du moins les éléments vivants, utilisables, de son enseignement, dans la tradition évangélique. On peut sans doute aller plus loin et affirmer que le plus ancien des Synoptiques, l'Evangile de Marc, a été composé, dans une certaine mesure, en faveur de Paul. C'est par cet Evangile que l'interprétation paulinienne de la cène eucharistique est d'abord attribuée à Jésus ; que l'idée de la mort rédemptrice est introduite dans les discours du Christ; et le même Évangile semble avoir l'intention consciente de rabaisser les apôtres galiléens au profit de Paul et de ses disciples. Les deux autres Synoptiques y mettent plus de discrétion ; mais, si la personne de Paul ne les intéresse pas spécialement, ils entrent dans ses vues sur l'éminente personnalité du Christ, l'économie rédemptrice et l'universalité du salut. Tout au plus deux ou trois sentences * ont-elles été insérées par les judaïsants dans les discours du Seigneur, pour combattre ou

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