AUTEURS GRECS. PLATON
Lois devaient appartenir à la dernière période de la vie du philosophe ; et pour les dialogues antérieurs, on a obtenu des indications précieuses. Sans doute on ne peut pas, — ou peut-être, pas encore, — dire la date de chaque dialogue, mais on établit le groupement, la suite probable.
Et des indices nombreux viennent corroborer ces conclusions : qu'on place les dialogues dans l'ordre que suggère l'étude du style,et toute l'évolution de la pensée de Platon s'éclaire d'une vive et nouvelle lumière. Il n'est guère, dans sa jeunesse, que le disciple de Socrate ; celui-ci a d'abord le premier rôle dans la conversation ; plus tard, il passe au second rang, devient même simple auditeur, enfin disparaît tout à fait. La méthode socratique, les comparaisons et suppositions socratiques se rencontrent souvent dans les premiers ouvrages et font place peu à peu à des pensées plus personnelles ; l'individualité du philosophe se développe ; et l'on entrevoit en lui le maître d'Aristote. En même temps , le ton devient de plus en plus aflirmatif depuis les questions enjouées de VEuthyphron jusqu'aux assertions catégoriques et même cassantes des Lois,
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28 pnocnès de la critique dans i/étude du style
La grâce de la jeunesse caractérise les premières œuvres ; elle disparaît peu à peu, est vraiment absente des dernières.
Aucun fait historique ne contredit la chronologie ainsi obtenue ; toutes les vraisend)lances la corroborent. Pour n'en donner qu'un exemple, VApologie (le Socrate est, d'après son style, placée vers le début de la carrière de Platon; c'est évidemment la place qui lui convient par ailleurs ; il est naturel qu'elle ait été composée peu après la mort de Socrate ; quarante ou cinquante ans après, elle ne se comprendrait guère, ou plutôt ne se comprendrait pas du tout.
Quand bien même on n'admettrait pas ces résultats, on ne pourrait nier les faits, désormais incontestables, qu'ils supposent : les diversités que présente le style d'un même écrivain à diverses époques.
Les quelques adversaires que la méthode a rencontrés, surtout à ses débuts, lui ont d'ailleurs valu d'être plus complètement mise en lumière.
Les résultats nouveaux gênaient quelques théories toutes faites, dérangeaient les systèmes déjà cons-
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truits; il fallait bien qu'il y eût des mécontents. Le ])lus célèbre fut le vieil historien de la philosophie grecque, le professeur Zeller. Il avait supposé que certains dialogues comme le Sopliîsle et le Politique devaient appartenir à la jeunesse de Platon, et l'on montrait le contraire. 11 déclara qu'il n'était pas convaincu ; il fallait, disait-il, faire d'abord l'expérience sur des auteurs dont la chronologie fût assurée, et l'on pourrait ensuite appliquer la méthode à Platon.
La réponse était bien malheureuse : car ce que Zeller réclamait était déjà fait, pour Gicéron par exemple. Néanmoins, on crut devoir donner satisfaction. M. Ritter, l'un des savants qui ont le plus contribué à éclairer ces problèmes, se donna la peine d'étudier le style de Gœthe, et les résultats ne laissèrent rien à désirer. Il ne s'en tint pas là et se mit à analyser le style de M. Zeller, qui, comme Platon, a fourni une longue carrière ; après avoir poussé assez loin cette contre-épreuve, il put, bien légitimement, constater qu'il avait le droit de s'arrêter, « n'ayant pas de temps à perdre ».
Des travaux analogues ont été poursuivis sur d'autres auteurs grecs; partout la variété apparaît
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de plus en plus grande, à mesure que la critique devient plus pénétrante et plus avertie. On ne confond plus maintenant TAristopliane des Acharm'eus avec celui des Grenouilles^ ni avec celui du Plu fus ^ ; l'on ne sait pas seulement que la gaieté exubérante du jeune auteur comique est devenue moins vive, puis s'est presque tarie ; l'on a précisé les formes d'expression, les négligences de grammaire et de prosodie particulières aux dernières pièces ^.
AUTEURS LATINS. CIGÉRON.
Mais l'étude est beaucoup plus avancée en ce qui concerne les écrivains de Rome que ceux de la Grèce. Les résultats de ces recherches « stylistiques » sont résumés avec exactitude et clarté dans un ouvrage très répandu et fréquemment remis au courant 3. L'évolution du style de Tite-
1. Sur l'évolution du talent d'Aristophane, cf. J. vanLeeuwen, ProlegomenaadAristophanem, p. 1-166, Leyde, Sijthoff, 1908; remarquer surtout les pages 154, 155.
2. J. van Leeuwen, Aristophanis Plutus, Leyde, Sijthoft', 1904, p. xix-xx.
3. J. H. Schmalz, Syntax und Stylistik, dans : F. Stolz et J. H. Schmalz, Lateinische Giammatik, Munich, Beck, 1910.