Ibid., p
58 NOUVEAUX pro(;rès de la critique homérique
« écrivit ï Iliade dans sa jeunesse, Y Odyssée quand « il fut plus âgé ^
La nouvelle orientation de la critique honiérique est le sujet d'un article dii à M. Drerup, professeur à l'Université de Munich-. Le même savant écrit en janvier 1913 : « L'attaque de la critique a été repoussée ; le champ est libre pour rolfonsive, pour une nouvelle appréciation artistique du poète ^. »
M. Shewan dit très justement : « L'histoire de la critique homérique de[)uis la fin du dernier siècle peut être résumée en un mot : « réaction » ^. « Saine réaction-' » ajoute M. Bethe.
Pour en mesurer l'étendue, on n'a cju'à lire l'ouvrage qui résume actuellement « l'état présent de la question homérique » ^, D'ailleurs dès 1011 la
1. F. Sliirmer, Deutsche rAtemturzeilun<r^ XXXII, 1911, p. 3103.
2. Neue Wege und Xiele der llomerforschung (Sonderabdriick ans : Gotlesminne, VI, 1911-1912).
3. Ilomer cils Die /iter (Separatabdruck ans Jlocliland, X, 1912) p. 5.
'i. A. Shewan, Récent tiomeric Literature : Journal ofClassical PfiilologY, VII, 1912, p. 190.
5. E. Helhe, Deutscfte Literaturzeitung , XXXII, 1911, p. 2588.
6. G. Holhc, 7)er augenhlicliliclie Stand der Itomeriscfien Frage, Berlin, Weidmann, 1912.
nouveaux progrès de la critique homérique 50
Revue archéologique en avait prévenu ses lecteurs ' :
1. S. Reinach, Revue archéologique, XVII, 1911, p. 333. Outre les ouvrages que nous avons cités, plusieurs autres, depuis le commencement du vingtième siècle, ont fait progresser la question homérique. Mentionnons : D. B. Monro. Ilomer s Odyssey , Books XIII-XXIV, Oxford. Clarendon Press, 1901 (spécialement : Appendix I, p. 289-393) ; V. Bérard, les Phéniciens et l'Odyssée, II, Paris, Colin. 1903, p. 579-58'î ; M. Bréal, Pour mieux connaître Jlomi're, Paris, Hachette, [P.JOG], surtout p. 37, 126-127, 129; (c'est contre V. Bérard et M. Bréal que M. Croiset défend son système dans l'article intitulé : La Question homérique au début du vingtième siècle : Revue des Deux Mondes, 1907, V, p. 600- 625) ; P. Champault, Ptiéniciens et Grecs en Dalie d'après l'Odyssée, Paris, Leroux, 1906, p. 333-33'î (arguments nouveaux monlraut l'authenticité d'une des parties les plus contestées de V Odyssée), voir nussi p. 361-362 ; A. Lang, Ilomer and his âge, Londres, Longmans, 1906 (très important, surtout au point de vue archéologique) ; The world of Ilomer, Londres, Longmans, 1910 ; (i. Perrot, La Question homérique -.Journal des savants, 1907, p. 577-589, 657-670 ; A. van Gennep, La Question d'Homère, Paris, Mercure de France ^ 1909, (spécialement p. 55-56) ; T. \V. Allen, The liomeric Catalogue : Journal of hellenic studies, XXX, 1910, p. 292- 322; K. Drerup, Ilomer, Munich, Kirchheim, 1903; traduction italienne avec additions et corrections de l'auteur : Oniero, Bergarae, Istituto d'arti grafîche, 1910; J. A. Scott, H'ords found in the Iliad and in but one Rooli ofthe Odyssey : Classical Philology, VI, 1911, p. '16-55 ; I\vo linguistic tests of the relative antiquity of the Iliad and the Odyssey; ibid., p. 156-162 ; Repeated verses in Ilomer : American Journal of Philology, XXXII, 1911, p. 313-321. — C'est encore l'ancien
Les temps sontchangés. Lidécqucles poèmes lioniériquos seraient fails de pièces et de morceaux, c\n"\\ faudrait y voir de courtes épopées cousues ensemble, perd de plus en plus de terrain i>armi les doctes... Sic transi f <>lori(i \ \ ^ol/ïi.
point de vue (|U on retrouve dans les livres, d ailleurs très savants, comme VV. Leaf. The Iliad (édition et commentaire^, 2« éd., 2 vol., Londres, Macmillan, 1900-1902 (l"-*: éd.. 1886- 1888 ; répandait les théories allemandes en Angleterre à l'époque même où M. Croiset les répandait en France); P. Cauer, Gnindfragen der Homcrkritik, 2« éd., Leipzig. Hirzel. 1909 (l''e éd., 1895 ; beaucoup plus personnel que le précédent). Sans traiter directement la question homérique, c'est au point de vue de l'unité que se place H. Spiess pour étudier les caractères tracés dans VJliade : Menschonart and lleldentum in Ifomers /lias, Paderborn, Schôniiigh, 1913.
Écroulement des théories de WolL
Un fait est maintenant acquis, certain, indéniable : la métbode avec laquelle on a longtemps étudié la question bomérique, la métbode qu'on a vulgarisée cbez nous il y a vingt cinq ans, est insuffisamment critique. La rejeter n'est pas se refuser à un progrès, mais prendre conscience qu'on l'a dépassée. Elle représente l'état de la science à ses débuts, découvrant qu'il y a dans une œuvre littéraire des parties inégales et diverses, ne sacbant pas encore que les productions d'un même écrivain présentent des variétés nombreuses de fond et de
forme.
De l'édifice construit par le premier « pbiloloffue » et ses innombrables continuateurs, il ne reste, en bonne logique, rien, absolument rien. Il était bâti sur des bypotbèses erronées ; on s'en est aperçu. Sans doute, il faudrait bien peu connaître
()2 KCnOULKMEXT DES THEORIES DE WOLF
les conditions du progrès scientifiqno pour croire que lii nouvelle va s'en répandre tout d'un coup, et qu'on ne continuera j)as bien des années à enseigner ces erreurs d'antan. ^lais, pour les soutenir encore, il faut ignorer les progrès considérables de la méthode critique, les résultats positifs obtenus dans l'étude de Platon ou de Cicéron, de Gœthe ou de Victor Hugo. La lumière se fait, de jour en jour plus claire.
Ainsi le grand titre de gloire de Wolf s'efface ; son système homérique est caduc ; la critique du vingtième siècle le détruite
On demandera peut-être ce qu'est devenu l'autre système qu'il avait construit, l'application de sa méthode aux discours de Cicéron, le rejet de plusieurs d'entre eux comme non authentiques.
Ici, on n'a pas eu à attendre jusqu'au vingtième siècle. Le dix neuvième siècle accueillit d'abord avec grande considération les conclusions de \\'olf : puis
1. Une réaction analogue s'est produite dans la critique à propos des épopées du moyen-âge. Cf. J. Bédier, lart et le métier dans la chanson de Roland : Resnie des Deux Mondes 15 janvier 1913, p. 292-321. Beaucoup des remarques faites dans cet article s'appliquent exactement à l'œuvre homérique.