‹ A propos d'un cas d'Aboulie Réflexions cliniques et pathogéniquesChapitre 11 sur 15 · RER · texte numérisé non relu

RER

Les caractères mêmes de l’extase sont différents pour une observation plus attentive : l’extatique hystérique est absorbé par une seule idée et cette idée est si bien harmonisée avec ses différentes activités qu'elle semble se traduite au dehors dans tout son être. & Il paraît transfiguré… sa physionomie est expressive, mais ses yeux même grands ouverls ne voient pas ; la sensibilité générale est'atteinte ; nul contact n'est senti ; ni piqûre, ni brûlure n’éveillent la douleur. » C’est le «ravissement » de sainte Thérèse dans lequel « le corps reste comme mort, dans une impuissance absolue d'agir ».

En réalité, comme nous Je verrons, l’attitude de notre malade et l’extase de l’hystérique ont un mécanisme sensiblement différent mais dont la cause est toujours la représentation mentale de puissance anormale. Elles diffèrent par la nature et l’intensité de cette représentation ; au point de vue clinique, elles diffèrent de degré ; l’extase hystérique est plus intense, elles est au-dessus des influences extérieures et nous avons vt par quels procédés on la modifiait momentanément chez notre malade.

Au contraire le facies du mélancolique dans l’immobilité même de son attitude exprime surtout l’insuflisance de ses états psychologiques. C’est un déprimé et un négativiste, mais la dépression est pri. mitive, elle se traduit suffisamment au dehors pour qu’on la reconnaisse.

Le délirant chronique est rarement un extatique: ; même dans ce cas, il est facile à surprendre ; l’image

que sollicite son attention est en général complexe ou mobile et son attitude, calquée sur elle, suivra des oscillations parallèles. |

En résumé le diagnostic sera facile par un examen prolongé dès qu’on aura dépisté les idées ou les images qui produisent l'attitude extatique et cette recherche sera une étude psychologique autant qu’une

‘ude clinique. Mais il n'était pas sans intérêt de faire remarquer à propos de notre malade que l’extase était un symptôme, et qu'on la rencontrait ailleurs que dans l’hystérie.

Un autre phénomène qui mérite de nous retenir est celui qui consiste dans l’observation des diverses réaclions musculaires que présente notre malade luttant contre l’image obsédante. À certains moments et c’est en pleine apogée de sa crise, complètement livré à lui-même, on le voit plongé dans une immobilité presque absolue. C’est un être inerte, peut-être a-t-il lutté pour se détacher de sa vision, à ce moment il apparaît bien comme vaincu et tout effort lui est impossible pour se resaisir. Au contraire,si un stimulant lui vient du dehors. qu’il survienne une perception banale, si on lui cause, on le voit tout à coup ébaucher un pénible effort ; il contracte certains groupes musculaires toujours les mêmes ; on Île voit grimacer, élever l'épaule comme dans un spasme prolongé ; et cet ensemble de mouvements mérite bien le nom de tics de défense, puisque c'est pour échapper à l'obsession que le malade les produit,

encore que cet effort soil souvent impuissant. À un

di

autre point de vue, c’est la répétition de ces tics de défense qui a créé chez notre malade une véritable habitude et c’est à elle qu’il faut attribuer les grimaces intermittentes que notre malade a présentées un certain temps encore après sa sortie de l'hôpital.

Sinous rappelons ces faits dans un chapitre de diagnostic, c’est qu'il y a un véritable diagnostic étiologique à se poser en présence de ces tics apparus chez un malade dont on ne connaît qu imparfaitement l’histoire. Comme le dit Ballet, qui a particulièrement insisté sur ce point, l obsession peut sans doute réclamer à son actif un nombre plus considérable de ces tics réactionnels. ce qui rétrécit de plus en plus le groupe des phénomènes morbides un peu disparates que l’on a réunis sous le nom de maladie des tics.

Page 1