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successives et il nereste plus pour une image motrice d'activité cérébrale à son service. Pour que cette image se traduise en mouvement, elle doit être la plus forte. Quelquefois cette image se renforce chez notre malade du fait d'une émotion agréable ou d'une surprise assez vive et elle devient alors suffisante pour provoquer l’action. Il ne mange pas lorsqu'il est aidé par tel infirmier ; il mange plus facilement lorsqu'il est aidé par tel autre dont la vue lui cause plus de plaisir. Il soutient une conversation avec telle personne ; il répond plus difficilement à telle autre et lorsqu'on l’interroge sur ce fait, il nous dit lui-même que du soulagement et de la détente qu’il éprouve dans ce dernier cas, ses réprésentations sont plus libres, ce qui veut dire qu'elles sont plus nettes. à Le
Enfin ce phénomène de renforcement de l’image motrice est plus manifeste dans plusieurs circonstances relatées dans notre observation. C’est l’émotion faite de surprise et de joie, faite également du désir de ne pas paraître trop déchu du fait de sa maladie qui stimule son activité en présence de l’amie qui vient le voir pour la première fois depuis sa maladie et c’est la raison pour laquelle il peut pour la première fois causer correctement. C’est également l’amour-prope et la crainte du ridicule qui lui font retrouver son talent de pianiste én présence de cerlaines personnes et exécuter des morceaux qu’il n'aurait certainement pas joués s’il avait été seul ou en présence de sa mère seule. A ce point de vué il
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est à noter que les sentiments dans lesquels il y a surprise et impression de contraste sont les plus puissants. Dans tous les cas l'émotion agit à la fois pour stimuler l’image et amoindrir l’obsession ; ce qui est identique au point de vue du résultat à produire, c’est-à-dire une image dominante : c’est là tout le mystère de la volition.
Notre malade est donc un aboulique parce qu’il ‘est un obsédé, et immédiatement nous avons tendance à le faire rentrer dans le groupe des psychasthéniques décrits par Janet. En réalité il n’est pas superposablé aux nombreux malades présentés à ce titre.
Nous n'avons pas noté dans son observation ces phénomènes multiples de doute morbide, ces impul-
“sions, ces scrupules éxagérés, ces phobies qui sont souvent des stigmates révélateurs, et surtout ce fond d’incomplétude, cette sensation d'insuffisance des facultés psychiques qui caractérise le psychasthénique. Ila de ce dernier le caractère irritable et entêté, le goût de la discussion, et surtout la distraction et les troubles si variés, voisins de l’obsession, que nous avons décrits constituant le fond même de son caractère.
Quelle que soit d’ailleurs l'étiquette plus générale que nous devons lui donner il s’agit d’un malade constitutionnellement mal équilibré chez qui l’imagi- . nation hypertrophiée fait de lui le distrait et le capricieux qu'il était depuis son enfance et fera de lui
l’'obsédé et l’aboulique intermittent que nous avons eu l’occasion d'observer.
Cette explicalion générale de r aboulie appliquée à notre malade semble bien conforme aux conceptions classiques de la psychologie de la volonté En résumé l'aboulie n’est autre chose que l'impossibilité de donner à l’image motrice lPéclat et la netteté suffisante, en un mot, de la rendre dominante dans la conscience, l’obsession jouant dans le cas particulier le rôle d’obturateur ou de diaphragme photographique vis-à-vis de l’image motrice nouvellement apparue. :
Mais est-ce là une explication suffisante pour tous les faits relatés dans notre observation et le rôle de Pobsession ne doit-il pas être un peu différemment interprété dans certains cas ?
C’est qu’en effet 1 n’y a pas de phénomène psychologique plus complexe que la volition et c’est peut-être une façon trop sommaire de la considérer au point de vue de l’étude de la pathologie comme une simple image motrice prépondérante.
Comme le dit Ribot, «la volition n’est pas un acte net el tranché, il y a des ébauches el des essais ». et l’on peut deviner de ce fait tous les troubles susceptibles de se produire pendant cette période progressive que nous avons appelé stade représentatif. D'autre part, le stade exécutif n’est pas moins complexe et il nous suffit de rappeler dans un acte aussi simple que de «porter un verre d’eau à la bouche » les connexions multiples de l’image motrice corres-
pondante avec les neurones centraux et les fibres nerveuses qui commanderont les groupes musculaires assez nombreux qui doivent intervenir pour l'exécuter.
| Ce geste banal de la vie ordinaire exige une image kinétique complexe avec des associations nerveuses multiples et dont l’exécution en quelque sorte suecessive peut être, à chacun de ses moments, arrêtée
ou troublée. É Nous avons vu que parfois il suffit à notre malade de « vouloir » pour ne pas «pouvoir », tantôt c'est comme si l'effort volontaire inhibaïit la volonté d'accomplir l'acte commandé, tantôt il y a commence ment de l’exécution de l’acte volontaire, mais au cours de cette exécution survient un arrêt, non pas par inhibition, mais par bloquage.
Dans le premier cas, il n'y à pas à proprement parler d’obsession, le malade veut se lever, il ne le peut, et il est à noter que sa volonté qui constitue
à ce moment l'acte impératif n'est pas renouvelé.
Quand le malade dit: «Je veux me lever » il lui serait plus exact de dire: «J'ai voulu me lever. » En un mot il semble que l’image ait été trop rapide, il n’y a pas là un défaut d'intensité de l’acte impéra- ‘tif, mais un défaut de persistance de cet acte comme si l’idée traversait le cerveau sans s’y arrêter. Si l’on veut, il y a bien là un défaut d'attention, mais avec cette différence que ce défaut n'existait pas au début de la volition : c’est donc moins une absence d’at-
tention, qu’un manque d'attention, et ce phénomène
apparaît comme un exemple de cette forme si fréquente d’aboulie : l’aboulie par impuissance.
De plus, non seulement, il n’y a pas persistance de l’image, il peut y avoir, comme le montre les faits rapportés, inhibition des actes impératifs secondaires, c’est-à-dire que le maiade a bien voulu une première fois, mais qu'il ne peut plus vouloir, comme si l'effort volontaire avait épuisé chez lui la volonté, c'est l’épuisement par l'effort différent de l’aboulie par obsession dont nous allons parler. |
Dans une autre variété d'aboulie dont nous rencontrons égalemént des exemples dans notre observation, il y a aboulie par obsession. Cette obsession n’est jamais primitive, elle joue le rôle d’un véritable frein mécanique, brusquement serré au second stade de Pacte volontaire. Le malade regarde un objet, il veut s’en saisir, mais au cours de l’exécution de cet acte, il est arrêté par une partie de l’objet, un point, quelquefois même, quelque chose d'indépendant de l'objet, mais s’y rattachant, indirectement par une image. Il est fasciné, buté, c’est un véritable état d’hypnose passagère. Quand cet état est prolongé, l’obsession peut conduire le malade à l'impuissance et ceci nous ramène à la première forme d'aboulie, ce qui montre bien l’enchainement dans les deux mécanismes. | . I peut se faire au contraire que le malade coupe court à son obsession. Nous l’avons vu essayer divers procédés qui lui permettraient « de sortir de lui-
même » et faire ainsi par lui-même une sorte d’éducation de sa volonté pendant ses états d’aboulie.
Nous pensons, fait important au point de vue thérapeutique, que si le malade avait été aidé dans cette voie médicalement, il aurait pu aboutir à un résultat que, livré à lui seul, il n’a pu atteindre. Au cours de son obsession le malade est attiré par une autre image, il passe brusquement, automatiquement d’une obsession à une autre, mais souvent la seconde le conduit à accomplir l'acte volontaire primitivement ébauché comme si elle levait l’interdiction, l’inhibition primitive. Nous ne pouvons mieux faire pour résumer le rôle de l’obsession vis-à-vis de la volonté que de rappeler une des comparaisons employées par le malade et dont ie souvenir nous revient à ce moment : « Je compare un de mes actes
volontaires à une bille d’un billard chinois qui, lancée vers un but donné n’y parvient qu'en se butant successivement aux clous dont le billard est hérissé. Une volition normale peut être représentée par une ligne droite, la mienne est un trajet en zigzags qui souvent ne s'achève pas ».
Mais il est un mécanisme de l’aboulie dont nous n'avons pas parlé dans notre observation. C’est celui qui résuine l'influence sur l’acte volontaire des images subconscientes. On sait combien ce mécanisme est fréquemment invoqué par les malades de Janet chez qui la pensée hésitante, grâce au conflit du passé subconscient et de l’image motrice actuelle, n’arrive pas à se réaliser. C’est également le cas des
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abouliques hystériques dont lPactivité est compromise par « l’idée fixe subconsciente » introduite dans l'esprit par la suggestion et surtout l’auto-suggestion. Si l’on veut c’est chez ces malades surtout que « le présent est gros du passé » et qu'aucun de leurs états psychiques n’est définitivement perdu, enregistré qu'il est par la mémoire et susceptible tant en restant dans le subconscient d'exercer sur les actes futurs une influence quelquefois prépondérante et en tous cas créer cette hésitation, ce doute morbide qui chez beaucoup d’abouliques constitue le fond même de leur état mental.
C'est une phrase d’une des dernières lettres reçues de sa mère qui nous amène à étudier chez notre malade le rôle d’une suggestion inconsciente «il n’a pas l’ombre de volonté ou plutôt deux volontés au lieu d’ane » etnous nous demandons si ces paroles ne traduisent pas un dédoublement subconscient ou inconscient de la personnalité qui intervient ainsi . pour entra vér son activité volontaire.
Nous rappelons cependant, lors de son séjour à l’'Hôtel-Dieu, n'avoir rencontré qu'un petit nombre de phénomènes de doute et nous ne croyons pas que ce soit là la forme de son état mental.
Le dédoublement dont nous parlons, s’il existe, serait secondaire. Le doute qui résulte de deux volontés serait né de la constatation de son habituelle impuissance à exécuter l’acte concu.
Notre aboulique s’il est un douteur est surtout un obsédé. Si nous devions établir une gradation chro-
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nologique dans l’évolution de ses troubles, l’obsession serait la première en date, elle serait la cause de l’aboulie et le doute la conséquence ultérieure. (
C’est l’obsession qui forme le fond mental de notre malade. À considérer le mot dégénére dans son sens le plus large, c’est un dégénéré mental héréditaire. Il rentrerait ainsi dans la grande classe des abouliques héréditaires si bien décrits par Ballet.
Quant à essayer de se représenter le substratum anatomique quicorrespond à cet état constitutionnel, celte question ne rentre pas dans le cadre de notre étude et nous sommes d’ailleurs réduits à des hypothèses non démontrées. « Chaque individu, dit Le Dantec, vient au monde avec une substance spécelfique douée d’aptitude ou mieux d'inaptitude chimico-physique lenant à ia constitulion même de la cellule ». D’autres au contraire, préfèrent à ceite hérédité chimique l'hypothèse d’une hérédité morphologique, quoique nos moyens d'investigations ne permettent pas d'en faire la preuve histologique. = Quoi qu'il en soit, il suffit d'établir au point de vue qui nous occupe qu'il existe une prédisposition organique liée vraisemblablement à l’hérédité’et que le phénomène de l’aboulie n’en est que la révélation au même titre que d’autres troubles mentaux. Il est non moins certain que l’éclosion de ces troubles dépend de causes occasionnelles parmi lesquelles le surmenage physique et moral occupe une place importante, et cette constatation est légalement intéressante au point de vue du traitement.