TRAITEMENT
C'est surtout en thérapeutique mentale que Paxiome «il n’y a pas de maladies, il n'y a que des malades » se trouve vérifié. L'aboulie est un syndrome et les manifestations en sont multiples. Théoriquemeni on pourrait prendre pour base d’une étude thérapeutique la varité clinique sous laquelle se présente un cas d’aboulie. En réalité comme nous Pavons vu, les diverses formes d’aboulie se compliquent entre elles chez le même malade et il est préférable de le suivre en quelque sorte aux différentes phases de son état : phase de début où l’aboulie est encore imprécise, phase d'état où l’aboulie est instituée, phase d'amélioration où l’aboulie commence sa rémission ; enfin phase de vie normale où cependant notre malade est en réalité un aboulique en puissance puisqu'il est en quelque sorte prédisposé de par sa constitution et son hérédité.
Au début, nous nous trouvons en présence de seuls symptômes de dénutrition, de neurasthénie, ou de toute dépression nerveuse relevant du surme-
nage physique ou moral ou d’une émotion doulou-
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reuse. Le rôle du médecin doit être d'isoler avant tout le malade de son milieu, afin de prévenir la crise en mettant le malade à l'abri de la suggestion créée par l'entourage. D'autre part, il faut dès ce stade entreprendre l'éducation de sa voionté, lui inspirer confiance à lui-même, réveiller tous les sentiments d’amour-propre, d'énergie, le flatter même au besoin ; enfin à cette cure morale il faut ajouter des agents physiques d'une grande importance.
C'est à la phase de début surtout que lhydrothérapie peut être d'un grand secours, surtout si elle est suivie d'une séance de massage. Les sports également en créant, 1on seulement une dérivation aux idées obsédantes du malade, mais encore en activant les étranges nutritifs, peuvent rendre des services précieux. On prescrira une alimentation régulière et reconstituante: enfin on interdira ax malade out . surmenage physique ét moral.
Un malade ainsi traité des le début a de sérieuses chances de guérison, Malheureusement, il faut bien le dire, il n’est pas possible lorsque ce malade appartient à la classe moyenne comme, celui qui nous occupe, d’utiliser toutes les ressources thérapeutiques dont on pourrait disposer.
A la période d'état, nous sommes en présence ‘d'un syndrome d'une certaine gravité, et la thérapeutique semble devoir se résumer à un simple traitenent de l’état général, le devoir du médecin étant de recourir au plus pressé. Toutefois le malade qui est en ce moment-ci sourtout un obsédé, nous a appris
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qu'il a pu, par des moyens détournés, lutter contre son obsession.
Actuellement il ne peut rien par lui-même, il est annihilé ; toute son activité est épuisée, soutirée par la série successive des images obsédantes. Il fut essayer, comme il le dit à différentes reprises de «le sortir de lui-même », pour cela lui causer sur des ‘sujets variés, lui faire faire des mouvements passifs, s'occuper de lui, réhabituer en quelque sorte l'attention spontanée à suivre sans s'arrêter des images successives au lieu de s’immobiliser, de « s’engluer » comme il le dit lui-même, à propos de chacunes d'elles. Il faut, dans le sens étymologique du mot, le distraire, c’est-à-dire le distraire de luimême, de ses représentations, si l’on veut, lui réapprendre l’automatisme de ses associations d'idées et c’est là un travail absorbant, que de repenser en quelque sorte derrière lui, en s'imposant comme seule règle cependant de ne pas fatiguer ni irriter son malade. Ce travail suppose certaines aptitudes spéciales et c’est le lieu de répéter le mot de Maurice de Fleury, parlant des neurasthéniques : («Quiconque les trouve ennuyeux, n’a qu’à s'occuper d’autre chose ».
Dans le même ordre d'idées, lorsqu'il s’agit d'un mouvement à exécuter et déjà ébauché, lorsque l’obsession devient une cause d’arrêt,il faut s’appliquer chez le malade, à favoriser l’obsession de remplacement dont nous avons parlé, afin de le conduire ainsi par quelque moyen que ce soit à l’achèvement de
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l'acte volontaire. C’est ce que nous appellerons, si l'on nous permet l'expression : faire le malade, épeer sa volonté. L
Mais il importe que dans tous les cas, le médecin soit sympathique au malade, car nous avons appris de lui que cette sympathie provoquait en lui une véritable détente. Le médecin doit donc gagner la confiance du malade, naturellement méfiant et irritable, et il le doit encore afin de forcer celui-ei à se soumettre de bonne grâce au régime qui lui est appliqué.
Ce régime comporte avant tout l'isolement.
L’isolement c’est l'isolement de l'hôpital ou d’une maison de santé où le malade sent vivre autour de lui; de beaucoup préférable à un séjour dans une maison de campagne, c’est-à-dire la solitude qui ne ferait qu’accroître sa dépression nerveuse en le plongeant plus avant encore dans ses obsessions. Nous adoptons à ce sujet les idées de Déjérine qui s’appliquent particulièrement à notre malade, puisque c’est aux obsédés surtout qu'il convient de ne négliger aucune des distractions, des dérivatfs que sont les perceptions extérieures résultant d’un va et vient autour du lit du malade. Egalement nous pensons que cet isolement ne doit pas être d’une rigueur absolue, et il peut y avoir un grand profit pour le malade à provoquer chez lui une émotion en le rattachant brusquement à son milieu. Il suffit pour nous convaincre de nous rappeier que c’est à une émo-
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tion de ce genre que le malade a dû une amélioration presque brutale de son état, en 1905.
Le malade doit recevoir une alimentation reconstituante. Tout d’abord parer à l’aboulie alimentaire. C’est le gavage dont on s’est servi à l'hôpital, mais le gavage est extrêmement pénible à un malade qui reste conscient, il sera préférable de le nourrir par tous les moyens possibles quand ils ne le fatiguent pas : en particulier par des lavements nutritifs ou même par des injections sous-cutanées de sérum ; il s’agit de malades cachectiques, il y a intérêt à les hydrater.
Dans certains cas, on peut recourir à l’hydrothérapie, mais il faut être extrêmement prudent quand le malade est déprimé, car il n’a pas toujours l'énergie suffisante pour faire les frais d’une « réaction ». La souffrance qui résulte de l'application de ce traitement est quelquefois très vive en raison de la Jaiblesse irritable de ces psychopathes et notre malade a gardé des bains et des douches froides qu'on avait essayés,. quelques jours à peine à son sujet, un souvenir des plus pénibles.
Dans certains cas, l’électrothérapie peut donner d'excellents résultats. Mais c’est surtout à la période de déclin qu’elle sera précieuse.
C’est à cette période surtout qu'il faut redonner au malade la confiance qu’il a perdue et entreprendre la rééducation de sa volonté. !l faut l'empêcher de raisonner ses actes. Les abouliques sont le plus souvent des raisonneurs et leur raisonnement réalise
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parfois de véritables auto-obsessions. Il faut habituer le malade à agir naturellement, à ne pas décomposer ses actes et ses mouvements, car celte décomposition est semée d’embüches, puisque chaque partie peut être un point de départ pour l’obsession.
Enfin et surtout il faut savoir prévenir les rechutes et continuer néanmoins à exercer sur le malade une surveillance discrète mais attentive. Même après sa guérison, il ne faut pas & le livrer à lui-même » et c’est un véritable règlement de vie qu’il faut instituer, une véritable direction morale à laquelle le malade doit obéir.
Nous croyons que c’est pour n'avoir pas connu ce règlement, pour avoir manqué d’une telle direction qu’il souffre aujourd’hui d’une nouvelle crise. Nous croyons également que le séjour en province, des préoccupations multiples dont nous avons eu un écho, l’ennui prolongé dans l’atmosphère de la famille, toujours un peu étouffante pour ces malades, une sollicitude dévouée mais insuffisamment éclairée, un travail forcé irrégulier, véritable surmenage intermittent, ont été cette fois encore les causes occasionnelles de sa rechute. C’est au contraire la distraction, la vie un peu faite d’imprévu, le travail plus régulier, une direction et des amis, qu'il aurait fallu à cet obsédé aboulique qui n’aurait peut-être élé qu’un rêveur si sa situation sociale et une fortune suffisante lui avaient permis, dans des conditions oùil n’aurait pas connu le surmenage, de promener à travers le monde son esprit trop curieux, |
trop amoureux de l'analyse, et les distractions qu'il aurait rencontrées, auraient évité chez lui l’obsession. Mais la nécessité même oùil est pour vivre une vie normale, de voir réalisées ces conditions, prouve son déséquilibre. La marque d’un esprit bien conformé n'est-elle pas de « s’efforcer à dominer les choses plutôt que de se laisser vaincre par elles ».