CONTROLE DES RÉSULTATS DE LA GREFFE OVARIQUE
Pour apprécier le résultat de la greffe, on a trois Br cédés de valeur bien inégale à sa disposition :
1° L'exploration directe du greffon ;
2° La recherche du rétablissement des fonctions ovariennes. |
3° L'examen microscopique de l'organe greffé.
Nous allons passer successivement en revue ces trois modes d'investigation et les appliquer à notre observation.
1° EXPLORATION DIRECTE. — Elle se fait par la palpa-
Lion ou le (toucher bimanuel, et beaucoup d'auteurs se
sont basés sur elle seule pour affirmer la vitalité de la greffe. Cependant, dans le cas de greffe intra péritonéale, c'est un argument tout à fait nul, l'ovaire étant alors difficile à sentir et une induration quelconque des tissus pouvant produire la sensation d'un ovaire persistant. Ce moyen est efficace, au contraire, lorsque la greffe a été pratiquée dans la paroï abdominale, ce qui est le cas pour nous. On se rend facilement compte alors de la forme, de la consistance, du volume, de la sensibilité de l'ovaire, et
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on peut même voir les poussées congestives dont 1l peut être le siège. Cependant, n'accordons pas trop d'importance à ce moyen, car Quénu et Sauvé ont étudié un cas de greffe sous-cutanée neltement sentie, même douloureuse el dont l'examen histologique a prouvé qu’elle était physiolosgiquement nulle. On n'a pu trouver, en effet, ni de cellules interslitielles, ni de follicules primordiaux ou de follicules de de Graaf.
Dans notre observation, l'opération ayant été pratiquée le 14 décembre 1911, le 15 janvier 1912, on sent à la palpation les ovaires greffés n'ayant subi aucune modification. Le 4 avril, explorés une nouvelle fois, ils ne sont pas douloureux et ont le même aspect. Mais, le 24 mai, l'ovaire droit est triplé de volume et l'ovaire gauche doublé avec un peu de sensibilité à la pression. C'est ce qui fait penser à un retour prochain des règles. Hypothèse qui se trouve d’ailleurs vérifiée. Le 13 juillet, on remarque une douleur des greffons, une notable augmentation de volume, surtout du droit ; puis, le 5 janvier 1913, c’est le gauche qui est plus douloureux et plus gros alors que le droit à diminué. Mais ce que nous tenons surtout à faire remarquer à cause de l'intérêt tout particulier qu'offre cette observation, c’est qu'en février, mars et avril, alors que la malade est réglée régulièrement pendant deux ou trois jours, on remarque, avant la période menstruelle, augmentation de volume des ovaires. accompagnée de douleurs supportables et de peu de durée. Il semble done bien que, dans ce cas, les renseignements fournis par l'exploration directe aient élé particulièrement remarquables, car nous ne pouvons nous empécher de considérer qu'il y ait une relation de cause à effet entre ces phénomènes dont l'ovaire est le siège et l'apparition, quelques jours plus tard, de la menstruation.
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Cela cadre avec la théorie de Villemin qui veut que la
ponte ovulaire précède d'une dizaine de jours la mens-
. truation; augmentation de volume du greffon correspon-
drait donc à la période de cette ponte. De plus, le 15 juin 1913, Mme B... montre des ovaires de plus en plus sensibles et des greffons volumineux, surtout le droit, Or, Mme B .., depuis les règles d'avril, avait abondamment perdu en rouge pendant trois fois : [à encore, la corrélation entre l’inflammation de lovaire et les pertes rouges senible évidente, el notre observation peut être une
preuve à l'appui de la théorie citée plus haut.
20 LA RECHERCHE DU RÉTABLISSEMENT DES FONCTIONS CVA- RIENNES. C'est un moyen bien supérieur au précédent, et qui doit porter à la fois sur la sécrétion externe, ce està-dire l'apparition d'une grossesse et la sécrétion interne, par disparition des troubles de la-ménopause artificielle
elapparition des menstrues.
a) Sécrélion exlerne. - Une grossesse ne peut évidemment se produire que dans les cas de greffe intrapéritonéale. C'étail done impossible dans notre cas particulier. Pourtant nous insisterons quelque peu parce qu'on a fail beaucoup de bruit autour de quelques cas de grossesse après castration bilatérale et greffe. On a surtout cité le fameux cas de Morris, où la grossesse est menée à Lerme et se termine par la nzissance d’une fille de sept livres et demie. Nous allons le citer en entier, et nous le ferons suivre d'un cas expérimental de Grigorieff chez une lapine.
OBSERVATION IL (Morris.)
Hétérogreffe avec grossesse et accouchement.
Mistress H.- W..., âgée de vingt ebun ans, fut réglée à quinze ans el cesse de l'être à dix-neuf, dans les circonslances suivantes. Mariée à dix-huit ans, elle devint enceinte peu à près el fit une fausse couche de trois mois. Depuis deux ans. elle souffre de phénomènes de ménopause arli- {icielle, suppression des règles, douleurs pelviennes, alternatives de chaleur et de froid, migraines. Ces symptômes ont fort augmenté et présentent leur maximum d'intensité au moment des règles.
Je fais le diagnostic d'ovaires sclérokystiques, et je fais entrer la malade à l'hôpital, en attendant l’occasion de lui faire une hétérogreffe. Une semaine plus tard, le 11 février 1902, Le docteur Boldteut à opérer un prolapsus atérin chez M°* B: P"âvée de {rente-trois ans, el mère de trois enfants. Les ovaires étant sains, réserve faite de stion dont ces organes sont le siège, au cours du
la congé e faire l'hétérogreffe. Pen-
prolapsus ulérin, Je résolus d dant que Boldt opérait, j'enlevai du tissu ovarien de Mr° P.. un lambeau cunéiforme, avec son autorisation. Je plaçai ces ovaires dans du sérum à 100° Fahrenheit, et fis maintenir cette température par une nurse, tandis que je procédais à l'opération de MW
Les ovaires de M” W... furent enlevés à l'angiotribe Tuffier. Je préfère celle méthode à celle de la ligature, parce que je puis ainsi mieux énucléer l'ovaire, el parce assuré d'enlever tout le tissu ovarien, ce qui est
que Je suis | mon expérience ne Soil point INVAa -
nécessaire pour que
Se
lidée. (J'ai établi cette lechnique d'après des expériences faites sur des lapins avec le docteur di Zerega).
Après avoir enlevé les ovaires de M" Wet péritonisé avec soin, je fis une incision sur chacun des deux côtés du ligament large, parallèlement à la trompe, à la place de l'ancien ovaire, el je plaçai chaque greffe dans chaque incision, mais en ayant bien soin que la surface cruentée en soil complètement enlouie dans l'incision périlonéale, de manière à ce que les œufs mars puissent s'échapper dans la trompe par le cortex libre dans la cavité péritonéale. Un seul point de suture suffit à assurer le contact.
Les ovaires enlevés furent trouvés sclérokystiques à l'examen histologique par le docteur Brooks ; ils ne contenaient ni ovules à maturité, ni follicules primaires. Elaient présents à cette Opéralion le docteur Boldt, le docteur Frenay, le docteur Allén et le docteur Cairn.
En juillet 1902, je reçois une lettre de son médecin, le docteur Barker, me disant que Mme W...se portait bien, à l'exception de quelques bouffées de chaleur. Elle avait été réglée le 18 juin 1902, quatre mois après la grelfe, el la menslruation dura cinq jours. (Les femmes greffées ont habituellement leur première menstruation de deux à cinq mois après la greffe.)
Le 28 mars 1903, le docteur Barker m'écrivit que, de Juillet à novembre, Mme W... n'avait plus été réglée ; mais le 15 décembre, elle revit ses règles pendant quatre jours, et depuis elle est régulièrement quatre à cinq jours lous les mois.
Le ?5 mars 1906, je reçus une lettre de M. le docteur Lorent m'informant qu'il avait accouché Mme W.. QUE 15 mars 1906, d'une fille pesant sept livres et demie.
Il sera intéressant de savoir à qui ressemble cette lille, pour établir quelle est sa vraie mère.