AG
femme de vingt-cinq ans chez qui Tuffier trouva une salpingite double, pratiqua la castration et la greffe en mai 1907. Après l'opération, la malade souffre constamment du ventre. Elle est opérée en février 1908 et trois fragments de l'ovaire sont examinés. La plupart des coupes n'ont plus de traces de tissu ovarique, pas de cellules interstitielles, ni de follicules primordiaux ou de follicules de de Graaf. Branca examine deux coupes où l'on avait cru voir quelques fragments semblant être de l’épithélium germinatif. Voici le résultat de l'examen :
« Les deux coupes examinées comprennent deux zones :
» Î[° La zone profonde est essentiellement formée d'éléments adipeux individualisés en lobules par des cloisons fibreuses, qui servent de voie aux gros vaisseaux sanguins et aux nerfs.
» 2 La zone superficielle est formée d'éléments conjoncüfs, de leucocytes, de vaisseaux, d'éléments épithélivides sur un pelit segment de la coupe, cette zone est munie d'un revêtement épithélial.
.» Aucune trace d’ovissac et d'ovules dans toute l’étendue de la coupe.
» a) Les éléments conjonctifs sont surtout représentés par des cellules fixes orientées parallèlement à la surface de l'organe.
» b) Au milieu de ces éléments, on observe quelques leucocytes, et, dans un territoire, une hémorragie qui à diffusé sur une certaine élendue.
» e} Les vaisseaux sanguins sont ici représentés par des capillaires qui arrivent presque au contact de l'épithélium de revêtement.
» d) Quant aux lymphatiques ils se présentent sous forme de lacunes volumineuses, ovoïdes, où de boyaux moniliformes ; ils sont vides, bordés d'endothélium,
Phare munis d'une très mince paroi confondue avec le tissu ambiant.
» e) Enfin, on observe sous l'épithélium de revêtement, mais partout séparée de lui par le tissu conjoncelif, une oappe de cellules épithélioïdes qui ressemblent beaucoup aux cellules de la sarface. (Il eût été très intéressant de cherchér si une nappe épithéliale étaiten continuité avec l'épithélium de revêtement. En ce cas, on eût pu linterprélercommé une végélalion de cet épithélium. A la forme près, elle eût rappelé les bourgeons de ‘Valentin-Pflüger, qui se détachent de l'épithélium germinatif pour donner naissance aux ovules el aux ovissacs.) Si celte interprétalion est exacte, on pourrait done se demander s’il ne va pas se produire, après Fatrophie des follicules ovariques, une régénéralion de follicules nouveaux.
» f) L'épithélium de revêtement est simple ou stratifié sur deux ou trois couches, selon les points considérés.
» Tous les éléments sont polyédriques.
» [n'existe pas d'ovules primordiaux.
» Le noyau, la disposition de tous ces éléments rappellent l'aspect de l'épithélium germinatif de l'embryon des mammifères. »
Cet examen si complet nous montre que, dans ce Cas, l'ovaire était incapable de remplir les fonctions qui lui sont dévolues. La greffe a donc été franchement inutile.
Au contraire, Pankow, en mars 1905, transplante deux ovaires d'une femme ostéomalacique dans le eul de-sac vésico-utérin. Les règles reviennent douloureuses et Pankow enlève les deux ovaires transplantés en mai 1908.
L'examen histologique pratiqué montre la prédominance de la substance corticale sur la substance médullaire. On retrouve des corps jaunes, les uns vieux, les autres récents, des follicules primordiaux et des ovules,
os M ee
et rien dans l'architecture de ces ovaires transplantés ne diffère, dit Pankow, de l'architecture ovarienne normale.
Cette observation est tout à fait l'opposée de la première.
Tuffier et Vignes ont présenté, récemment, le résultat de coupes pratiquées sur quatre greffons ovariens. Celle d'une femme àgée de cinquante-deux ans, morte, quatre jours après la greffe, du coma diabétique, montre des ovaires séniles avec un corps jaune très net. Les cellules de celui-ci ont le protoplasme trouble, sans vacuoles; les unes sont petites, basophiles, les autres grandes, acidophiles ; les noyaux sont mal colorés, en caryolyses Les cellules sont isolées les unes des autres etun certain nombre sont complètement nécrosées. Les vaisseaux sont distendus. Le stroma présente de l'æœdème inflammatoire, ces cellules se colorent bien, et il n'existe que des zones de nécrose tout à fait partielles.
Dans un second cas, où l’on avait conservé l'utérus et l'ovaire gauche, greffé l'ovaire droit, puis quatre ans el demi après pratiqué une hystérectomie et prélevé un fragment de la greffe, on constate un corps jaune reconnaissable à l'œil nu, et l'on peut voir les cellules, les vaisseaux et la charpente fibreuse au microscope L'opérée avait vingt-cinq ans lors de la première inlervention.
Le troisième cas est encore celui d'une femme de vingt-cinq ans opérée, en octobre 1909, pour salpingite post-partum. En octobre 1912, c'est-à-dire trois ans après, onextirpe l'ovaire greffé kystique. C'estun kyste à contenu sanguin avec trois couches :thèque externe; thèqueinterne ; granuleuse.
Il paraît s'être développé aux dépens d'un corps jaune,
AO ge
reconnaissable à l'absence de basale et aux caractères des cellules de la granuleuse. :
La persistance de la thèque interne témoigne que ce Corps Jaune élait au premier stade de son évolution, et, par places, on observe même la pénétration de cette thèque et de ses vaisseaux dans l'épithélium.
La quatrième observation porle sur une femme de vingt-deux ans, opérée en décembre 1910 pour salpingite el rétroflexion. Greffe sous périlonéale. En décembre 1912, ablation du greffon gauche. L'examen microscopique montre un vaste kyste à trois couches : une externe fibreuse, ayant tous les caractères de la thèque externe : une moyenne, c'est la thèque interne avec des cellules à lutéine ; une interne, granuleuse.
C'est donc un kyste dont la paroi a les mêmes luniques qu'un follicule de de Graaf à malurité
Enfin, dans une communication à la Société anatomique, avril 1915, MM. Tuffier, Géry et Vignes ont présenté un ovaire au stade de sénescence, blanchâtre, dur et adhérent au tissu cellulaire sous-cutané.
« A l'examen histologique, on est d'abord frappé par ce fait que l'involution seléreuse de l'ovaire est complète ; en particulier on\ne retrouve plus aucune trace d’ovulation, sauf un seul petit kyste microscopique, développé aux dépens d’un follicule de de Graaf.
» Sur des coupes perpendiculaires au grand axe de l'organe, et passant par le hile, on reconnatt deux régions qui forment comme une médullaire et une corticale.
» La médullaire est composée d'un tissu scléreux : il est formé de trousseaux de collagène épais, ondulés et extrèmement lassés. Les cellules sont rares et clairsemées. Les vaisseaux sont petits. mais possèdent une paroi complète et normale... Sur les coupes colorées par la
HO
méthode de Van Gieson on constate l'existence de zones. formées d’une substance grenue, colorée en jaune. Leur forme est très variable. Cependant, pour un petit nombre d’entre elles, elle est godonnée, comme le sont les cicatrices de corps jaunes. Un certain nombre de ces zones ont leur substance découpée radiairement par de fines fibrillations qui ont encore une coloration rouge, mais dont les contours sont parfois estompés.
» Nous nous croyons, par celle description, autorisés à considérer ces formations comme d'anciens corps jaunes ayant subi une dégénérescence, probablement la dégénérescence hyaline.….
, La corticale .… est composée d’un tissu conjonctif qu'on reconnail pour du stroma avancé... On ne retrouve aucune trace d'ovulation à quelque stade que ce soit, sauf sur une coupe où nous avons trouvé un peut kyste d'un follicule de de Graaf, comme nous l'avons déjà dit».
Voici donc les différents cas où les examens histolologiques ont pu être pratiqués. Nous voyons qu'ils diffèrent sensiblement les uns des autres : celui de Quénu el Sauvé montre le greffon parfaitement mort, celui de Pankow, bien vivant au contraire ; les quatre suivants de Tuffier et Vignes présentent des träces de corps jaunes ; enfin, le dernier, présente des signes d'involution scléreuse complète, correspondant, sans doute, au dernier terme des phénomènes cliniques de régression. Notons que c’étaitun ovaire d'une femme de quarante-un ans, c'est-à-dire non loin de la ménopause.
Enfin, l'examen microscopique de notre Cas nous montre un greffon qui, dix-huit mois après l'intervention, possède encore quelques follicules de de Graaf en voie de croissance, un corps jaune bypertrophié, un certain
nombre de « corpora albicantia », en somme toutes les preuves d'une vie indéniable.
Mais cet examen nous révèle aussi un commencement de dégénérescence du corps jaune hypertrophié. Et ce sont, sans doute, ces altérations qui ont entrainé une perturbation dans la sécrétion interne des greftons. |
Les ménorragies et les métrorragies indiquées dans l'observation de la malade en juin 1913, ainsi que les troubles consistant en crise nerveuse, céphalée, bouffées de chaleur au visage, vertiges, etc., ne doivent être considérés que comme des faits cliniques traduisant un vice de la sécrétion interne de l'ovaire, provoqué lui-même par la dégénérescence anatomique. Et nous sommes d'autant plus en droit de tirer ces conclusions, que l'ablation de la greffe a été suivie du relour normal à la santé.
De tous ces examens histologiques rapportés, il nous paraît qu'une remarque s'impose : c'est que, dans la grosse majorité des cas. le greffon subit une dégénérescence totale ou partielle. Mais nous ne devons point, pour cela, nous hâter de prononcer un jugement défavorable sur les grefles ovariennes. Il se peut, en effet, qu'à ce stade de dégénérescence fasse suite un stade nouveau de régénération, ce qui expliquerait les cas cliniques favorables de certains chirurgiens. En tout cas, de nouvelles expériences s'imposent avant de prononcer un verdict définitif.
ee