ANATOMIE PATHOLOGIQUE
On distingue deux variétés de chondromes :
L’ecchondrome et l’enchondrome. |
L’ecchondrome serait une tumeur prenant naissance aux dépens d’un cartilage permanent.
L’enchondrome, au contraire, se formerait aux dépens
d’un cartilage transitoire, tels que ceux qui se développent
dans le squelette osseux.
Nous ne retiendrons pas ces termes, le mot d’ecchondrome est imprécis et trop souvent interprété comme une néoformation d’origine inflammatoire ou trophique. Nous désignerons simplement les tumeurs cartilagineuses de la trachée sous le nom de chondrome.
Siège. — En raison de la rareté des observations, on ne peut pas fixer le siège de prédilection de la tumeur. Dans l'observation post mortem, de LABOULBENE, nous trouvons 4 tumeurs cartilagineuses et qui sont étagées sur la trachée, la plus haute sur le 4° anneau trachéal, la plus basse au milieu de l’origine de la bronche gauche, presque au point de bifurcation de la trachée. Les cas sur le vivant, de John BERY (5° anneau), le nôtre (2° anneau). Le tiers supérieur de la trachée semble être le plus fréquemment atteint.
Dimensions. — A part le cas de LABOULBÈNE, qui, d’ailleurs, n’avait pas de manifestations cliniques, les chondromes de la trachée, et en ceci ils s’apparentent aux chondromes du larynx, acquièrent des dimensions considérables, capables d’entraver les fonctions respiratoires. Le cas de John BERY, celui de MINNIGÉRODE et le nôtre avaient la grosseur d’une noix.
Nombre. — LANCEREAUX prétend que les tumeurs cartila- | gineuses de la trachée sont, quelquefois, très nombreuses, mais n’a-t-il pas confondu les chondromes vrais avec les chondro-ostéomes multiples ? On connaît mieux aujourd’hui 5 la trachéopathie chondro-ostéo-plastique, dont la particularité est précisément cette multiplicité. ;
Le chondrome de la trachée est une tumeur dure, résistante, fixe et adhérente au socle cartilagineux qui lui a donné naissance. Il est recouvert par une muqueuse qui, habituellement, présente des signes d’inflammation chronique, cause ou conséquence de la tumeur elle-même. Il peut présenter une ulcération due à la Pi toration d’une nécrobiose centrale.
Du point de vue histologique, il y a deux variétés de tumeurs cartilagineuses à considérer. Celles qui sont constituées par des fibro-cartilages et celles qui sont formées du cartilage hyalin. Alors que ces dernières sont avasculaires, on constate, au contraire, au microscope, dans les premières, que les vaisseaux sanguins de la capsule périphérique s’enfoncent plus avant dans la tumeur. Quoique dépourvus de signes de malignité, les éléments chondroblastiques qui entrent dans leur constitution sont hypertrophiés, et les groupes isogéniques, axiaux ou coronaires présentent une grande irrégularité. Il est intéressant de signaler le mode d’accroissement de ces tumeurs cartilagineuses. En effet, on a affaire à la fois à un accroissement interstitiel par multiplication amitotique des chondroblastes centraux et un accroissement par opposition ou périphérique par transformations des fibroblastes du périchondre en chondroblastes.
« Les chondroblastes périphériques, nés du périchondre, sont aplatis, lenticulaires, ovales dans leur coupe, leur grand axe étant parallèle à la surface du périchondre. En vieillissant, les cellules deviennent plus volumineuses, sphériques et, se multipliant, donnent naissance à des familles cartilagineuses. Celles-ci sont plus ou moins distinctes selon l’abondance plus
RENEC | Ron
ou moins grande de leur production de chondrine » (Masson).
La substance fondamentale peut évoluer et transformer la tumeur en fibro ou myxo-chondrome. La tumeur cartilagineuse est surtout formée par du cartilage hyalin, se nourrissant uniquement par imbibition. Il n’est pas rare de constater au centre de la néoformation des signes d’une dégénérescence nécrobiotique, formant de véritables cavités de désintégration. Celles-ci peuvent se perforer à l’extérieur et s’infecter.
On observe, fréquemment, des zones d’ossification ou de calcification (pétrification de MoURE). (
Il est intéressant de noter le changement de structure de lépithélium recouvrant la tumeur qui, normalement de cylindrique dans la trachée, devient parvimenteux stratifié. Cette métaplasie, d’ailleurs, n’est pas spéciale au chondrome et en général aux tumeurs bénignes, et se voit dans la trachéobronchite des porteurs de canules, comme l'ont fait remarquer GROSSMANN et G. HOoFER.
De nombreuses théories ont été soulevées pour expliquer ces processus métaplasiques ; il semble que les facteurs irritation (métaplasie des porteurs de canule) et mécanique (rétrécissement par tumeur) puissent tous deux entrer en ligne de compte.
Tout comme au larynx, le chondrome de la trachée peut dégénérer. Il présente alors une structure très atypique, caractérisée par sa richesse en éléments cellulaires essentiellement variables dans leurs formes et leurs volumes, mais d’aspect souvent très différent des cellules cartilagineuses typiques. Le stroma conjonctif de la tumeur est très développé. Les cellules conjonctives peuvent proliférer et donner naissance à des cellules fusiformes caractéristiques du sarcome ou bien à de petites cellules rondes disposées en amas entre les fibres conjonctives.
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