LES MANIFESTATIONS CLINIQUES
Dès que la tumeur a acquis un certain volume, un symptôme cardinal apparaît, c’est la dypsnée. Il est d’ailleurs remarquable que cette dypsnée est tardive relativement à l’évolution de la néoformation, car la caractéristique de la
sténose trachéale par néoplasme bénin est la longue latence
des symptômes.
L’explication en est d’ailleurs facilement compréhensible ; le chondrome a un développement extrêmement lent. Le malade s’adapte à cette diète d’air. D’une façon générale, d’ailleurs, en ce qui concerne les tumeurs bénignes de la trachée,
la lumière trachéale peut être obturée sur les 2/3 de sa
circonférence, sans qu’il y ait de manifestations objectives ou subjectives. « Il est tout à fait surprenant de constater jusqu’à quel point la trachée peut être sténosée, alors que néanmoins la respiration peut être possible avec l’aide de tous les muscles accessoires et les positions diverses du cou que prend le malade. > (SCHIFFERS.)
Cependant des facteurs normaux peuvent précipiter l’évolution et révéler la sténose respiratoire jusqu’alors latente. Ainsi se manifeste, à l’occasion d’un effort (course rapide), une gêne respiratoire qui inquiète le malade et le conduit chez le médecin.
Des symptômes graves peuvent se manifester à cette période et occasionner une axphyxie brusque.
L’accroissement dela tumeur détermine bientôt une dypsnée qui, expiratoire au début, se manifeste aux deux temps de la respiration. Il est classique d’observer une bradypnée qui, confrontée avec le pouls (rapport normal 1/4), devient dans les cas graves 1/5 ou 1/6. Le bruit de sténose ne fait
jamais défaut ; variable d'intensité et de durée, il peut s’entendre même dans la respiration ordinaire et pendant -l’acte de la parole. Ce cornage possède un bruit caractéristique différent
du timbre de sténose laryngée. IL est surtout inspiratoire et 1
seulement expiratoire au stade final. | :
Le bruit du drapeau, caractéristique d’une tumeur pédiculée,
fait ici défaut, le chondrome ayant une base d'implantation
large et ne jouant pas le rôle de corps flottant dans la trachée.
Signe fréquemment observé mais non caractérisque en cas de …
sténose trachéale, est l’ascension inspiratoire du larynx.
Le malade est rarement dypsphonique, la tumeur n'intéressant pas les cordes vocales, n’étant pas pédiculée pour s’insinuer dans la glotte. L’enrouement peut apparaître lorsqu'il y a laryngite surajoutée.
Alors que dans les sténoses laryngées, le patient fortement
.dypsnéique a tendance à tenir la tête renversée en arrière,
dans les sténoses trachéales la tête est portée en avant.
La dypsnée et les accès de suffocation ont tendance à se manifester dans la position couchée (notre observation).
Il semble que le relâchement des muscles, dans l’hyperflexion de la tête, facilite les mouvements respiratoires et, par suite, le ravitaillement en oxygène.
Au stade maximum, on observe les phénomènes classiques de tirage au creux épigastrique et aux fossettes sus-claviculaires.
BALDENWECK et LOMBARD ont signalé, dans la relation de leur fait clinique (adénofibrome de la trachée), une dilatation des veines de la partie supérieure du corps, particulièrement dans la région pectorale et au cou : phénomène physiologique en rapport avec les troubles apportés par la tumeur à la respiration.
Les sténoses serrées ont un retentissement cardiaque et pulmonaire (surtout en cas de chondromes qui peuvent acquérir de grandes dimensions). C’est l’hypertrophie fréquente du ventricule droit. Si la tumeur est insérée près de la bifurcation
bronchique, pourront apparaître tous les signes de complication pulmonaire déterminés par l’obstruction des voies aériennes basses (CHEVALIER, - JACKSON).
La toux peut manquer et elle est en rapport avec les lésions concomittentes de l’arbre trachéobronchique. Quand elle existe, elle est quinteuse, déterminée par une sensation de corps étranger ou due à une sécrétion visqueuse et tenace.
L’expectoration, rarement hémoptoïque, est en général peu abondante. Comme symptômes accessoires, signalons les bronchectasies et emphysèmes par suite de l’accroissement de la tumeur, les catarrhes bronchiques susceptibles d’engendrer des complications infectieuses pulmonaires, vu le manque d’aération des voies respiratoires.
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