DIAGNOSTIC
Chez ce malade qui nous intéressait par sa lésion et la déformation considérable de d’avant-bras, un diagnostic s'imposait : celui de luxation ancienne du radius. Il se faisait par la déformation du membre datant du premier âge et la perception de la tête radiale anormalement située, par la limitation ou la suppression des mouvements de pronation et de supination, la gêne à la flexion, enfin par les signes fournis à la radioscopie.
Mais une question intéressante se soulevait quant à l’origine de cette luxation. Devait-on la rapporter à un traumatisme survenu au cours des convulsions de l’enfance, fracture de Monteggia par exemple, ou devait-on reconnaître en elle une malformation. congénitale ignorée Jusqu'ici ?
En faveur d’une fracture du cubitus avec luxation de la tête radiale, nous aurions l’interrogatoire de la mère qui déclare n’avoir constaté aucune malformation du membre supérieur avant la période des convulsions, c’està-dire avant l’âge de dix-huit mois.
On doit admettre toutefois que la luxation congénitale
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du radius est exceptionnellement constatée à la naissance. On en trouve le fait relaté cinq fois seulement dans la littérature médicale : par Philipps en 1883, par Heelis en 1886, par Danlos en 1901, par Princeteau en 1907, par Feil en 1921. Généralement, c’est au cours de la première enfance, ‘au moment où l'enfant commence à se servir de la main, que l’impotence du membre et sa déformation naissante attirent l'attention des parents. i De plus, les convulsions n’impliquent pas toujours une idée de traumatisme et nous rencontrons déjà une observation de Bouvier, parue en 1861 dans le Bulletin de la Société chirurgicale de Paris, concernant une luxation congénitale du radius observée pour la première fois chez un enfant en proie à des convulsions.
Contre le diagnostic de fracture de Monteggia, nous aurions : les renseignements fournis par la palpation et la radiographie, puis l'absence des complications habituelles accompagnant cette lésion.
La palpation nous révèle une luxation en arrière, variété exceptionnelle dans les luxations consécutives à une fracture du cubitus, mais habituelle dans la luxation congénitale dont elle forme 60 pour 100 des cas.
L'examen radiographique ne révèle aucune anomalie des surfaces osseuses, aucun cal osseux, reliquat de fracture ancienne, aucune synostose. due à une soudure des fragments en position vicieuse.
Absence des complications habituelles de la luxation radiale accompagnant la fracture du cubitus.
Ces lésions sont : des lésions du nerf radial, des troubles trophiques.
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Les. lésions du nerf radial encens être d'ordre sensitif et d'ordre moteur.
Les lésions d'ordre moteur, les plus importantes de toutes, consistent en troubles paralytiques des supinatoextenseurs.
Nous trouvons bien chez notre malade une suppression des mouvements de pronation et supination, de même qu'une gêne à la flexion. Mais cœtte hnmtation trouve sa raison d’être, mon pas dans une contraction musculaire insuffisante, mais dans une malformation des épiphyses et un trouble de la statique osseuse:
Les lésions d’ordre sensitif consistent en plaques d'hyperesthésie ou, plus souvent, d’hypoesthésie correspondant aux zones d’innervation radiale. Elles n'existent pas chez notre malade dont la sensibilité reste normale, tant au toucher qu'à la douleur et à la température sur toute l’étendue du membre.
Les troubles trophiques des ongles font défaut, de même que les modifications de la sudation. Seule l’atrophie musculaire est évidente «et bien marquée.
Devons-nous alors conclure à une luxation congénitale et considérer cette malformation comme existant à la naïssance, malgré les dénégations des parents ?
Nous devons, en cela, nous montrer très circonspect. La luxation congénitale du radius s’observe rarement et sa rareté nous est une indication à la prudence et à la réserve dans notre diagnostic.
Néanmoins, nous rapportant aux diverses observations de luxation congénitale du radius parues jusqu’à nos jours, on ne peut omettre d’en faire le rapprochement.
Nous n'avons pas, 1l est vrai, en faveur de la congénitalité, le signe pathognomonique que serait la constatation de la lésion à la naissance.
Mais quelle valeur en réalité devons-nous attribuer à son absence ? Les cas de luxation congénitale du radius reconnus à la naissance constituent l'exception, tandis qu'il est habituel de la constater au cours du premier âge, au moment de la croissance, voire même de l’adolescence.
Nous ne pouvons pas davantage arguer en faveur de notre opinion d’une hérédité manifeste se traduisant par une lésion identique chez l’un quelconque des ascendants.
Mais l’hérédité n’est pas seule à l’étiologie des malformations congénitales. On y trouve aussi fréquemment la syphilis héréditaire, témoin le cas cité par Ambard, en 1901, dans la Revue d'Orthopédie. Chez notre malade, nous devons y songer, étant donnés :
Ses antécédents maternels : trois fausses couches avec rétention de fœtus mort ;
Ses stigmates de spécificité : convulsions de la première
enfance, voûte palatine ogivale, inégalité pupillaire avec ‘myosis de l’œ1l droit.
. Il a également été donné comme signe de la luxation congénitale du radius un symptôme que nous ne trouvons pas dans le cas présent. C’est la bilatéralité de la lésion. Ce signe, toutefois, n’a, pas plus que les précédents, une valeur absolue, et si la luxation bilatérale est fréquente, nous devons reconnaître que la lésion unilatérale vise encore 60 pour 100 des observations parues.
Il semblerait, par contre, que nous puissions tirer argument de la malformation coexistante qu'est la circonci-
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sion congénitale. Mitcherlich n’a-t-il pas rencontré sur Le même sujet luxation du radius,et pied-bot congénitaux ? Smith n’a-t-il pas vu une lésion radiale accompagner une luxation du genou constatée au moment même de l’accouchement ?
Un autre symptôme capital de congénitalité serait, d’après certains auteurs, la mobilité anormale de la tête radiale Nous la rencontrons chez notre sujet, mais tout en lui attribuant une grosse valeur clinique, nous nous garderons de la juger comme spécifique des luxations congénitales, ce phénomène pouvant se rencontrer, exceptionnellement 1l est vrai, dans les luxations traumatiques.
Certains ont également voulu que la luxation congénitale soit accompagnée de synostose. Elle peut exister dans les luxations accompagnant la fracture du cubitus, mais. fait totalement défaut dans les luxations pures. Nous ne la rencontrons pas chez notre malade et ne comprenons pas comment elle se produirait 27 utero, alors qu’elle fait défaut dans les luxations survenant au cours de la vie. Nous devrions, pour l’admettre, concevoir une pathologie fœtale différente de celle du vivant.
Enfin, un dernier apport en faveur de la luxation congénitale du radius serait l'allongement considérable du radius. Il est évident chez notre malade. Nous le trouvons relaté dans toutes les observations touchant les luxations. remontant à la vie fœtale ou embryonnaire. André Feil explique cet accroissement en longueur par la perte de contact des surfaces articulaires. L’os lésé n'étant plus comprimé à ses deux extrémités pendant la croissance se développe plus facilement.
Tels sont les facteurs de probabilité d’une lésion congénitale.
La comparaison des phénomènes observés chez notre malade à ceux généralement décrits dans la luxation congénitale du radius serait, croyons-nous, de nature à fortifer notre diagnostic.
Il nous semble à Ce titre intéressant de rapporter 1c1 la symptomatologie de la luxation congénitale de la tête radiale.