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SYMPTOMATOLOGIE DE LA LUXATION CONGÉNITALE DU RADIUS

Li ; 1 Les symptômes de la luxation congénitale du radtus

sont souvent peu nets, et généralement compatibles avec un fonctionnement presque intégral du membre.

C’est ainsi que s'expliquent les luxations congénitales du radius découvertes par Arbott chez des vieillards de 56, 58 et 76 ans.

Cependant, dans la majorité des cas, la lésion se révèle dans le premier âge par des signes physiques et des signes fonctionnels importants.

Signes physiques. — AÀ l'inspection, on est frappé par la déformation de l’avant-bras. Cette déformation, qui consiste généralement en un aplatissement antéro-postérieur ou latéral du coude, peut parfois, comme chez notre malade, gagner la totalité de l’avant-bras Elle se manifeste alors par une incurvation osseuse dont l'orientation est réglée au cours de la croissance par l’action des muscles prépondérants.

Dans l'exemple qui nous intéresse, le radius développé

en longueur s’est incurvé, entraînant dans une position parallèle le cubitus que tiraillait le ligament interosseux.

Un autre signe important est l'arrêt de croissance du membre lésé. Celui-ci perd en développement sur son congénère et lui est inférieur en toutes dimensions.

Cet arrêt de développement frappe surtout le bras qui contraste par son aspect grêle avec l’avant-bras parfois augmenté de volume.

Les mensurations indiquées dans notre observation nous montrent ce signe étendu à la totalité du membre supérieur. [1 n’est même jusqu’à la main qu ne soit de dimensions inférieures à celle du côté opposé.

On rencontre également parfois un défaut de parallélisme entre les deux axes du bras et de l’avant-bras. Ceux-ci font entre eux un angle ouvert, soit en dedans (cubitus varus), soit en dehors (cubitus vulgus).

A la palpation. — On sent parfois un vide au lieu occupé normalement par la tête radiale. Par contre, on trouve cette tête pathologiquement située en avant de l’articulation dans les luxations antérieures, en arrière dans les luxations postérieures, en dehors dans les luxations externes. À

Au repos, on la sent aisément mobilisable entre les doigts, soit dans le sens transversal, soit dans le sens antéro-postérieur, suivant la variété de la luxation.

Cette mobilité anormale signalée pour la première fois par Servier, en 1872, est fréquemment relatée dans les observations parues jusqu'ici. Nous l’avons également rencontrée au cours de notre examen.

Dans les mouvements de flexion et d’extension, on per-

çoit nettement l'élévation et l’abaissement de la tête radiale qu’accompagnent de petits craquements dus, selon les uns, au frottement sur l'épiphyse humérale ; selon les autres, à une lésion d’arthrite sèche.

Signes fonctionnels. — Ils se traduisent généralement par un certain degré d’impotence fonctionnelle qui peut aller jusqu’à la suppression complète d’un ou de plusieurs, voire même de tous les mouvements.

La flexion, en général, se fait normalement. Nous la trouvons pourtant gênée dans 30 pour 100 des cas, parfois même au point de se trouver limitée à l’angle droit. La suppression du mouvement de flexion est une chose exceptionnelle mais pouvant se rencontrer. (Adams, observation parue en 1840 dans le Dublin Journal of Med., vol. XVI).

On a décrit comme pouvant accompagner les mouvements de flexion le phénomène connu sous le nom d’accrochement de la tête radiale. Nous ne l’avons pas trouvé chez notre malade. Riss le rapporte comme ayant été rencontré par Leisrink chez un enfant. « Le malade remarqua à partir de sa neuvième année que lorsqu'il fléchissait fortement le bras gauche il entendait un craquement et qu’alors l'extension était impossible. » (1).

Les mouvements d’extension sont normaux dans 70 0/0 des cas. Ils peuvent cependant être limités ; nous les trouvons même totalement supprimés dans un cas signalé par Dupuytren, en 1830, et dans l'observation sus-mentionnée d’Adams.

C'est surtout au cours des mouvements de pronation et

(1) Riss. Thèse de Paris. Année 1902, page 42.

Les

de supination que se manifeste l’impotence. Nous découvrons, en effet, la supination impossible dans 25 pour 100 des observations et limitée dans 45 pour 100.

Pour la pronation il en est de même : limitée dans 50 0/0 des cas, elle est supprimée dans 15 pour 100.

L’impotence enfin ne se traduit pas seulement par des troubles des mouvements, mais encore par une perte de la force musculaire. L’atrophie des parties molles et le moindre exercice réclamé à un membre malhabile entraînent nécessairement une faiblesse notable, mais n’empêchant pas le malade de vaquer à ses occupations.

C'est également là un symptôme présenté par notre malade qui a dû, pour cette raison, renoncer à la profession de ses parents, qui nécessite parfois une certaine force du bras droit, pour se faire tour à tour mécanicien dentiste, puis garçon épicier.

Cet exposé achevé, nous ne sommes pas sans remarquer la grande analogie existant entre les symptômes énumérés dans notre observation et ceux, généralement décrits, de la luxation congénitale du radius. Nous voyons donc de plus en plus notre lésion prendre pied dans le groupe des luxations congénitales.

Resterait à en connaître la cause, à en déterminer l’étio-

Jogie.

ÉTIOLOGIE

La luxation congénitale du radius n’a pas un genèse spéciale. Nous devons donc tirer son explication de létiologie des malformations congénitales.

Nous serait-il possible, pour expliquer l’anomalie présente, d’invoquer la théorie prêtant les malformations congénitales à une lésion survenue au cours de la grossesse ?

Certains, en effet, expliquent ces difformités par une compression exagérée résultant d’une étroitesse ou d’une malformation utérine, parfois d’un manque de liquide amniotique.

Dareste le rapporterait à un traumatisme violent survenu au cours de la grossesse.

D’autres enfin la voient naître au cours de l’accouchement, consécutivement à une manœuvre forcée.

Quoi qu’il en soit, le résultat en serait généralement une fracture du cubitus à son 1/3 supérieur, accompagnée d’une luxation radiale.

Il semblerait d’après l’interrogatoire de la mère que toute hypothèse de traumatisme au cours de la période d’expulsion doive être écartée, l'accouchement s'étant effectué spontanément à terme sans la moindre intervention wa ou. instrumenta. |

Une lésion ainsi survenue devrait d’ailleurs, selon Winiwarter, être rayée du groupe des luxations congénitales, sa place se trouvant dans le cadre des luxations traumatiques. « Appliquer au développement fœtal des données fournies par le développement post-fœtal des organes, et cette façon de raisonner manque de logique. » (1),

Nous ne croyons pas davantage devoir rapprocher la lésion de la fracture cubitale survenue au cours de la vie utérine.

Dans le cas présent nous aurions pu invoquer en faveur d’une telle explication, la compression utérine sur un œuf volumineux, la protection insuffisante du fœtus contre les . chocs extérieurs par un liquide amniotique trop peu abondant.

Mais, en de telles circontances, la fracture eût montré des signes visibles à l'examen radioscopique : soit un cal, soit une synostose, absents chez notre sujet.

La synostose eut bien laissé des troubles fonctionnels identiques, mais la radiographie nous aurait révélé au voisinage de l’épiphyse cubitale supérieure, et sur une certaine longueur, une soudure radiocubitale que nous n'observons pas. :

L'absence de tout signe de paralysie infantile ne nous permet pas davantage de chercher à l’infirmité de notre sujet une explication dans la théorie musculaire, difficilement vérifiable d’ailleurs.

D’après cette théorie, la malformation se constituerait

(1) Winiwarter. Le Scalpel 1o10.

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