A MEN
plasma granuleux sont d'origine médullaire (moelle osseuse). C’est l’état normal de l'organisme en équilibre. Mais que viennent à se produire des désordres sérieux dans la série des organes hématopoïéliques, comment réagiront les autres organes sangulformateurs ? C’est le seul point intéressant que nous ayons à examiner à propos de la splénectomie.
Pour nous répondre, nous avons les divers examens de sang pratiqués après splénectomie chez l'homme. Quelques-uns sont À rejeter parce que le sujet splénectomisé avait, avant l'opération, sa rate malade et à fonctionnement vicié ; d’autres, au contraire, et nous en avons recueilli un nombre suffisant pour nous faire une Opinion, sont aussi nels que des expériences à cause de l'intégrité antérieure de la rate.
Néanmoins les phénomènes biologiques sont souvent d’une telle complexité qu'il est bon pour les éclairer d'expériences simples.
Un des procédés les plus simples consiste à faire subir à un animal des saignées répétées où massives. Alors la moelle osseuse doit compenser le déficit en hématies et en polynucléaires granuleux, tandis que les ganglions contribuent à combler les pertes en hématoblastes et en. mononucléaires.
Ce résultat était à prévoir; mais un fait que Dominici a bien mis en évidence, c'est que dans ce cas particulier d’anémie expérimentale tous les éléments de la série myélogène pouvaient prendre naissance dans le tissu lymphatique. Nous citerons ses conclusions : « Si l’on étudie dans leur ensemble les réactions des tissus lymphoïde et myéloïde des lapins adultes anémiés par saignées répélées on pourra généralement en dresser le tableau suivant : Tissu lymphoïde. Réaction intense dans
"HUE les ganglions, les plaques de Peyer, la rate; réactioti minime dans la moelle des os.
Tissu myéloide : La réaction myéloïde est toujours intense dans la rate et se manifeste d’une façon non moins évidente dans les rates accessoires qui se développent fréquemment dans le tissu interstitiel du pancréas. Elle est régulièrement rudimentaire dans les ganglions et les plaques de Peyer et incomplète dans les ganglions. Réaction toujours présentecomplète, et massive dans la moelle. Ainsi donc voilà franchie la première étape.
Sous l'influence de causes particulières (saignée) dans le cas présent, la rate tissu Iymphoïde peut réagir en donnant naissance à des globules blancs de la série myéloïde (globules rouges, polynucléaires granuleux, éosinophiles à type de mastzellen.
À priori, rien ne soppose à ce que les données du problème soient retournées. La rate étant supprimée, les autres organes hématopoïéliques ne réagiront-ils pas ? En fait, la rate n’est pas le seul organe leucoformateur. Nous verrons donc les autres (ganglions surtout) lâcher de la remplacer par un surcroît d'activité cellulaire.
Freitag (1), après splénectomie sur l'animal, a vu les ganglions au voisinage de la grande courbure et du passage du petit au gros Intestin, grossir et s'amplifier, puis rougir, ou bien se développer dans le mésentère de petites nodosités Iymphatiques. Le travail s’'accomplirait de la 16° à la 19° semaine. Les ganglions tâchent done de suppléer la rate. | |
Pratiquement qu'observe-t-on dans le sang circulant après splénectomie expérimentale.
Nous nous contenterons, sans entrer dans le détail,
(1) Anal. in Journ. de physiol. el de pathol. gén: 1909, p. 130.
ns a x de transerire les conclusions du travail de MM. Nicolas et Dumoulin. |
Après spléñectomie sur le chien:
1° Le nombre des hématies diminue fortement presque immédiatement après l'opération pour remonter peu à peu et revenir à la normaleau bout d’un temps variable (16° et 17° jours pour nos expériences).
3 Le pouvoir calorimétrique du sang s’abaisse en même temps, mais il semble revenir à la normale beaucoup plus lentement que le nombre des hématies et la richesse en fer.
4 La rate semble donc jouer dans l'organisme adulte et sain un rôle hématopoïétique, rôle qui se traduit par la modification du sang après la splénectomie. Mais en
Son absence d’autres organes peuvent la suppléer, car
ces modifications ne persistent qu'un temps limité, et le sang reprend plus où moins vite ses caractères normaux grâce à l'intervention des organes de suppléance {moelle osseuse, ganglions lymphatiques, pour certains auteurs). Tels sont les résultats expérimentaux. Nous allons voir rapidement que les observations faites sur l’homme les confirment pleinement. Après splénectomie le nombre des globules rouges diminue rapidement : 2.420.000 dans observation IF de Planson, 6 jours après l'intervention ; 1.360.000 le 1° jour et 3.800.000 le 6° jour dans le cas d’Alivisatos (1): 1.650.000, 2 jours après l’intervention dans celui de Fontoynont (2); ici il s’agit d’une paludéenne et la diminution du nombre des globules
(1) Bulletin el Mémoire Sociélé Chirurgie. Paris 1909, p. 85. (2) Zbid., 18 janv. 1905, p. 6.
(] rouges né saurait être attribuée à la seule splénectomie. 3.900.000 un mois après l'opération d’Hubbard (1). 3.200.000 un mois également après intervention (Judet) (2). 3.813.000 (Le Dentuet Paul Delbet) (3). 2.500.000 (Pitts et Ballance) (4). 1.500.000 le 2° jour (Riegner) (5).
Nous pourrions allonger de beaucoup cette liste de quelques noms, mais ce serait inutilement. Le fait est patent. Après la splénectomie le nombre des hématies baisse souvent d'une manière frappante. Or c'est tout le contraire que nous avons observé dans notre cas où leur nombre s'est élevé de suite après lopération au chiffre de 6.820.000. Comment expliquer cette anomalie ?
Il s'agit d'interpréter les chiffres ci-dessus.
En effet, deux facteurs pouvaient intervenir pour modifier le nombre des globules rouges : d’abord lhémorragie pour laquelle on est intervenu et qui a soustrait mécaniquement une masse de sang variable suivant les cas à l'organisme atteint ; en second lieu l’ablation elle-même de la rate qui entraîne avec elle une quantité considérable de sang. La rate est, en effet, un organe très richement vascularisé, au point qu'à l'époque où ses fonctions étaient encore indéterminées, certains auteurs avaient songé pour elle à un rôle de soupape de dérivation pour le système circulatoire abdominal. L'organisme se trouve spohié desang d'abord dufait quela rate
Boston medical and surgical Journal, 1906, p. 646. Bull. el mém. Société anat., À oct. 1901.
Loë. cil.
(4) The Lancet, fév. 1896, Je
(5) Ally. med. Centralzeilung, 1901, n° 3, p. 2%.
124 Fe aa
a Saigné, d'où une diminution souvent appréciable de I# masse sanguine, el ensuite du fait que lablation de l'organe gorgé de Sang à suivi, d’où diminution plus appréciable encore.
Mais les ruptures qui ont nécessité une intervention ont pu donner lieu à une hémorragie plus ou moins abondante expliquant les chiffres variables trouvés après l'opération. Ainsi s'expliquent les différences constatées entre les cas de Riegner, par exemple, et celui de Planson. Nous n’v reviendrons pas en détail. Seule notre observation nous montre de lhyperglobulie avec un chiffre de globules rouges supérieur à 5 millions.
Voici l'explication que nous proposons pour J'interprétation ‘de ce chiffre.
Tout d’abord notre malade, contrairement à d’autres, n'avait pas élé saigné à blanc par rupture de la rate, d'où un premier résultat : c'est que la spoliation sanguine à été chez lui peut-être moins forte que chez d'autres blessés ayant accusé un chiffre de globules inférieur à la normale ; mais cette absence de perte; si l’on peut dire, ne peut jamais équivaloir à un gain quoi qu'il arrive.
Nous savons d'autre part que les éléments figurés du sang ne sont pas réparlis dans le liquide qui leur sert de: véhicule, d’une manière absolument régulière, pour mieux dire ils ne sont pas en suspension homogène à la manière des globules gras d'une émulsion bien faite ; divers facteurs physiques interviennent pour modifier leurs réparations, suivant des lois aujourd'hui bien éonnues et mises en lumière. C'est ainsi que le calibre du vaisseau est pour quelque chose dans la proportion des globules blancs et des globules rouges qu'on y rencontre, les blancs paraissent plus visqueux, plus lents à dépla-
“er par le courant liquide et formant un manchon périphérique à l’intérieur de la paroi des petits vaisseaux.
Certains états de contraction ou de dilatation du vaisseau lui-même dans lequel est prélevé le sang peuvent augmenter ou diminuer la proportion respective du cruor ou du liquor entre eux.
L'affluence sanguine localisée à une région peut induire en erreur sur la composition réelle du sang des autres
parties de l’organisme.
Certains réflexes semblent établir une loi de balancement entre la circulation viscérale ét la circulation périphérique ; c'était là une des bases de la’ méthode dérivative des anciens médecins ; c'est encore une des raisons qui justifient la révulsion sous toutes ses formes à l'heure actuelle.
C'est un phénomène de cet ordre que nous invoquerons pour expliquer l'hyperglobulie de notre malade. En réalité, il ne présenta qu'une hyperglobuhe apparente. Sous l'influence d'un réflexe à point de départ sympathique {et l'état de notre blessé tel qu’on l’a trouvé décrit au cours de l'observation nous permet d’incriminer une vive excitation sympathique) cause donc un réflexe sympathique ; une vaso-constriction a pu se traduire par une vaso-dilatalion périphérique amenant dans les vaisseaux cutanés un ralentissement du courant sanguin el un afflux compensateur. Dans ces condilions on peut concevoir une augmentation momentanée de la
masse du sang à l'endroit piqué pour prélèvement,
Nous disons bien de la masse, car les He es blancs sont augmentés en proportion, et ce, avant qu'une réaction leucocytaire ait eu le temps de. se manifester sous une influence quelconque.
Notre malade était porteur d'une rate supplémentaire qu'il a conservée intacte. |
Tout en mentionnant cette parlicularité, nous ne VOYONS pas [rop comment on pourrait en faire état pour expliquer les phénomènes observés de suite après l’opération.
Dans ces conditions, si notre explication est bonne, nous interpréterons les résultats de lexamen de sang pratiqué par M. le docteur Rouslatroix comme indiquant une hyperglobulie apparente et passagère comme on le verra par le second examen de sang, la formule sanguine restant normale dans le détail, nous voulons dire, toutes proportions gardées, chaque élément étant représenté par des chiffres régulièrement proportionnels à l’ensemble. |
Passons maintenant à l'examen du sang pratiqué plus tard, quelque temps après la splénectomie et lorsque les organes hématopoïétiques ont eu le temps de réagir.
Nous aurons à examiner le nombre des globules rouges et celui des blanes et la quantité de ces derniers.