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leur paraît anormale (observations XXIII et XXIV); il se tient difficilement assis et ne peut se mettre debout (XXI). Très rapidement alors, en vingt-quatre heures, parfois en quelques heures seulement, un ou plusieurs membres sont plus ou moins complètement paralysés. La paralysie atteint d’ailleurs d'emblée tout ce qu’elle doit frapper, elle n’a aucun caractère progressif. Après une période, que l’on pourrait appeler période d’état et qui varie de quelques jours à quelques semaines, elle ne fait plus que régresser.
Les membres inférieurs sont les plus souvent atteints et le type normal de la paralysie poliomyélitique est la paraplégie. Mais la coïncidence de la paralysie des membres supérieurs est loin d’être rare. Nous l’observons souvent dans l’épidémie bourguignonne. C’est le membre supérieur droit (Obs. IV et V), le gauche (Obs. VID), les deux membres supérieurs (Obs. X et XI). De même les observations XII et XIII rapportent des quadriplégies, l'observation XIV une hémiplégie. Nous retrouvons des paralysies du bras droit avec l'observation XVI et une quadriplégie avec l’observation XVII. Nous avons enfin observé une paralysie faciale (obs. XIT) et une paralysie du voile du palais (obs. XIII). Quoi qu’il en soit ce sont les membres inférieurs qui sont presque toujours atteints et nous ne rapportons qu’un seul cas, celui de l’observation XI, où la paralysie se soit cantonnée aux membres supérieurs.
Ces paralysies sont presque toujours incomplètes. Si la station debout est en général impossible, du
moins certains mouvements persistent soit à la racine des membres, soit à son extrémité.
Au niveau des muscles et des membres atteints on observe fréquemment des douleurs, soit provoquées par la pression des masses musculaires, soit spontanées. Cependant elles ne surviennent guère qu’à titre de phénomènes précurseurs des paralysies et ne se prolongent que très rarement au delà de quelques jours. Elles sont essentiellement inconstantes et fugaces.
Les paralysies poliomyélitiques sont presque toujours flasques. Elles représentent presque le type parfait de la paralysie flasque. Dès le début de la maladie’ avant même qu’elle ne soit constituée on peut être frappé de l’aspect flaccide du malade. Cette flaccidité totale persiste pendant toute la durée de la période paralytique; la tonicité musculaire est très diminuée, les membres n’offrent aucune résistance aux mouvements les plus étendus qu’on leur impose et soulevés, retombent inertes. Les muscles même, donnent à la main qui palpe, une impression toute spéciale de mollesse et de ballottement.
Les réflexes tendineux sont abolis. Ils Ile sont d’ailleurs d’une façon tout à fait précoce et leur disparition peut précéder toute paralysie. On conçoit combien précieux peut être ce signe pour établir le diagnostic et prévoir la paralysie. Une certaine réserve cependant est de mise, car le réflexe patellaire peut être absent lorsque les membres inférieurs paraissent peu ou même pas touchés. En tout cas il peut devenir l’unique symptôme traduisant latteinte du système nerveux.
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L’abolition du réflexe rotulien se retrouve avec une constance presque absolue dans nos cas; seules les observations VI et VIII notent sa conservation. Encore dans l'observation VIII ne s'agit-il que d’une simple parésie. En somme l’abolition des réflexes coïncide à peu près toujours avec la paralysie.
Les réflexes cutanés disparaissent également; l’abdominal est toujours absent pour peu que les muscles du tronc soient quelque peu intéressés. Quant au réflexe crémastérien, fait qui pourrait peut-être paraître paradoxal, il persiste plus fréquemment que le réflexe abdominal. Le réflexe cutané plantaire se fait d'ordinaire ex flexion, parfois en extension.
La tonicité des sphincters est presque toujours conservée. Nous n’avons remarqué en effet dans aucun cas leur paralysie. Il convient de noter cependant que la paralysie du sphincter vésical, bien qu’exceptionnelle, a été signalée.
En joignant à cet ensemble tout un cortège de troubles vaso-moteurs assez fréquents : hypothermie locale, cyanose, œdèmes, on aura le tableau complet de la maladie de Heine Medin à sa période d’état et dans
sa forme habituelle et classique.
Forme méningée
Il importe d’insister sur ce fait que la forme habituelle et classique de la maladie, peut très bien, au cours d’une épidémie, être beaucoup moins fréquem-
ment observée que des formes anormales ou des symp-
En e
tômes, en apparence étrangers, prédominent. Parmi ces formes anormales, l’une surtout se dégage avec netteté, et se retrouve dans nombre d’épidémies, c’est la forme dite méningée ou méningo-myélitique. Elle fut particulièrement fréquente au cours de l’épidémie bourguignonne de 1929.
L'enfant de l'observation II souffrit de céphalée, eut des vomissements, on constata chez lui de la raideur de la nuque et du Kernig. Après la décroissance des phénomènes généraux et l'apparition des paralysies, la raideur s’accentua même au point de devenir un véritable opisthotonos et persista pendant presque toute la période d’état de la maladie. Dans l’observation IV, les vomissements, la céphalée et la raideur de la nuque sont signalés. L’enfant de l'observation V enire à l'hôpital dans le service des contagieux avec le diagnostic de méningite; de même celui de l’observation VIIL Ils présentent en effet les symptômes nets d’une méningite aiguë. L'observation VII note également des signes méningés. Enfin dans les cas IX et X tous les symptômes de méningite se trouvent au complet, seuls l’abolition des réflexes puis les résultats de la ponction lombaire viennent infirmer le diagnostic.
La raideur de la nuque, les vomissements, le Kernig se retrouvent dans les observations XI, XIV, XVIIL. Enfin seule la notion d’épidémicité fit rapporter les cas décrits dans les observations XIX et XX, états méningés aigus d'évolution d’ailleurs singulière à l’épidémie de poliomyélite en cours.
En somme, pour dresser une modeste statistique et
à seule fin de mieux faire ressortir les faits nous cons-
np
tatons que sur les vingt-six cas rapportés douze s’accompagnèrent de phénomènes méningés. Soit l’importante proportion de quarante-six pour cent.
Dans presque tous les cas, la scène clinique s’est présentée d’une manière identique : début brutal par des céphalées, des douleurs dans les membres et des signes méningés typiques, accompagnés de températures souvent élevées. Souvent les signes méningés persistent, après la défervescence pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Les paralysies n’apparaissant qu’à la défervescence, parfois assez tardivement. La forme méningée pure ayant été d’ailleurs plusieurs fois observée. « On a cru en effet devoir rattacher à la maladie de Heine Medin les cas d’états méningés aigus accompagnés pendant trois ou quatre jours de températures élevées et suivies d’une période d’un mois pendant lequel persistèrent des douleurs des membres, du Kernig et tous les signes méningés classiques, sans que soient survenues Îles paralysies ». (Bourgogne Médicale, numéro de février 1930, article de M. le docteur Jeannin.)
Cette forme méningée de la poliomyélite est d’ailleurs depuis déjà longtemps connue. Wickam, puis Schreiïber la décrivirent et établirent la distinction, devenue depuis classique entre les formes dites méningo-myélitiques où les symptômes d’irritation méningée du début donnent l'impression d’une méningite aiguë et les formes méningées pures ou les paralysies n'apparaissent pas, constituent en quelque sorte des formes abortives qu’il est souvent fort malaisé de rattacher à la maladie de Heine Medin.