‹ A propos de BergsonChapitre 12 sur 21 · LOO · texte numérisé non relu

LOO

Ceci est entouré de bonnes et fortes pages, peu neuves, il est vrai, après les „ Principes de psychologie" de James, mais l'approfondissement attendu de cette notion de durée, de cette implication de ,,même" et ,, d'autre", a manqué dés ..Les Données". On l'attend toujours.

P. 6. (Chacun (des) m o ments (de) notre personnalité) n'est pas seulement du nouveau mais de l'imprévisible.

Cela est vrai même de l'expérience extérieure, comme depuis longtemps l'a signalé Boutroux.

P. 7. Nous nous créons continuellement nousmêmes.

.lames l'a dès longtemps dit. La même remarque, nullement péjorative, s'applique à:

P. 8. Pour un être conscient, exister consiste à changer, changer à se mûrir, se mûrir à se créer indéfiniment soi-même.

P. 12. ...l'universelle interaction qui est sans doute la réalité même.

On regrette seulement qu'il n'y ait pas dès lors de précaution prise contre l'apparence absolutiste de semblables expressions, comme si ,, l'univers" était, comme si la ,, réalité même*' était, ou se laissait penser. On rapprochera aussitôt: p. 42 (sur ce qu'est la durée) pour notre conscience, c'est-à-dire pour ce qu'il y a de plus indiscutable dans notre expérience. Nous percevons la durée comme un courant qu'on ne saurait remonter. Elle est le fond de notre être et, nous le sentons bien, la substance même des choses avec lesquelles nous sommes en communication.

C'est pure équité que reconnaître combien il est intéressant de préférer le symbole de la durée aux symboles mécanisme ou linalisme, du moins en tant qu'il est plus philosophique, parce que plus large, mettant heureusement l'accent sur ce qu'il y aurait de superficiel Pi opposer absolument matière et esprit, passé et avenir. JBergson n'en tire pas assez de parti, n'ayant pas accoutumé de dépasser 1',, hétérogénéité pure1)" dans le sens où elle enveloppe de l'homogénéité.

P. 3.3. L'unique question est de savoir si les vivants etnon- systèmes naturels que nous appelons des êtres vivants doivent être assimilés aux systèmes artificiels que la science découpe dans la matière brute, ou s'ils ne devraient pas plutôt être comparés à ce système naturel qu'est le tout de l'univers.

L'être vivant en tant qu'isolé, n'est-il pas aussi artificiel que les choses? Y a-t-il un tout naturel, à opposer à ces petits touts que sont choses et gens, dès qu'on les compte. Le tout n'est pas moins factice que tous ces touts.

vivants

*) ^Données 78. u Voir dans ces notes p. 25.

Dans le sort privilégié que, tout au long de ..Matière et Mémoire" Bergson fait aux centres vivants, et qu'il paraît leur consentir encore (Evolution P. 15—16), n'y a-t-iJ pas comme une survivance du traitement de faveur accordé pat Kant aux personnes, tins en soi, — attitude si sage en son appréciation de l'inestimable, moins heureuse en ses exclusions, — un aspect de ce pluralisme qui n'est qu'un absolutisme, ou dogmatisme de l'absolu, brisé en morceaux, et que Bergson raille lui-même justement en dénonçant l'équivoque des finalismes partiels (P. 45).

P. 47. Originairement nous ne pensons que pour a g i r .

Extérieurement, oui. Mais toute pensée est action extérieure comme toute représentation, sensation, qui ne va pas sans objectivation en une extériorité1).

La spéculation est un luxe, tandis que l'action est une nécessité.

Un luxe? Cela dépend des gens et des âges, des races et des époques. C'est un luxe ïort relatif que de spéculer, non pour s'adonner au jeu de pêcher la lune, mais pour imaginer des hypothèses qui mènent £ conquérir plus d'expérience, à <]uoi sert la philosophie même, qui aide à vivre, car on vit bien mal (vivrait-on du tout?) sans aucun rêve métaphysique, dont le caractère métaphysique peut rester inconscient: sans dogmatisme au moins spontané, dut-on, mieux averti, le corriger par un certain sens du relatiï. La même outrance réapparaîtra p. 1 76 : le terrain où s'exerce notre industrie1 et par conséquent aussi notre intelligence. (Il s'agit pour l'auteur du terrain des solides et de notre industrie extérieure au sens le plus courant du mot.)

P. 47. Pour agir nous commençons par nous pro- pensée etaction poser un but.

Pas toujours. Souvent nous agissons comme instinctivement, posant notre but au cours de notre action même (c'est en cela que consiste le découpage et la prise de L'objet formel '') sans aucune prévision réfléchie de but.

P. 49. L'art vit de création et implique une croyance latente à la spontanéité de la nature.

Est-ce parce (pie l'artiste, pour vouloir créer, a besoin de croire qu'il va créer, c'est-à-dire réaliser du nouveau, et par suite de croire à une sorte de plasticité de la nature, (pii suppose chez elle un certain degré de parenté au psychique, pour qu'elle puisse entrer en contact avec lui et s'en laisser influencer, ou n'est-ce pas plutôt, — même raison sous son aspect plus radical, — parce que l'artiste, s'il croit qu'il va créer, doit sentir qu'il va s'élever jusqu'à être créateur, qu'en lui-même la nature, spontanément, va comme se rénover

1) Voir dans ces notes P. 13- 16.

2) Découpage et prise que nous pratiquons naturellement, sans y faire réflexion.

pour taire d'un numéro, „d'un tel", un créateur, se renouveler pour se faire soi-même en l'artiste belle femme, paysage etc. Créer suppose en effet, que, dans l'intime, on se réalise, à soi-même, tel que l'objet créé, éminemment, imaginativement aussi, d'une imagination non seulement visuelle, mais de toute son imagination-mime, de tout son fond plastique animé par une activité de magie.

P. 49. L'auteur note bien que les principes de causalité comme de finalité supposent que ,,tout est donné", car ils se fondent sur des correspondances tout à fait strictes et déterminées. C'est à étendre, hors la causalité efficiente et la finale, encore à la formelle, au principe même de causalité, où qu'il s'applique. Dès lors, adieu la durée considérée comme une sorte d'absolu, comme une sorte d'essence, ou raison intime profonde, du réel.

P. 50. Parce que cette vague intuition (de la durée réelle) ne nous est d'aucun secours pour diriger notre action sur les choses, actions tout entières localisées à la surface du réel, on peut présumer qu'elle ne s'exerce plus simplement en surface, mais en profondeur.

Toujours même tendance à n'appeler action que la plus sensiblement extérieure.

P. 51. L'acte libre est incommensurable avec l'idée.

N'importe quel acte, et chaque réalité, au sens le plus souple du mot, si rien de ce qui se discerne ne s'équivaut strictement.

P. 55. (L'individu (ne) pense) qu'à soi.

L'individu ne réfléchit pas toujours. Il n'est pas exclusivement égoïste. La Rochefoucauld, qu'on accuse généralement de l'avoir dit, avait une vue beaucoup plus large de notre entraînement spontané vers les objets qui nous attirent.

Comparer deux effets et dire qu'ils sont le même, qu'est-ce sinon dire que nous avons, pour les désigner, un même nom. Cela ne prouve nullement leur identité ou analogie formelle en soi, laquelle est d'ailleurs inconcevable. Mais nous saisissons leur identité relative, je veux dire, leur analogie relative, car l'identité est -elle plus que l'analogie d'équivalents approximatifs, pour des actes approximativement semblables?

P. 68. (Entre l'oeil du mollusque Peigne et d'un vertébré) d'où vient l'analogie de structure"?

L'analogie de structure est un concept abstrait, étiquette sensée sous laquelle nous rangeons des cas concrets divers, à raison d'une certaine équivalence pour nous: parce que cela nous fait, dans une mesure, le même effet. Si on veut pousser, c'est la notion même d'analogie qu'il faut étudier. Bref, l'ordre est clans — ou mieux de — notre esprit, comme, au total, toute représentation. Mais d'où vient l'ordre, qu'il soit dans

«et de notre esprit, ou dans le et du réel, ou dans les deux et des deux, pour ne rien fragmenter? Il vient d'une certaine complexité ou de notre esprit, ou de l'objet, ou des <leux si malaisés, si impossibles à contre-distinguer définitivement: en tous cas, de ce que nous appelons communément réel. 11 vient de ce que rien ne nous est donné de simple pur, ni d'hétérogène pur, mais de mêlé en une certaine apparence de totalité. Il vient de ce que tout acte de conscience saisit et fixe de Tordre, puisque il condense une multiplicité de virtualités, qui se trouvent amenées, par la succession infiniment rapide des prises qui les atteignent, ou, mieux, par la continuité de cette prise psychique, à une sorte d'unité, analogue à celle qui la pose et qui s'y traduit dans l'objectivation d'un continu 1).

L'auteur s'exprime comme si le monde était morcelé. Or il est à la fois indéfini et complexe, non strictement un, ni le contenant d'une multiplicité quelconque absolue. — Mais n'argumente-t-il pas ad hominem? Son argumentation, précisément, fait apparaître l'inconvénient des théories mécanicistes ou finalistes qui traitent les objets comme extérieurs les uns aux autres.

Toutefois lui-même semblerait oublier parfois qu'il raisonne ad hominem. Il paraît reprendre à son compte un tel morcellement. C'est, le cas est fréquent, quand > il oppose exagérément les vivants et les non-vivants, l'indétermination des premiers et la nécessité qui régnerait chez les seconds. Cela revient ici P. 125: supposons . . qu'il y ait au fond de la vie un effort pour greffer, sur la nécessité des forces physiques, la plus grande somme possible d'indétermination 2).

Est-ce l'oeil qui activement s'adapte peu à peu à la lumière ou la lumière qui activement se fait peu à peu l'oeil qui la verra? Voilà ce qu'on discute. Mais tout cela suppose une conception bien resserrée de la causalité; le ,, consentement établi" 3) est autrement souple, si on le prend, non point au mot. mais dans son esprit d'universelle entreimplication.

Au mécanisme et au finalisme. lïergson substitue l'élan vital, métaphore empruntée à un mode d'activité qui paraît plus profond et plus général.

P. lu 7. La fragmentation de la v i e en individus et en espèces., tient, croyons-nous, à deux séries de causes: la résistance que la vie éprouve de la part de la matière brute, et la force explosivedû e à un équilibre instable de t e n d a n c e s - q u e la vie porte en elle.

M Voir dans ces notes P. li et 16.

•0 Voir encore „ Evolution" P. 137, 284 et 21) 1. ') Comme parlait Leibniz (Oeuvres, éd. Gerhardt t. IV p. 501 1.

Comment la matière brute résisterait-elle à la vie? Quelle

énergie, en définitive, serait strictement non vivante? Cela supposerait du statique irréductible au dynamique, et du dynamique irréductible à la conscience, breï de retendue irréductible à de la durée, contrairement à ce que nous avons observé1).

P. 1 1 3 . L e s m ê m es causes qui scindent le mouvement évolutiï font que la v i < ' en évoluant se distrait souvent d'elle-même, hypnotisée sur la forme qu'elle vient de produire.

Cette métaphore est chère à l'auteur: il l'emploie encore pp. 108, 138, 172 2). Le choix de ce symbole n'a rien d'accidentel. Bergson a, profond, le sentiment de l'unité sympathique de l'être. Voir sa théorie de l'instinct (pp. 181 s. et 191).

P. 136. Le progrès du système nerveux s'est effectué tout à la fois, dans le sens d'une adaptation plus précise des mouvements et dans celui d'une plus grande latitude laissée à l'être vivant pour choisir entre eux.

De nouveau P. 137 chacun d'eux (des éléments nerveux) se termine par une espèce de carrefour, où, sans doute, l'influx nerveux peut choisir sa route3).

Ces expressions ne visent naturellement aucune liberté d'indifférence, mais une simple spontanéité de la vie, étendue secondairement aux instruments qui la servent. Ainsi s'atténuerait l'opposition entre les divers aspects de l'être. Mais l'auteur se reprend bien vite à accentuer les hétérogénéités :

P. 146 s. L'erreur capitale, celle qui se transmettant depuis Aristote, a vicié la plupart des philosophies delà nature est de voir dans la vie végétative, dans la vie instinctive et dans la vie raisonnable, trois degrés successifs d'une même tendance qui se développe, alors que ce sont trois directions divergentes d'une activité qui s'est scindée en grandissant. La différence entre elles n'est pas une différence d'intensité, ni plus généralement de degré, mais de nature. De ce que l'instinct est toujours plus ou moins intelligent on a conclu qu'intelligence et instinct sont choses de même ordre, qu'il n'y a entre eux qu'une différence de complication ou de perfection et surtout que l'un des deux est exprimable en termes de l'autre. En réalité ils ne. s'accompagnent que parce qu'ils se complètent et ils ne se complètent que parce qu'ils sont différents.

Sans doute l'instinct n'est pas exprimable en termes d'intelligence, mais l'intelligence même l'est-elle? Rien -n'est exprimable sinon par des analogies. Nous ne pouvons parler

!) Voir dans ces notes p. 14 — 17.

2J Voir aussi «Données immédiates" p. 11, où il s'agissait des procédés quasi-hypnotiques de l'art, et „Le Rire" pp. 61 und 143. 3) Voir encore pp. 154 — 155 du même ouvrage.

que dans notre langage, qui est d'intelligence présent tout chargé de notre passé.

Plus généralement et plus au fond, ce qui se complète a de l'affinité, conspire, s'entre-implique et ne s'isole pas1). ■ Si et quand le statique est primé par le dynamique, je veux dire au moins pour le philosophe, les natures apparaissent comme encore plus communes que différentes, les convergences de tendances l'emportant sur les divergences, puisque l'énergie, la pensée mène, qui unifie.

P. 156. La conscience est la lumière immanente la conscience à la zone d'actions possibles ou d'activité virtuelle qui entoure l'action effectivement accomplie par L'être vivant. Elle signifie hésitation ou choix. Là où l'action réelle est la seule possible (comme dans L'activité . . . automatique), la connaissance devient nulle . . . De ce point de vue on définirait la conscience de l'être vivant une différence arithmétique entre l'activité virtuelle et l'activité réelle. Elle mesure l'écart entre la représentation et l'action.

1° (Qu'est une conscience qui ne soit pas d'un être vivant?

2° (Qu'est une conscience immanente à une zone de virtualités?

L'auteur pense, dans les deux cas, à sa représentation inconsciente de ,,Matière et Mémoire1" p. 154. Au total qu'est-ce qui resterait hors la zone de virtualités, si l'actuel n'est que du virtuel voilé?

3° Qu'est-ce qu'une représentation et une action du vivant contre-distinguée à la conscience? Pour la représentation, même réponse: pour l'action aussi, en somme, l'auteur ayant tendance, malgré sa lutte déclarée contre la pensée épi phénomène, à poser la réalité dans l'extériorité des choses et des actes, et à présenter la conscience proprement dite, la conscience expérimentée, comme une manière d'épiphénomène résidu. Mais mainte action, dite extérieure, du vivant est consciente et la conscience n'est, pour le philosophe, seconde à rien.

4° L'automatisme est inconscient chez L'automate, non nécessairement chez le vivant, qui garde une certaine conscience de ses mouvements, non réfléchie, ni éminemment abstraite peut-être, mais spontanée, sans quoi l'étrange équilibré du somnambule ne se concevrait pas: de ce qu'il ne se rappelle pas ensuite ses actes, il se faut garder d'inférer qu'ils n'ont jamais, et du tout, été conscients.

P. 158. Les oppositions ci-dessus signalées s'adoucissent:

La conscience est plutôt jouée et inconscient»' dans le cas de l'instinct, plutôt pensée et consciente dans le cas de l'intelligence.

Bergson oppose la connaissance innée des ..choses" et connaissance

des choses et

,.,,., ^ des rapports

l) Voir dans mes notes P. 1") Note 1.

loi;

celle des ,, rapports". Il attribue la seconde ù L'intelligence Mai; La rapports ne sont ils pas connus spontanémenl sons L'aspeol de choses, bien que, pour mir réflexion moins super ftoieile, Les ohoseu sotenl intelligible menl constituées par de certains oomplexus de rapports? Choses et rapports ue sniii ils pas atteints, bien que non réfiexemenl comme tels, ;i i.i V:n <>n d'objets formels, qui progressivemenl s'organisenl h s'élaborent en opncepts compliqués, devenus à nos yeux L'équivalenl de relations du de choses, suivant les cas il»' matérialisation, plus on moins Lourde, d'oubli plus «m moins complet, «In mouvement de pensée qu'elles extériorisent?

L'antithèse; esprit, intelligence ; choses, relations; matière de La connaissance, sa forme, continue, man il est aise de voir combien, si loin poussée, elle avoisine L'artificiel, comme si La connaissance de rapport* n'exigeait pas une connaissance préalable des termes1), vague et abstraite si Le rapport est couru vague <vi abstrait, concrète, si Le rapport ost conçu tel, des choses réelles «loue, si La connaissance des rapports per met d'inventer des instruments destinés à travailler te réel

Si |;i connaissance des rapports mène plus Loin que celle des choses, ce n'est pas qu'elle no L'implique point, mai parce qu'elle La suppose, au contraire, et La prolonge, mar quant une complication ultérieure de la connaissance objec \wr e1 de l'abstraotion. LTobjeotivation brutale, Le mirage d'absolu, La prise du connu, comme statique, L'édification d'actuel, de réalités, est la loi sous Laquelle s'exercent Ions nos actes d'intellection directs, et quand L'esprit progresse asseï pour dégager des relations en tant <|»m toiles, bref «lu virtuel, comme il ne Le fait évidemment que par des actes qui, ù leur tour, sonl direots, ces actes atteignent les relations mêmes sous un mode absolu, statique L être .sou] ost connaturel aux démarches spontanées de la pensée, dans la mesure du moins ou elles s'isolent, alors que le devenir

i) Ceci n'exclut pas que ces termes réapparaissent eux-mêmes à une réflexion plus développés comme des rapports, mais toujours relative ment à d'autres choses ou tonnes aniHis pour objectifs. Là est La raison pour laquelle l'égoïsine est illusoire, oomme le dilettantisme) chimérique. L'objet ne peul pas, en effet, se trouver du oôté d'où jaillit lu tendance, <ui m'excusera de ne pus développer loi une idée qui porte en soi, oe semble, assez de lumière L'égoîsme el le dilettantisme, oomme l'avarice qui est les deux sont «les sortes de réflexions tronquées, des pertes de eouraut. La circulation de vie, qui reviendrait de l'objet

au sujet, ne saurait s'y enfermer, le sujet étant sortie vers l'objet- Tendre à soi apparaît done eonune la pins Irréconciliable d(vs eontra-

diotions (dans la mesure relative où il \ a des contradictions irréconciliables, et OÙ l'on peut, nu instant, s'appuyer à l'arrêt des mots l. M;iis UU absolu, (pii. dans les hypothèses dfs philosophie* spiritualistes, serait vivant, et. dans les antres hypothèses, serait an moins devenir OU mon vemènt, tendrait à soi, ne pouvant tendre à rien d'extérieur: cela suflit, mitre antres raisons, à montrer le chimérique d'une telle conception ; pour qu'il put tendre à soi. il faudrait qu'il fût complexe, qu'il eût des relations internes: mais eette eomposition le ferait dépendre de ses cléments .- adieu L'absolu !

• Mil. cl le iihhiv i-uniil • 1 1 1 1 . <>ir I il HO un i .1 |.|k<i l m. 1 1 ijui

du point du \ !" 'I \ uamlque ci mi. i h m i i .m i li plu

|)j nliillil mil I il lll il <l< i lin « . I . .il III < I .1 ||| |)| M ■ <

il;ui i.i m. iii i ..h <ii. . prolongi '"i < ii> i .m m ji h.

«IlS |»i «I ' H l'illl.lc < .M < . . i .i|| rnmi . | In <l< Iim

• un bout iii bit i .m <• . i.iiiiii, «lii i..i i.|n< iii. h . i.iniiK

\ |\ ;inl< ni OU I-mIIi .nu lll

i ,. fcatique < i i .i |.< 1 1 obji i • h « i i '.iniii. |( < ,,i |, ii <i\ mimique < I l'a pe< I ubjei i \t. i I i oirum I dm< iii fcouti i .. un. m .Mur ; '.m l'a |m . i !.. i i.j.i. h i appoi • uppo i I • . i... <■ ci m. m qui -, pai i appoi i .. < illi un pi <•■ . . <i< r.,i. i > .ni mu le dynamique, la i hoi i • uppoi « li i .. ppoi I qui m&rqui compui d h «i le "ii m <in, .L . i h". .m iii . m. ni di . -.(. . |( n« . Souh « '• de tu •• i" 1 1 , bii ii «i ii'i ii 'H «ii < » < boi i • I rapport fl'impliquonl L mi< li< . i i..n humai m iriiegn (ou joui "m foii « '■ dew -i i" < i nai miii i i < 1 1' doiibb «.i ii

,i i;i roii « 6 uew h pi ' I liai uiti d'implii .i i ion, bien q b i >n di doi agi ini

:<:mi

Quant .i conna ftn pai I inwt im I • « qui l'auteui uppo i ■ j| *■•

i vivement h connaîtra pai l'intelJigonci bien qu'en r/mliii î*\t\m l'niiriii-M ii< - < i fcout 'i'in jeu Mit ;iu i ipini I ini I mail d uni nuance pai I iculii 1 1 on pi ut dire qui i onna. It ri pai l'in

I nul < cl.-i ne pnil ;»u« m - I i < < ;• |ih<|ii< (Jtl 1 ri ..n.- lOgl! tU

notre i mih, .m ;n,. .■ humaine, « I que eetti n ait* e'i I

comme Atre attin - < I agii i n 13 mpathû « n uni mat\U ri .1 unit! ( plu "i»i« ment d< 1 ont Inuite) vrôcui ave< ta qui dit 'if .mi 1 < miiiiii

\i. 1 01 traiti •" 1 ri i"'1' 1 raii nt iii pai profond* ment caraeti 1 il I Iqui quoiqm pi u upi 1 Hi ieli presque 1 ta \n ..h y in- trop • . i»« dam notre Intellect-ion memi « (

juflquc dam ei !(" rm lei plui pi 1 tu U < ri m ppan * - 1 rj

appelli 1 Ion h 1 1 oie le plui raffim i 011 U plu i ompijqui « loi plu coni ept uelli ou l< plui lut uiti i Toujours r«iK Intelligent operi dam ion intellection \nhtm i omtne l'inet im ■ il pai une 01 U de Haii (i< 1 1 qui lui 1 bon diiom pai une ■. ■•■« rgii mpathiqm atei c< qu'il uni dit connaîtn avei ci â quoi 1 n d autn '« 1 rm U haï monii • on mouvemi nt 01 v bique le pltu Intlmi de fcou et h mateui de fcom l< élan m« rm de tout * < '!"■ 'i

de tout '■' qui de vient

l' le. Tm < / l'action la 1 '• ' '" 1 n. < m « m < intelli en dédui 1

Peut "ii philosophiquement pose) l'action, ( i'l« « nette philo opniq m 1

corri pondante di l'inti lligem < 1 0 mpliqm

n toute philo ophii /

I' I <i<i II U f fil 'I ' 0 p :. n p<

Cependant l'auteui tire 4e déduction* philoaophiq 'i" \n pi U- poi ■ ' : r philosopliii

d'abord - e oi du an1 point 'i'; vue du i ommui

' 1 |)«'i|i in |V |,ui. qu'il /

P. 168. L'intelligence ne se représente clairement que le discontinu

Sous formé d'unité, non de négation "du continu ; sous forme d'homogène, non d'hétérogène à d'autres hétérogènes. Elle voit la synthèse avant de voir l'analyse, qui résulte objectivement de ce que, en vue de l'opération synthétique, une seule l'ace de l:objet (connu, déjà, mais moins clairement qu'ensuite) a été choisie l) pour la considération plus nette où ladite synthèse s'est opérée.

P. 168. Le mouvement est sans doute la réalité même, et l'immobilité n'est jamais qu'apparente ou relative.

Le mouvement est-il absolu ? 11 reste relatif à l'immobilité, elle-même relative non seulement aux dimensions spatiales, mais au temps, et plus profondément A l'étendue comme à la durée concrètes. Que le point de vue du mouvement se recommande d'une bonne méthode, on serait le dernier à n'en pas convenir, mais ce n'est qu'un point de vue entre une infinité d'autres, et qui varie, se complique ou se simplifie encore, au rythme du progrès de conscience (qui jamais n'arrête, car il s'y trouverait anéanti: l'une des plus inconcevables des inconcevabilités).

P. 169. Notre intelligence ne se représente clairement que l'immobilité.

Si toutefois on veut bien ne le pas prendre trop rigoureusement. C'est plus vrai de notre imagination visuelle, qui joue un très grand rôle dans le langage ordinaire et la vie courante, que de l'imagination motrice, qui a une singulière importance. Le fond, et l'aspect le plus pratique peut -être de la tendance pragmatique, n'est-ce pas d'être une tentative, de substitution, au moins très large, d'images motrices aux visuelles, d'où le renouvellement et l'approfondissement de notre conscience ? C'est là qu'on entend, non l'harmonique, mais plutôt la dominante psychologique de cette philosophie du mouvement 2).

Exagération de l'opposition entre le langage des fourmis, par exemple, et l'humain, le signe instinctif restant inva-

!) Non choisie à la suite d'une comparaison, mais élaborée par cet amour même qu'est tout appétit instinctif, qu'est toujours l'esprit en ses actes.

2) Par une autre corrélation, il est naturel que les philosophes qui envisagent quoi que ce soit comme tendance, considèrent tout, aussi, sous les espèces d'une utilité, — qui n'a rien d'ailleurs de circonscrit ou de mesquin, — du point de vue de la valeur. Valeur et tendance, en effet, sont deux aspects, entre eux voisins, du dynamique, du potentiel, du virtuel. Cette attitude de la pensée écarte, en effet, tout autant que l'immédiat subjectif, l'ultime objet, les fins dernières. Elle accueille, non le retour éternel, mais le cheminement indéfini. Le voyage devient sa patrie, pour faire allusion aux expressions par lesquelles les scolastiques aimaient à opposer la vallée du passage aux montagnes éternelles. Non qu'elle voyage pour voyager, au sens du dilettante, comme si le terme était cherché dans le jeu, mais en ce sens qu'elle aspire après du plus lointain toujours: l'objet l'attire indériuiment, indéfini qu'il

riablement attaché, une fois l'espèce constituée, à un certain objet ou à une certaine opération, tandis que l'humain comporte une application indéfiniment extensible.

Y a-t-il là plus que différencce de degré1)? L'auteur note lui-même :

Un signe, fût-il instinctif, représente toujours plus Ou moins un genre.

Aussi n'oppose-t-il pas la généralité du signe intelligent à la particularité de l'instinctif, mais la mobilité de l'un à l'adhérence du second2). Mais si de la généralité se rencontre, plus ou moins, d(^ deux cotés, il y a aussi des deux côtés, de la mobilité, sans quoi la généralité s'évanouit, qui est relation à termes multiples, en ce sens que ce qui est général leur puisse être rapporté: une généralité qui ne peut se mouvoir et descendre aux cas, qu'est-elle encore? Et, en effet, comme le signe instinctif reste générique, l'action ou l'objet auquel il se réfère n'a qu'une unité approximative: elle comprend bien des variétés. Entre le signe instinctif et l'intelligent, la différence, quant à leur généralité, est que leur souplesse ou mobilité d'application, leur virtuelle extension, reste contenue dans de plus étroites ou de plus larges 'imites.

P. 173 — 176. Belles et justes. L'auteur y reconnaît p. 173 (que) le langage même . . . est fait pour désigner des choses et rien que des choses.

Comment pouvait-on dire que l'intelligence a la connaissance innée des rapports, non des choses, alors que ces rapports eux-mêmes sont d'abord conçus comme des choses et dénommés comme tels? (Voir plus haut p. 105 la note sur la p. 160 c?„Evolutiori").

P. 177. L'intelligence n'est pas faite pour penser l'évolution, au sens propre du mot, c'est à-dire la continuité d'un changement qui serait mobilité pure.

Sans aucun doute, la mobilité pure, la pure hétérogénéité s'allient mal à la continuité absolue. Mais les deux notions s'accorderaient, prises en un sens relatif. Même remaïque pour:

P. 178 L'intelligence n'admet pas plus la nouveauté Co m pi è te que 1 e deveni r radi cal. C'est d ire q u'i ci encore elle laisse échapper un aspect essentiel de la vie.

est lui-même, comme indéfiniment insatiable est l'appétit qui le hume, sans le saisir jamais. La réalité du bien reste seulement pressentie, comme ébaucbée seulement est la tendance, et parce que Tua et l'autre se reflètent et s'entre-émeuvent jusque dans leur imprécision, chaos rythmé quasi-primordial, alpha et oméga, du moins relatifs à cette phase de notre songe.

l) Lne argumentation analogue, fondée sur les modes limités de l'activité animale, (qui ne le sont pas si strictement quand on les prend avec leurs nuances), „Évol. Cr. 285", appellerait même réserve et ne justifierait guère mieux une „différence" de „uatureu, opposée expressément à une différence de degré, entre les consciences animales et l'humaine. V a-t-il plus rigoureusement suranimal que surhomme ?

-) P. 172. Le signe instinctif est un signe adhérent, le signe intelligent est un signe mobile.

Qui ne sait, depuis longtemps qu'aucune notion ne se suffit, qu'aucun aspect ne demeure définitivement isolable autrement que par illusion?

P. 179. L'intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie.

Incompréhension relative, comme de tout le reste. Voir au surplus dans ces notes p. 92 sur „Introd. 4". L'auteur est mieux inspiré quand il divise moins:

P. 181 s. L'unité même de la vie. . . est, pour employer l'expression d'un philosophe ancien, un tout sympathique à lui-même.

P. 182. Ce qu'il y a d'essentiel dans l'instinct ne saurait s'exprimer en termes intellectuels, ni par conséquent s'analyser.

S'exprimer complètement, sans doute, mais, en ce sens, tout reste ineffable. Même incomplètement,' en termes intellectuels V C'est une autre question: en termes visuels, ou plutôt en termes quelconques, même moteurs, si on les prend dans leur individualité, leur isolement (qui ne saurait au reste être que relatif), sans doute, dans la mesure du moins où ces termes s'isolent. Mais tout s'exprime analogiquement, en des termes intellectuels, soit à base d'imagination motrice, soit même à base d'imagination visuelle, si on les réalise, c'est-à-dire si on les vit, si on retrouve ainsi leur connexion, leur entre- appartenance, leur identité, du moins relative, à n'importe quel autre aspect ou complexus d'aspects de notre vie. Le mot, si on le regarde du dehors, est toujours pour l'âme comme une sorte d'insensé qui divague, et se perd, et se damne ; mais pour qui le prend du dedans — dans le mouvement dont il est le jaillissement — le mot, le cri, le geste redevient un sage: il a, — il est — saveur de vie- Pénétrante étude, p. 185 — -192. sur l'instinct ,,sym-

instinct sym- n- u palhie patUie.

P. 192. C'est à l'intérieui de lavie que nous conduirait l'intuition, je veux dire l'instinct devenu désintéressé, conscient de lui-même, capable de réfléchir sur son objet et de l'élargir indéfiniment.

L'auteur en donne excellemment pour exemple le sens esthétique. Malheureusement il écarte l'intelligence, quand il suffirait de réduire la part de l'imagination visuelle. Révolutionnaire par le fait d'une certaine brusquerie, il se prive alors d'une synthèse plus ample.

P. 193. La vie n'entre tout à fait ni dans la catégorie du multiple, ni dans celle de l'unité.

Ce n'est pas seulement vrai de la vie, mais de chaque objet, de chaque notion, de chaque aspect et de chaque phase de l'expérience indéfinie.

P. 197. La vie, c'est-à-dire la conscience lancée à travers la matière.

Image bien dualiste. Que ne s'entend-on plus nettement, sur le sens de ,, matière"!

P. 216. Pourvu que l'on ne considère de la pli y- 'absolu sique que sa forme générale, et non pas le détail de sa réalisation, on peut dire qu'elle touche à l'absolu (en ce sens qu'elle atteint parfaitement son objet, mais tout abstrait, comme la géométrie).

Cela se doit élargir: tout spontané semble toucher à l'absolu, tout réflexe, au relatif. Tout apparaît absolu dans le spontané, mais relatif dans le réflexe, parce que tout serait absolu dans l'unité, et que le spontané, qui est déjà une certaine unité factice, se meut dans un rêve d'unité, dans l'acte arbitrairement isolé1).

P. 217. Dans l'absolu nous sommes, nous circulons et nous vivons.

Au sens ci-dessus, c'est-à-dire que la catégorie de l'être, du mouvement, de la vie, toutes les notions sont atteintes d'un point de vue qui vise l'absolu, parce que tout spontané est absolu, parce que toute unité est absolue, mais ainsi même tout absolu apparaît à la réflexion comme relatif, puisque les unités, les notions, (et la spontanéité est une notion, et encore une notion qui est un aspect d'unité), sont relatives à la distinction posée par notre esprit,-à n'importe quelle étape (ou illusoire étape) de sa marche-, dans et sur l'acte psychique de simplification, et de confusion: de synthèse, qui répondait à l'obscure complexité, relativement antérieure, du donné 2). Plus brièvement, c'est une traduction mi -trahi son du virtuel, grossièrement caricaturé, car schématiquement disséqué, par le crayon de l'actualité.

II». La connaissance que nous en avons (de l'absolu) est in com pi été, sans doute, mais non pas extérieure ou relative.

Quelle connaissance n'est pas intérieure, en ce sens qu'elle est toujours obtenue grâce à une sorte d'identité foncière avec l'objet? Mais aussi quelle connaissance n'est pas extérieure, en ce sens qu'elle est toujours une objectivation, c'est-à-dire une projection dans le spatial (au moins de l'image motrice des tensions variées)? Sous ces deux rapports, l'intuition et le procès analytique ou dialectique ne se laissent point essentiellement opposer 3).

J) Je ne parle évidemment que du spontané, envisagé notionnellement: du point de vue dynamique, rien n'est absolu car rien ne s'isole, ni ,, n'est", mais devient, et ne devient encore que relativement, cette notion n'étant pas plus susceptible d'être prise absolument que n'importe quelle autre.

-) Cette synthèse était déjà une actualisation, mais elle peut être envisagée comme sauvant la virtualité de l'objet dans la mesure où elle est elle-même matière à l'objectivation ultérieure d'une analyse. La synthèse était déjà confusion par simplification, parce qu'elle actualisait. Mais on accentue ici davantage le caractère caricatural de l'analyse, parce qu'elle est, par rapport à la synthèse sur laquelle elle 6'exerce, un renforcement encore d'actualisation, puisque d'objectivation divergente d'un complexe virtuel.

3) Voir plus haut les notes sur les pages 4, 13, 19, 23, de ,, l'Introduction à la Métaphysique". Si je pose ici analyse et dialectique comme-

D'après l'auteur, pas plus qu'extérieure, notre connaissance de l'absolu ne serait relative. Elle est bien relative pourtant, mais toujours formée au moyen d'un acte qui, en tant qu'il isole un objet, le prend à la façon (en idole) d'absolu, et qui, lui-même, acte, en tant que considéré comme une unité, est appréhendé à son tour en même fétichisme. Toutefois ce mode d'absolu reste relatif au point de vue, au moment de l'expérience. Il s'assouplit s'il est saisi en connexion avec les autres points de vue ou biais de prise, dans la sympathie vivante, qui nous fait atteindre, si je puis dire, non plus seulement la courbe, image trop visuelle, mais la tension du devenir, son élastique élan — comme la combinaison des points de vue dans un stéréoscope procure la sensation du relief.

ntimité du moi P 218. Cherchons, au plus profond de nous-

mêmes le point où nous nous sentons le plus intérieurs à notre propre vie. ("est dans la pure durée que nous nous replongeons alors, une durée où le passé, toujours en marche, se grossit sans cesse d'u n présent absolument nouveau.

,, Absolument", exagérant, fausse le développement. Maintenant; cette durée où nous nous saisissons à la fois anciens et nouveaux, où nous prenons conscience de la compénétration du passé avec le présent, de l'hétérogène, avec l'homogène, où. sous quelles espèces l'atteignons -nous? Surtout dans l'imagination (et mieux-encore dans la sensation) musculaire, cinesthésique: là nous atteignons le mouvement comme tel.

Ib. Notre sentiment de la durée, je veux dire de la coïncidence de notre moi avec lui-même admet des degrés.

Oui, coïncidence ou plutôt ,, condensation", sentiment de tension commune, qui est plus profondement celle • des apparents contradictoires, celle du oui et du non, celle de la tension et de la détente, car cela est encore plus profond, plus primordialement -donné que l'hétérogène et l'homogène, abstractions tirées de ce concret-là.

Mais que signifie sentiment de tension commune d'une tension et d'une détente ? ("est appréhension sourde, mais

équivalents, ce n'est pas pour méconnaître la dialectique synthétique ou inductive. C'est simplement parce qu' à mon sens toute analyse, envisagée dans l'acte, non dans le résultat, est un mode de synthèse, comme toute négation est mode d'affirmation, quoique non par rapport au même aspect de l'objet, et parce qu'ainsi, du côté vivant, n'importe quel progrès d'analyse n'est assuré que par des „assènements" d'intuition, au sens de prises sympathiques, en continuité, comme il a été exposé dans les notes sur réintroduction". L'esprit uV toutes ces explications est beaucoup plus à chercher du côté de Platon, de Pascal et de Leibniz que des stricts aristotéliciens. De Leibniz môme, car si

"épris qu'il fût de logique, il ne laissait pas de l'entendre comme un instrument de pure attention aux intuitions mi-dormantes, et écrivait, comparant les vues d'Aristote à celles de Platon sur la connaissance: „Platon va plus au fond" (Discours de Métaphysique, § XXVII, Oeuvres, édition

•Gerhardt t. IV., P. 451).

-profonde de cette tension et de cette détente, tontes deux relatives, (et toutes deux riches, et comme bigarrées d'intimes modalités infinies), comme étant des rythmes, quasisnperliciels eux-mêmes, engloutis dans un rythme plus ' large, et ainsi de suite indéfiniment. Cela se concevrait par analogie, non pas avec les cercles infernaux de Dante, ou les cercles paradisiaques de Tintoret, symboles encore trop extérieurs car trop ouverts, mais avec des enveloppements concentriques de sphères ou de thèmes musicaux, la musique r) ayant chance d'être le succédané le moins grossier de la danse intime 2).

P-22L Supposons ... que le physique s'oit simple- Physique et

\ r . a . ïr «7 t. 1 psychique

ment du psychique inverti.

La belle expression mais elle est à serrer. Toute qualité est du plaisir, ou de la douleur, pâli et détendu, tout objectif du subjectif détendu: en outre toute imagination est, dans l'objectif, de l'objectif' sensationnel détendu, et tout concept, de l'imagination détendue, -quoique le concept soit obtenu par des actes qui sont des tensions, comme toute analyse dans l'objet est fruit de synthèse3).

On a remarqué4) que la continuité est incluse dans la complexité de tout mouvement, sans que nécessairement l'étendue, au sens le plus courant du mot, y apparaisse distincte, n'étant qu'un point de vue d'une conscience plus avancée, qui, des images motrices, est passée aux visuelles, (/ne espèce humaine d'une sorte particulière, qui ne serait que motrice, mais aveugle et sourde, pourrait cependant avoir la notion du distinct, du global, de l'unité, de la totalité,

l) Aussi, pour le noter en passant, n'en serait-il que plus étrange d'entendre un philosophe tel que James parler, à diverses reprises dans ses Principes de Psychologie, de l'intoxication musicale à peu près comme des intoxications qu'on appelle vicieuses et morbides, si ce n'était, chez lui, impuissance peut-être de théorie plus qu'inconscience, ou si, à supposer le pire, ce n'était d'aventure la possession même de l'original, de ce sens musculaire si hautement développé en lui, qui l'aurait rendu relativement insensible au succédané, par suite d'une apparente anomalie, (en réalité simple inaptitude à distinguer des nuances à côté des couleurs crues auxquelles elles se rattachent), anomalie analogue à celle qui lui faisait instituer un pluralisme, précisément parce qu'il ne voulait pas d'unité. Ainsi encore Bergson, par horreur de morcellement analytique, opposant, avec tant de décision, l'intuition et le raisonnement,

-) Ce n'est pas en vain que la métaphore du „tonu, d'abord appliquée à la musique, puis à la peinture, est d'origine étymologique tensionnellc ((grec zvvoç, du même radical que tehœ, latin tendo). Qu'on nous excuse d'y prêter attention. Leibniz croyait, non sans raison, d'accord avec tant de grands écrivains, que les mots sont, de préférence, si toutefois l'usage le permet sans violence ni déformation, à employer au sens le plus voisin de l'étymologie, sens qui a coutume d'être à la fois le plus fort et le plus concret: „Inter accurate philosopbandum concretis tantum utendum esse ... : origini vocis, praesertim cuiii certa est, qua pote, insistendum". (Meditationes de coguitione, veritate et ideis, opéra t. IV. p. 117), — la langue étant une métaphysique, c'est à-dire, de son point de vue comme du mien, une psychologie profonde.

;;i Voir P. 92 sur „ Introduction ju.

du nombre. J'en appelle confiant aux aveugles, sous un rapport plus clairvoyants que nous, car plus moteurs et pouran tant rajeunis1).

P. 222. Heureusement dit: La matière s'étend dans l'espace sans y être absolument étendue...; en la. tenant pour déçomposable eu systèmes isolés... en lui conférant... les propriétés de l'espace pur, on se transporte au ternie du mouvement dont elle dessine simplement la direction.

«t-n0îéPchqoire? Belles P; 224-8, mais, semblerait-il, à approfondir dans-

ce sens: distinguer l'objectif compliqué, et le mouvement de pensée par lequel nous le percevons. De l'un, on peut dire qu'il est comme un refroidissement et une détente de conscience. De l'autre, point, étant pleine marée ou tension deconscience.

Ceci n'empêche que, vers ces hauts étiages, la conscience ne se gonfle et ne se hisse pas toujours également. Une deces grandes marées intimes (qui correspondent à tout temps fort d'attention) où, connaissant déjà beaucoup de la complication du réel, on atteint néanmoins à son profond enveloppement, comme ramassé dans l'abîme d'une sorte de totalisation de conscience, est, en un sens, plus haute qu'une de ces pleines mers où la quasi-totalisation de conscience ne recouvre, n'investit, n'imprègne qu'une expérience moins complexe, (n'éveillant souvent, par suite, que plus en sourdine l'orgue de toutes les houles intérieures).

Moins haute encore serait une de ces pleines mers, con~ scientielles qui s'emploierait surtout comme à ballotter ou à engloutir l'objet d'une attention dite toute extérieure, objet vraiment perdu, par sa petitesse et son insignifiance dérisoires, en une telle immensité. Je dis même dans le dernier cas: ,,pleine mer" et ,, surtout", puisque en tout acte psychique, voire le plus pauvre, le sujet est conscient, donc saisit la présence de son passé, totalise, intègre. (Mais il le fait avec plus ou moins d'ampleur, et selon l'occasion, et surtout selon sa richesse acquise, c'est-à-dire d'après le point où il en est

*) Quand les tragiques grecs se plaisaient à cette populaire antithèse et nommaient vrais voyants les aveugles comme ayant la pénétration de mystères cachés aux clairvoyants, ils traduisaient, en un langage d'apparence mystique et avec un certain grossissement scéuique, une vérité psychologique à laquelle les clairvoyants mo}rennem.ent raisonneurs négligert aisément de prendre garde, même et surtout dans les pays ou les milieux les plus amis d'une certaine clarté objective et abstraite, superficielle, mais éminemment propre à rendre les échanges sociaux; non certes plus féconds ni plus profonds, du moins plus courants, plus faciles (jusqu'à un point, qui ne dépasse le médiocre que rarement). On rappelle la citation empruntée à Leibniz, dans la note hors texte de la page précédente: In*«r acute philosophandum. Le jour solaire est une nuit qui nous cache les profondeurs étoilées. Ainsi de l'éclat aveuglant des imaginations qui veulent rester visuelles avec trop de prédominance et de court contentement.

Ceci soit dit sans tomber dans l'exagération qui considérerait lesaveugles comme, au total, privilégiés, et contre laquelle MM. de la» Sizeranne et Villey ne sont que trop autorisés à protester.

de l'épanouissement. Si l'importance de l'objet qui met la conscience en mouvement, tout en demeurant secondaire, n'est pas, somme toute, négligeable, c'est qu'en général, en moyenne, la force employée au brassage se proportionne à la masse à brasser.

Ainsi, car l'art est un symbole particulièrement éloquent de la vie consciente, tout artiste embrasse la pleine vie dans le cadre apparemment borné du motif qu'il est dit traiter; mais il l'étreint avec une inégale maîtrise s'il est Giotto ou s'il est Rembrandt.

Poussant l'idée de la matière inversion de psychisme, mais ne prenant peut-être pas assez garde à distinguer l'activité et le résultat, distinction sur quoi seulement la précédente opposition des directions se peut fonder, l'auteur simplifie et fausse partiellement quand il écrit:

La complication à l'infini des parties et leur parfaite coordination entre elles sont créées du même coup par une inversion qui est au fond une interruption, c'est-à-dire une diminution de réalité positive.

Ce n'est pas l'acte, créateur de complication coordonnée, qui est diminution. C'est l'objet qui apparaît comme tel, étant ou plutôt se présentant comme le résultat analytique, détendu, de synthèses-tensions, comme le partiel oubli dû à l'inattention partielle (laquelle est le contre-coup, la contrepartie, le temps faible de la mesure, la résonance décroissante d'un thème dont le ton pâlit et que l'artiste, dont l'âme passe ailleurs, n'est pas venu ranimer encore, bref le retard des enchevêtrements, et comme efîilochements, des rythmes antérieurs, sur le brassage où s'emploie un rythme nouveau).

P. 231. Si l'on entend par spiritualité u ne marche en avant à des créations toujours nouvelles ... ce qui apparaît du point de vue de l'intelligence, comme un effort, est en soi un abandon.

L'auteur s'exprime comme si toute complication de notre expérience n'était pas une nécessité, un enrichissement, — comme s'il n'y avait gain qu'à revenir, ce qui ne se peut, à quelque confusion très antérieure, très dépouillée de tout ce que les distinctions successives, telles des embrassements délicats, comme plus nuancés dans leur prise, mieux diversement enlaçants, y ont introduit de souplesse maniable et sentie, — comme si tel acte psychique, par exemple la conscience de la durée, était un absolu, et les autres actes psychiques, des dégradations, comme si l'expérience croissante n'enrichissait pas cette conscience même de la durée, comme si, bref, il I allait poser un dualisme, une négation, au ïond et au coeur de la vie *).

D'où cette exagération y De ce que l'auteui, ne nous lassons pas de le répéter, oppose souvent trop le nouveau à

*) Cette attitude n'est pas sans avoir eu jadis son analogue sociologique dans celle de certains prophètes et psalmistes, en rébellion contre

science

il»;

l'ancien, le divers au môme, pratiquant avec excès, et non -ans quelque négligence de méthode, la méthode même de la distinction contre laquelle il s'insurge, — tel le nourrisson classique.

P. 232 — 5. L'auteur y souligne la corrélation entre la rigueur de toute déduction ou inîérence, d'une part, et de l'autre, l'abstraction plus ou moins légitime où l'on tient (par rapport à l'élément durée ou psychisme en général) les éléments qu'on t'ait entrer en considération ainsi ,,détemporalisés", si on nous passe le mot, et vraiment comme vidés dévie.

L'exagération ,, création", qui est coupeuse d'unité, reparaît. Xul scrupule, si seulement l'auteur voulait bien admettre que du tout à fait nouveau fût tout à fait impensable, comme tout ce qui, poussé à l'absolu, devient contradictoire, réussite de la P. 2 38. (La physique réussit.)

Dire que nos sciences en partie conventionnelles ré ussissent, cela revient à dire qu'elles retrouvent dans l'expérience ce qu'elles y ont distingué (c'est-à-dire mis, ou mieux traduit en le distinguant), comme notre souvenir retrouve le passé. Dès qu'une loi, une notion ne réussit plus, et cela arrive perpétuellement, plus ou moins, dès surtout qu'on reconnaît qu'une loi ou notion (car une notion comme une loi, est une hypothèse ou un système d'hypothèses) ne réussit pas, — au vrai, dès que la toujours grossière approximation de la réussite ne nous suffit plus, ne répondant plus exactement à des besoins analogues aux anciens, mais plus délicatement difficiles, — on l'assouplit en précisant un de ses rapports, c'est-à-dire au moyen d'une hypothèse nouvelle. L'histoire de nos lois et notions étant celle même des réussites habit uelles, c'est une tautologie de dire que des réussites habituelles réussissent habituellement.

Mais enfin, s'il y a réussite, graduée, variée, il y a donc, à un degré quelconque, correspondance. Cela revient à reconnaître que ces lois, ces hypothèses, ces conceptions humaines ne sont pas tout à l'ait arbitraires. C'est le dynamisme commun que traduit l'accord des statiques. En effet, tout conspirant plus ou moins, plus ou moins se répond et s'entresymbolise, le symbolique étant cette qualité de réponse et d'écho, qu'a, chacune par rapport à une autre, toute modalité à cette autre harmonisée en une convergence, nom dynamique du complexe. Comme la connaissance en général, la réussite de la science en particulier implique ce ^consentement" l) universel (indéfini, de l'indéfini avec l'indéfini, à l'indéfini) et n'est qu'un aspect plus savant du même ordre de faits (ou

la complexité croissante de la hiérarchie (ou simplement de l'organisation) sociale. Ht c'est ce qui subsiste de cette exagération qui a provoqué l'exagération de la réaction nietzschéenne. Tout se tient et se reflète. Et c'est parce que tout converge que tout se compare. Symbole ne dit-il pas convergence?

M Leibniz emploie ce mot au sens de son harmonie (Extrait de lettre, éd. Oerhardt t. IV, P. 501 |.

mieux de la même concorde d'énergie, de pensée, plus profondément, de virtuel psychique). Nulle connaissance ne se conooit qui déjà ne soit une certaine réussite, étant une certaine manière d'appréhender, de manier, de dominer l'objet, on pourrait dire, dans un langage équivalent mais plus philosophique, de se conquérir soi-même en un progrès de conscience, ou pour revenir, là encore, comme dans les deux parenthèses précédentes, à la sobriété du virtuel, une anticipation, une ébauche, une tendance à l'ébauche, de tout cela1).

Bergson est donc justifié à écrire :

Ib. Son succès (celui de la physique) serait inexplicable si le mouvement constitutif de la matérialité n'était le mouvement même qui prolongé jusqu'à son terme, c'est-à-dire jusqu'à l'espace homogène-nous dirions volontiers: ou au temps, ou au mouvement homogène, qui suffirait à la rigueur à la numération -aboutit à nous l'aire compter, mesurer.

C'est un double aspect du même mouvement, la démarche plutôt objective et l'allure plutôt subjective d'un procès complexe. Aussi serait-il bien hardi de parler de l'étalon de la nature, comme s'il était différent du nôtre. La nature, telle du moins qu'elle se révèle à la science, n'est-ce pas précisément l'ensemble de nos étalons ? Telle que nous la concevons par une opposition relative à la mesquine image

xi A un jeune homme qui l'interrogeait sur le dogme eucharistique, un illustre théologien, promu depuis aux plus érninentes dignités de son église et aux postes les plus importants de vigilance doctrinale, répondit qu'il y avait, dans l'eucharistie, „le commencement d'un mode de contenance" du corps de Jésus. C'est d'une prudence analogue, en présence de l'inconsistante réalité, que les philosophes du pragmatisme s'inspirent, quand ils préfèrent, avec Bergson au reste, parler plutôt de mouvement que de terme, et de tendances que d'êtres.

N'y a-t-il pas, plus ou moins consciente, une philosophie du virtuel dans toute pensée qui se creuse et se gare? On la rencontre dans la „ réminiscence" de l'Académie et dans la distinction péripatéticienne entre l'acte premier des formes et les actes seconds des opérations actuelles, ce pourquoi, au reste, Leibniz déclarait la première si profonde, à la condition qu'on la prît bien (Discours sur la Métaphysique § XXVI, éd. (Jerhardt, t. IVy p. 451), et était revenu aux entéléchies, tout en les identifiant à leur activité, mais à une activité intime qui n'était et ne pouvait être, chez des monades créées, tout à fait épanouie. Plus près de nous, sans entrer aucunement dans le détail ou simplement l'énumération des grandes hypothèses philosophiques, les relativismes n'ont-ils pas, à l'examen, beaucoup de peine à ne se point transformer ou développer en virtualismes idéalistes.*) Aussi, naturellement, dès qu'on les approfondit, et de quelque réalisme objectif qu'elles semblent se ilatter d'abord, toutes les théories du devenir. Et je tais les spéculations orientales, qui se sentiraient moins

*) Pourquoi les relativismes tendent-ils au virtualisme idéaliste? Parce que la relativité des „points de vue" implique idéalisme, et que leur positivité, non purement arbitraire ni toute vaine, dont les relativismes sont si justement fiers, implique une manière de réalité, laquelle, à la réflexion, apparaît comme une forme négative du virtuel (Voir Index : Réel). Ou encore parce que l'identité relative des points de vue décèle une équivalence (analogue), et qu'équivaloir implique proportion entre des rapports, dont chacun s'établit d'un pouvoir actif à un exercice, d'un virtuel à un actuel, d'un idéal (ou réel plus consc emment approfondi) à un réel (ou idéal censément devenu saisissable en son masque aux nets contours, mais moins conscient de sa profonde idéalité). Car tout s'inclut, (quoiqu'inadéquatement, c'est-à-dire selon des ordres divers parce que successifs), ce qui n'est pas chaos, mais complexité. C'est en ce sens que chaque aspect devient cosmique, ou, plus dynamiquement, que chaque prise devient Cosmos.

qu'en donneraient nos sciences les plus approfondies, c'est L'ensemble de nos étalons encore, interprétés en symboles l). C'est toujours, plus riche mais moins débrouillée, notre conscience, gradations 11 n'est pas besoin d'ôter à l'ordre mathématique sa

déveii valeur de ,, chose positive" (si toutes les choses positives testent, en somme, des idéaux), ni d'appeler la matière, si ce n'est avec beaucoup de tempéraments, une sorte d',, interruption" du courant de vie.

P. 239. La matière . . . est lestée de géométrie.

Qu'ajouter à la note précédente? La matière est géométrie, comme objet isolé de l'acte géométrique, ou, tout court, métrique, de l'expérience humaine, de l'esprit géomètre ou métreur qui l'a pensée, pesée. 11 l'a découpée telle en lui donnant telle l'orme qui répond à — et n'est objectivement (c'est-àdire comme un correspondant extérieur) que — la forme de la pensée laquelle un beau jour l'a saisie, se l'est appropriée, en effective jouissance, de l'inépuisable trésor du concevable, c'està-dire d'elle-même, des profondeurs encore à demi stagnantes et troubles de ses latifundia jusque là quasi-inexploités, comme dormants, de ses sphères de moindre éveil.

L'éveil de la conscience pêche, en effet, ses fraîches pensées dans le vivier du songe, dont elle n'émerge et n'émergera jamais que partiellement. Montaigne en a douté sagement: l'éveil serait-il plus qu'un exposant moins élevé d'un indéfiniment dégradé ou clarifié sommeil, qui continue d'engloutir presque tout de Platon, à l'heure même où il construit le Philèbe et chante son Phèdre, qui continuera d'ensevelir et noyer presque tout de l'humanité, épaissement intoxiquée de nuit, à l'époque même où l'humanité pourra acclamer parmi ses fils, ses membres, ses yeux et mains spirituels, quelques centaines de Léonard ou de Pascal nouveaux?

P. 243. L'esprit peut marcher jlans deux sens. Tantôt il suit sa direction naturelle: c'est alors le progrès sous forme de tension, la création continue, l'activité libre. Tantôt il l'invertit . . . L'ordre du second genre pourrait se définir par la géométrie.

Contraste de nouveau brusqué. Les deux sens, dans la mesure où il y en a deux, sont naturels, car c'est un progrès que la géométrie, comme c'en est un que l'introspection de la durée concrète 2).

étrangement diverses de nos dogmatismes lourds, si, sans rien sacrifier des précisions de nos sciences, précisions toujours au fond symboliques, mais que la vie pratique exige, nous parlions avec plus de précaution la langue grossière du présent, c'est-à-dire de la supposée cohérence et coexistence, du matérialisme ou de l'objectivité, avec plus de respect ou de sérieux celle du rêve vital et de l'intime inachevé.

*) Je veux dire: c'est ce dont la nature schématiquement déterminée par la science est l'acalogue ou approximatif équivalent pratique, humble substitut approprié au détail de nos petites actions.

2) Voir P. 115 la note sur „Evol. Cr. 231".

Ib. Quant à l'ordre du premier genre . . . dans ses formes les plus hautes, il est plus que finalité, car d'une action libre ou d'une oeuvre d'art on pourra dire qu'elles manifestent un ordre parfait, et pourtant elles ne sont exprimables en termes d'idées •qu'après coup et approximative m en t.

Mais cet inexprimable est de tous concrets, et, au delà, de toute notion. (Voir p. 47 n. 1 et p. 94 sur ,,lntrod. 23".)

P. 244. tout est vie

Rien n'empêche de distinguer l'ordre du vital et du ■voulu par opposition à celui de l'inerte et de l'automatique. Mais l'opposition reste de surface, l'inerte n'étant pas plus absolument distinct du vital que l'objectif du subjectif. L'inerte est du vital qu'on oublie presque en-

,.v J , ,i 1 -, n 1 ,f tout est plaisirs

tierement comme tel, dont on ne perçoit plus nettement et douleur l'élan vital, de la conscience de vital comme fatiguée et engourdie (parce que distraite, quasi-absorbée ailleurs), de même que toute qualité, du point de vue psychologique, est le résidu d'un plaisir ou d'une douleur (simples ou plutôt déjà indéfiniment complexes) qui se sont presque complètement émoussés. Les diverses qualités, en effet, ne sont-elles pas une objectivation refroidie de l'hétérogénéité des sensations, <\e* affections, lesquelles se ramènent à n'être d'abord qu'une certaine variété de plaisirs ou de douleurs, plus exactement •de petits systèmes fort mixtes plaisirs-douleurs?

Les perceptions procèdent, en effet, comme résultats représentatifs, de ce qu'il y a d'objectif dans les sensations, exténué, combiné, algébrisé, et l'aspect objectif de la sensation qu'on nomme communément tact tel ou tel, par exemple du rude ou du souple, goût tel ou tel, par exemple, d'amer, de rance, de café, odeur telle ou telle, couleur telle ou telle, n'a commencé par être qu'une particulière impression de plaisir ou de douleur. L'objectif y était déjà, mais beaucoup plus intimement mêlé au subjectif. Le renseignement apparaissait, mais portant d'abord sur l'aisance même, moins ou plus entravée, du jeu du sujet. Ainsi le monde distinct, harmonieusement distribué, de l'expérience évoluée est fait avec l'écorce presque viciée de nos plaisirs et de nos douleurs, leurs enveloppes dont nous nous sommes presque entièrement dégantés, leurs contacts comme détendus, leurs échos presque assourdis. L'expérience, pressée et distraite, se promène dans un monde élaboré, constitué, conservé, sans qu'elle s'en aperçoive couramment, par ses plus intimes tressaillements anciens, c'est-à-dire, en somme, toujours présents sous cette simple sourdine qu'on nomme le passé 1).

*><'* goûts d'autrefois, où elle s'était, 'sans que c'en soit jamais tout à fait fini, savourée elle-même, ses aises et s< transes de naguère, voila aujourd'hui ce qui sert à ce poisson

1 1 Voir plus haut P. 21.

à se reconnaître dans sa nage: ils lui indiquent, ils lui deviennent Les différences des profondeurs, des directions, des chaleurs, des opacités, des modalités du courant: car ils lui sont un cadre; car à eux seuls ils constituent tous ses repères: ils lui deviennent le inonde en sa variété 1).

en quel sens Le même dualisme incriminé *) si souvent, reparaît dans-

réeiiesS l'opposition des ^genres" fictifs et des lois , , réelles". Les

deux ont même caractère à la fois fictif et réel, réel à titre d'hypothèses commodes et de réussites habituelles, de symboles d'artistes et d'outils d'artisans, fictif en tant que prétendues révélations sur je ne sais quelle vérité définitive, de reproductions adéquates de je ne sais quel ,, autre" adéquatement distinct ,,en soi":

Le découpage est, dans les deux cas: 1°) symbole, (fut appréhende approximativement, pour la première sorte d'assimilation, la mentale, ou mieux, (car l'expérience dite prati- ! que et accompagnée de sensation est mentale aussi), la conceptuelle, l'imaginative ; 2°.) hypothèse, qui réussit au maniement extérieur; 3°.) toujours active méthode.

Mais pourquoi tout cela se trouve- t-il adapté V Parce que ce symbole conçu, cette hypothèse appliquée, cette méthode en" marche, ne sont rien d'étranger ni d'extérieur au complexe ainsi visé, essayé, entrepris, mais, tout au contraire., à la fois un temps ou élément, une variation, une concentration ou écho de la symphonie infinie.

Qu'à côté des relations de terme à terme, ,, l'expérience" nous présente ,, aussi des termes indépendants", c'est difficile à admettre, toute indépendance stricte étant un absolu, un pseudo-concept. Mais nous postulons l'absolu"?3) Dans tout acte direct. Tout le spontané envisage l'absolu. Ce mirage ; fait partie de notre lest vital, non que nous soyons condamnés à une invincible illusion: dogmatiques par nature, nous a décrits Pascal, mais critiques par progrès de nature, sans sortir de la nature au reste, puisque tout acte critique spontané est foncièrement lui-même assertorique, catégorique, dogmatique en sa démarche, quand bien même il serait négatif ou dubitatif en son objet; nous ne nous libérons du mirage d'hier qu'en nous laissant fasciner au mirage d'aujourd'hui, Là justement se laisse apprécier la position des pragmatismes qui reconnaissent une telle situation et s'y adaptent.

*) On voudrait revenir ultérieurement sur ce point de vue. Nul solipsisme, si en se goûtant elle-même, la conscience goûte tout en soi, c'est à-dire dans l'hypothèse de la complexité et de l'entre - identification indéfinie. Si l'homme est la mesure de tout, c'est parce que tout s'affronte et se mesure soi-même, conscient, en lui.

2) Voir P. 116 la notes sur „Evol. Cr. 231."

3) Voir plus haut P. 111 les passages sur ,,Evol. Cr. 216, 217". Ces notes, plus retouchées que celle-ci. ont peut-être moins de clarté facile, mais elles expriment plus de ce que j'entends.

11 en est d'ailleurs tout à l'ait du dogmatisme spontané de chacune de nos affirmations (ou négations), coin me de l'impression de liberté indifférente, de causalité stricte, de personnalité circonscrite. Rien n'en subsiste sans tempéra- ments, à de certains stades, du moins, de spéculation, dé conscience. Mais ce sont, pour les stades relativement antérieurs, ceux où nous nous agitons presque tout entiers presque toujours, des hypothèses appropriées.

Est-ce rester à la hauteur de pragmatismes semblables, de l'esprit vivant de .lames, et du meilleur Bergson lui-même, que d'attribuer à notre connaissance pouvoir de ,, mordre" ,,dans l'absolu" ( 1 b.)V

Il n'est pas à nier que le désordre, comme le hasard, ordresoit conçu comme relatif, comme contingent, mais que ce soit par rapport à Tordre inverse, voilà qui fait difficulté. Ce peut être par rapport à un ordre non inverse, niais plus parfait ou plus distinct. Bergson explique fort bien que l'incohérence, le désordre ne sont que mots vides et supposent l'ordre eu le niant, mais si sa longue analyse donne incontestablement ce résultat, elle n'établit pas le caractère contraire et irréductible des ordres de la vie, d'une part, et de l'automatisme, de l'autre, antagonisme toujours arbitrairement affirmé. Sur cette opposition outrée de deux espèces d'ordres irréductibles (P. 256), voir p. 13—23.

On ne conteste pas que toute différence, fût-ce du moins comment en

i -î • ,. • i. ' , >v tendre l'irré-

au plus distinct, ou inversement, est d une certaine manière ductibie (c'est-à-dire ponctuellement, ou dans le mirage même dit réel) irréductible, puisque tout discernable, si, et dans la mesure où, il demeure tel, est irréductible. En ce sens, ce ne sont pas deux irréductibilités qu'il faudrait poser, mais une infinité.

Dira-t-on qu'on le fait, de reste, puisque, dès les premières pages des ,, Données'*, l'on a traité les différences d'intensité en hétérogénéités? C'est fort juste, mais qui ne remarque que ce point de vue de discontinuité, est précisément celui du statique, celui de l'objectivité, celui de la science „faite", non celui du dynamisme qui est essentiellement synthétique1)?

Là paraît bien résider le malentendu profond. Bergson semble, souvent du moins, mettre l'hétérogène du même côté, si je puis dire, que la durée ou le psychique, et. au contraire, l'homogénéité du même côté que l'espace, la matière, le continu. Ces concepts ne se laissant pas complètement cou tre-distinguer. il en advient qu'ils se prêtent par quelque aspect à être tantôt groupés entre eux dans un certain ordre, tantôt dans un autre. Dans la mesure, cependant, où l'ap proximation est plus poussée, il semble que l'unité, L'homogénéité, entretient une parenté plus étroite avec l'activité

]i Voir P. 78 sur „Mat. et Méra. 201".

psychique; la multiplicité, inversement, avec le résultat de

cette activité, c'est-à-dire avec les objectivités et les choses (dans la proportion seulement relative, tout à Fait imparfaite et Fort peu attentive, où on les peut isoler du psychique).

Quant au continu, il constitue comme le pivot des amphibologies, parce que là, précisément, se rencontrent d'abord le psychique qui tient, qui tend, et l'objectivité qui est tenue, tendue. La continuité du résultat est de l'objectif et du matériel, donc du monde de l'hétérogénéité, de „ l'exprimé." La force continuante est tout ce que nous pouvons intimement saisir de plus parent de l'un, non de l'un résultat mais de l'un, actif, de ,, l'exprimant".

C'est la même distinction qu'entre la synthèse active, ou l'énergie synthétique si on la prend dynamiquement, en s'identifiant à elle, et Ja synthèse résultat. On agit comme le psychique quand on unit, mais quand on morcelle? . . . On agit encore comme le psychique, parce qu'il n'y a jamais que le psychique qui agit, et qu'on ne morcelle au fond point, l'analyse active, juste ou erronée, étant encore énergie synthétique: seul le morcellement résultat, (résultat apparent, de l'apparence la plus grossière, la moins résistante à la réflexion, du moins non en tant que morcellement en général *), mais en tant que ,,tel': morcellement), est antipathique à l'activité de l'esprit: au sens où quoi que ce soit peut lui être relativement antipathique: par sympathie moindre, parce que l'activité de l'esprit y subsiste, mais comme s'en allant, comme du passé graduel; le passé étant, en somme, résultat analytique (ou ventilation résultant) de synthèses ou combinaisons nouvelles relativement plus présentes, qui disjoignent de l'attention maxima actuelle certains éléments constitués ainsi en résidu analytique et passé: l'antipathie, ou moindre sympathie, de la conscience (qui toujours synthétise) pour l' analyse-résultat, étant précisément cette même antipathie, ou plutôt sympathie moindre, qu'elle éprouve à l'égard du passé (et du pénible, c'est tout un 2).

!) Car celui-là est la loi même de l'expression.

2) Voir dans ces notes p. 34 — 40. Les éléments pour l'ensemble de cette discussion ne sont guère à isoler. On les trouvera surtout P. 13 — 23 dynamisme et statique, P. 27 — 39 futur et passé, synthèse et analyse, joie et peine, P. 92 — 95 intuiton et dialectique, enfin à l'annexe sur la joie et au passage de mes notes auquel elle se rattache.

Que le lecteur me pardonne de lui laisser, du moins présentement, cette peine. C'est que ce travail est né, comme il a été dit, en mode de notes accompagnant une lecture, donc de petites cristallisations ou synthèses quasi spontanées, et qu'ii ne pouvait, estant tel, se présenter en forme d'analyse synthétique, je veux dire d'exposé analytique d'une synthèse présupposée. Ma seule excuse est que, peut-être l'intérêt qui s'attache à la vie y gagne, si la facilité de considération synoptique y perd.

Mais elle-même n'y perd pas tant, si le lecteur doit ,, éprouver", en tous sens du mot, la coordination qu'il se prête bénévolement et activement à faire, entre ces aspects divers d'un mouvement de pensée, au fond, assez continu. Je déchiffre une conscience et demande qu'on y collabore parce que je crois peu à des consciences qui resteraient

P. 259. Opposition entre l'intuition et la dialectique. Ou- intuition et trée elle aussi. La dialectique n'est qu'une série d'actes spon- dla,ectu)lu' tanés. L'intuition est tout du long de la chaîne. Serait-il à propos d'opposer actes spontanés isolés à série d'actes spontanés? Ces séries sont laites d'actes relativement spontanés, reliés en une unité, dite réflexion par rapport à des actes moins complexes, mais spontanée elle-même, au sens modéré où tous les mots se laissent justement opposer.

Resterait à l'aire contraster l'attention qui se porte sur •des accords d'idées avec celle qui se porte sur un donné simple. Mais quel donné est simple?

Pourtant, autre est l'intuitif, autre le dialecticien. Cette différence entre les personnes est beaucoup plus juste et profonde que celle entre les notions. Elle vise, en effet, cette fois, non l'isolement strict de deux notions absolues, utopie rendue telle par l'inconsistance de matériaux vains-, mais simplement les proportions inégales selon lesquelles des individus concrets paraissent amalgamer dans leur activité les caractères de l'une et de l'autre.

Encore cette différence profonde entre les deux genres d'esprits vient-elle surtout de ce que le premier vit sa méthode comme du dedans, tandis que l'autre l'applique comme du dehors: le premier fait un travail moins machinal que le second. C'est la même différence qu'entre tous les créateurs et les imitateurs. Elle est considérable, mais de degré seulement, car l'imitateur même ne peut être tout à fait machinal: il faut qu'il vive, -si peu que ce soit, -le modèle qu'il reproduit.

En outre, le premier consulte et fixe ardemment des données à lui, et se réassimile énergiquement les données reçues d'autrui, tandis que le second regarde comme paresseusement les unes et les autres, laissant aux habitudes relativement automatiques le soin de choisir et de grouper; (ce qui n'est qu'une autre manière d'exprimer la différence de degré exposée plus haut).

Enfin, du point de vue de l'imagination, le demi-automate subit davantage l'influence visuelle, tandis que le demi-créateur recourt davantage aux imaginations plus intimes, tactiles et surtout motrices *), — ce qui est la raison profonde des différences qu'on a notées d'abord.

tont à fait étrangères. On tendrait à une sorte de réminiscence (où dût travailler „toute l'âme", pas seulement tout le psychisme individuel), et non rigidement à une déduction. Platon, là encore, et son allure, si inimitables qu'ils soient l'un et l'autre, paraîtraient propres à guider, quand il s'agit, répétons-le, non d'une outrecuidante doctrine, mais d'un tâtonnement avoué.

Au reste, plutôt que de prendre le lecteur pour ami d'une passivité indolente, ne pouvait-on penser qu'il y eût, môme méthodologiquement, (si le mot n'était bien lourd pour la chose) intérêt à la reprise comme sporadique de certains thèmes, qui pussent être ainsi graduellement élargis et, au moins virtuellement, reliés.

]) Soit sous une forme relativement pure, soit sous l'enveloppement d'espèces comme rythmiques ou musicales.

Là comme presque partout, Bergson combat pour la vie, mais il est si bon intuitif qu'il en devient parfois moins habile raisonneur. Ce n'est pas à ses saines et pleines intuitions qu'il doit d'attribuer à l'intuition ce caractère d'absolu. C'est à ses oppositions un peu forcées, se rattachant elles-mêmes à des assimilations de concepts relativement rapides, bref à ce qui peut rester, çà et là, d'insuffisante souplesse chez le dialecticien, de dédain, peutêtre, de se plier à une voltige acrobatique. Il y a des raideurs nobles.

Mais on saisit la raison de protester contre ces sortes d'exagérations: elles tendraient à discréditer la logique. Or ce n'est pas la logique qui nuit, c'est la façon dont on en use. Qui est paresseux d'esprit, regarde mal en soi-même: il raisonne mal aussi, pour la même raison, parce qu'il ne 1 regarde pas d'assez près, vitalement, l'application, à des 1 cas divers, d'étiquettes pareilles. Et qui regarde beaucoup i en soi, il se laisse peu prendre aux confusions de mots.

Reste, et nous l'avons expressément reconnu, avec quel 1 enthousiasme! que la dialectique, si juste et profitable qu'elle 1 soit, court, comme tout ce qui est réduit en règles, le danger 1 de comprimer l'esprit. Mais quelle institution ne présente cet inconvénient? Ainsi en va-t-il de toute objectivation, de j toute expression. Ne faudrait-il rien exprimer? La logique 1 vaut peu, vue du dehors et dans sa forme, au prix de l'esprit j qui observe, qui s'observe, qui se saisit entrant sympathi- I quement dans la vie (comme on dit) de tous ,, autres", j c'est-à-dire dans la vie sous tous ses aspects, dans la j vie indéfinie elle-même. Mais faudrait-il ériger l'intuition en forme d'une jeune déesse nouvelle, transcendantale et l jalouse ?

P. 259. Par la dialectique . . . bien des accords j différents sont possibles, et il n'y a pourtant qu'une vérité .

Le différent n'est pas l'opposé, l'opposé n'est pas l'ir- i réconciliable dans la diversité mobile de la durée, connexe à l'élargissement des synthèses. Hegel, détails du système j à part, ne se proscrit pas.

C'est pourquoi l'élément de création réside moins dans la chose dite que dans le ton, dans le texte que dans le chant, le texte lui-même ' n'étant au fond qu'un chant encore, un rythme, un geste, mais plus ] serré, comme la gesticulation, par où surtout se traduit Tentant, le | primitif, le naïf, se retrouve, simplement tamisée et disciplinée, non I moins riche mais organisée mieux, dans l'expression la plus abstraite j des plus raffinés, expression calme et posée aux seuls yeux superficiels, | (jui veulent bien, c'est le cas de le dire, accepter ce change, mais, en réalité, encore impétueuse saillie, qui tire, elle aussi, tout son élan, toute *■ sa portée, du même vivant déclic intérieur. Si la pensée est plus riche en nuances, l'expression a moins de violence ; il ne se déploie pas j cependant, dans cet apparent équilibre, moins de tensions harmonisées, i il ne s'y engouffre pas moins d'orages accordés. (Comme, dans la lumière froide et fixe qui éclaire la nuit d'une grande ville, agit, présente, la force ramassée des cascades lointaines).

Ib. L'intuition, si elle pouvait se prolonger au delà de quelques instants — (l'auteur parlerait-il autrement d'une extase?) — n'assurerait pas seulement L'accord du philosophe avec sa propre pensée, mais encore celui de tous les philosophes entre eux... Elle est, dans chaque système, ce qui vaut mieux que le système.

Sans nul doute, mais ce qui assurerait l'accord des philosophes, ce ne serait l'intuition prolongée d'un seul qu'à la condition que les autres fussent capables de se replacer au même point de vue. Or la durée va, et, pour parler avec le parrain de nos philosophies du devenir, Heraclite, on ne saurait se baigner, ni deux fois, ni deux instants, dans le même flux. Il faudrait aussi que la langue, dialectique d'autant plus difficile à manier qu'elle est plus implicite, permit à plusieurs de retrouver mêmes intuitions dans les mêmes mots. Bergson ne tarde d'ailleurs pas à réclamer, en ce sens: surtout... des points de repère extérieurs. Ce qu'on pourrait donc souhaiter, ce serait peut-être, sinon surtout une certaine épuration des mots, qui d'un commun acccord frapperait de défaveur relative quelques termes particulièrement équivoques, principalement en des discussions d'un certain ordre, et lorsqu'ils ne sont pas indispensables 1), au moins, pour nous occuper toujours des mots, le rafraîchissement de leur valeur suggestive d'intuition, par une substitution, plus large, — quand, évidemment, le sujet comme l'occasion le comportent, aux images vi-

suelles, d'images empruntées à d'autres sens, (nous avons bien des fois dit auxquels, surtout auquel). Ce sens-là est la source profonde de ces plaisirs et douleurs qui ont apparu, résidus d'eux-mêmes, comme les qualités, et diversités, avej quoi nous avons bâti toutes choses, et nous sommes construits nous-mêmes en tant que centres définis. Ce sens-la est le créateur intarissable des intuitions, - — disons plutôt, pour payer d'exemple et appliquer la théorie: des cinesthésies, — non pas absolues, à coup sûr, mais relativement fondamentales 2).

1) Pouvoir est le plus traitre des vocables, mais qui saurait s'en passer V -) Cela concorde, (dans le goût du concret, parce que du plus profondément et plus vivement psychique,] avec l'opinou exprimée p. 113 n. 2 sur l'utilité de donner, quand il se peut, aux mots toute leur valeur originelle. Ce desideratum ne vise, au reste, qu'à l'amplilication consciente d'au procédé, ou mieux d'une démarche raturelle beaucoup plus commune qu'on ne croit. On serait étonné du nombre de morceaux des plus grands écrivains qui doivent à la prépondérance de sensations d'ordre non visuel d'entrer d'abord, avec qui les entend, en un ^i délicat, si direct et si sur contaGt. Ainsi je note, comme à première rencontre, — chez quel poète, pourtant, et quel gourmet de la rision ! - les deux sonnets par où débutent les „Amoursu de Ronsard, puis le sonnet: „Quand je te vois" et le suivant, et encore: „ Amour est un charmeur*. Enfin, même les sonnets intermédiaires, (l'ensemble peut valoir ainsi comme pris au hasard», sont si peu visuels par prédominance, qu'il n'y a guère, dans «Mignonne, levez-vous", que deux vers

l'objectif, arrêt P. 26 f.

Jeotif ' Belle page: l'objectif naît d'un arrêt du subjectif, (sauf:

la réserve toujours à faire, qu'il ne s'agit jamais d'arrêt absolu).

Ainsi précisément avons-nous envisagé l'objectif ,, qualité" comme un arrêt relatif, un passé à demi fané par rapport a la sensation qu'elle fut de plaisir ou douleur. Ce passé n'est point fané tout à fait, car toute perception ou conception s'accompagne encore d'éléments de plaisir ou de douleur complexes, dont les uns tiennent, sans aucun doute, de l'état présent du sujet envisagé du côté actif, mais dont d'autres, aussi, viennent de ce passé qu'on retrouve, qu'on ranime un peu dans l'objet perçu, puisqu'il n'est perçu qu'à travers de certaines espèces, de certains cadres, qui sont en réalité réminiscences, c'est-à-dire reviviscences des joies ou peines d'antan.

Éveillez une qualité, même une notion quelconque, { combinaison de qualités pâlies. Vous y pourriez voir se lever, ressusciter, revivre, des modes, des attitudes jadis toutes vives de votre sensibilité. Mais vous ne vous arrêtez plus à ce côté subjectif, à cet aspect d'un passé qui vous ressemble, qui est toujours vous, qui fut jadis vous-même naissant à la sensation. Vous traitez aujourd'hui vos vieilles joies, vos vieilles peines, vos seuls repères, — sans daigner les clairement reconnaître et vous y reconnaître, — comme des étrangères à votre service, des choses ; vous les interrogez, que dis-je? vous les manipulez comme des fiches, en prenant peu garde à ce qui survit, dans la perception tenue de loin pour la plus indifférente, de ces allégresses ou angoisses diverses, qui vous faisaient tant tressaillir autrefois.

Pour le petit enfant, tout est joies et peines, combien vives ! Il n'a pas encore oublié de les vivre, il n'est pas encore pressé de nous imiter quand nous courons, sur leur indication, à travers un monde qui, de leur substance encore, de leur substance sacrifiée, s'organise et se refroidit, sans qu'il nous prenne idée de regarder leurs beaux visages, à ces chers et discrets guides, à ces cicérones méprisés, convertis en matériaux morts, traités en dalles qui pavent nos routes, et qui furent, il n'y a pas tant d'heures, — qui n'ont pas cessé tout à fait d'être, — nos propres „moi" frémissants 1).

presque purement visuels, et que ce qui reste de visuel dans le sonnet „Nature ornant1*, et les deux d'après, y est encore tout pénétré des impressions de sens plus intimes. Ainsi „l'oeil" même est dit emmiellé; immortel, émouvant; un „portraita même est dit «empreint au coeur", ou si, ailleurs, il est dans des yeux, vague il y Biiagew; tant qu'on lui reproche de frauder la joie par la fuite où il s'évanouir. L'expétience est aisée à multiplier.

*) A le bien chercher, cette distraction de nous-mêmes, cette évasion un peu honteuse à ces parents pauvres, à ces amis en train d'être ensevelis, que nos passés deviennent à nos présents, cet incessant reniement de soi, cette inconscience, qui reste un peu sentie, ne va pas sans

P. 266. Le problème (posé par l'entropie) est inso- ù faut dépasselubie si l'on se maintient sur le terrain de la physique. la science-

Les lois physiques, et toutes les notions, étant des hypothèses, nous saisissons ici que ces hypothèses, si elles cadrent avec maints détails de l'expérience, ne s'accordent pas avec ce fait: il y a encore une réserve d'énergie physique. Est-ce une surprise? Nous ^savions bien que nulle hypothèse n'était parfaite. Mais l'univers est-il fermé?

Ib. (Les processus physiques sont ceux selon le sens, la direction desquels une certaine chose se défait. On y oppose l'immatériel, qui serait le processus selon lequel cette chose se fait.)

La conscience, en s'organisant, (et que se passe-t-il en dehors de l'organisation de la conscience *) ?) ne se défait organisation de ni ne se fait. Elle éloigne certains points de vue, en rapproche d'autres, éveille et aiguise certains modes cinesthésiques. en assoupit et assourdit d'autres, se tend et se détend

la conscience

un rien de mécontentement, un grain infinitésimal d'amertume, d'être brutalisés et rendus, à l'avouer, un peu grossiers nous-mêmes par i'entraînement de notre course en cohue; cette imprécise, impalpable mélancolie se confond, dans les brumes profondes, avec le sens même du passé, avec cette impression un peu déprimante de la chute, il est vrai, entravée, paralysée, inachevée, mais toujours plus lourde, et plus sourde, de tout ce qui fut de nous; ce soupçon de vague gêne, de vague vie abandonnée, c'est l'imperceptible enveloppement de la sensation que nous vieillissons. Mais comme le présent, le futur surtout, nous rajeunit toujours, il n'est pas très étrange que les surprises et les espoirs de nos amours nouvelles nous consolent à peu près complètement du deuiPcle nos trahisons au passé.

*) Il ne s'agit là aucunement de la volatilisation d'une partie quelconque du donné, d'une fin de non-recevoir adressée à quelque élément que ce soit de l'expérience, mais simplement d'une interprétation qui, acceptant naturellement tout et tous, le monde au complet (s'il y pouvait jamais être), bref l'objectif et l'extérieur et le multiple, sous tous leurs aspects et dans leur plus vaste ensemble, cherche seulement comment cet ensemble se présente, — sans s'annihiler ni se pâlir en rien, — comment il demande à être pris, nommé, symbolisé, non dans la phase antérieure d^ l'expérience où nous étions tout à l'heure, où nous restons toujours pour la vie courante et même scientifique, mais simplement dans la phase de la considération philosophique, qui se superpose aux précédentes sans les supprimer, ri les contredire nullement, puisqu' elle se fait d'un plan et d'un peint de vue qui n'est pas tout à fait le même.

Dire, par exemple, que si l' idéalisme se pouvait défendre, les corps n'auraient plus de consistance, est tomber dans la très répandue mais assez grossière illusion et confusion de plans dont nous essayons de nous garantir ici. Nous disons bien, il est vrai, en un sens, que le statique n'a pas de consistance, mais cela revient à dire que la philosophie retrouve, sous l'impression de consistance, (ou passe par elle à) une impression ou vue nouvelle. Ce n'est nier en aucune manière la première consistance rencontrée, en tant que donné antérieur à de certaines réflexions, en tant que phénoménale.

On reste d'accord sur l'expérience. On ne discute que sur la plus ou moins grande opportunité, (simplicité, clarté, plasticité, des symboles qu'on est obligé de lui substituer dès qu'on la veut soumettre à un traitement d'ensemble rapide, qui rappelle de fort près les procédés algébriques. (11 y a d'ailleurs déjà de cette algèbre dans ce qu'on a généralement coutume d'appeler premier donné).

différemment, sans qu'il y ait pure détente, ni pure tension, ni môme pure détente dans tel sens général opposée à pure tension dans tel sens général (par exemple dans le procès d'objectivation, opposé à celui de subjectivation), ni dans aucun des éléments relativement isolables de l'un ou l'autre procès: partout la complexité, nulle part la simplicité de l'abandon, de la perte pure.

Comment entendre une vie qui pure conscience... serait pure activité créatrice? La pure activité créatrice souffre de la même contradiction interne que la pure hétérogénéité. Que créerait, ou développerait la pure activité créatrice? Quelque chose qui serait absolument distinct d'elle? Ou s'arrêter dans cette prolifération d'absolus ?

(Il s'agit de la vie qui évolue à la surface de notre planète.) Incapable d'arrêter la marche des changements matériels, elle arrive cependant à la retarder, (en créant, grâce notamment à la fonction chlorophyllienne de la plante, des réservoirs d'une énergie qui est ainsi préservée de se dépenser instantanément).

Mais qu'est cette vie quasi-hypostasiée ? Poésie consciente, c'est-à-dire philosophie encore. Nous l'entendons bien ainsi.

Symbolisme grandiose, tentative puissante pour traduire en images ce rapport de l'objet au sujet, - l'auteur dit, c'est étonnamment équivalent, de la matière à la vie, — rapport qui tient en une manière de condensation morte, de refroidissement. Toutefois cette réserve peut subsister: l'opposition entre ce qui se fait et se défait est poussée à l'excès.

P. 271. Que le jeu pur et simple de forces physiques et chimiques puisse faire cette merveille (un organisme) nous avons peine à le croire.

Sans doute, car le jeu exclusif de certaines hypothèses, n'est que le jeu d'hypothèses prises trop littéralement, et d'ailleurs, les espèces physiques ou chimiques recouvrent, à notre sens, de la pensée (c'est-à-dire, en langage humain, de la sensation) virtuelle 1).

Ib. Et si c'est une science profonde qui est à l'oeuvre, comment comprendre l'i n f 1 u e n c e exercée sur la m atière?

Science profonde en effet que le procès de la conscience, non limitée à l'individu, ni à telle ou telle autre forme définie ou absolue, par là factice. La conscience n'apparaît ni comme forme pure, ni comme matière pure, mais comme courant indéfiniment complexe ou se compénètrent ses tendances, virtuellement innombrables et indé-

l) Voir P. 13 — 23 la première des noies sur nDonnées 60".

Uniment complexes elles-mêmes, conquête de la conscience .par et sur elle-même, éveil gradué où, quoique d'un rythme relativement inégal, tout à la fois objet et sujet, (pour résumer l'indéfini des aspects en ces deux termes), se déter^ minent, ébrouement de ce qui devient, geste tellement intense de l'indéfinie tension -détente, que les consciences particulières qui nous y semblent plongées, entraînées, n'ont pas la force de 1 e tout sentir, cet ineffable mouvement de soi, aussi souple mobile qu'il est nerveux tendeur7cette indomptable, insatiable vie 1).

• La série entière des vivants est mieux qu'une seule immense vague courant .sur la matière, la matière n'étant pas à isoler complètement de la vague, dont elle représente une certaine combinaison d'aspects, sous-virtualité, dirait- on, (par rapport à la virtualité de vie, qui est plus immédiatement réalisée dans ces mirages où nous pensons atteindre l'actuel), sous-rythme dans le grand rythme. Tout en maintenant ces réserves et en opposant moins ,, esprit" à , intelligence" que. ,,sens musculaire" à ,,sens visuel", en est d'accord avec l'auteur quand il invite à saisir la vie avec cette faculté de voir qui est immanente à la faculté d'agir et qui jaillit, en ■quelque sorte, de la torsion du vouloir sur lui-même.

P. 270. L'éian (,, vital") est fini et donné une fois pour toutes.

Rechute dans le statique, due en grande part à l'opposition outrée si souvent signalée. Comment penser atteindre, fut-ce vaguement, l'unité d'origine, le caractère achevé, puisque fini, de l'élan primordial? Cela se concilie-t-il avec ce que l'auteur sait et dit si bien, qu'il n'y a rien d'achevé. Il est vrai qu'il admet certain absolu. Là est la paille.

P, 276—8 et 279—83.

Sous ces réserves, les puissantes pages! Mais la connexion demeure trop exclusive entre les catégories de l'un et du multiple, d'une part, et le spatial ,, visuel" de l'autre 2). -C'est partout où plonge la conscience qu'elle retrouve l'indéfinie complexité, l'indéfini balancement de l'isolé et du combiné, ce que Bergson décrit avec bonheur comme un saut indéfiniment renouvelé do l'élan vital entre Findividuation et l'association*

P. 283. Cette conscience . . . (qu'est l'élan vital) est une exigence de création.

, .Création" devient aisément équivoque, vu la différence de sens entre le verbe ,,bara" biblique, le verbe ,,creare" du latin préchrétieii, d'une part, et, de Vautre, le sens théologique moderne (production ex nihilo, du néant), dont les

1 1 Qui réaliserait un peu en soi-même ce que devait être, en action, le sens moteur d'un Michel-Ange, se donnerait, ce semble, une certaine .impression de ce qu'on entend, quand on présente la conscience comme une stupéfiante, mais nullement stupide, car suprêmement vive synergie.

2) Voir P. 13—1-8 le début de la note sur .Données 60".

imaginations de millions d'occidentaux *) ( sril y a imagination

ou concept plus qu'amphigourique de cela) sont encore tout offusquées, je veux dire obnubilées. Précisément, c'est contre -la cassure d'une nouveauté absolue, d'une ,, hétérogénéité pure'^ qu'on a cru pouvoir protester.

Reste évidemment que la conscience — ou supraeonscience (P. 288), immensité de virtualité (P. 280) — est exigence de création au sens relatif 2), c'est-à-dire de nouveauté, elle-même relative: de progrès (au sens de procès,, et sans qu'on y veuille attacher d'appréciation de valeur absolue); de durée active qui inclut évolution dans le rythme de sa tension, de l'attention, pourrait-on dire sans jouer sur les mots, rejoignant ainsi l'âme même des symbolisines de Leibniz et d'Ardigo sur l'éclaircissement indéfiniment actif,, l'aube qui blanchit sans tin.

Toujours, en effet, pour la conscience incessamment rajeunie de se plonger au bain d'elle-même, c'est l'heure bonne.. ! passante et jamais passée, d'envol et d'essor, qu'a expéri- • mentée Dante :

Io ritornai dalla santissima onda Rifatto si, come piante novelle Rinnovellate di novella fronda,

Puro e disposto a salire aile stelle 3).

Ainsi la conscience est toujours allègre au départ, au ,,plus outre!", grande voyageuse de soi-même, et prophétesse,. ensemble, de ses voyages futurs, vraie tribu nomade que Baudelaire a chantée, parce qu'elle se chantait en lui. Les noms des poètes affluent au coeur, dès qu'il s'agit d'elle. En toute poésie, en effet, et l'on n'en isolera aucun mode d'idéal, aucune prise énergique et vive, vibre et se tend, ardente, son insatiabilité.

Beau développement sur l'excellence humaine.

P. 301. L'idée de néant est une pseudo-idée 4> (si c'était établi, pense l'auteur qui cherche, de fait, à l'établir) l'hypothèse d'un absolu qui agirait librement,, qui durerait éminemment n'aurait plus rien de choquant, pseudo-idée A moins que l'idée d'absolu ne fut, elle aussi, une pseudo-

idée, précisément une pseudo-idée de néant, mais solidifiée,

i) Le chrétien même du Pacifique est comme occidentalisé.

2) En un sens analogue, équivalent, mais plus saisissant peut-être et plus précisément philosophique, la conscience est exigence de création, en tant qu'exigence d'absolu, car d'actuel: c'est là, selon nous, une exigence de mirage, traduisant parfaitement le besoin même et comme l'appétit du rêve, c'est-à-dire le besoin ou l'appétit qu'est le rêve. Voir P. 111 les notessur „Évol. Cr. 216, 217" et P. 120 sur „Évol. 250°.

s) „Je m'en retournai de la très sainte onde, ainsi recréé comme sont plantes nouvelles, renouvelées de nouvelles frondaisons, pur et dispos à monter aux étoiles." (Purgatoire, chant XXXIII, fin).

j) La discussion où ce jugement se rencontre, avant d'être incorporée à r„Évolution Créatrice", avait été publiée en un article (Revue Philosophique, Novembre 1906).

d'absolu

c'est-à-dire cette même image hétéroclite qu'on prend pour idée de néant, amalgamée à son tour, ou du moins on y tend, avec une imagination, incompatible, d'être, en un complexu< psychologique fantaisiste et deux fois vain: de l'inconsistance du néant, de son accouplement illusoire avec un summum de réalité. Ce n'est pas à dire qu'absolu n'ait point de sens, pris relativement. C'est l'absolu absolu, strict, qui fait peine 1).

S'il y avait de l'absolu, il n'y aurait que de l'absolu, car l'absolu ne saurait entrer en aucune relation, fût-ce de coexistence, fût-ce de coexistence graduée, qui serait relation encore. Bien des philosophes, au reste, en un sens le concèdent2). Mais cela même supposerait une suprême simplicité. Or le résultat le plus net de toute l'expérience humaine est l'impossibilité de parvenir à concevoir personne, chose ou notion, autrement que comme complexe, fait qui s'explique, entre autres, par cette simple raison que cette personne, chose, notion ou intuition même demeure relative à d'autres personnes, ou choses, ou au moins notions, intuitions, ou quoi que ce soit de nommable. Enfermer l'être dans la simplicité, tache aussi illusoire que d'emprisonner un volume en un point 3).

Assez de penseurs ont fait justice de l'absolu absolu. Le tragique est que nous ne pouvons pas, hors la tension philosophique, nous détacher de cette illusion, pas plus et pour même raison que du dogmatisme spontané 4), de la prétention inlassable à l'absolu, volonté folle spéculativement du moins, car pratiquement, cette volonté se trouve être ce que nous pouvons déceler de plus intime en toute activité de l'esprit: autant dire, donc, en toute activité : l'appétit d'être. Ce qui n'est, ni ne peut être, c'est-à-dire chaque aspect, — qu'on le dise partiel ou qu'on l'imagine plus ou moins global, — pour nous, nous dirions plus volontiers:

1) Voir P. 90 et P. 93 les notes sur l'.Introd. Met. 3 et 19".

2) Tels maints philosophes de l'Inde, et les Éléates, et Josiah Royce. Malebranche avait bien senti la difficulté. Faute de pouvoir, gardant sa foi chrétienne, annuler l'être fini, (que virtuellement l'idée d'être absolu élimine), ni même écarter toute sorte d'activité finie, que les dogmes de Rédemption, de mérite et démérite, postulent, il a du moins pénétré que la causalité de l'absolu, si on l'admettait, ne se conciliait plus avec une causalité extérieure quelconque d'être fini. Si Leibniz a contesté l'interaction des êtres finis, c'est surtout pour ce motif, différent en apparence, mais très profond, que la passivité qu'elle postule n'a point de sens satisfaisant. Or si la passivité ne s'entend point, c'est parce qu'il n'y a pas place pour quoi que se soit de concevable qui soit absolument étranger à l'activité, et Leibniz le prenait bien ainsi, c'est-à-dire encore, bien qu'il n'en ait pas tiré explicitement toutes les conséquences, parce qu'une dualité absolue est irrecevable, ce qui reviendrait à dire, comme nous le déclarions dans notre texte à l'instant, que l'absolu, si on le pose, ne peut entrer en relation de coexistence, fût-ce graduelle, et, par suite, en aucune relation avec quoi que ce soit d'absolument distinct de lui. Ce que Thomas d'Aquin lui-même entrevoyait, quand il répétait qu'à l'Acte pur on ne peut attribuer l'unité qui est principe du nombre.

s) C'est d'ailleurs, ne nous lassons pas d'attirer l'attention là-dessus, à peu près complètement la même illusion que l'idée d'un strict présent. *) Voir pp. 111 et 120 les notes sur „Évol. Cr. 216, 217, 250\

manque et P. 3 1 9

regret

chaque ('chu, chaque tendance (sorte de concentration et de j résumé de l'infini des tendances], bref, de quelque nom qu'on le désigne, chaque élémentaire abrégé du monde et de la ' vie, (qui, en un sens assez plein, devient, mais n'est pas), est appétit d'être, d'un être qui, comme tout statique, tout j absolu, reste chimère.

§H Où apparaîtra plus nettement la grande gageure, le paradoxe relativement fondamental? Voilà, du moins, dans quelle direction semble nous mener le jeu de la conscience, à quel symbole elle tend. Ce n'est pas seulement au symbole de l'élan vital fini et donné une ïois pour toutes (Evol. P. 276), de l'élan de l'être, mais de l'élan vers J l'être impossible, en une sorte d'idéalisme1) pratique aspirant au réel2), courant, comme qui dirait, après la réalisation de soi.

P. 31(J. (Vers la tin d'une pénétrante analyse des idées négatives3). L'idée d'abolition ... implique qu'on regrette le passé.

Incontestable. On voudrait utiliser B (qui est peut-être ce que nous appelons A permanent, mais à un autre moment de la durée, et qui ainsi n'est qu'analogue à A, n'y eût-il que cette différence de temps pour l'attester), on voudrait donc utiliser ce que nous désignons par ce symbole B, j comme on a utilisé A, lui demander l'équivalence d'A par I rapport à une certaine expérience envisagée, de quelque ordre qu'elle soit, mais on s'aperçoit (supposons-le, cela arrive souvent) que cet effort de substitution reste vain, et on peine, comme devant toute impuissance sentie dans l'eî- \ fort, comme devant l'insuffisance constatée d'un outil avec lequel ou s'apprêtait à travailler (ou de soi-même ouvrier, actuellement inapte à la tâche qu'on se demande). On -regrette vraiment alors A, cet A concret, avec toutes ses nuances et tous ses i apports, c'est-à-dire qu'on regrette, en I somme, cette phase de notre durée et de Thistoire même du monde, — c'est au fond tout un, — que A, d'un certain point de vue, résume, et l'on ne se lais?e pas sur l'heure tout à fait consoler, parce que B, cela ne rend pas comme A, j cela ne nous rend pas A, ce n'en est pas un substitut exact.

Est-ce à dire qu'on regrette A pour la même tâche que jadis? Ce ne peut jamais être la même tâche. Même <(l si nous regrettons notre moi passé pour le sentiment qu'il nous adonné et que le moi d'à présent ne nous donne plus, ;

i) On prend ici le mot au sens pour ainsi dire vulgaire, non au sens où l'idéalisme philosophique est censément opposé au réalisme dans certaines théories, au moins, de la connaissance.

a) Que ce qu'on appelle assez improprement tout le réel, et chaque réel, soit un idéal, il est devenu banal de le répéter. Voir, entre autres, Hoeffding, Pensée humaine, traduction de Coussange, P. 105.

s) Mais les idées positives, étant d'actualités, sont vaines aussi ? — Sont mirages ausi, mais relativement moins trompeurs parce que ce sont ! mirages de virtuel, tandis que les idées négatives sont d'abord mirages du positif, qui lui-même est mirage du virtuel. (On y reviendra tout à l'heure).

ce n'est pas, même alors, pour une tâche tout à fait identique que nous l'appelons en vain, puisque nous rendre notre moi passé maintenant ne serait, en tout état de cause, que nous rendre analogiquement ce moi passé, un seul rapport modifié les altérant, au moins légèrement,, tous.

L'idée d'abolition naît donc d'un regret assez chimérique, du désappointement de n'être plus au même point, du serrement de coeur, si subtilement perceptible soit-il, de ce que l'identité absolue ne se maintient, ni ne se répète, de ce que le tout illusoire auquel on voudrait s'attacher, sous quelque angle étroit qu'on l'envisage, ce tout d'un instant à revivre, d'une opération à rééditer, il n'est plus et l'on n'aura plus le même: c'est une prise de conscience dupasse, en ce qui le fait psychologiquement passé, la moins bonne prise1).

Quand on a l'idée d'abolition, on fait la constatation un peu pénible qu'il n'y a pas de substitut exact à du passé. Cela revient à dire: on prend conscience de l'insuffisance d'un outil analogue, pour une tâche analogue à celle à laquelle l'instrument passé avait suffi. Sous ce rapport, ce que l'auteur dit de l'abolition pourrait s'appliquer à toute idée de manque, qui n'est, au fond, que l'idée de l'insuffisance d'un outil analogue pour une tâche ou expérience analogue à telle autre passée, qui nous en a laissé l'idée, en gros, et le goût.

Il servirait ici de peu, de distinguer entre l'idée de privation, — d'un bien connaturel tel que son absence soit comme une mutilation, une diminution, au moins, du progrès normal, — et l'idée de simple manque2). Car l'idée de simple manque implique déjà un rien de regret, (encore une fois, infinitésimal), parce qu'un rien de déception3). Si je constate que je n'ai pas d'ailes, je suis un tantinet désappointé, en profonde sourdine, parce qu'il y a une toute petite déception. Ces ailes, je me les suis essayées: j'ai vu l'oiseau voler, j'ai par hypothèse formé d'une manière ou d'une autre l'idée de ce qu'est voler: j'ai donc commencé et comme tenté de voler, car on commence de devenir tout ce qu'on pense ou même imagine, on en ébauche l'attitude et le geste, et la petite déception a justement consisté en ceci que mon ébauche a été très vite interrompue, mon essai, entravé: ma conscience s'orientait au vol, le vol lui manque. C'est une petite abolition du rêve, un léger décalage du moi, l'aventure d'Icare en minuscule. La répétition de ces déceptions, devenues

i) Voir P. 22. ■""--»

2) C'est pourtant en donnant à cette distinction une rigueur qu'on voudrait ici montrer vaine, que les Scolastiques avaient coutume de défendre la Providence contre le reproche d'injuste cruauté. On ne dit pas ici que le monde soit mauvais, on pense même que cela n'a pas grand sens. C'est uniquement à l'argument invoqué par certains philosophes qu'on s'en prend, et l'on n'est amené qu'incidemment à signaler le rôle de cette distinction, au fond peu tenable, dans l'économie de leurs systèmes.

■S) Voir, à la fin de ce travail, l'Annexe sur ceci : qu'il est toujours bon d'être.

banales, jointes à leur importance lilliputienne, contribue à ce que nous dédaignions d'y faire attention. Mais notre vie est tissée, comme de nos joies et de nos réussites, aussi de tous ces petits échecs. Un enfant, qui pourrait réfléchir serait éloquent là-dessus. Car l'enfant souffre toute la journée — mais comme il jouit à chaque instant de ses succès, et même, il souffre, ce me semble, beaucoup moins1) — de n'être pas universel, notamment de ne pas manier, ni atteindre tout ce sur quoi son attention s'arrête, fût-ce en ses rêveries. Il pleure de ne pas toucher la lune2). Et que raconte l'histoire de la magie, qui joue un si grand rôle chez l'humanité enfant, si ce n'est la déception progressive due à la constatation répétée de ceci: qu'il no suffit pas d'imaginer3)?

posealimerSup" I b- Supprimez tout intérêt, toute affection: il

ne reste plus que la réalité qui coule, et la connaissance indéfiniment renouvelée qu'elle imprime en nous de son état présent.

Tout intérêt supprimé, toute négation disparaîtrait, mais encore toute affirmation et même toute connaissance si, loin d'être toute passive, la connaissance s'accompagne toujours, bien mieux jaillit toujours d'un intérêt, d'un appétit, d'un effort pour répéter la vie antérieure en l'adaptant aux circonstances, en partie nouvelles.

Nulle connaissance ne nous est concevable qui ne naisse d'un besoin senti, et qui ne soit, activement et subjectivement considérée, une sorte d'amour. Le philosophe de l'élan, de l'exigence créatrice peut, moins qu'un autre, l'oublier. T'est un des truismes les plus profonds des pragmatistes, un de ceux qui ont eu la bonne fortune de s'imposer à l'acceptation intelligente, hardie, même de certains thomistes contemporains, et non des moindres, lesquels, sans renoncer

]) Comme l'homme, parce que le présent, c'est-à-dire au fond le futur et l'espoir (l'impression de succès étant bien plutôt de montée promise, d'élan senti, que de terme atteint) semble occuper beaucoup plus notre attention que le passé, ce qui n'est pas très surprenant si nous sommes tendance. Les autres raisons de cette opinion me paraissent se relier étroitement à celle-là, les idées d'universalisation de soi et les désirs de changement, étudiés plus haut dans le texte, (et dans l'Annexe), se rattachant à cette impression profonde que le succès, la joie, sont beaucoup moins dans un état terminal que dans une expansion.

v) Nous ne nous écartons qu'en apparence de l'exemple du vol impossible. Car si être est avant tout pouvoir d'agir (action virtuelle), avoir est singulièrement proche d'être. Aussi James, en ses principes de Psychologie, pour préciser le moi, précise-t-il le mien. Plus au fond, si notre théorie de l'imagination motrice est acceptable, penser quelque objet, c'est essayer le mouvement qui l'atteindrait, mieux: qui le créerait, nous le rendant actuel. Ne pas avoir une chose, c'est ne pas l'être, car on ne l'est et on ne l'a qu'en la réalisant vitalement, en symbiose sympathique. Regretter de ne pas avoir, c'est donc comme si on regrettait de ne pas être, puisque l'objet n'est possédé que quand il est vécu.

:;) C'est même, comme chacun sait, suivant les hypothèses les plus en faveur, grâce à cette déception, que de la magie se sont dégagées, peu à peu, des formes de religion plus hautes, des règles d'observation plus sûres.

caractère pratique de la connaissance

n la chimère du dogmatisme ont reconnu, — retrouvant des indices de cette théorie, car elles y sont, chez Thomas d'Aquin, — que toute connaissance est actif désir, non seulement en ses concomitances, mais dans ce que nous poirvons atteindre en elle de plus essentiel, disent-ils. disons au moins de plus radical, de plus spontané1).

L'auteur y marque heureusement le caractère pratique2) •des instantanés statiques que l'esprit prend sur le flux des ..transitions".

Beau raccourci de la philosophie du statique.

P. 356. Agir, c'est se réadapter.

("est vrai même, surtout, de l'activité de conscience, à envisager méthodiquement comme fondamentale. La conscience se réadapte, ou mieux s'adapte indéfiniment, progressivement et incessamment à soi-même. Ne serait-ce pas pour nous le symbole le plus large de l'élan vital, s'il n'y subsistait un arrière-goût encore fort de passéisme et de mécanisme, et si le symbole de l'infinité des points de vue qui s'entre-approchent, hostilement amis, s'entre-pénètrent et s'entre-vivent, n'apparaissait plus proche, en sa complexité, <le la souplesse et richesse psychique qu'il s'agit d'interpréter?

P. 357. (Les anciens ramenaient l'ordre physique à l'ordre vital, c'est-à-dire les lois aux genres, tandis que les modernes veulent résoudre les genres en lois).

Et la tâche philosophique' n'est-elle pas de ramener, non dogmatiquement, mais pédagogiquement le physique (globalement pris à son origine relative), à un vital psy- Par*out chique qui. sans prendre sa source au néant d'un absolu, soit conçu comme dominant, à la fois notionnellement et

évolutivement, toute forme expérimentale du physique, (et

*) C'est ce que vit bien le jeune professeur jésuite Pierre Rousselot, (non l'une des moindres pertes que la guerre ait infligées à la pensée, à la pensée des catholiques en particulier), qui tenta si courageusement l'impossible synthèse, soit des alfirmations absolues, (considérées encore aujourd'hui par beaucoup comme une condition indispensable de la foi romaine), soit, tout spécialement, du thomisme, avec l'esprit pragmatique. Mais l'esprit pragmatique, celui de James en particulier, qui sent si vivement le caractère activement affectif de toute expérience, ne s'accommoderait point d'une interprétation de la connaissance, d'aucune connaissance, en valeur spéculative absolue. Il ne paraît aller naturellement qu'à interpréter toute connaissance en valeur d?hypothèse, c'est-à-dire de méthode, et l'on ne saisit pas comment Bergson même, s'il ne cédait aux sollicitations de certaines propensions plutôt dualistes, laisserait échapper fût-ce l'intuition à cette relativité pratique, — pratique au sens le plus élevé, avant tout pour le progrès même de l'expérience, pour le procès indéfini de cette épopée où se joue la conscience, et qui demeure suprêmement sérieuse, puisque c'est comme le plus profond des aspects qui aient été jusqu'alors entrevus de l'harmonieuse tourmente vitale.

2) Ce caractère «pratique" est malheureusement un peu moins large pour l'auteur que pour nous parce qu'il paraît toujours entendre l'action au sens pour lui privilégié et, dirait-on souvent, exclusif, d'action extérieure. Voir P. 99 notre note sur „Évol. Cr. I", avec les références.

relativité de l'hypothèse méthodique

inèïiie de tout vital individuel isolé), et, à son tour, se voie* interpréter selon les lois scientifiques (qui sont, au fond., des lois de tension), utilisées comme simples, hypothèses et symboles, qui pourraient contribuer comme à ouvrir le sensde cette symphonie supérieure?

P. 358. Galilée estima qu'il n'y avait pas de moment essentiel, pas d'instant privilégié: étudier le corps qui tombe, c'est le considérer à n'importequel moment de sa chute.

Et sa fille sous maint rapport, la philosophie moderne, a de même estimé qu'il nry avait, ni dans l'expérience, ni dans le réel,, d'aspect essentiel, de donnée strictement immédiate, d'intuition possible d'absolu, d'absolu concevable. C'est comme une seule et même direction suivie par l'esprit, réagissant, connue du même nouvement, contre les isolements arbitraires, fruits des morcellements factices. Pour- I quoi rester en route?

Bergson reconnaît d'ailleurs P. 359. qu'il n'y a sous un certain rapport que différence de degré entre la scienceantique et la moderne, toutes deux appliquant le procédécinématographique de l'esprit, par la considération plus ou moins rapide d'une succession d'états isolés, qui restent statiques.

Mais, qui ne le voit? Se refuser à considérer un de ces états comme privilégié, voilà précisément ce qui, en attirant désormais l'attention sur des lois, plus que sur desconcepts de natures, devait mener à l'élimination de tout absolu, puisque les lois, envisageant essentiellement des termes corrélatifs, ne pourront désormais longtemps dérober à la réflexion philosophique leur caractère constitutif, c'est- à -dire leur relativité.

P. 3 H8. (L'auteur parle de) la durée o u c on tinu it ê d'interpénétration dans le temps, irréductible à une simple juxtaposition dans l'espace. C'est pourquoi l'idée de lire dans l'état présent de l'univers matériel l'avenir des formes vivantes et de déplier tout d'un coup leur histoire future doit renfermer une véritable absurdité, répétition nulle Bellement pensé, mais pourquoi dit de formes vivantes

Part seulement, comme isolées? Là serait une des plus sûres

morts de l'idée précise de providence, même pour qui conserverait la pseudo-idée de vivant „ éternel", à quoi tout serait présent, par le prodige d'une durée inconsciemment ponctualisée, mais supposée tout unifiée dans un. instant, lourd d'infini.

Cela ne va-t-il pas plus loin? Cela ne révèle-t-il pas aussi, profondément, l'absurdité qu'enveiopjoerait l'idée de connaître adéquatement le passé, absurdité provenant non de ce que le passé est tel, mais plus généralement de ce qu'il est relativement „autreu (qu'un moindre passé, par exemple), comme, au reste, serait vaine l'idée de connaître adéquate-

mont quoi que ce fût, justement parce que quoi que ce soit est, dans la mesure, d'ailleurs imprécise, où il se laisse discerner, irréductible à quoi que ce soit.

Pourquoi l'idée de déplier tout d'un coup une histoire quelconque îuture ou passée est-elle inadmissible? Parce qu'il y a continuité du dynamique au statique, le second étant un cas simplement proche de-mais non exactement présent à-la limite du premier. Qu'est, en effet, l'immobilité, qu'une mobilité infinitésimale, appelée immobilité pour l'aire vite et court -).?

P. 371. Si ce qui se défait dure, ce ne peut être que par sa solidarité avec ce qui se fait.

Ce qui apparaît non seulement comme matière, mais comme statique, comme objet, (car c'est tout cela qui se défait relativement comme psychique en se faisant comme monde, telle une pensée ou une énergie qui s'évacuerait à proportion qu'elle s'exprime), ne dure que par sa solidarité avec la vie même, disons dans la mesure où il reste coinpénétré par la vie; il persiste si et comme il subsiste conscient. De telles formules : vie, conscience, révèlent entre elles, à partir du moins d'un certain degré de réflexion, les analogies les plus étroites.

P. 372. En suivant jusqu'au bout la conception nouvelle (de la science), on fût arrivé à voir dans le temps un accroissement progressif de l'absolu e|t dans révolution des choses une invention continue de formes nouvelles.

Ou du moins, dans le temps, un accroissement relatif de vie consciente, et, dans l'évolution, une invention continue dé tonnes relativement nouvelles.

P. 391. La durée réelle est celle qui dérive des formes antérieures, tout en y ajoutant quelque chose, et s'explique par elles dans la mesure où elle peut s'expliquer.

Ici l'hétérogénéité pure n'apparaît point, en ce qu'elleaurait eu, du moins, de choquant.

*) Voir P. 13—23 la note sur „Données 60".

Continuité partout

Page 1