CONCLUSION DES NOTES SUR LES „DONNÉES IMMÉDIATES
L'auteur établit excellemment que le statique n'est qu'une pétrification, l'étendu et le simultané, — ils sont statiques, — un morcellement, de la durée successive.
Il ne note pas avec tant de netteté que le statique est un ralentissement de la vie plus que son arrêt véritable, l'étendu et le simultané un mirage de nivellement, qui suppose un mira.- .e de cominensuration et d'opposition stricte, parce que le statique, ou le simultané, n'est jamais absolu, qu'aussi l'étendu ne lait jamais que tendre à être tel. ■ — le dynamisme, toujours à l'œuvre dans la mesure où de la pensée persiste qui anime les mots, n'abdiquant et ne pouvant jamais abdiquer, (c'est-à-dire cesser de prendre selon un ordre et de camper en des plans divers ce que le statique aurait l'illusion d'étaler sur un même plan et comme d'une force de rythme égale).
Qu'est-ce donc que le dynamisme, irrésistiblement synthétique, prend selon un ordre (et qui dit un ordre dit du même souffle selon une succession)? Ses propres virtualités, qui se conditionnent entre elles et restent élémentaires par rapport à la prise vive, qui les groupe sans les réduire, ni les unes aux autres, ni à une équivalente actualité. 11 prend ensemble, sans les altérer, leurs successivités.
11 le l'ait toujours. La vie consciente le l'ait toujours. Elle est toujours, autant que nous pouvons atteindre à son symbole relativement le plus intime, sens d'une tension, c'està-dire d'une prise, en contenance d'ensemble, d'un contenu continu, saisie psychique d'étendue, captation dynamique du statique, présentation de soi-même à soi-même dans un mouvement inachevé, effort, toujours inégal au désir quoique jamais tout stérile, pour projeter ses virtualités dans le relief même de cette sienne actualité qui établit, ou mieux, qui lance, à la fois, leur distribution et leur convergence, qui les maintient discernables et les noue.
Quand, dans cette prise d'ensemble sentie, cet ordonnancement de virtualités qu'est toute tension, toute conscience, l'accent est mis sur la prise d'ensemble, l'ordonnancement même, — du même temps est accentué le dynamisme; quand l'accent est mis sur les virtualités distribuées, du même temps est accentué le statisme.
Le statique n'est ainsi que la tendance à actualiser les virtualités d'une tension, on dirait mieux, détaillant moins en factices unités ce complexe: des virtualités de tension. C'est tendance, car le statique est un essai qui paraîtrait fou s'il n'était le jeu de la vie — à ceux qui estiment sages les seules tâches dont ils supposent possible l'achèvement, ("est une tentative toujours en ébauche, et qui ne peut pas
dépasser l'ébauche. le réel, pas plus que le néant ou
l'absolu, ne se laissant appréhender. Ainsi le statique est heureusement condamné à reste)- du dynamique encore.
Le sujet, l'énergie, le dynamique, c'est, uon m uns que Le statique, ,, tension'', mais tension-tendance qui consiste à s'ordonner, j'entends à ordonner à soi, .comme de simples virtualités, et dans leur successivité même, les virtualités prises d'ensemble dans une synthèse active, (dans un essai, dirait-on mieux, d'activé synthèse, car l'inachevé, l'ébauche envahit, et dans la même proportion, tout ce qu'envahit la vie. la conscience, la poussée d'amour).
damais donc ne se rencontre d'opposition absolue entre le statique et le dynamique, pas plus qu'entre le sujet et l'objet, la pensée et l'étendue. Ce sont aspects corrélatifs et inséparables, inadéquatement identiques l'un à Vautre, inadéquatement symboliques l'un de l'autre, bien que l'hégémonie relative du dynamique soit inéluctable du point de vue du psychologue, et ainsi du philosophe tout court.
Le dynamique, en effet, dans la mesure où il est vécu tel, est maîtrise, prise de commandement, de direction, active distribution d'ordre, éveil d'harmonie, tout cela réalisé1) non en soi mais pour lui, dans le statique même où il s'incarne.
L'objectif, l'étendu, le statique, dans la mesure où l'on pourrait distinguer l'œuvre de l'ouvrier qui ne l'a pas ,, faite'1, mais incessamment la fait (plus ou moins selon quoi moins ou plus elle se défait et s'évanouit) — c'est comme un rêve relatif, une tendance aux incohérences, (par l'exclusivisme que signifient des limites toujours courtes), une défaillance on confusion, à proportion même que le dynamisme en est oublié, et qu'au lieu d'une vivante ébauche on songe à y saisir de l'achevé, du simultané.
Le sujet maintient et classe. L'objectif mécaniserait. Apparemment il se hisserait jusqu'au réel, sommet le plus positif du vrai. En t'ait il s'éloigne de la vie. Qui s'y abandonnerait sans discrétion, dans la mesure où il évacuerait de soi la chaleur du dynamisme croirait, chimérique, que l'impression de l'objectivité est la sensation de la réalité: ce ne serait qu'engourdissement et vertige du vide.
Nous n'y insistons pas pour discréditer l'objectif pensé, qui est le dynamique incarné, la vie même de conscience en son évolution, l'expérience. Nous n'y revenons si obstinément que pour mieux montrer comment, à notre sens, — le sujet et l'objectif no se séparant point, n'y n'étant positivement d'autre essence, - il serait bien arbitraire, plus fictif encore que factice, de les opposer l'un à l'autre, ou les modes de connaissance qui les atteignent, comme des contraires rigoureux.
i) Plus sobrement: évoqué, à cause de ce que ces réalisations gardent toujours d'inchoatif.