‹ A Propos De L'emploi Du Néosalvarsan Par Le Procédé De Ravaut Dans Un Service De Clinique MédicaleChapitre 12 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Méthode de Ravaut.

La supériorité du 914, la simplicité nouvelle des manipulations, l'expérience complétée des réactions, n’évitèrent pas tous les accidents.

Trois facteurs de la méthode, la technique, le médicament, le malade, furent tour à tour incriminés. M. Ravaut a étudié la technique, l’a débarrassée de ses tares : le sérum, la complication des appareils, la lenteur de l'injection, et en a fait le procédé le plus simple, celui qui comporte le moins de risques.

Il à supprimé le chlorure de sodium, après avoir vu qu'il précipite le salvarsan. Dans les anciennes méthodes, le sel était destiné à maintenir l’isotonie des solutions; Ravaut a done été amené à rechercher à quel taux les solutions de néosalvarsan dans l’eau pure retrouvent l’isotonie. Par tâtonnement, il est arrivé à établir que le volume de l’eau devait être de 10 centimètres cubes au maximum pour 75 à 90 centigrammes de 914, et du même coup il diminuait singulièrement le risque des impuretés microbiennes, chimiques de l’eau auxquelles on avait imputé des accidents. Au début, il n'avait employé serupuleusement que de l’eau distillée le matin même de

l’iniection et soigneusement conservée dans des ampoules en verre spécial. Puis il essaya celle du commerce conservée dans du verre ordinaire; 1l n'eut pas d'accident. Il fit alors les essais suivants : « À la fin du mois de février 1913, j'ai fait préparer plusieurs séries d’ampoules de verre contenant environ 8 centimètres cubes d’eau. Le verre était du bon verre ordinaire et l'eau avait été distillée dans des appareils ordinaires. À partir du 1er mars 1913, ces am: poules ont été mises dans une armeire à l'abri du jour et à la température du laboratoire. Quatre mois après, elles ont été mises à l’étuve à 279 eb conservées deux mois à cette température.

« Le {er septembre 1913 nous avons commencé à utiliser ces ampoules dans la préparation des injections du néosalvarsan en solutions concentrées. Jai varié les expériences autant que possible, pour comparer les résultats obtenus avec cette eau pré parée depuis longtemps et. de l'eau fraîchement distillée. Je n'ai observé aucune différence et les malades n’ont présenté aucune réaction.

«J'en conclus donc qu'avec la technique des injections concentrées, le rôle de l’eau me parait supprimé, et qu'il est possible d'utiliser sans aucun inconvénient des eaux préparées depuis plusieurs mois et conservées dans du verre ordinaire. Le médecin pourra désormais garder ehez lui pendant plusieurs mois des doses. de néosalvarsan et d’eau bien préparée et s’en servir en toute sécurité. Le médecin colonial pourra emporter avec lui, sous les climats les plus chauds, des ampoules bien préparées depuis longtemps et les ouvrir én toute confiänce, car celles

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que j'ai utilisées avaient été maintenues pendant quatre mois à la température ordinaire et pendant deux mois à l’étuve à 370.

«Ainsi me paraît done maintenant tout à fait résolue cette question de l’eau qui pendant plusieurs années a soulevé de longues discussions et fait naître tant d’hypothèses contradictoires. »

Quant à la quantité d’eau nécessaire, M. Ravaut l’a réduite à 8 et même 5 centimètres cubes, après avoir constaté que les malades toléraient bien les solutions concentrées.

« Comme la solution du néosalvarsan doit être faite au moment même de l'injection, en raison de so décomposition rapide au contact de l'air, la solution est préparée au lit du malade.

« La dissolution peut être faite dans un flacon quelconque Gu. mieux, dans un flacon spécial de capacité suffisante contenant d'avance le néosalvarsan et rempli avec de l’azote. En y ajoutant doucement l’eau, le gaz est déplacé et la solution se fait à l’abri de l'air. Pour l’aspirer dans la seringue, je me sers d’un tube spécial que j'ai fait faire et qui aspire et filtre en même temps la solution grâce à un petit tampon d’ouate hydrophile qui en obstrue la lunuère. Bien que grossière, cette filtration est nécessaire pour empêcher l'ascension dans la seringue d’un débris de verre, d'une poussière quelconque ou d’une particule de sel non fondu. Puis au moyen d’une seringue de 10 centimêtres l'injection est pratiquée comme d'habitude dans une veine du bras. »

« Ce nouvéau procédé de technique à l'avantage de diminuer considérablement le rôle dés impuretés

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qui se trouvent dans l'eau, de ne pas nécessiter l’emploi de chlorure de sodium qui altère le salvarsan, de simplifier l’instrumentation, d'éviter les tubes et raccords en caoutchouc. » Ce dernier point s'imposait, semble-t-il, pour la raison simple qu'il est essentiel que les conduits intermédiaires au récipient de la solution et à la veine soient réduits pour que soit insignifiante la quantité perdue du médicament, d'autant plus précieux qu'il est plus concentré. La question de la durée de l'opération, importante à cause de la facilité d’oxydation du 914, est naturellement résolue; la simplicité de la préparation et de l'injection fait gagner du temps. [1 faut une minute ét demie pour préparer le médisament et l'in- Jecter.

En somme, voilà une méthode extrêmement simple et pratique; et les menus changements de détails que nous allons donner, fondés uniquement sur des raisons de commodité personnelle, n’ont pas la prétention d'y changer rien d’essentiel; mais nous les avons employés plutôt comme un essai d'adaptation aux situations les plus dénuées.

Par exemple, nous avons pensé à remplacer l'aspirateur filtre de verre par un simple tube de caoutéhouc contenant un petit tampon de gaze. Nous y avons trouvé les avantages suivants : le tube de caoutchoue, pourvu qu'il soit choisi adapté à lembout le moins gros, suffira même si les embouts des seringues n'ont pas la même grosseur. Il n’en serait pas de même du tube de verre. En cherchant à adapter celui-ci, on peut le briser ou briser l'embout de la seringue. Et alors on ne trouvera pas tout de suite

un autre tube ou une autre seringue. On trouvera partout un bout de caoutchouc facile à nettoyer et à stériliser. |

A défaut de l’ampoule du néosalvarsan à 10 centimêtres cubes, on peut procéder de la façon suivante, qui permet un dosage parfait : dans un flacon Borel on verse 5 centimètres cubes d’eau, on y ajoute doucement la poudre et on aspire la solution; cinq autres centimètres cubes d’eau versés dans le flacon entraînent ce qui pourrait y rester de néosalvarsan, on les aspire encore. De cette façon, il ne reste plus dans le flacon, une quantité dosable du médicament. Si l’on veut faire plusieurs injections de suite, il suffit d’avoir des boulettes d’ouate filtrante stérilisées dans un tube à essai et de l’eau distillée stérile, en quantité suffisante pour rincer seringue, tube, et flacon Borel. Il ne serait nécessaire de procéder à une nouvelle stérilisation que si l’on avait aspiré du sang dans la seringue en faisant l'injection.

Bien que le manuel opératoire soit le même que pour toute injection intraveineuse, certains détails demandent à en être précisés; ils ont de Fimportance à cause du danger spécial qu'il y à ici à pousser ou à laisser du liquide dans le tissu périveineux.

L’aiguille doit être relativement fine et doit avoir un biseau soigné; il doit être court afin qu'il n’aille pas léser la paroi veineuse opposée, ni traverser la veine de part en part; de coupe rectiligne, c’est-àdire que son extrémité large ne forme pas talon qui accroche la peau et force à une impulsion qui dépasse le but. À défaut de grosse veine visible, on choisit au’ toucher celle qui est la plis gonflée et avant de

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