CHAPITRE IT
Modes d'administration.
‘ Procédés de préparation et d'injection.
La recherche du meilleur mode d’administration et de la meilleure technique a résulté d’une mise au point patiente.
On a cherché, à cause de certaines difficultés d'application des injections, si on ne pouvait pas faire bénéficier du salvarsan certains malades en le donnant par la bouche à la dose de 40 à 50 centigrammes en pilules. L'action sur l’état général fut satisfaisant, mais les lésions syphilitiques ne cédèrent pas du tout.
On pourrait en dire autant du 606 en lavements.
La voie hypodermique, d’abord employée, a été vite rejetée : le médicament, très caustique pour le tissu cellulaire et la peau, produisait des escarrifications étendues. |
On accorde aux injections intramusculaires les avantages d’être faciles à pratiquer et de tenir le malade sous l'influence du médicament pendant sa lente élimination; mais elles produisaient des sphacèles et des kystes qui arrivaient plus ou moins tard à
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s'ouvrir et à mettre en liberté un produit de constitution chimique modifiée qui provoquait une intoxication. De plus, elles étaient extrêmement douloureuses et ce, pendant plusieurs jours, de sorte que, d’une injection à la suivante, les malades étaient à un supplice continuel. On a d’ailleurs cherché vainement à rendre les injections moins pénibles par l'addition de cocaïne; l’emp'oi de suspensions huileuses, actuellement très étudié, semb'e donner de bons résultats; il serait précieux pour le traitement des malades pusillanimes qui redoutent l’intraveineuse.
Dans l’hypoderme et dans les musc'es on a injecté les préparations neutre insoluble, acide et alcelines solubles.
Du 606 au 914. -— Le 606 était un sel acide de l’arsenobenzol. Sa préparation Idéal était insoluble dans l’eau et soluble dans l'alcool. L'Hyperidéal et le salvarsan donnèrent avec l’eau une solution acide injectable, mais douloureuse en raison de son acidité. Sa neutralisation par la soude produisait un corps qui n’était plus un dichlorhydrate, son acide chlorhydrique s'étant combiné à la soude, mais une base neutre en un précipité Jaune serin dense. Cette base était insoluble dans l’eau et l’arsenobenzol restait en suspension; on devait redissoudre la base par une solution alcaline pour obtenir finalement une solution jaune d’or très limpide.
Cette belle liqueur jaune d’or était le fruit de la longue préparation qui préludaït à l'injection.
Il fallait une mise en scène presque évocatrice des temps prestigieux de l’alchimic, avec des appareils
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À distiller en verre, les ballons, les mortiers, etc.…., où s'opéraient ces arcanes dernier cri sous 1COUTC vards tendus des assistants et de l’opérateur penchés pour saisir la transformation en or purificateur.
Les spécialistes n’hésitèrent pas à s'initier à ces manipulations ardues et c’est au perfectionnement de la préparation du 606 qu'on doit de pouvoir lintroduire dans les veines. Dubot et Fraenkel avaient eu de mauvais résultats de l’essai des solutions acides. Il ne fallait pas songer aux préparations neutres insolubles. :
M.Ravauta montré que l’arsenchenzol en solution acide ajouté à du sérum senguin se précipite et se redissout en milieutrès nettement alcalin. L’alcalinité du sang neutralise l'acidité de la solution et agit comme la soude dans la préparation des sels neutres insolubles; elle précipite l’arsenobenzol ‘à l’état de base insoluble.
On ne peut done employer qu'une solution alcaline. Mais si la solution n’est pas suffisamment alcaline, elle produit des thromboses veineuses et, de plus, les solutions de soude sont hémolysantes, en proportion de leur teneur en alcah. En conséquence, il convient d'étendre la solution à 200 centimètres cubes pour respecter l’isotonie.
Les préparations hyperalcalines ont permis d'abandonner les solutions acides et l'injection intramuseulaire pour l’intra-veineuse isotonique plus simple, plus active et sans danger lorsqu'elle est suffisamment alcaline.
Pour la préparation du médicament il faut encore un outillage spécial, et une technique un peu com-
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pliquée, témoin celle qui, au début, avait les préférences d'Ebrlhich,
« On pèse 50 centigrammes du produit que lon introduit dans une éprouvette graduée stérilisée, On ajoute d’abord environ 5 centimètres cubes d'alcool méthylique puis 5 centimètres eubes d’eau; on agite avec une baguette de verre. Quand la dissolution est presque complète, on verse la partie dissoute dans une éprouvette graduée. On ajoute pour dissoudre le reste un peu d’eau et 4 centimètres eubes de solution normale de soude; on agite avec une baguette de verre, le précipité se redissout com. plètement. La quantité de soude que j'ai indiquée est en réalité un peu supérieure à la quantité nécessaire:; je l'ai fait à dessein, pour que l’on obtienne une dissolution aussi rapide que possible, ce qui est d’une certaine importance à cause de la facilité d'oxydation du produit. L'on ajoute alors goutte par goutte, en agitant continuellement le liquide, une solution très étendue d'acide acétique jusqu'à ce qu’il se forme de petits flocons difficilement solubles; on verse de nouveau une goutte de solution de soude, le mélange redevient complètement limpide. On ajoute enfin de l'eau stérilisée jusqu'au volume désiré. »
C'était compliqué.
M. Ravaut simplifia beaucoup le procédé.
Il dissolvait le salvarsan dans de l'eau distillée ou du sérum en se servant d’un flacon spécial à base élargie et à ouverture étroite laissant peu d'accès aux impuretés de l'air et à son contact oxydant qui produit un dérivé excessivement neurotropique. Après chauffage et dissolution il ajoutait la lessive