‹ A propos de la partie honnête du Décaméron de BoccaceChapitre 4 sur 5 · et 9» Nouvelles de la X« journée; 8« de la l · texte numérisé non relu

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Nathan le magnifique qui offre avec une obligeance inimaginable toutes les facilités du monde à Tenvieux venu pour l'assassiner et celle de Griselidis qui se prêle avec une complaisance comme on n*en voit point aux outrages dont son époux l'abreuve à plaisir. C'est la malice d'un Voltaire qui est inconciliable avec la naïvelé parce qu'elle est spontanée et forme le fond môme de l'esprit et du caractère ; mais celle de Boccace est, en grande partie, apprise ; il a vu des moines vicieux et des femmes dissolues, mais, en les raillant, il suit une tradition plus encore que son propre mouvement. Il rajeunit d'anciens thèmes par la supériorité du talent, mais il n'est pas beaucoup plus sceptique que les auteurs des vieux fabliaux.

Le roman de chevalerie avait alors contre lui en Italie, non pas l'humeur sceptique, mais le peu de jioùt du public pour les questions politiques qui en formaient généralement le fond. Les romans de la Table ronde en se môlant au cycle carolingien n'avaient pas banni du poème narratif les grands intérêts qui le remplissaient d'abord exclusivement, c'est-à-dire la lulle de Charlemagne contre ses vassaux ou des chrétiens contre les Musulmans. Or, en Italie, au XIV* siècle, ni les esprits graves, ni les esprits légers ne devaient s'intéresser beaucoup à ces conflits. Les premiers, ceux qui se sentaient encore une àme de citoyen, trouvaient davantage leur compte dans une classe d'écrivains qui, à certain égard, manquait encore à la France : les chroniqueurs municipaux. Le bon Joinville n'entendait rien aux affaires, et Villehardouin, qui s*y entendait trop, s'en est si adroitement caché que, jusqu'à nos jours, on ne l'avait jamais bien su ; au contraire, dans les républiques italiennes, longtemps avant Machiavel, nombre d'hommes rompus aux démêlés des partis, à l'administration publique, déposaient dans leurs Mémoires le fruit de leur expérience et y dévoilaient le secret du présent. Un homme engagé à fond dans ces débals où l'on risquait la ruine, l'exil, la mort, devant prendre autrement d'intérêt aux chroniques des Villani, par exemple, qu'à un remaniement quelconque des Chansons de geste ; quand il quittait la prose pour les vers, il préférait sans doute la Divine Comédie parce qu'il y retrouvait ses préoccupations de tous les jours, ses haines et ses sympathies. D'autre part, les esprits légers qui ne s'intéressent à la politique que quand elle a grand air s'en détachaient alors en Italie parce que la vie publique y jetait à ce moment peu d'éclat. La rivalité de Gênes et de Pise, lescouspirations de Florence, les troubles du royaume de Naples faisaient verser beaucoup de sang mais parlaient peu à l'imagination. Point d'événement retentissant, point d'homme supérieur comme durant le siècle qui venait de voir la dernière phase de la querelle des papes et des emp3reurs. La guerre, et non pas seulement la politique, intéresse si peu Boccace que, dans son FUostrato, qui est

pourtant un épisode du siège de Troie, il nous conduit à peine quelques instants sur le champ de bataille. Les deux rivaux d'amour, Troïle et Diomède, s'y rencontrent et s'y mesurent: quelle belle occasion l'Arioste et le Tasse auraient trouvée là pour décrire un de ces combats singuliers ou la solidité des armures modernes et l'invention de l'escrime leur permettent une variété inconnue d'Homère! Boccace y emploie moins d'une octave, et un seul vers, d'ailleurs plein de sens et de sentiment, lui suffit pour abattre Troïle aux pieds d'Achille K

Le XV' siècle offre au contraire, dans Tordre militaire et politique, beaucoup de noms brillants; c'est l'époque des condottieri habiles et heureux, des fondateurs de dynasties, des ambitieux aux vastes et prudents calculs, de Francesco Sforza, de Côme TAncien et de Laurent le Magnifique, d'Alexandre VI et de César Borgia. Des Étals se fondent, s'agrandissent; les princes nouent et suivent des desseins, combinent des alliances pour les exécuter; l'un aspire à réunir toute la péninsule sous son autorité, un autre à maintenir l'équilibre des diverses puissances. Les souverains étouffent l'amour de la liberté et quelquefois corrompent de propos délibéré leurs concitoyens, mais s'imposent à leur respect à force d'énergie, d'adresse, de somptuosité intelligente. Tout le public s'est repris d'amour, sinon pour les grandes causes, du moins pour les grands coups d'épée, tandis qu'au temps de Boccace, entre toutes les qualités chevaleresques beaucoup d'amateurs de littérature ne goûtaient que la libéralité. Pulci et Bojardo peuvent venir.

Ajoutez que le roman d'aventures, étant très chargé de matière, demande une sobriété relative de développement. Or, entre la mort de Dante et l'époque de Laurent le Magnifique, les écrivains italiens furent volontiers dilfus. L'exemple des écrivains français de l'époque les y engageait et aussi le désir d'étaler soit les beaux traits que leur mémoire avait retenus de l'antiquité, soit la facilité de leur plume; l'étude de Cicéron venait de dénouer les langues et ils en abusaient. Ange Politien, plus fin connaisseur que les humanistes du siècle précédent, montrera la nécessité d'assagir, sans l'asservir, la richesse de l'imagination. Je croirais volontiers que Boccace s'était aperçu, par sa propre expérience, que l'intempérance de sa génération la rendait mal propre aux romans d'aventures compliquées. Les énormes dimensions de son Filocolo l'ont averti, même pour des œuvres bien inférieures à so. Fiammelta ; sa Tescide n'est point surchargée d'incidents, et, en attendant le Décaméroa, où il saura tempérer son abondance, ses autres romans rachètent par la simplicité de

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