‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 19 sur 78 · ME X XIV EE · texte numérisé non relu

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la cause de l'Eglise avec celle d'un parti politique. |

Dans son mandement pour le carême de 1906, M# Lacroix, évêque de Tarentaise, a rappelé à ses diocésains des principes qui ne sont certes pas nouveaux, mais que la grande majorité des catholiques pratiquants a si bien perdus de vue qu’en fait on pourraitles croire

périmés. En voici de larges extraits :

« Combien y a-t-il de citoyens vraiment dignes de ce nom, c’est-à-dire qui soient parfaitement au courant du mécanisme de la Constitution et qui aient été façonnés, de longue main, à la pratique de leurs devoirs et de leurs droits à l’égard de l'État? Victimes de leur inertie ou des préjugés de leur milieu, ils ne savent ni jusqu'où s'étendent leurs devoirs ni jusqu'où vont leurs droits, etils ne remplissent les uns et n’usent des autres qu'au hasard, au petit bonheur pour ainsi dire, suivant leur intérêt ou leur caprice du moment, sans prendre soin de subordonner leurs paroles et leurs actes à certains principes directeurs qui constituent la morale civique. Ils sont citoyens, oui, en ce sens que leur nom figure sur les listes électorales ; mais ils n’ont ni la connaissance des affaires, ni le goût des problèmes politiques, ni même cette habitude de réfléchir et de raisonner qui est la marque du bon sens; et, par suite, ils sont fatalement condamnés à être les du-

pes des charlatans ct des exploiteurs Quand même ils en auraient le sincère désir, ils sont incapables d’influer d’une façon utile sur les destinées de leur commune, encore moins sur celles de la patrie. Ce ne sont en définitive que des citoyens honoraires, — assez semblables par leur nonchalance et leur défaut d'instruction à tous ces catholiques, qui se croient des chrétiens parce qu’ils sont baptisés, mais

qui ne savent à peu près rien de la religion du Christ.

« Notre faute, notre très grande faute, il faut avoir . le courage de le dire, a été de ne pas comprendre, dès le début de la République, qu’on ne se met pas en travers de la volonté de la Nation, Nos hésitations, nos critiques souvent dépourvues de justice, nos aspirations et nos rêves en vue d’une restauration où, nous semblait-il, le sort de l’Église eût été plus heureux parce qu’elle aurait été plus protégée, enfin certaines alliances compromettantes avec des fauteurs de guerre civile : tout cela nous a été funeste, tout cela nous a frappés d’impopularité, tout cela a détaché de nous les masses laborieuses ; et, à mesure que la République devenait plus forte, l'Eglise a été plus combattue, ses anciens privilèges - ont été supprimés un à un, ses libertés ruinées, et ses établissements d'enseignement et de charité, dépossédés de leur personnel et de leurs ressources, … été voués pour la plupart à la décadence, sinon

à une totale destruction.

Les volontés de l'État, traduites par des lois légitimement faites et promulguées, exigent de notre part obéissance et respect. Mais quand l'Etat, sor-

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tant du domaine qui lui est propre, entreprend de violer nos droits, de porter atteinte à des privilèges qui nous viennent de Dieu lui-même, la conscience nous fait un devoir de lui résister.

« Ici, il importe de préciser; car je ne voudrais pas qu'on me fit dire ce qui est exactement le contraire de ma pensée.

« Parmi les lois, il en est qui, manifestement, tendent au bien public. Devant celles-là, aucune hésitation n'est permise : nous n’avons qu’à obéir. Telle est, par exemple, la loi militaire. La patrie demande à ses fils deux ou trois ans de leur jeunesse pour les mettre en mesure de protéger la frontière contre une injuste agression ; ils doivent faire joyeusement le sacrifice qui leur estdemandéet au besoin risquer leur vie sur les champs de bataille pour la défense du drapeau.

« Enfin, mes bien chers Frères, il est une dernière catégorie de lois que j’appellerai mixtes. Elles ne vont pas directement à l’encontre de la conscience ; elles ne nous prescrivent rien qui soit formellement opposé à la volonté de Dieu; elles ne nous acculent ni à l’idolâtrie, ni au schisme, ni à la violation d’aucun précepte divin. — Maiselles ont été inspirées par la haine de notre religion ; les législateurs, en les faisant, ont obéi à des mots d’ordre de guerre; certains articles de ces lois suppriment d'anciens privilèges auxquels nous étions accoutumés ; certains autres nous lèsent dans nos droits acquis ; quelques-uns même vont jusqu’à la spoliation des biens de nos églises ; bref, nous sommes indignés contre de telles lois, parce qu’elles

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sont l'œuvre de nos adversaires et que nous sentons qu'elles ne sont que le prélude d’autres vexations et d’autres violences.

« En face de telles lois, quelle doit être notre attitude ? Notre devoir est-il de résister par la force ou de subir lâchement le joug de nos oppresseurs ?

« Ici nous touchons au nœud de la question : je vous demande de peser avec soin tous les termes de ma réponse et d'y conformer pratiquement votre conduite.

« Devons-nous résister par la force ? — Non!

« Devons-nous courber la tête et nous résigner à notre sort ? — Pas davantage!

« Et d'abord, il ne convient pas que nous opposions la force à l'exécution de lois que nous jugeons mauvaises. Les paroles célèbres : « Non possumus! » — « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes » et d’autres semblables, dont on abuse un peu en ce moment, ne s'appliquent qu’aux lois qui portent directement atteinte à la conscience. C’est exagérer que d’en étendre l'application aux lois simplement mauvaises, j'entends celles qui ne font que nous léser dans nos intérêts. Pour celles-ci, quoi qu’il en coûte à notre amour-propre, le mieux est d’obéir, — d'abord pour ne pas nous poser en révoltés contre la Patrie, et ensuite parce que c’est plus conforme à la saine raison et aussi à la tradition chrétienne.

« Ecoutez d’abord le langage de la raison, dans la bouche du plus grand philosophe de l'antiquité.

ien chers Frères, un

« S'il vous fallait, mes b exemple plus récent et présentant plus d’analogies avec la situation compliquée et douloureuse qui

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nous est faite aujourd’hui, je vous citerais une page de M. Emery, l’éminent supérieur de Saint-Sulpice.

« C'était en 1796. Un décret avait paru, qui exigeait du clergé une déclaration de soumission aux lois. Comme aujourd’hui, les uns étaient pour la soumission, les autres pour la résistance. Consulté sur ce qu’il fallait faire, le vénérable M. Emery répondit par les considérations suivantes qui sont un monument de sagesse et de sens politique :

« 40 La soumission est opposée à la révolte. Or, les bons catholiques ne se révoltent contre aucune loi de la République, quelque blâmable qu'ils la supposent dans l’ordre civil ou dans l’ordre de la religion.

« 20 La soumission aux lois de l'Etat ne regarde proprement que les lois civiles et politiques, et si elle s'étend encore aux lois religieuses, ce n’est que dans leur rapport à l’ordre civil, et au fond, on ne s'engage à cet égard qu'à ne pas troubler l’ordre public.

« 30 La soumission aux lois n’emporte point l’approbation de ces lois ; on peut être fort soumis à des lois très injustes. Elle n’emporte pas même l’approbation du gouvernement auquel on est soumis, quoiqu’on le juge très tyrannique ou très peu fait pour opérer le bonheur du peuple. Prenons pour exemple la loi du divorce. Je suis soumis à cette loi, c'est-à-dire que je n’emploie pas la violence pour empêcher qu'on l’exécute ; mais cela n’empêche pas que je dise ouvertement que cette loi est contraire aux bonnes mœurs et à l'Évangile. Cela n'empêche pas que si un homme s’adresse à moi pour obtenir les secours de la religion, je ne lui

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