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trente-six évêques; elles s’ouvrirent par une immense procession, à laquelle prirent part dix-huit mille personnes. Léo Taxil était le héros du jour.
Heureusement, quatre prêtres allemands eurent la hardiesse d'exiger des indications précises sur Diana Vaughan, l’héroïne imaginaire des publications les plus récentes de M. Taxil. Le triste personnage paya d’audace ; puis comprenant que les choses allaient mal tourner pour lui, il quitta brusquement Trente
et rentra à Paris (1), où, quelques mois après,
(1) Même après le congrès de Trente, certains organes catholiques hésitèrent. Le 12 novembre, /& Croix disait : « En attendant les enquêtes officielles qui se poursuivent devant la Commission romaine et devant le Saint-Office, au sujet de Diana Vaughan, nous croyons devoir publier les lettres des personnages officiels auxquelles la presse (?) refuse l’hospitalité. »
Ces lignes étaient suivies d’une lettre authentique du cardinal Parocchi à Diana Vaughan, mais antérieure au congrès de Trente.
L'Univers, au contraire, à partir à peu près de la mi-octobre, battit en retraite et voulut préparer les catholiques à la grande désillusion. Dans un article du 29 octobre, Eugène Veuillot laissa entrevoir les
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il annonçait que, le 19 avril, il présenterait Diana Vaughan elle-même au public.
Au jour fixé, il se présenta seul et déclara que, depuis dix ans, il avait voulu voir jusqu’où irait l’insondable bêtise des catholiques. Il faillit être écharpé par l'auditoire, et de-
puis lors plus personne n’a entendu parler
de lui.
Après celte lamentable et écœurante campagne, il semble que les victimes de Léo Taxil auraient dû éprouver quelque honte. Les
prêtres et les évêques qui s'étaient lancés
étranges sentiments que son effort provoquait dans la clientèle du journal : « Vous êtes tropintelligent, lui disait un abonné, pour ne pas voir que vous faites le jeu des francs-maçons... c’est pousser trop loin le ralliement ! » Soyez sùr, affirmait un autre, que les doutes auxquels vous donnez du crédit sont habilement semés par des palladistes, les lucifériens, qui ont feint de se convertir, afin de nous trahir! » « Parler contre Diana Vaughan, s’écriait un troisième, c’est vouloir empêcher la canonisation de Jeanne d'Arc (!). »
Sion songe que l’Univers est le quotidien catholique qui a la clientèle la plus intellectuelle, on peut s’imaginer la mentalité des abonnés des autres feuilles.
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dans la lutte n’ignoraient pas qu'ils avaient rendu les francs-maçons odieux, en avaient fait des monstres de lubricité, qu’ils avaient semé la révolte dans les familles dont les chefs sont membres de cette association.
Un homme ordinaire, quand il a fait de pareilles erreurs, les regrette et tâche de les réparer. Il n’y eutrien decegenre. Parmi les hommes d’'Eglise, beaucoup furent furieux d’avoir été mystüfiés; pas un seul ne songea à s’excuser auprès de ceux qu’ils avaient traité comme la pourriture de l'univers et la malfaisance incarnée.
Tout au contraire, il n’y eut qu’une voix pour dire : « Ce sont les francs-maçons qui ont payé Léo Taxil pour tromper les catholiques (1). »
(1) Si je ne me trompe, c’est à M. Gaston Méry, collaborateur de M. Drumont à la Libre Parole, que revient l’honneur d’avoir trouvé cette tactique. En janvier 1900, il fit paraître une brochure où il racontait savoureusement les impostures de M, Taxil et leur succès, mais il intitulait bravement cela : Un
complot maçonnique : la vérité sur Diana Vaughan,
Paris, in-8 de 80 p., Librairie Blériot.
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On eut beau faire remarquer que tous les organes de la libre-pensée avaient averti les catholiques du piège où ils tombaient, que Léo Taxil avait été exclu, comme apprenti, de la maçonnerie où il avait voulu entrer. Rien n’y fit. Pour ces gens-là, la vieille formule du moyen âge est encore en vigueur. On ne doit pas la foi aux hérétiques.
On pensera peut-être que le parti anticlérical profita de Léo Taxil pour ridiculiser
l'Eglise. Un peu, mais beaucoup moins qu’on
C'était d’une géniale simplicité. On maudissait Taxil et ses complices, mais on sous-louait les boutiques où ils avaient si copieusement saigné les croyants catholiques, et sur la couverture écarlate de M. Méry on trouvait des réclames pour un livre sur « Le Démon », par un prêtre du diocèse de Paris, sur « la Magie Blanche », par Magus, etc.
Dès le 15 janvier 1897, le même Gaston Méry prenait à la Librairie Antisémite la direction d’une Revue bi-mensuelle, L'Echo du- Merveilleux, évidemment destinée à rallier la clientèle de M. Taxil et à lu: fournir la pâture dont elle ne savait plus se passer. Dans le premier numéro, les révélations palladiques étaient remplacées par un long récit des apparitions de la Vierge à Tillv-sur-Seulles, Noël, 1896, en présence de M. Gaston Méry.
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n'aurait pu s’y attendre. Le moment des premières railleries passé, on oublia; les polémistes eux-mêmes avaient honte de poursuivre des gens si lamentablement crédules (1). Mal-
(1) Ce n’est pas impunément qu'une société se nourrit des révélations de M. Taxil, ou qu’elle croitse guérir en allant écouter MM. Méry, Georges Bois ou Mer Fava,
Le détraquement et la névrose sévissaient sur les catholiques. Aux vitrines des abords de Saint-Sulpice, on vovait flamboyer les livres de prophéties les plus invraisemblables. J’en ai un sous les yeux. C'est intitulé: « Le Grand coup, aveesa date probable, c’est-à-dire le grand chätiment du monde et le triomphe universel de l'Eglise. Etude sur le secret de la Salelte comparé aux prophélies de l'Ecriture et à d'autres prophéties authentiques », par l’abbé Em. Combes, curé de Diou (Allier), 3° édition, in-8° de 126 pages. « Sa Sainteté Léon XIII a agréé l'hommage de cette troisième édition. »
Depuis lors ce livre a été mis à l'index mais il a été remplacé par « Les Mémoires d’un Torpilleur », par l’abbé Doreau (in-8° de 1v et 480 p. Librairie catholique de Périsse frères, 38, rue Saint-Sulpice, Paris), où « l'auteur démontre que l'Evangile de l’Anarchie et de Vénus est approuvé au moins implicitement, même par les autorités ecclésiastiques. C'est l’apostasie prédite par saint Paul comme devant précéderimmédiatement le triomphe du Christ». Il est sans doute superflu d'ajouter que cette citation