‹ À propos de la séparation des églises & de l'étatChapitre 55 sur 78 · RARE · texte numérisé non relu

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France ecclésiastique, des inquisiteurs bénévoles qui, pour des motifs divers, se font les dénonciateurs de leurs collègues (1). |

La délation est peut-être la plaie la plus honteuse et la moins connue du clergé de France.

Il ne faut pas que ces pages puissent servir d’acte d'accusation entre les mains des pourvoyeurs du S. Office. Je ne rappellerai donc ici que des faits publics, et seulement une très

petite partie de ce qui devrait être dit (2).

(1) « On sent, à lire certains articles, a dit M. Fonsegrive, directeur de la Quinzaine, la joie que donnerait à certains hommes la chute, l’hérésie déclarée de quelques catholiques, prêtres ou laïques, qu'ils n'aiment pas. Semblables à ces oiseaux qui viennent voler autour des maisons où la mort va se poser, ils crient déjà de plaisir dans l’attente du cadavre.

« Oiseaux noirs, oiseauximmondes, nous n’aurons jamais assez de mépris, pour leur ingrate nature, assez de pitié pour leur misère, assez de tristesse pour leur aveuglement. »

(2) I y a aussi une autre raison à cette réserve : c’est que parfois, souvent même, certains membres du clergé étalent un libéralisme superficiel, destiné

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Qu'il y ait dans le clergé catholique de France un immense changement au point de vue scientifique, c’est ce qu'a fait éclater le merveilleux succès des ouvrages de l’abbé Loisy. Les livres du célèbre exégète ne s’adressent pas au grand public: les libres penseurs, en général, n’ont pas compris grand’chose à la crise provoquée par ce prêtre qui veut rester prêtre. Les protestants lui ont jeté un coup d’œil distrait, et, sans compren-

dre davantage, ont passé, en se figurant que

dans leur pensée à leur faciliter les relations avec ceux qu’ils combattent.

Il serait donc naïf de faire fond sur des convictions de ce genre, mais il serait peut-être injuste, et à coup sùr maladroit, de les accuser de duplicité et d'hypocrisie.

Soyons heureux lorsque nous voyons des prêtres, trop enthousiastes ou trop habiles, sortir des sacristies venant à nous avec le rameau d’olivier ; qu'importe que ce soit une ruse! Si nous sommes ce que nous devons être, ils n’y rentreront que pour en ouvrir les fenêtres et y faire circuler l’air et la Jumière.

La critique, la pensée libre, la démocratie, le socialisme sont désormais assez sûrs de l’avenir pour se montrer patients, généreux, magnanimes.

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l’'exégèse de M. Loisy n’est guère qu’une reproduction de l’exégèse protestante.

C’est donc surtout dans les milieux catholiques que M. Loisy a trouvé, d’un côté, des amis et des disciples enthousiastes, de l’autre, des adversaires acharnés.

L’émotion fut grande. Calméeen apparence, elle n'attend qu’une occasion pour se manifester de nouveau, angoissante, tragique.

Ce que M. Loisy a fait en conquérant la liberté de l’exégèse, M.Chaine (voir p.51, n. 1) et les abbés Dabry (1), Lemire, Naudet l’ont fait au point de vue politique; le chanoine Ulysse Chevalier, MS Duchesne, l'abbé Houtin, et le P. Delehaye, au point de vue historique. Enfin M. Ed. Le Roy vient de le faire avec éclat sur le terrain délicat entre tous, celui du dogme. Jamais, depuis des siècles, on

n’avait entendu des catholiques parier sur

(1) C’est de M. Dabry qu'est la savoureuse phrase: « Ne pourrait-il pas y avoir le pèlerinage des prêtres qui iraient sefaire baptiser hommes? » Voir aussi Den

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ce ton. Tout à coup l’abîme entre eux et la pensée libre disparaît.

M. Edouard Le Roy est laïque. Mais cela même n'est-il pas significatif? N'est-ce pas un spectacle étrangement nouveau que de voir un membre de l’Eglise enseignée se lever et, avec autant de simplicité que de fermeté, demander des explications à sa mère?

Les catholiques d’hier et ceux de demain sont d'accord pour chanter avec une foi pareille et un amour égal : Credo unam sanctam catholicam el apostolicam Ecclesiam, mais les premiers ont mis une sorte de point d'honneur à se confier à leur mère, les yeux fermés. Ils éprouvent une voluptueuse sensation à s’abandonner entre ses bras et à s’y endormir, oubliant la tempête qui gronde. Les autres ouvrent les yeux, tantôt par curiosité, tantôt par vaillance et virilité, Il n’y a pas contradiction entre les deux états d'âme. Le P. Portalié a levé les bras au ciel et s’est écrié : «Cest la fin du catholicisme (1)! » Non, mon très Ré-

(1) Etudes des PP. Jésuites, 82, rue Bonaparte, Paris, n° du 20 juillet 1905, p. 162.

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vérend Père, c’est la fin d’un catholicisme et l'avènement d’un catholicisme nouveau, ou plutôt c’est une montée de sève nouvelle dans le vieux tronc religieux. |

Sainte Mère Eglise, mal conseillée, pourra, dans un accès de colère — quoique j'aie bien de la peine à croire qu’à l'instant solennel, elle fasse les gestes décisifs (Numquid oblivisci potest mater infantem suum ?) — désavouer les fils de ses entrailles, mais elle ne pourra pas effacer de l’histoire ce fait qu’elle est leur mère. $

Il ne s’agit donc pas ici d’hérésie, ni de schisme. Les associations anticléricales et les rares sectes protestantes qui guettent le mouvement derénovation catholique, espérant qu’il finira par dévier de leur côté se font complètement illusion. Il y a là quelque chose de plus organique, de plus profond que le mouvement des « Evadés ».

Le protestantisme, pour lequel j’ai la plus haute estime et un peu d’admiration, a dispersé sur le territoire de la France de nom-

breux et respectables lieux de culte. Il y en a

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pour tous les goûts, ou peu s’en faut, Et pourtant, les hommes dont je/m’occupe ne songeront même pas à s’y reposer un instant. La raison en est simple. Le protestantisme leur apparaît comme un grand fait historique, mais comme un fait du passé.

« Nous ne sommes plus au temps des hérésies partielles », dit M. Le Roy, et après avoir ainsi, d’un trait de plume, déclaré aux tentatives réformatrices du passé combien elles sont inadéquates, en présence des besoins de l'heure actuelle, il constate que «c’est l’idée même de dogme qui répugne, qui fait scandale » (p. 499).

Nous voici aussi loin de M. Harnack et de Calvin ou de Luther, que du cléricalisme figé qui se croit seul orthodoxe.

« Nulle autorité ne peut faire ou empêcher que je trouve un raisonnement solide ou fragile, ni surtout que telle ou telle notion ait ou n'ait pas de sens pour moi. de ne dis pas seulement qu’elle n’en a point le droit, mais que c’est chose radicalement impossible, car, en

définitive, c’est moi qui pense, et non lauto-

rité qui pense pour moi. Contre ce fait rien ne saurait prévaloir. Moi-même je ne puis me contraindre ou m'interdire de rencontrer la satisfaction de l’évidence ici ou là » (p. 507).

Voilà un non possumus singulièrement net.

Et notez bien qu’il n’a pas paru dans une brochure isolée, lancée à travers le monde par son auteur, sans engager aucune responsabilité ; il a paru dans {a Quinzaine (1), la brillante revue que dirige depuis six ans le professeur Fonsegrive (Yves le Querdec). M. Le Roy fait donc partie d’un groupe qui se sent assez fort pour voir venir, sans trop d'inquiétude, les lamentations et les colères de ses adversaires (2).

(1) Numéro du 16 avril 1905, p. 495-526, 45, rue Vaneau, Paris-VI[® (1 fr. 50 le numéro).

(2) Si du côté de ceux pour qui la foi est un esclavage etune abdication,les lamentations, les colères, les dénonciations ont été plus vives et plus bruyantes qu'on n'avait pu le prévoir, du côté des jeunes il y a eu comme une joie de vivre, de penser, de pouvoir regarder la vérité en face, qui les a fait tressaillir.

On pourrait déjà composer toute une bibliothèque rien que de travaux provoqués par l’article de M. Le Roy, et l'agitation ne fait que s’étendre ets’intensi-

fier.

Les conservateurs à outrance — est-il nécessaire

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