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maine eût dû nécessairement s’écroulér, l'Eglise a
toujours puisé dans ses épreuves une force plus vi-
goureuse et une plus opulente fécondité. Quant aux lois de persécution dirigées contre elle, — l’histoire nous l’enseigne et dans les temps assez rapprochés éncore, la France elle-même nous le prouve, — forgées par la haine, elles finissent toujours par être abrogées avec sagesse, quand devient manifeste le préjudice qui en découle pour les Etats. Plaise à Dieu que ceux qui, en ce moment, sont au pouvoir en France, suivent bientôt sur ce point l'exemple de
ceux qui les y précédèrent! Plaise à Dieu qu'aux
applaudissements de tous les geus de bienils ne tardent pas à rendre à la religion, source de civilisation et de prospérité pour les peuples, avec l’honneur qui lui.est dù, la liberté.
En attendant, et aussi longtemps que durera une persécution oppressive, « revêtus des armes de lumière (1) » les enfants de l'Eglise doivent agir de . toutes leurs forces, pour la Vérité et pour la Justice: c’est leur devoir toujours, c’est leur devoir aujourd’hui plus que jamais. — Dans ces saintes luttes, Vénérables Frères, vous qui devez être les maîtres et les guides de tous les autres, vous apporterez toute l’ardeur de ce zèle vigilant et infatigable, dont, de tout temps, l’Episcopat français a fourni, à sa louange, des preuves si connues de tous. Mais, pardessus tout, Nous voulons — car c’est une chose d’une importance extrême — que dans tous les projets que vous entreprendrez pour la défense de l'Eglise, vous vous efforciez de réaliser la plus par-
(4) Rom. XI, 42.
faite union de cœur et de volonté. — Nous sommes fermement résolu à vous adresser en temps opportun des instructions pratiques, pour qu’elles vous soient une règle de conduite sûre au milieu des grandes difficultés de l’heure présente. Et Nous sommes certain d'avance que vous vous y conformerez très fidèlement, — Poursuivez cependant l’œuvre salutaire que vous faites : ravivez le plus possible la piété parmi les fidèles; promouvez et vulgarisez de plus en plus l’enseignement de la doctrine chrétienne ; préservez toutes les âmes qui vous sont confiées des erreurs et des séductions qu’aujourd’hui elles rencontrent de tant de côtés; instruisez, prévenez, encouragez, consolez votre troupeau; acquittez-vous enfin vis-à-vis de lui de tous les devoirs que vous impose votre charge pastorale. Dans cette œuvre, vous aurez sans doute comme collaborateur infatigable votre clergé. Il estriche en hommes remarquables par leur piété, leur science, leur attachement au Siège apostolique, et Nous savons qu'il est toujours prêt à se dévouer sans compter, sous votre direction, pour le triomphe de l'Eglise et pour le salut éternel du prochain. — Bien certainement aussi, les membres de ce clergé comprendront que, dans cette tourmente, ils doivent avoir au cœur les sentiments qui furent jadis ceux des apôtres et ils se réjouiront d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus : Gaudentes.…. quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati (1). Is revendiqueront donc vaillamment les droits et la liberté de l'Eglise, mais sans offenser
(1) Act. V, 41.
personne, Bien plus, soucieux de garder la charité, comme le doivent surtout les ministres de Jésus- Christ, ils répondront à l’iniquité par la justice, aux outrages par la douceur et aux mauvais traitements par des bienfaits.
Et maintenant, c'est à vous que Nous Nous adressons, catholiques de France : que Notre parole vous parvienne à tous, comme un témoignage de la très . tendre bienveillance avec laquelle Nous ne cessons pas d’aimer votre pays et comme un réconfort au milieu des calamités redoutables qu’il va vous falloir traverser. Vous savez le but que se sont assigné les sectes impies qui courbent vos têtes sous leur joug, car ellesl’ont elles-mêmes proclamé avec une cynique audace : « décatholiciser » la France. Elles veulent arracher de vos cœurs, jusqu’à la dernière racine, la foi qui a comblé vos pères de gloire, la foi qui a rendu votre patrie prospère et grande parmi les nations, la foi qui vous soutient dans l'épreuve, qui maintient la tranquillité et la paix à votre foyer et qui vous ouvre la voie vers l’éternelle félicité. C’est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu’il vous faut défendre cette foi. Mais ne vous y méprenez pas : travail et efforts seraient inutiles, si vous tentiez de repousser les assauts qu'on vous livrera, sans être fortement unis. Abdiquez donc tous les germes de désunion s’il en existait parmi vous, Et faites le nécessaire pour que dans la pensée comme dans l’action, votre union soit aussi ferme qu’elle doit l’être parmi des hommes quicombattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de qui chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions. — Si vous
voulez, dans la limite de vos forces et comme c’est
votre devoir impérieux, sauver la religion de vos
ancêtres des dangers qu’elle court, il est de toute
nécessité que vous déployiez, dans une large mesure, vaillance et générosité. Cette générosité, vous l’au-
rez, Nous en sommes sûr; et en vous montrant ainsi
charitables vis-à-vis de ses ministres, vous incline-
rez Dieu à se montrer de plus en plus charitable
vis-à-vis de vous.
Quant à la défense de la religion, si vous voulez l’entreprendre d’une manière digne d'elle, la-poursuivre sans écarts et avecefficacité, deux choses im= portentavant tout; vous devez d’abord vous modeler si fidèlement sur les préceptes de la loi chrétienne que vos actes et votre vie tout entière honorent la foi dont vous faites profession ; — vous devez ensuite demeurer très étroitement unis avec ceux à qui il appartient en propre de veiller ici-bas sur la religion, avec vos prêtres, avec vos évêques, et surtout avec ce Siège apostolique, qui est le pivot de la foi catholique et de tout ce qu’on peut faire en son nom. Ainsi armés pour la lutte, marchez sans crainte à la défense de l'Église ; mais ayez bien soin que votre confiance se fonde tout entière sur le Dieu dont vous soutiendrezla cause, et, pour qu'ilvoussecoure, implorez-le sans vous lasser. — Pour nous, aussi longtemps que vous aurez à lutter contre le danger, nous serons de cœur et d’âme au milieu de vous; labeurs, peines, souffrances, Nous partagerons tout avec vous; et, adressant en même temps au Dieu, qui a fondé l'Église et qui la conserve, nos prières les plus humbles et les plus instantes, Nous le supplierons d’abaisser sur la France un regard de mi-
séricorde, de l’arracher aux flots déchaînés autour d'elle et de lui rendre bientôt, par l’intercession de Marie-Immaculée, le calme et la paix.
Comme présage de ces bienfaits célestes et pour vous témoigner Notre prédilection toute particulière, -c’est de tout cœur que Nous vous donnons Notre bénédiction apostolique, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et au peuple français tout entier. Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 11 février de l’année 1906, de Notre Pontificat la troisième.