‹ A propos de notre littérature nationale [microforme]Chapitre 3 sur 7 · PAPE NE LEE CET ICS · texte numérisé non relu

PAPE NE LEE CET ICS

[LEGRNDRE] NOTRE LIT: ÉRATURE NATIONALE 67

Ensuite, les temps deviennent plus calmes et nous entrons dans une période de plus grande liberté. Nos littérateurs ont un autre rôle à remplir. Hs ont à recueillir les grandes leçons du passé, à les transcrire pour les offrir à l'admiration de leurs contemporains et les donner en exemple aux générations futures. Ils ont pour mission de tenir constamment devant les yeux du peuple les belles actions de ceux qui ont combattu et qui sont morts pour affirmer et faire respecter ses droits, afin que les courages, n'étant plus aiguillonnés par les ardeurs de la lutte ouverte et active. aient du moins pour les soutenir, le spectacle des grandes choses qui se sont déjà accomplies, la vue rétrospective d'une énoque héroïque, l'exemple des fortes vertus qui ont élevé si haut le nom de nos patriotes canadiens,

Et ici, Messieurs, je pourrais citer bien des noms que vous avez déjà sur les lèvres, tant parmi ceux qui ne sont plus que parmi ceux qui restent encore à l'œuvre, Je n'en offrirai cependant qu'un seul à votre atfectueuse admiration, c'est celui qui est inscrit sur un des plus beaux monuments élevés à l'honneur de notre race et au souvenir de ceux qui ont bien mérité de la patrie, comme aussi à la réprobation de ceux qui ont voulu l’abaisser et l'anéantir: c'est le nom de notre grand historien, François-Xavier Garneau.

Voilà, Messieurs, jusqu’à l'époque qui nous touche de plus près, jusqu’à nos jours, ce qu'a été notre littérature. Née sur ce sol dans les combats et les luttes, son enfantement a été jong et laborieux, Livrée à ses propres forces, elle s'est vue assaillie de toutes parts et obligée même de combattre pour conserver la belle langue dans laquelle elle traduisait ses impressions, Et cependant, elle à grandi, elle s’est développée dans je sacrifice et le dévoñment. Forcée de tout créer, de tout inventer, comme l'artisan qui, avant de travailler à son œuvre, serait obligé de forger ses propres outils, elle a eu à renverser tous les obstacles, à combattre les plus étranges préjugés. Vous vous rappelez encore le temps — il n'est pas déjà si loin de nous — où le titre d'écrivain conférait à celui qui le portait un brevet d'incapacité, où le nom de poète provoquait sur toutes les figures un sourire de pitié à peine dissimulé ; où, loin de pouvoir attendre de son travail un juste salaire, le littérateur devait s'estimer heureux quand l’imprimeur consentait à ne pas lui faire payer l'honneur de paraître dans les colonnes de son journal. Eh! bien, ces outrages, nos écrivains les ont subis — j'en sais quelque chose — ces obstacles, ils les ont renversés, ces actes de dévoñment, il les ont patiemment et virilement accomplis !

Et en présence de ces faits, on viendrait soutenir que nous n'avons pas de littérature nationale proprement dite ! qu'il n'existe pas une telle chose que les lettres canadiennes-françaises !

Ah! Messieurs, elle est bien canadienne cette littérature, ils sont bien à nous ces écrits qui représentent la plus noble, la plus intime partie de nous-mêmes, lambeaux de notre cœur que nous avons arrachés quand il nous fallait cependant ce cœur tout entier pour soutenir la lutte.

Ah! on ignore trop, en général, ce qu'un livre coûte de travail à son auteur! Longues études, patientes recherches, journées de fatigue et nuits sans sommeil! Chacune de ces pages — que vous lisez assez souvent d'un œil indifférent et peut-être moqueur — représente une des fibres de notre vie, Ces strophes, d'une allure si facile qu'on dirait qu'elles se sont faites toutes seules, ont tenuillé le cerveau et le cœur de celui qui les a écrites, avant de s'envoler, caressantes et douces, vers voire œil distrait ; elles l'ont fuit pleurer avant de vous donner une tranquille émotion !

Regardez entre chacune de ces lignes qui vous parlent quelquefois si gaiment pour solliciter votre rire joyeux, vous verrez surgir la vision d'une mansarde sans feu, peut-être d'une journée sans pain. A travers ces somptueuses descriptions de riches demeures, d'apartements luxueux, de banquets, de bals et de festins, vous verrez la face grimagante et la main décharnée de la pauvreté et de la misère sans espoir, Et c'est dans cette douleur, dans cette souffrance de tous les jours et de toutes les nuits qu'est née cette page souriante, toute frétmnissante encore des sanglots qui l'ont secouée, humide aussi, très souvent, des larraes qui l'ont trempée !

Ah!les lettres ne constituent jas un métier comme les autres miciiers ; on ne l’embrasse pas et on ne le quitte pas à son gré. C'est une véritable vocation ; elle a ses appelés : il faut qu'ils répondent ; il faut qu'ils viennent, à son jour, à son heure. Elle a ses pussionnés, comme la mer qui captivo le matelot et le retient dans les mille replis de ses ondes caressantes ou couroutées, Quand je songe à l’homme qui s'est donné à la littérature, je me rappelle toujours ces strophes que j'ai lues dans ma jeunesse et dans lesquelles un poète dant je ne sais plus le nom a essayé de peindre la passion du marin pour l'élément qu'il a choisi :

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