‹ A Propos de Quelques Cas Inédits: D'Ostéomyélite RécidivanteChapitre 4 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Définition et Historique.

Justifions d'abord le titre de notre travail, au risque de paraitre subtil. Les lésions que nous étudions sont habituellement classées sous la rubrique « ostéomyélite prolongée », ou même ostéomyélite chronique. Nous avons préféré l’épithète de récidivante, qui s adapte mieux aux Cas que nous présentons ; nous estimons, en effet, qu'une ostéomyélite prolongée est caractérisée par la permanence plus où moins complète des fistules, et alors le mot chronique conviendrait mieux, landis qu'on doit réserver le nom de récidivante pour ce genre de maladie, qui disparait en apparence du moins, pendant de longues années pour renaitre de ses cendres, soit in situ, soit sur un autre point du squelette.

Les observations que nous présentons ici appartiennent franche-

ment à cette seconde catégorie de faits, et justifient pleinement l’en-tête de cette thèse. à

L'ostéomyélite récidivante est donc cette forme d’ostéomyélite qui, guérie en apparence, se montre à nouveau à des intervalles quelquefois très éloignés (74 ans dans un cas de M. le Professeur Tédenat, 43 dans l'Obs. I du service de M. le Professeur Forgue) de la première crise. M. Gangolphe la désigne ainsi dans son Traité des Maladies infectieuses et parasituires des os.

Particulièrement bien étudiées par M. Lannelongue, les lésions

d'ostéomyélile ont été connues, pour ainsi dire, de tout temps,

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sous des noms divers. Si cet auteur a eu le grand mérite de metlre au point les notions qui courent aujourd'hui tous nos Traités classiques, il faut reconnaitre que, bien avant lui, les Ollier, les Gosselin, les Chassaignac, les Gerdy, les avaient déjà étudiées. Et si nous remontions l’histoire de la médecine jusqu’à ses origines, nous verrions Galien oser prétendre que les os s'enflamment, et Hippocrate connaitre la carie.

Nous avons nommé Gerdy. Dès 1836, après avoir étudié l'anatomie des os malades, cet auteur constate «les assoupissements de l’ostéite, qui ne se réveille quelquefois que 20, 30, 90 ans après une première atteinte ». A lui revient l'honneur de la première notion de l'ostéomyélite à récidives.

Toutefois, ces idées restent connues seulement d’un petit nombre, et jusqu'en 1878-1879, on ne connut, en France, que le Traité classique de Follain et Duplay, pour qui les diathèses diverses, scrofule dans l'enfance et syphilis plus tard, sont accusées de tous les méfaits d'ostéomyélite. Et le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, publié en ce temps, mentionne à peine la maladie.

Aussi, n'est-il point étonnant, malgré l’article de Gosselin (in Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques), où l'ostéite épiphysaire aiguë et suppurée du jeune âge est accusée de produire la nécrose spontanée de l'adulte, n'est-il pas étonnant, disons-nous, que M. Lannelongue ait pu dire, en 1878: « Il existe tout un groupe d'affections osseuses chroniques, hyperostoses, abcès des os, nécroses, caries, vermoulures, dont l'histoire est entourée d'une obscurité profonde ».

Sauf la cause pathogénique qu'on ne pouvait connaitre encore, MM. Lannelongue et Comby ont donné, de l’ostéomyélite de l'adulte, une monographie admirable, à laquelle les auteurs qui ont suivi n’ont guère ajouté. Si les médecins antérieurs, Verneuil, Gosselin, Ollier, Trélat, pensaient avec Necker que toute ostéom vélite de l’âge müûr a son histoire, c'est Lannelongue qui a bien

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démontré la filière, la gamme pathogénique des vieilles ostéites. Berger résume ainsi son œuvre : «L'ostéomyélite est une affec-

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tion progressive procédant par poussées douloureuses, séparées, …

par des intermissions souvent fort longues. L'’inflammation aiguë, alors même qu'elle n’a pas abouti à la suppuration, ou que

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l'abcès auquel elle a donné naissance s’est tari, reste latente;

elle aboutit alors fatalement, soit à la formation d'un abcès central, soit plus fréquemment encore à une nécrose à plus ou moins longue échéance ».

Le mot ostéomyélite, employé d’abord dans un sens différent, servit à désigner le travail de Reynaud, sur la médullite traumatique.

Les lésions anatomo-pathologiques étaient bien connues : il ne s'agissait plus que de leur appliquer les théories microbiennes. Les Allemands furent les premiers.

Lücke, Klebs, von Recklinghausen, ont attaché leur nom à la nature infectieuse de l’ostéomvélile. Eberth en Suisse, Pasteur, Nepveu, Jaboulay, Gangolphe, en France, se sont illustrés par

leurs travaux sur la matière. Toutefois, c’est à M. le Professeur

Rodet qu'échoit le mérite d'avoir prouvé l'existence du coccus en grappe, dans de vieux foyers d'ostéomyélite datant de plus de cinquante ans.

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