OBSERVATION I
(Teissier.)
Un malade entre dans le service du De Bonnet, avec fièvre continue, type inverse régulier, bronchite généralisée avec prédominance aux deux sommets, retentissement de la voix, exagération des vibrations thoraciques, râles fins en ce point, expectoration abondante et d’aspect nummulaire, sueurs profuses, amaigrissement marqué. C'était le tableau typique d’une tuberculose aiguë.
Le diagnostie qui semblait ne faire aucun doute fut rectifié. Grâce au mode de début brusque, à l'abondance de l’expectoration, et à ce fait que le malade était dans un milieu infecté de grippe.
L'évolution devait confirmer le diagnostic de grippe
pseudo-phymique. Peu à peu le malade guérit. Au bout de
PR es
quelques semaines, après une convalescence assez longue, la guérison survint complète. Douze ans plus tard,aucun espèce
d'accident n’était survenu. (
OBSERVATION Il (Personnelle)
M. F.., trois ans et demi, hôpital Hérold, salle Bazin n° II.
Ce petit malade est amené à l'hôpital, le 23 janvier 1912, pour entérite, angine et congestion du sommet droit.
Il a eu la coqueluche au début de 1911.
Plusieurs mois après, cette coqueluche qui avait été bénigne, le malade est pris de diarrhée, 7 à 8 selles par jour, aqueuses, fétides, verdâtres avec fausses membranes. Cette diarrhée, accompagnée de coliques fatigue l'enfant qui, à son entrée, est pâle, amaigri, en mauvais état.
L'examen de l'abdomen montre un ballonnement latéral et sus-ombilical, en rapport avec la dilatation du côlon.
A la palpation du cou, ganglions nombreux. petits, durs.
On croit à une tuberculose en évolution d'autant plus que des signes pulmonaires typiques semblent confirmer le diagnostic.
Brusquement, depuis quelques semaines, à la suite de symptômes généraux de grippe, l'enfant s’est mis à tousser, à cracher.
Au poumon droit, matité absolue dans la demi-inférieure du poumon en arrière,
Au sommet, respiration soufiflante avec râles humides.
Sous la clavicule, mêmes signes et matité absolue.
— ee
À la région moyenne du poumon, respiration affaiblie.
L'examen de la gorge montre une angine rouge et une infection pharyngée nette, avec tuméfaction des amygdales, pharynx sale et humide. Langue porcelainée.
Le diagnostic est hésitant, malgré qu’au premier abord, on pense à la tuberculose,
L'examen des crachats ne décèle aucun bacille de Koch,
2 mars. — Sous l'influence d’un régime alimentaire convenable, ia diarrhée diminue d intensité. Deux selles par jour, Les selles sont encore décolorées, mais sans glaires et sans fétidité.
Au poumon droit, matité en avant, sur les côtés et en arrière. Légère rétraction de la paroi du même côté. |
Disparition du murmure fvésiculaire à la base sans épanchement.
Au niveau de l’épine de l'omoplate, souffle avec râles humides.
Sous la clavicule, frottements, râles.
Dans la zone précordiale, bruit de va-et-vient,
-En somme, extension des lésions pulmonaires, signes de ramollissement étendu, que la présence d’une légère péricardite contribue à faire croire tuberculeux. /Pouls à 120. Température 39 degrés. Pas d’albumine.
Même état du pharynx.
Intra-dermo-réaction est tout à fait négative.
7 mars. — Apparition sur la peau d'une éruption maculopapuleuse, rubéoliforme, mais à éléments petits avec léger soulèvement épidermique etlegère desquamation.
Les éléments éruptifs ne disparaissent pas sous le doigt à
la pression.
Au poumon, mêmes signes en avant eten arrière.
Léger frottement dans la région précordiale. L'enfant est pâle. Il a surtout la nuit des sueurs abondantes. La tenrpérature est à 385, le pouls à 110.
De plus en plus, le malade prend l'aspect d’un tuberculeux. L'examen des crachats, à nouveau pratiqué, ne décèle aucun bacille.
13 mars. — L'éruption'cutanée s’est atténuée. Elle devient jembonnée et tend à disparaître.
Au poumon, légère amélioration. Le souffle en arrière est moins intense, la respiration S’entend mieux à la base.
Le frottement péricardite persiste mais atténué.
L'état du tube digestif est meilleur. Le pharynx est toujours sale et humide.
L'enfant a perdu 600 grammes depuis quinze jours bien que s’alimentant suffisamment. |
16 mars.— Amélioration. Disparition du souffle en arrière. La respiration s'entend à la base, accompagnée de quelques frottements.
L'état général est meilleur.
20 mars. — Au niveau du poumon droit, persiste seulement une légère submatité à la base.
En avant, sous le clavicule, la respiration est légèrement soufflante.
Le pouls est à 80, la température à 3702.
Localement, toute semble fini.
Le petit malade reste-pâle et amaigri.
La convalescence se prépare, on pense à rendre l'enfant à sa famille.
25 mars. — Réapparition brusque de nouveaux signes,
mais toujours au niveau du sommet droit. Signes de ramollissement. Matité, retentissement de la voix, souffle intense. Râles humides. Température 39 degrés. Pouls 120.
Le malade crache à peine, mais à nouveau l'examen est négatif au point de vue bacille de Koch.
L'enfant s’alimente bien. Son état général est stationnaire.
27 mars. — Les mêmes signes physiques persistent au sommet. La température est normale. L'état général s’améliore.
Les parents font sortir le petit malade de l'hôpital. 11 peut aller et venir avec de tels signes physiques.
Pour tout médecin non prévenu et qui aura l’occasion de l’ausculter ce sera un tuberculeux.
Voici le résumé de deux observations de grippe pseudo-phymique, à forme de phtisie aiguë.
Le premier malade est absolument typique. Le second ne l’est pas moins, et à lire son observation, on a l'impression d’un enfant, devenu tuberculeux latent après sa coqueluche, et chez qui une poussée
de tuberculose congestive aiguë est survenue au moment de son entrée à l'hôpital.
En somme, rien ne manque pour établir une comparaison entre la tuberculose et la grippe pseudophymique.
Les symptômes pulmonaires sont ceux d’un ramollissement du sommet, accompagné dans le premier cas d’une bronchite généralisée, dans le second, d’un foyer de congestion à la base droite. Rien qui ne
ressemble à la tuberculose.
Les signes fonctionnels : toux, dyspnée, expectoration, sueurs; les signes généraux: tempéralure, tachycardie, anémie, amaigrissement, asthénie, peuvent aussi bien être de nature tuberculeuse.
Pourtant, à y regarder de près,un certain nombre de symptômes vont mal avec une affaire tuberculeuse.
L'état généralest alteint dans les deux cas.Le poison grippal affectionne le système nerveux et donne lieu à une asthénié marquée, que donne aussi la tuberculose aiguë. Mais, nous ne retrouvons pas dans la grippe, cet amaigrissement considérable qui est le propre de la phtisie aiguë. :
Le pouls, dans la grippe, est en rapport avec la température. Il est rapide, mais fort et bien frappé. On sait que dans la tuberculose aiguë, s’il est rapide, il est surtout inégal et hypotendu. La température de la grippe n'a pas de caractère bien net, est assez éphémère en général, et suit l’évolution des lésions. Dans la tuberculose, quelle que soit la lésion pulmonaire, la température est élevée.
La toux n'est pas la même dans les deux affections. Il est fréquent de la voir quinteuse, coqueluchoïde, plus marquée la nuit dans la grippe.
Quant aux sueurs, elles peuvent être très abondantes dans les deux cas. |
Les crachats qui peuvent être nummulaires dans la: grippe, ressemblent beaucoup à ceux de la tuberculose cavitaire. Mais ici, ils sont moins abondants et l’'expecloration est de plus longue durée.
Si, à l’œil nu,les crachats se ressemblent, à l'examen microscopique, nous trouvons dans la grippe du streplocoque, du pneumocoque, du staphylocoque, ou souvent pas de bacilles.
Le tuberculeux, au moment d’une poussée aiguë, expectore des crachats quicontiennent des bacilles de Koch en abondance. S'il s'était agi de tuberculose dans nos observations, nous aurions trouvé une véritable purée de bacille sur chaque lamelle.
Cette absence totale de bacilles est un argument du premier ordre contre la nature tuberculeuse de telles lésions. Ajoutons même que le fait de trouver quelques rares bacilles de Koch ne saurait intraîner le diagnostic de tuberculose dans ces cas,car on peut admettre qu’un tuberculeux puisse faire un foyer grippal. C’est là un cas heureusement rare, d’un diagnostie extrêmement difficile.
Quant à l’intra-dermo-réaction, dans les cas particuliers, elle a été négative, c’estencore un argument en faveur de la nature non tuberculeuse de ces lésions. Nous verrons plus loin à y revenir.
En somme, voilà toute une série d'arguments, de valeur diverse, permettant de porter le diagnostic.
Ceux qui nous semblent avoir le plus de valeur,en dehors de l'analyse des crachats, c’est, tout d'abord le mode de début brusque. La tuberculose imprègne son malade avant de déterminer des accidents aigus, et dans les semaines qui précèdent, le malade est pâle, fatigué, anémié. C’est d’une façon brusque que commencentles accidents de la grippe.