‹ À propos de théâtreChapitre 11 sur 23 · LI COMTE · texte numérisé non relu

LI COMTE

Tu vois, enfant, je ne me troa|nb {Oei :

Son cœur reTole aux champs de rHLeaafae.

Il croit encore voir les Fran^ vaiaqoenn.

JCLIE!I«

Mon père, il lit la derniéfe campagw:

Car de ses yeux, je vo» cooler des plrari.

Dumas était l*auteur de ce couplet. D le cite en ie* Mémoires et il la ainsi sauvé du naufraze de «jQ Major. Dans la masse prodigieuse des Tijlmnes que nous avons de lui, voilà les premières lleoes! EIle> étonnèrent Villers-Cotterets. Dumas ne maniiua pas d'aller tout de suite montrer ses vers k son ami l'officier de hussards; pour un hussanl lettré, mais revenu de Leipzig avec une bonne balafre, il u y avait pas de Lènore qui tint auprès de ce dialijcue patriotique; il le déclara superbe. A partir de c>moment, Dumas et Leuven ne doutèrent plus d*: rien. Us s*occupèrent de dépecer Bouilly et Florian en vaude^^lles et en drames. Quand ils furent réunis à Paris, deux ans après, ils se dépêchèrent naturel-

192 A PHOPOS DE TIIKATRE.

francs; il lui avait dit : « Teiiex, soyez sage, travaillez bien, et je mut ferai connaUi-e Hèlesville. « Si la falatité avait voulu que Dumas fût préseuté h Mëlesville avant le jour où il parcourut, par hasard, un volume d'Anquetil égaré sur le bureau di son chef de complabililé, c'en était fait; il devenait peul-ôtre vaudevillîsle à tout jamais. Uorresco refe rem!

C'est Auquetil qui le sauva et lui montra, avec toute riiisloire à dépouiller, la vraie voie, la voie oii il devait trouver après le drame, le roman Henri lU, la Dame de Monlsoreau, la Reine Mari les Mousquetaires, le Chevalier d' Harmenlal,

« Feresse avait emporté lu clef de l'armoire de n bureau où je mettais mon papier. Comme j'aw encore quelques rapports à expédier, je montai â la ■' ' comptabilité pour en emprunter quelques feuilles. Un volume d'Anquetil se trouvait fortuitement égaré sur un bureau; il était ouvert; j'y jetai machinalement la vue et j'y lus le passage relatif à l'assassinat de Saint-Mégrin.

» Trois mois après, Henri JII était reçu au Thêatf Français ».

Que soit béni Anquelil I

J'ai déjà parlé précédemment des divei

praifes qui avaient agi ccrtahiemeal sur l'ii ation du jeune Dumas. J'ai menlionné Dotaïu- (Dt l'impression produite par le fameux Salon < • 1834. De 182;^ à 1829, le modeste commis | ptteans (je dis modeste à cause de l'emploi) avait, B sans de grandes difllciiltés de la part de ses j s.complélé, ou plutôt élai'gi et fortifié son éduttioD littéraire. Il avait beaucoup lu, assez bien lu, 1 liu ce qu'il fallait. Avant de laisser tomber ses , [ sur le volume dépareillé d'Anquetil, il avait mposé sa Chnstine; il l'avait présentée aux comé- Jbds; il était donc déjà débrouillé plus qu'à moitié A Taiideville, mais non définitivement. Aaquetll n'a B tout fait; mais il a fait le déOnitir. La première tnde secousse avait été la Léiiore, recueillie là- , dans le bourg natal, de la bouche d'im soldat i avait vu les pignons romantiques des villes du tin et les brumes bal tiques ; le second coup, la pleine luminalion, ce fut le règne d'Henri III, conté par mquetil, cet Anquelil si terne, si morne, si superli- . Mais, par un pliénomëne qui n'est pas rare en latiére d'ouvrages historiques, le médiocre récit ( l'auteur était arrangé de manière à montrer et h lËvoiler au lecteur tout ce que l'historien lui-même ■ Kavîût pas vu ni pénétré, Le cerveau de Dumas tnbrasa en cette journée d'Anquetil. Il resta incati- %nt pour toujours, éruptif, intarissable, joyeux I

I9i A PROPOS DE THÉÂTRE.

cl naïf, ce cen-eau tropical de demi-nègre de qui les inventions poétiques allaient tournoyer comme une perpétuelle bamboula, jusqu'à ce que s'abattit sur lui ce je ne sais quoi de stupide et d'impitoyable qui est si souvent la fin de tout notre esprit, de tout noire génie, de tous nos rêves, la paralywQ cfiK'brale.

Nous n'avions jusqu'ici qu'une relation détaillée de la première repK'son talion de Henri ÏIl en 1829, relie que donne Dumaa lui-mémo dans ses !Hévmres. Klle pouvait être suspecte. Nous en possédons, depuis cet hiver, une seconde, dans les Sovrvenirs do Séchan', l'un des témoins tes plus précieux de l'histoire de la scène française entre 1825 et 1860, Dumas, dans ses Mémoires, n'a exagéré ni rcntraînemenl du public pour la première représentation, ni son propre succès, ni les ofFets de ce succès. La Malibran n'avait pu trouver de place qu'aux troisièmes loges; on l'apercevait penchée tout entière hors de sa loge et se cramponnant de ses deux mains à une colonne pour ne pas tomber. Victor Hugo et Alfred de Vif^ny, déjà célèbres,

1, Ch. Séchan, Souvexin lïun homme de ihédtre, 1831 t8U, Paris, Calmnnn Lé\j, 1881, — Malheureusement, ces w ne sont que de seconde main. Ils ont été recueillis et m ordre par M. Adolphe Badin.

A PBOPOS HE THÉ,

n'avaieot pu trouver de place du tout ; Dumas les recueillit dans la loge de sa sœur. Le public trouva (out de suite Firmin exquis; Firmin était alors 3gé trente ans. Dans la scène dti page qui ouvre le lîsième aclR, mademoiselle Mars se déploya comme jamais, mais il y eut quelqu'im qui, à côté d'elle, joua aussi bien qu'elle, à ce qu'il parait, cette scène cliarmanle; c'est la jeune comédienne qui faisait le ;e et qui se nommait Louise Despréaux, Ma géiration a connu plus tard mademoiselle Despréaux le nom de madame Allan; elle n'a jamais ien vu au théâtre d'aussi parfait. Au premier acte, public se montra un peu réservé: cependant le mot du duc de Guise, qui termine et coupe le premier acte : « Saint-Paul, qu'on me cherche les mêmes LOmmes qui ont assassiné Dugast n, ce mot, dit Joanni, fit courir un frémissement, On s'écbauFfa on s'amusa beaucoup au second acte. Au troila scène entre le due et la duchesse, enleva ialle. « il y eut, dit Séchan, des cris de terir et des tonnerres d'applaudissements » ; à 'tir de ce moment jusqu'au mot final de Guise : Maintenant que nous avons fini avec le valet, lupons-nous du maître n, ce fut du délire. Une mde qui courait la ville le lendemain veut que déhre ait conlimié et atteint son paroxysme 'S la chute du rideau et l't^vacuation de la salle.

190 A FtlOPOS de: THEATRE. ^M

au foyer du public. C'est à ce moment que les enthousiastes de la aouvcllc école auraient organisé autour du buste de Racine la fameuse farandule dont il a 6Ié si souvent parlé depuis. On criait : Enfoncé Racine/ On poussa des cris féroces, voire un cti de mort, contre les poètes de l'Académie (Briffaut, Uaour-Lormian, Parseval de Grand maison, Andricux, Laya, Soumet, Campenon, Jouy, Guiraiid, Alexandre Duval). Une voix — ce n'est pas celle de Granier de Cassagnac, qui s'en est un jour énergiquemenl défendu, parlant à ma personne, — une voix, restée inconnue, qualifia Kacine de « polisson ». Et, selon la légende, recueillie par S6chan, qui est-ce qui aurait conduit ce sabbat? Le propre neveu d'Alexandre Duval (de l'Académie française), le spirituel, l'élégant, le délicat Amaury. Est-il donc vrai, 6 Amaury? Avez-vous, dans votre frénésie pour Dumas, commis ce sacrilège contre Racineî Avez-vous ainsi traité le divin poète qui faisait parler les femmes comme votre crayon les dessine? Il est vrai que, depuis, Phèdre, Hoxane, Hermione et Bérénice se sont bien relevées de la ronde iconoclaste, menée à minuit, :\ la lueur mourante des quinqnets. le 11 février 1839.

i Tour du Monde. — Les trais conleurs d'!i[ feules Verne. — llcriel. — Epckiiiann-Chnlrii fc'Arnaury Diival sur la pi'emière iVIIenri III.

On sait que /<■ Tour du Monde est dû à l'associa- D de deux écrivains, dont l'un, M. Jules Verne, a igination romanesque et géographique ; l'autre, i'Ennery, ]a longue expérience du métier dra- Originai renient, le sujet a Oté conçu et ï par M. Jules Verne, sous forme de récit; t l'un de ses jolis contes, De 1870 îi 1884, la raine n'a guère compté de plus éclatant succès. Rappelons sommairement en quoi consiste le sujet du Tour du Monde, roman. Pliiléas Fogg, csqaire, membre du Reform Club de Londres, est amené un jour à parier dans les salons du cercle qu'il Tera le tour du inonde en quatre-vingts jours.

— Quoi 1 En quatre-vingts jours, tout mdme les tempêtes, les correspondances manqiiées entre les railways et les paquebots, le contentieui, les conflits, les accidents, les guerres, les tumultes et les révolutions qu'on no manquera pas de rencontrer sur ia route? — Tout compris. — Philéas Fogg monte le soir mCme dans l'express de Douvres avec son domestique français Passepartout, et une sacoche contenant cinq cent mille francs pour parer à toutes aventures possibles .du voyage. De Douvres, il vole d'un trait îi Port-Saïd et à Suez. Or, trois jours avant le départ de Londres de Philéas Fogg, un vol considérable a été commis à la Banque d'Angleterre. Le voleur inconnu a fait main basse sur la somme de un million cinq cent mille francs en bank-notes. On a lancé des détectives dans toutes les directions, il en est un qui, déjà arrivé à Suez, guellc à leur descente du paquebot les voyageurs venant d'Angleterre. Il se nomme Fix. Par certaines déductions assez raisonnables, Fix se met dans la lèt« que Philéas Fogg n'eat autre que le voleur qu'il attend. Comme PbiU'as Fogg fait seulement escale à Suez, se rendant dans l'Iode anglaise, Fix se décide à suivre Fo^ jusqu'à Bombay, ville où les mandats d'amener de la reine ont cours, afin de l'yarréter sans avoir kremplirles formalités inlerminables d'une demande d'extradition. Vous devinez

tien que, malgré son adresse et son esprit i ressources, !e détective ne parvient à se saisir de la personne de Philéas Fogg. ni îi Bombay ni à Calcutta, ni à Hong-Kong. Diverses procédures et divers contre-temps l'en empêchent. Il n'en cause pas moins beaucoup d'embarras et de retards à Fc^g, sans compter les difficultés et les lenteurs qui naissent naturellement des phases diverses d'une course à travers lant de peuples, de villes et de mœurs. En définitive, Philéas Fogg, qui, pour gagner son pari, doit être à Londres au Reform Club, le samedi 21 décembre à huit heures quarante-cinq minutes du soir, n'arrive en gare de destination Mf un Irain spi^cial, commandé à Liverpool, qu'à nif heures moins dix. Faute d'un quart d'heure, il Bperdu son pari, gagé sur la moitié de sa fortune; îusé l'autre moitié en voyage ; il est ruiné ; Bet du moins ce qu'il croit en consultant sa montre I l'exact mémorial quotidien qu'il a tenu de son . Seulement, il n'a pas calculé la différence î heures et des jours aux différents méridiens, i de Londres par Douvres à Londres, par Liver- »ol, en passant par Brindisî, Shanghaï, San-Fran- ) et New-York, a allongé son calendrier, sinon E vie réelle de vingt-quatre heures. C'est le venî ail méridien de Greenwich et non le samedi, mme le lui indiquait le compte de son agenda,

stm

\ PROPOS DF. TIUUTItE.

fju'il est arrivé en gare de Londres. Le jt de l'almanach des longitudes épargne ainsi au lecteur le chagrin du voir sombrer l'excellent Philéas Fogg et son pari et sa fortune. Cliemin faisani, t*hil6as a assisté à bien des scènes pittoresques que l'auteur fait passer sous nos yeux. Il a eu, entre autres réussites, le bonheur de ravir au bîicher, dans je ne sais quel coin féroce de l'Inde, encore indépendant des Anglais, la veuve d'un raaharajali, une jeune et jolie femme, appartenant à la race des l'arsis, qui a été élevée â Calcutta à l'européenne, il l'éptiuse pour couronner ses aventures. AU Hgkt. Philéas Fogg et Aouda seront heureux et ils auront beaucoup d'enfants. La matière des contes de fées change, le dénouement en reste invariable.

Quand MM. Verne et d'Ennery se sont unis pour distribuer en tableaux de théâtre ce roman h tiroirs ils l'ont enrichi de deux personnages qui se trouvent dans le drame el n'étaient pas dans le livre. Ha ont jeté sur les pas du héros, outre l'agent Fix el le faclolutn Passeparloul, un go ahead américain, Archibald (^rsican, qui est le rival de l'hiléas Fogg en excentricité. Ce Corsican se ronge de ce qu'il y ait au monde un excentrique plus excentrique que lui et que ce ne soit pas un Yankee. Il a fait le tour de la mer Rouge à pied et à reculons ; Philéas

i^g lui expliqui! de haut que cerlaineini

A i-nopos DE TiiÉATiii;. i

rhiléas, si soa pari lui en laissail te temps, le ferait à reculons et k cloche-pied, TaiiUlt Gorsican fend justice en amateur compêleDt aux belles imainations de Pliitéas, à l'air de magiiuniiiiilé deses ; tantôt, fou de jalousie, il le provoque et il jçoit de lui un coup d'épée presque à chaque lation. Comme il faut bien que Gorsican à la iin su iTie, oi plus ni moins que Foyg, l'adjonction de PtffBican à Philéas a exigé que les deux drama- Irges donnassent à Aouda une sœur qui deviendra Kpouse dudit Gorsican. Ajoutons à cela une presse malaise fort utile dans une pièce à spectacle ; Ite sett de prétexte pour montrer au spectateur 3 grollc à serpents et une fête du culle indigène 'f Alalaisie. G'est à peu près tout ce qui établit Inique différence entre le drame et le roman. !^s deux personnages nouveaux de Gorsican et de biéa, sœur d'Aouda, n'étaient pas précisément jspensables. Ils nous procurent toutefois, vers le niement, une scène assez dramatique. Nous bmcs à Liverpool, presque au terme du voyage, plëas Fogg. s'il veut rester dans les détais de son atout juste le temps de prendre l'express qui Ipartir pour Londres. G'est A ce moment que Fix, '''s«ivi de deux poticemen, lui vient mettre la main au collet en lui présentant un petit papier qui lu istilue prévenu du vol fait à ta Banque. Quel

'iVfi A PROPOS [>E TKKATUi:.

Inomphu pour Corsican si PhilËas Fogg manque son pari 1 Mais quelle déroute pour l'esceDlricilc, si le pari le plus e.\c«atrique qui fill jamais ne réussit pas 1 Corsicaa n'hésite pas, U se dévoue pour la cause des excentriques en général. U déclaro que le voleur c'est lui, et qu'à preuve il tient à la disposiliou du délectîvu la plus forte part des banknotes «uustraitcs. Il faut savoir que le détective, d'après ses conventions avec la Banque, doit encaisser un tant puur cent sur ce qu'il aura réussi k ressaisir de l'argent du vol. Les raisons sonnantes sont donc pour qu'il rel&cbe Fogg, qui a épuisé son viatique, et parce qu'il s'assure de Corsicaa qu'il sait bien muni. Le véritable voleur est le voleur qui fait prime. Fix met Corsican en état d'arrestation, taudis que Fogg court à la gare de départ. En ce moment, tout le monde se déteume de Corsican, excepté Néméa, que son cœur ne trompe pas et qui devine l'acte d'abnégation de son ami. Il y a là im instant d'émotion et de patbétiqu<] doux qui n'est pas rigoureusement nécessaire dans un drame à spectacle, mais qui ne le gâte pas.

Si l'on se plaçait au point de vue strict de l'art, le drame de MM. d'Euuery et Verne ne vaut pas, il s'en fout de beaucoup, le récit romanesque dont il est tiré. La variéte des tableaux qui passent devant nos yeux ne dissimule pas la monotonie du système

A PROfOS DE TIIËAUIK. ^03

procédés selon lesquels se déroulent ces tableaux variés. D'ailleurs, il y a uue réflexion que provoque le Tour du Monde, comme beaucoup d'autres pièces où la machinerie joue le grand rôle. On se demaude s'il n'existe pas une esthétique de la machinerie et si le machiniste et les autours en respectent toujours les lois. Le tbéùtre est un relief ou une fresque de la vie et des passions. Il a pour objet de tailler, de sertir, d'agrandir le vrai de manière à le mieux faire voir, à le mieux faire sentir, à le présenter plus en son plein et soua des aspects plus saisissants. Appliquez ce principe à la machinerie : Il faut qu'elle me présente au théâtre une force, une finesse ou un charme de surprise dont elle m'aura paru dépourvue dans le monde réel. Or, quand je vois dans le Tour du Monde l'express du PaciBque, qui se lance sur la scène avec une vitesse d'un kilomèlre à Iheure, qui se compose d'une locomotive poussive traînant trois wagons étriqués, d'où il descend six voyageurs en tout, certes, je ne me dissimule pas tout ce que le machinislfi du théâtre a dépensé d'ingéniosité pour construire ces joujoux, tout ce qu'il déploie de dextérité de main pour les manœuvrer sans les casser; mais l'effet produit d'abord sur moi, l'effet tout brut de ce chemin de fer en carton peint, est : de grotesque. Pourquoi ï parce que la

iM A l-lionos [lË TIIËITHE.

chine il vBfMiiir que nous offre le tiiéàtre ne dof pa'i la centi/'iiie partie de l'impressioa de mervuillcux t-'l ne rend pas la centième partie de la vivacité (lu spectacle que nous présente, passant devant nous, un Iraiu nl'el de chemin de fer, non pas même l'express sans pareil du Pacilique ou I '0 rien t-Ëcl air. mais tout bonnement te trajn de hatigiiolles à Grenelle. J'en dirai ù peu près autant de l'explosion de la Henrietta en mer, en vue de Liverpool. Décor superbe tant qu'on voudrai L'explosion elle-même, quelque effort qu'elle ail coulé à la direction, est et ne saurait ôtre que mesquine. Au contraire, quand lus directeurs, lus auteurs et les décorateurs se tiennent dans les conditions du décor Ihéillral possible, dans les limites où l'art du décor et de la mise en scène est au point de se mesurer avec la vérité et la nature, cet art devient pour le spectateur une source vive et fraîche de plaisirs et de transports. Empressons-nous de dire que c'est ce qui arrive plus d'une fois avec le Toiodu Momie. Le site alpestre de l'escalier des Géants dans l'Amérique du Nord, la nécropole indienne, la ville malaise, le combat avec les Sioux", les cortèges asiatiques sont autant de créations qui ravissent les yeux. Un riche ballet bien réglé remplit le septième tableau. Tout éblouissant que soit le corps de ballet du ChAtelet, il laisse ù di^sirer pour ce qui regard

A l-riOPOS LE TIlliATBi;, 205

(aient et la science des danseuses, siiiuii de toules. du moins de plusieurs d'entre elles. Quand on a eu à saporlije, chaque soir, le ravissant ballet ilalicu de l'Eden. on devient diCTicile pour les jeunes Françaises qui se démùaent au Cliâlelet. Je rends toute justice à l'énergie de celles de mes gracieuses compatrloles, qui vers dix-huit ans, dégoi^tées de la coulure, ou, <l vingt-deux ans, n'ayant pas réussi dans les modes, vont frapper pour la première tuis, déjà majeures ou sur le point de l'ftre, à la porte d'une école do danse, mais la danse ne s'accommode pas d'études faites à la légère. Si l'on a vu des exemples de comédiens, de directeurs de théâtre, d'artisles lyriques supérieurs, dont la vocation a étù tout ensemble lardive et soudaine, on no connaît pas, je crois, de bonne danseuse improvisée. En Ilalie, c'est à. huit ou dix ans qu'on prend pour les former les enfants qui se deslinent au culte des jetés et d'-s baltemenls. Le Châlelct manque d'Italiennes. Je prends la llherté de conseiller à M. Floury de recruter son corps de ballet parmi d'autres jeunes personnes que celles qui se sont vouées dès leurs premiers ans à l'obtention du certificat d'études primaires.

Nonobstant, allez voir au Châtclel, si vous ne l'avez déjà vu le Tou}' du Monde de MM. d'Ennery et Verne. Surtout, lisez, si vous ne l'avez encore lu, le Tour du monde de M. Jules Verne ; faites-le

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Rappel<His sommaiienKiit •ec q^u ^xjsàs^^ 'irz sajet du Jovr dv ifoniif. roenâiâ. Viij^ii»& ^^^^^ esqoire, membre du Reform Qub de I^^ùdre^. <^ amené un jour à parier dans les salons do cercle qu'il fera le tour du monde en quatre-vingts jours.

208 A PROPOS DE TiiEAIBE.

mpilaine Grnnt, le CapUnine Botteras, esl appi tout ce qu'il vaut; si l'on perçoit bien qu'Hetzel, ùcrivanl lus JJomtes Fortunes parisiennes, est un ['"rançais entre les Fran<;ais. Non, certes ! ils ne forment pas groupe. Et pourtant la plume courant sur le papier évoque ensemble leurs noms et les unit, parce que tous trois ont l'originalité profonde, jKirce que tous trois ont maintenu de nos joura et renouvelé l'art de conter.

ura « ■

M. Amaury Duval m'a fait l'Iiomieur de m' pour répondre à ma dernière notice. On se souvient que je l'avais interpellé à propos d'un passage des Mémoires de Sèchan, recueillis par M. Adolphe Itadin. Mes lecteurs liront avec un vif intérêt la lettre de M. Amaury Duval, Mais je dois citer d'aboi le passage des Souvenirs d'un hommu de lliédli Séclian, auquel jai fait allusion ;

« Les haines féroces (contre Dumas et la nou' école) se traduisaient par des anecdotes plus absul les unes que les autres et qui se racontaient tout haut diins les bureaux de rédaction des journaux de la vieille école. C'est ainsi qu'on disait que le soir de la première représentation de Henri Ilf, quand tout le monde avait été parti et que les lustres lie la salle avaient clé éleints, A la lueur

A fBOPOS DE THÉÂTRE. 209

"mourante des flambeaux du foyer, une ronde sabbatique pareille à la magnifique Ronde de Boulanger avait eu lieu autour du busle de Racine. — lequel

buste d'ailleurs est adossé à la muraille, — que les funèbres danseurs avaient fait entendre ce refrain sacrilège : « Enfoncé Racine! » et qu'enfui un cri de mort aurait été poussé par un jeune fanatique contre les académiciens,

u Pour noircir davantage le lugubre tableau, on iusinuait même que le jeune éncrgumène qui demandait la télé des quarante immortels ètail !e propre Qls de M. Amaury Duvai, de l'Institut, et le propre neveu d'Alexandre Duval, l'auteur dramatique, lequel était lui-même membredel'Acadômiefrançmse!

» Enfin, ou assurait qu'un autre fanatique, nommé Gentil, s'était écrié en plein foyer de la Comédie- Française : « Décidément, Racine n'est qu'un polisson, a

I Passons maintenant à la lettre de M. Amaury lival. Elle est jolie, elle est spirituelle, elle est [^que. On la pourrait intituler : Commeat iiament

m* Non, mon cher Weiss, je n'ai pas commis à mière représentation d'Henri III le sacrilèi kt on m'accuse. Je ne peus pas dire :

lent raoï'ais-ie Tait si je n'étais pas iiè?

2!0 A FROPOS DE THKAinE.

Mais Je peux dire : Si je n'y assistais pas ? Le i 1 të' vrier 1829, j'étais en rade de Navarin, comme membre de la commission de Morée, et, si l'on me demandait des preuves à l'appui je montrerais une charmante lettre de ma so.'Uf', que je recevais en Gr^ce et qui me disait en poet-scriplum :

« Je finis par une grande nouvelle. Henri III a » été représenté avec un succès fou. Notre oncle » Alexandre était furieux, parce que, le jour de la » première représentation, se promenant dans les u couloirs avec Népomucène Lemercier, des jeunes » gons qui passaient prés d'eux disaient en les arrft- B lant : Mdpoménp. et Tkalie enfoncées ! »

D Me voilà sur ce point, j'espère, tout à fait absous. Quant au cri : Mort aux académiciens ! c'est une histoire assez comique. Si cela ne vous ennuie pas, la voici :

» Un soir, & Uemam — oh ! là, par exemple, je ne manquais pas une seule représentation — j'étais avec un de mes amis dans le coin du parterre, près de l'orchestre. Nous voyons entrer mon oncle Alexandre, dont la vue était fort basse. Il passa près de nous sans nous reconnaître. L'idée nous vint, gaminerie de notre (Ige, de murmurer d'une

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