Madnnie Gajel-Desfonia
A PROPOS DE THKATHK. 211
sombre : Mort aux académiciens I Mon oncle, 1 rassuré, va prendre timidement sa place et le ir, en rentrant à l'Arsenal, lorsque ses fllles lui mandent le résultat de la soirée, il leur répond découragé et tragique : « Ils en sont h ^demander nos têtes ! n Je dois ajouter que mon icle a ri de bon cœur quand il a su que c'était ^moi qui avais demandé sa lête. b
I Cette charge fut racontée et souvent. Dumas, nlre autres, s'en amusait beaucoup. Prise au sédeux par des classiques renforcés, n'a-tH3lle pas été jigine de la légende ? »
WEh relisant cette lettre, je suis tout heureux d'avoir bvoqué le témoignage de M. Amaury Duval. Nous tons ici, sur un point d'histoire morale et littéraire, et il a été bien souvent traité, et où l'on a plus lline fois brouillé ce qui concerne Henri III et ce qui mceme Henutni, la vérité vivante et exacte attestée : un contemporain des faits, chez qui l'enthouisme pour la poésie comme pour les arts, où il a bUé, n'a point dégénéré, à part les jours de preî jeunesse peut-être, en passion de secte. On ne rait rien imaginer de plus instructif que la lettre IM. Amaury Duval, rapprochée des vagues Souve- : Séchan qui malheureusement, je l'ai dit.
i arrivent pas de première main. Séchan ne
StS A PHIX-03 LIK THÉÂTRE.
croil pas beaucoup à la légende qui courait et qu'il rapporte; et il a bien raison. Cepeu:Iant l'embryon de vérité s'y Irouve. Une bonne farce faite à son onde par un garnement de neveu est devenue un cri de mort tout à fait abominable, jeté par de jeuaes frénétiques contre les paisibles versificateurs de l'Académie française. Et qui a poussé la sauvage clameur? Lu parent chéri d'un académicien, un parricide tout simplemeni I Pour se créer elle-même, la l^endu n'a eu qu'à transposer, du plaisant sérieux, le ton primitivement mis à la phrase mort par le jeune Amaury Duval ! a La mytholi dit Max Millier, est une maladie de langage.
Remarquons, d'ailleurs, qu'il apparaît ici fois de plus, combien la léyeode est plus expressive de la vérité que les faits bruts. I^es faits bruis sont diffus et plats ; la légende leur donne la couleur et les condense. Népomucène l.*mercier, circulant dans les couloirs à la première représentation de Henri III parmi les figures railleuses ou malveillanles, n'a pas entendu le mot : Enfoncé, Racine, ni le mol : Racine est un polisson. 11 n'a entendu sitller à ses oreilles que l'épigramme fort légitime, quoique facile et vulgaire : Melpoméne et Thalie enfoncées ! Mais le mot imaginaire : Enfoncé, Racine, qui n'a été probablement dit par personne, était au fond de bien des cœurs. Je ne sais si le Gentil, dont parle Séchai
[it au se d&^J
une
^— ce Gentil est, je suppose, le Gentil de Chavagiiac, mort en 184^!, qui avait écrit en 1817, avec Désaugicrs, sous le litre les Pelîles Daiiaïdes. une parodie, resiée fameuse, de l'opéra classique — je ne sais si Gentil s'est écrié après la représentation d'Hmii U!: Racine est un polisson. Probablement non, encore. D n'en est pas moins vrai que les romantiques, les gens du cortège de Dumas et du cénacle de Victor Hugo, étaient lancés, en 1829, à toute bride vers la formule : Racine polision. Dumas hii~mânie raconte, dans ses Mémoires^ qu'Emile Doschamps, sortant de la lecture de Manon Delorme au comité et avisant l'afTiche du jour du Théitre-Français, Emile Deschamps, que nous avons connu dans B& vieillesse si mesuré et d'un goût si fin, haussa le£ épaules, se tourna vers les gens de la coterie et s'écria avec compassion : a Et ils vont jouer Bntannicus! » Dumas ajoute : « Pcrsouoe de nous, aujourd'hui, pas môme Emile Deachamps, n'avouerait avoir dit ce mol. Et moi je déclare que nous l'eussions tous dit en 1829. » Habemus confîtentem ! Ce u'était pas seulement l'imaginatioa publique, c'était aussi la conscience et la divination publiques qui mettait à la charge de la nouvelle école le sacrik^ge : dite polisson par lequel se peignaient si bien et
I 1. Cinquième série, Clmpilrc 131. Parie, Mii^hcl Lèvy, ISU7.
fiour l'Europe, amoureux, escorté des Muses, guidÉ par la Sagessu, ctiurouiié par la Victoire, n'ayanl encore donné eo duI excits, tout h l'Etat et au bien de l'Etat et qui, pour son coup d'essai, venait do conquérir lu Flandre eu deux mois et la Franche- ComLi^ en trois semaines. Tout alors en France «lait jeuue comme Je roi; et ju5U>meut les pleurs ipie fait verser Bérénice, les fôtes qui y sont ciilébrêes, le» hauts faits do guerre qui y releutisseut sont des pleurs, des tlîles et des exploits guerriers de la jeunesse.
Aussi en itàlO le succès fut yrand d'une pii-ceofi les générations nouvelles reconnaissaient leur image, taudis que les anciens, les gens du temps de Richelieu et de Mazarin, s'en tenaient à Corneille. La tragédie de llacine, reprise en 17â4, avec mademoiselle Lecouvreur dans Bérénice, obtint des suffrages uussi chaleureux qu'fi l'origine. Elle a beaucoup occupé le xv»!' siècle jusque vers son déclin. Jean- Jacques en a bien parié. Voltaire, un jour, à la lecture de Bérénice, vit se mouiller les yeux du grand Frédéric. Et maintenant?
Al'Odéou, le public aux. beaux endroits était captivé et recueilli plutôt qu'ému; il ne s'abandonnait pas; je ne sais quelle sui'prise ou quel défaut d'initiation le retenait; je u'ai pas senti dans la salle l'absolu !iit. Je ne pouvais rij'empiîcher de me rap-
Stlher. — La religioa dans le didme avnnt Hiiciiic. — Toutes I'Iès dûclrinea chi'éliennesoQl acclamé £i<Aer. — Etlhsr i )0 de Saint-Cyr.
Oq De représeQte jamais Eslker sur la scène &anïaise. Il y avait des années et des années que moifciême je ne l'avais relu. J'en ai fait ma méditation i sainte semaine, et je vous conseille tout de mite d'en faire votre alléluia de ce temps pascal. Je e cherchais, je l'avoue, dans Eslker que l'objet le IDoias profane sur lequel pût se llxer l'attention 8'un écrivain du siècle et d'un moraliste mondain, pbligë par état de fournir une causerie littéraire à proptJs de lliéiltre. Mais, dès qu'on a !u quelques rers d'Esther, de quelle force et de quelle douceur religieuse on se sent tout à coup enveloppé, sans blus songer ni au théâtre ni à l'art I Quelle insinua- ,
2tC A PROPOS UE TirFiAinE. ^^1
liou invincible do l'amour de Dieu ut de l'amouiT^ Dieu ! Quelle mélodie du soupir divio ! En ouvrant le livre, on se préparait au plaisir singulier d'être édifié par une pièce de théâtre el à s'étonner de l'étri?. En le Termant, il faut recueillir ses esprits pour se rappeler et reconnaître clairement que cet hymne à la gloire de l'Etcrael, qui mériterait d'être ajouté par l'une et l'autre Église chrôtiemie à ses morceaus liturgiques, est aussi un ouvrage dramatique, l'un des plus vigoureux en sa suavité et l'un des plus originaux qui existent.
Eilhvr a été composé en 1688 et représenté à la maison royale de Saint-Cyr en 1689. Eslker se distingue de tout ce qu'on en pourrait rapprocher au xvu" siède et dans les siècles précédeals par ce trait que la religion elle-même, la foi prise eu sa substance la plus eompréhensive, la plus sereine, la plus spirituelle, est l'objet du drame. Le salut du peuple juif ne nous y intéresse qu'en tant que c'est le salut de la religion, et d'une religion que professaient universellement et prorondément , au xvn' siècle, tous ceux qui voyaient et lisaient la pièce.
La religion périra si le peuple juif périt; les promesses de Dieu auront été trouvées menteuses, et Dieu ne sera plus qu'une idole brisée. C'est l'idée.^, mère qui, sans être exprimée expm/mo, plane ^H
■ comme sur Àlhatie et en inspire le déveliippeineut.
Il s'eo faut de iieaucoup, personne ne l'igiioiT, ([iio Racine soit le premier en France qui ait liié (le la religion une œuvre théâtrale. Comnii: les sfntinicnls et les passions ont été dans tous le» tem|>s l'étoffe Ju drame, il n'y a jamais eu à doolcr quii la religion, ta plus noble, la plusl'oHe, la plus enveloppante, et, si elle est mal entendue, la plus aveugle des passions, ne puisse fournir h, l'imlcnr dramatique une matière aussi ample que tout autai étal du sentiment. Elil parmi les ouvrages dont la religion, envisagée en lanl que ressort moteur des actions humaines, aolîertlc sujet, qui pourrait oublier Polj/eucle et, en un sens et un genre tout conti'aipos, Tarlufet Comme les fiiils de l'histoire sacrée, toute sacrée qu'elle soit, sont des faits, et que, à ce titre, ils peuvent prendre le caractère poétique on tragique, la poésie et le drame, chez les peuples chrétiens, ne se sont pas abstenus de chercher leurs dépouilles opîmcs dans l'Ancien et le Nouveau Testament aussi bien que dans les histoires profanes. Comme il est naturel enfin que la poésie, le drame et l'art s'en aillent, d'abord, dans les temps on ils naissent, vers les choses qui remplissent l'âme des l'ouïes, il est arrivé qu'aux siècles chrétiens, quand 3 a commencé de subsister, c'est ce qu'il y
Îi8 * l-nOl-OS DE TIlÊATIir.
a. de plus sîicré dans les fails et la Iradition sacrie, r'fst la passion, la mort et la rt-snrrectioii dii Seigneur qui a lente avant tout le tbùiltre. Un historien litlérairt' n'aurait pas besoin de bt?aucoup il'iTUdition, niais il aurait besoin de beaucoup de patience ù supporter les lectures fastidieuses, pour rétablir entre les Mystéirs et les deux tra(çcdies bibliques do Kaciiie la chaîne ininterrompue des œuvres pWh liques ou prétendues telles publif-es en langue biacaise, dont l'ai^menl a été puisé dans les livres juifs, dans les Évangiles et dans les légendes de saints
Les uiuvres sont donc nombreuses. Mais ta plupart ne s'attachent à tirer du fait religieux que l'expression dramatique, le pittoresque, l'effet humain, et souvent, comme les Mystères, par le procédé le plus brûlai et le plus grossier, on, si cJtes prétendent à expliquer et à faire sentir la foi, la platitude de la conception et de l'exéculion les réduisent trop au-dessous des ambitions, aflichf'cs par les auteurs. C'était l'une des thèses vivement débattues de la querelle dos Ancîcos et des Modernes de savoir si les dogmes et les mystères de la foi se prêtent ou non à l'élaboration des poètes el aux fictions de la poésie. L'ami et le conseiller de Racine, Boileau, répondait non. L'idée circonBcrito que Boileau se faisait de la poésie, jointe à ce qu'il
! TnÉA
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javait de rigide, de correct ut de raisonnable dans tpiété, le portait à considérer comme une offense à i autant que comme une faute de goilt l'approtalion à une œuvre d'art de dogmes qu'il sentait aves et de mystères qu'il concevait terribles. eeftlick die Kunst... Boileau eût été disposé à dire uement selon les jours : « Sérieuse est la foi, et auge d'elle futile est l'art >, ou bien: Cl Hian t. simple est t, et, auprès de lui, triste et compliquée e.st la foi. » K.jÉ}itsaleni délivrée ne lui p:uaissait pas démontrer psamment que ce double principe de sa consuce et de son goût fût faux; et, pour cela, il kit raison, quel que soit, à d'autres titres, l'attrait Eta Jérusalem. Mais combien il devait plus s'enore en son opinion, lorsque les Mii- Ènes, joignant l'exemple au précepte, se piquaient erire des bucoliques saintes, lorsque Desinarest bnait le poème de Marie-Madeleine (1669) avec d'Eslher (1673). et Perrault, le poème bien Ëationné, miûs si puéril et si fade, de Sainl-Paa- I (1684). Aussi, lorsque Racine lui vint parler die à tirer d'Esiker, sou premier moumt fut de le décourager de l'entreprise. Racine Roilcau se soumit; Eslher parut. Racine . donné aux théories de Perrault et de son e sur l'emploi qu'on pouvait faire en poésie de eligion chrétienne une confirmatioD autrement
* PBOP0& DE TKKATHE.
concluante que lu Saint-Paulin. Perrault ne s'en ;il)ei\;ut jamais.
C'esl la !iuile de Ift religion cfarùlieDoe, c'est l'iùstoire, si celte expression est permise, c'est l'hisloin' tout euUère du vrai Dieu que Racine a réussi à renfermer daJis Evlfier et dans Âlhalie, depuis les patriarches et les prophètes jusqu'à l'iocarnalioa, et il a lïxêcutë ce desseiu difficile avec une habileté si consommée de dramatui'ge, soutenue d'une foi ai t«ndre et si délicate, que, d'une part, aucun appareil dogmatique et Ihéologique ne vient ralentir la inarche de ce drame de Dieu, et que, d'autre part, aucun vers n'y saurait choquer l'âme pieuse la plus |)rompte à s'alarmer; tous, au contraire, l'emportent dans un élan continu d'adoration. Combien la relif,'ion est ici plus pure, combien ses mysti>res restent plus au-dessus des atteintes de l'artifice profanateur des poètes que dans le Pwalii perdu et méiùf. la Meisiade! Kt combien pourtant les deux pièces d'Eslher et d'Atkalie sont plus selon les conditions ordinaires de l'art profane et de la nature humaine I
L'objurgation de Mardochée, la prière d'Esther, l'exposition de la vraie doctrine aux Gentils dans te discours d'Esfher à Assuèrus, la sublime vision de Joad, l'effusion des chœurs, la morale divine imposée aux rois, la glorification des humbles sont dans
A PBOrOS DE THÉÂTRE. 221
[ouïes les mécnoires; ellus ont pénHré, elles oui (açonné des générations de cliniciens. C'est un cœur gonllê de Dieu qui y déborde; c'est un esprit vivillé de Dieu et tout plein de la plus saine extase religieuse, qui y frémit et qui y prophétise, La magnificence, l'action et la majesté du langage y semblent comme un reflet de Dieu, et, si ce n'était un sacriluge, on serait lenlé de dire qu'Esther ol Alha/ie îiclièvent la révélation et la couronnent, A s'en tenir au premier des deux drames et au personnage principal de ce drame, Eslber est un type adorable de la lilfe et de la femme selon Dieu, OU! si l'on comparait d'un peu pr^a l'Eslher du Livre d'Estkfr avec i'Enlherde la tragédie de Racine, ou trouverait que llacine a un peu changé et embelli l'Esther originale.
Dans le langage de l'exégèse orthodoxe, on oxpriineitiit la métamorphose en disant que Racine a substitué h. l'Esther selon la loi ancienne une Esther selon la loi nouvelle. Mais il faudrait se corriger tout aussitût — c'est un poini que je noie en réponse A ceux qui, comme Saint-Rvremond, accusaient Racine de ne point observer exactement les mœurs historiques — il faudrait, aussitât après avoir relevé dans Esther l'empreinte chrétienne, revenir sur la chose dite et ajouter qu'Esther est cependant bien î femme biblique, une fille de Jacob et d'Abra-
Iiam. uni.! Jiiivo rnfiii, une lleiir de vie patriarMië pt domoBtiquL-.
Oii m'âlavdit nlora EoUlnire et cachée. . .
C'i'st justtiniGDtqu'Assuérus lui dil ;
Ju ne L'Ouïe qu'en vous je ne sais quelle grâce, Qui me uliaiiue toHJoura et jamais oe lue lusse. Ile l'uimablc vertu doux et puissants attrulis! Tout respira en Esther l'inaMeDce et la paii; Du Dhagria le plus uolr elle écarte leï ombres, Kt &i! dos Jours iiereinsdi; nos jours les ptua sombres.
Racine a prélevé sur les diverses femmes de la Bible, sur Rachel, sur Lia, sur Noémic, sur Rulh,
sur Judith elle-même, ce qu'elles ont de meilleur pour le fondre en son Eslher, comme il a ramassé dans ses deux drames sacrés d'Esther ol d'Alhalie j'enchatiiemenl des faits bibliques et la substance de la vérilé chrétienne.
L'originalité d'Esther au point de vue de l'art', le coup de génie, c'est que Racine, en prenant pour sujet de pièce, au beau milieu de la querelle des
1. Sur les diverses questions d'art qui se rattachunt à EitHar, vojezaussi Emile DescliaDel, Ancine, t, 1". Paris. Calinano Lévf, t884. Nuus suruns occasion de revenir sur cet ouvragQ ij s recommandons û l'atleniion des iimiiiils de Racii
A FBOFOS DB THZjfcTlE.
les mémoires: elle? oct pê>-:rr- «Jt* :cr. ïl-
des géDérati<:ins de ofcrêr.rîjî C-îsr ..i ■3^.-
de Dieu qui y dêk^ir: ■/«es': ::i. -îs:!-- '■. •.:•-
et tout plein de la pi :2s sL::»r iXJe- r- -
qui y frémit et qui y pMc-br^^. L2 3ia:-z.- , l'action et la maiesié âz .fcitftJr y «r^iu-^ ï un reflet de Dieu. eC -1 :>: lV'-l- i:l su"' on serait tenté de dire q^"£*:«- -^ * ; : •*^
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i^^^arait d'un peu prës rE^lber c:: />r-* dE'Ziê*^' i"'-: V .;jrBsther de la tragédie de Ri-ri*e. :c *-r.iTirn-' . j- ? Bacîne a un peu chaneé e^ rr^iie.!- :Tj^zt:r •ginalc.
Dans lo langage de i'e\éj^-5-^ '.r.'.'Cr. .c - • - • inerait la métamorphc-str <^ -iissi,' ;.-=: Bi..." ' substitué à l'Eslher selon la !•:■: iL'A-e-.'.-r -r.r: L-" '• selon la loi nouvelle. Mais :. fij-r^. v: .;'•? --: tout aussitôt — c'est un point 'i->5r ;e rx-'f: er. rr jr - à ceux qui, comme Saint-EvreriiOr.i. h-yr-y^^.-:.*. P cine de ne point observer exacteirjerj* îr-? rr. k r • historiques — il faudrait, aussitôt aprf-« avoir re>V'' dans Esther l'empreinte chrétienne, revenir •■»ir !;j chose dite et ajouter qu'Esther est cefKfndant M\"u une femme biblique, une fille de Jacob et d'Abra-
OPOS OB TirÊA'
pourijiKii Hucinc avec la meUlËurc vulonli' ilil uioiiili' [le pu!, dérober Eilker sous le pieux boisseau de Siiiiil-Cyr. Il fut impossible Je réserver aux dames ci aux demoiselles du célèbre établissemenl la pito qu'elles avaient c»nnmnndoc, qu'elles jouaient ut qui n'nvail élfi faite que pour elles. Tout se précipita aux représentations de Saiiit-Cyr; tout voulut en iHr*;, la cour et la ville. Fait bien remarquable : l'inspiration raciniennc était montée d'un vol ^i heureux vers le plus haut, le plus général, le plus doux, le plus inaltérable, le plus divin de la religion, que toutes les théologies se réconcilièrent pour uo moment en EslUer. De vi'jleutcs querelloa divisaienl l'Ëglise et ses illustres conducteurs d'i'mies; d'affreuses persécutions étaient consommées; d'autres se préparaieut; il n'y eut pas de dissidents à Esther. Bossuet ne pensait pas de la pièce autrement que Ffnelon; Bourdaloue la voulut voir et l'inlleAible Arnauld, pour la première fois, pardonna au Itièiitre et à ses pompes, H'Esther, Àmauld fut ravi; mâme, après qu'eut paru .ilhalie, il préférait Exihei; sans bien s'expliquer pourquoi. C'est, je suppose, que dans Esther la religion parie toute seule et toute pure, tandis que dans AthaHe il se mêle àia religion uji drame politique paissant qui distrait un peu la piété. J'ai la faiblesse de préférer Esther, comme le grand Amauld, mais pourune autre r^
A PHOPOS DE THKATRE. Î25
Iticore, c'est que dans Eslher, compan^ à Alhalie, comme daas Bérénice, comparé â Britannictts, k Mithridade et kBajazet, etc.. etc., je trouve beaii-
IBpup plus de ce qu'il y a chez llacme de spécialement Linien.
ft Tandis que les catholiques orthodoxes, jansénistes, pJBuitPs, futurs quiétisles, se rencontraient dans mxe commune édiBcation, tes réformé?, proscrits de France depuis quatre ans, ne manquaient pas de voir dans Either la flgure éloquente de la vraie ;lise en larmes sous un nouvel Assuérus. li)douard irnier, le savant et adroit fureteur, a eu eulre les i une édition A'Esther, que les protestants dont à Neufcbâtcl en 1689 l'aimée même où la fut représentée à SaintrCyr, Les éditeurs, dans avertissement, observaient : i que l'on voyait clairet dans celte pièce un triste récit de la dernière ■sécution et que le lecteur pouvait faire aisémeni iplication des personn^es d'Assuérus et d'Aman j> . relquc chose eût manqué au succès A'Esther, si les iifs ne s'étaient, à leur leur, emparés de l'œuvre, comme avaient fait les protestants. C'est ce qui arriva quand Esther passa de Saint-Cyr sur les scènes (ubiiques, sous la Régence. L'abbé d'Aubignac parle représentation qui eut lieu en ce temps-là, à luen, avec des applaudissements bien plus marqu'à Paris, et il attribue cette chaleur parti-
2*6 A PBOPOS riB THÉATBE.
culièro de la représenlalioa rouennaise au fait que fi capitale di; la ISorinandio conkuait Lenucoup do Juifs, avoués ou secrets, et qu'ils emplissaient le Ihéiltre. De nos jours, Rachel, quand elle aboida, pour la première fois, le rôle d'Eslher {c'était en 1839) prit soiD de jouer la pièce le 28 février, jour où les juifs prallquauts célèbrent, par la fête du Pouriiii, l'anuiVLTsaire de leur délivrance d'Assuériis par EsLIier. Ce aoir-là, les Juifs de Paris, qui affluaient au Théâlre-Français, firent solennellement de la tragédie de Racine l'apoUiéose d'Israël et le 6igiie de son émancipation d^ifinitive. M. Paul Mesnard, à qui j'emprunte ce détail cai-actéristique, — on ne peut . plus maintenant parler de Racine que Paul MesnardA la main^, — M. Paul Mesnard se demande ce qu'il pensé l'élève de Saci et le disciple de la Mère A gélique en voyant sa pièce s prendre ainsi un c 1ère religieux très différent de celui qui avait i dans ses intentions a. Pas si différent, ce me semblH La soirée du 28 février 1839 était une démonstratif déplus, aussi concluante qu'inattendue, que ceqa Racine avait écrit avec le style d'un poète et l'doT d'un juste c'était bien la synthèse dramatique [ Dieu vivant et de la révélation.
Indépendamment de toute considération de foi i