Paris, Techener
édifice aulromcnl important quo l'heure est venue, cemesembledeconslruiro; et cet édifice, ce serait un dictionnaire de la langue française au xvii' siÈcle. La langue du xvii' siècle i^Lail moins riclie en mois cl en images que nuire langue actuelle; elle n'était pas raoins riche en tours, quoique autremenE, et die était infiniment plus riche en acceplions de mots. On ne s'en douterait pas en lisant le Dictionnaire de Liliré, qui, sur celte i^poqne de la langue, fléchit, manque, est trop peu fourni. Aussi seraitril à souhaiter qu'un homme jeune encore et qui aurait le temps devant soi entreprît dt's à présent l'œuvre d'un dictionnaire de la langue française au xvu" siècle. 11 faudrait que celui qui abordera cette lilche, dont les altérations croissantes du parler français rendent chaque jour l'utilité et la nécessité plus manifestes, eût d'abord reçu la grande instruction historique; je n'entends pas par là l'érudition, bien au contraire. Il faudrait qu'il y Joignît une brillante instruction littéraire (grec, latin, français), le discernement et le goflt. Mais surtout que ce ne soit pas un philologue, un élève distingué ou un maître éminent do l'Ecole des hantes études, qui se mette h cette besognel Pas de linguiste, id, pas d'épigraphiste, pas de romaniste, pas de médiéviste! Pour entrer au cœur du xvii' siècle, pour en pénétrer le grand. le profond et le fin, je ne
DY. THÉATRI
veux, je n'admets, mflme on raatiûrc de vocabulaire et de lexicographie, qu'un pur nourrisson du Pinde, unamani délicat de la Muse. Il n'est que trop sensible que les lacunes de Litlré sont dues h la prédominance chez lui de l'esprit philologique sur l'esprit littéraire.
Je ne voudrais pas chicaner sur les Notices qui font préface aux pièces et sur les aj)pendicea qui les suivent, j'ai pris à leur lecture trop dintévOL et j'en ai tiré trop de profit. C'est pourtant l'endroit par où celle belle édition prêterait quelquefois à la critique.
D'abord M. Adolphe Régnier n'a pas réussi h maintenir, en ce point, l'unité do son plan. Despois, M. Marty-Laveaux, M. Paul Mesnard suivent bien, si vous voulez, la même méthode, mais chacun avec des déviations évidentes; il y a çà et là, dans la pratique de la commune rCgle du caprice et même du reUchement. M. Paul Mesnard introduit volontiers dans la notice, en les analysant et en les écourtanl, ou bien il cite, au cours du texte, en notes sur ce texte, des documents que M. Marty-Laveaux et même Despois eussent rejetés à l'appondice afin de les y reproduii'e ou in exienso ou par fri^ments notables.
On s'en apercevra en comparant les notices d'ailleurs si abondantes du Tartufe et du Don Juan
avec la notice de l'Étourdi el en rapprochaut la notice de Phèdre de celle des lloraces. M. Paul Mesnard oublie môme à l'occasion et néglige de signaler tel ou tel emprunt forcé quo Molitre lava h son profil sur le menu peuple des auteurs. Ainsi Molii^rc .1 pris à l'un de ses contemporains l'idée de la cachette d'Orgon et quelques-uns des moments de ta grande sci'ne du quatrième acte du Tartufe ; M. Puul Mesnard n'en sourOc mot ni dans la notice ni dans les notes, ni dans l'appendice.
En général, pour ce qui concerne Molière, les éditeurs ne se sont pas assez donné d'espace. Exemple : Ils ont profité sans trop le dire du CommetUaire sur les Œuvres de Molière d'Anloine Brel (n73-m8j; ils n'y ont pas encore recueilli toutes les indications qu'ils auraient pu. Jesais bien que Bret, compilateur pressé, est fort sujet à caution; en n 73, on ne regardait pas de trop pn's A raulhenticité des faits transmis par ta tradition et à. l'exaclitude des anecdotes ; dans celle friperie et dans celle mine bigarrée de Bret, il y a pourtant de bonne étoffe et de bons fiions qu'il n'y fallait pas laisser.
Toutes les notices, tous les appendices de l'édition des Grands Èurivains regorgent de faits, dé0nilivemcnl élucidés, et de discussions décisives. Toules les notices el tous les app<.'ndices ne sontpas
A PROPOS DE TBÉAinE,
tourUnl aussi coinpk'ls et aussi liabilement dispos que ceux du Cid el du Menteur. Le dirai-je? Il , î manque pour un trop grand nombre dos chefsd'œuvre do Molière l'histoire de leurs dérivis. Mais cela, dira-t-oii, serait inSoi! Oui, sans doute. Je ^ne réclame pas tout; Je voudrais au moins le prin- Kpal.
^H 11 ne me suffit pas, à propos d'Amphitryon,
1 que vous me rappeliez Plaute et tes Deux Sosies,
de Rolrou, qui ont précédé; faites-iDoi connaître
aussi l'Amphitryon deDryden, qui a suivi. La ques-
kjn des œuvres dérivées peut être insignifiante
c Corneille et Racine; elle est d'une imporlance
bpitale avec Molière. Dans l'élat actuel et selon les
s présentes de l'iiistoire littéraire, c'est une
■aie de l'avoir négligée.
\ Mais, en vérité, ne regrettons pas ce qui peut
lanquer de temps à autre, Applaudissons-nous plu-
; félicitons MM, Hachette et Régnier d'avoir mené
(lùen une œuvre si pénible, si lente, qui touche
$ moment d'être terminée ; emparons-nous de cet
Bias de richesses qu'ils ont amoncelées ; puisons
s les jours quelque chose dans ce grenier d'abou-
ince de bonne et grande littérature. Je suppose,
I n'oserais l'aflirmer, je suppose que le Corueille,
■ Racine, et le Molière de M. Régnier sont dans loutes
î bibhothcques de lycées et d'écoles municipj
toc A l'itoros vu iiiÉAinB.
supL'rieures et qu'il u'esl point défendu aux écoliers qui ont passé la quinzième année, de les demander et de perdre leur temps h les lire. Quiconque se veut composer une bihIiolWque française un peu syslématique devrait en faire sa base. Janvier approche; je ne vois pas de plus belles étrennes et dt plus sérieuses que vous puissiez offrir à un jeune boiumc, pourtu, bien entendu, que vous ayez la boui'se bien garnie ; car un Corneille en douze volumes, un Racine en dix, entrent dans la catégorie des dons riches et coûteux.
Autrefois, notre lliéâtre classique, nos chefsd'œuvre dramatiques du xviii' siècle formaient, sinon tout le fonds, au moins une grande partie du fonds d'éducation d'un jeune horatne bien né. Les filles même, je ne sais comment, étaient éicvÈcs avec cela. Elles ne connaissaient pas la chimie et n'étaient douées d'aucune instruction civique. Mais, si le hasard de la conversation vous amenait à citer devant elles quelque vers des moins connus de Racine et de Corneille, elles achevaient le morceau. Tout s'en va maintenant de ce qui était autrefois la nourriture des âmes et des esprits. La religion, considérée du point de vue exclusif de la pratique humaine, les catéchismes de persévérance pour jeunes personnes que faisaient dans nos villes des prêtres distingués et expérimentés, quatre >
A PROPOS DE THËAinii:. 167
tânq livres éprouvés d'histoire et de doctriue cliré-
lieDoe, doot les callioliques cdairûs usaient cncoru
assidùmenl daus le premier quart de ce siècle, pour
l'ioslruction courante de leurs enfants, étaient autajit
d'instruments d'une culture intellectuelle et morale
ine et Forte. Tout cela a été peu à peu éliminé, puis
rusquernenl ivtranché de l'éducation officielle et
tevient presque hors d'usage dans l'éducation privée.
ivous pas la Bible pour suppléer à cette dé-
idence do la culture catholique. La Bible, qui a
réè la moderne Angleterre, qui a enfanté l'Amé-
Iqae, qui a donné le vot à l'Allenia^tie du Nord, i
Bible, source intarissable, même au profane, ,
tdôes, de sensations et de notions, n'a jamais été
Q livre français. C'est à peine si la très petite frac-
ha protestante de la nation continue d en faire de ,
9 jours sou viatique usuel. Ce qu'est devenue l'an- Iquité grecque et latine pour ceux qui daignent enbre y accéder, nous le voyons tous les jours : une tatière à. sèche philologie, un minutieux jardin ■historiuncules. Eh bien 1 quoi alors ? Avec quoi lous formerons-nous désormais des âmes et des çrits, une âme de peuple et un esprit national? lyec les honorables manuels de morale, dont M . Ferry |t>us a dressé amoureusement la liste? Il en est (rmi eux d'éloquenls et que j'estime. Je n'en vois ^pendant aucun qui prenne le chemin de devenir
S jatkrRE.
lui livre de lout le monde, la pâLure universtille d L-sprils. le récoarorl et la consolation des âmes.
Dans cette ruine de tous les états de l'esprit |iublic et des mœurs domestiques de notre pays, une renaîssaDCO des anciennes lectures fraiii^ises n'en est que plus artlemnient à désirer. Revenons du moins à nos admirables classiques; tâchons de ramener la jeunesse à notre IhéAtre; mettons dans les mains des jeunes gens Corneille, Racine, Molière, et Marivaux, et Beaumarcliais, et Gresset, et Deslouches, et l'iron. Là il reste encore une heureuse réserve, un dépôt qui a été longtemps national et qui nous est toujours accessible, de sagesse positive, de bon sens pratique, de morale forte, de politique objective, d'idées et de sentiments héroïques. Là est la France.
Je dois faire réparation, sur un point, à M. Paul Mesuard. J'avais regretté qu'il n'eût pas analysé d'une façon assez systématique les œuvres engendrées des oeuvres de Molière ; je lui avais reproché de négliger quelquefois d'importants dérivés de notre grand comique. J'avais cité comme exemple de ces omissions l'AmpItitryon de Dryden. Or, M. Mesnard n'a pas omis Dryden. C'est moi qui n'ai pas cherché la mention qu'il en fait à la place où elle est. Je retire ma critique et maintiens mon
regret. 11 m'eût presque fallu pour chaque pièce de Molière quoique chose comme le livre d'Appell sur les dérivés de Werther^. Sur Molière, on a le droit d^étre insatiable.